CHAPITRE XVI
y lit : Rodolphe par la grâce de Dieu, roi des Romains, toujours auguste. A tous les fidèles de l’empire romain qui liront ces lettres, sa grâce et tout bien. Ayant reçu de Dieu le bienfait de l’autorité souveraine, nous lui devons de justes actions de grâces ; nous élevons nos regards précisément vers son épouse noble et immaculée, sortie merveilleusement de son côté durant son sommeil, et nous lui rendons en toutes choses le tribut de respect et d’hommage qui lui est dû. C’est pourquoi, nous voulons qu’il soit notoire à tous, présents ou à venir, qu'en témoignage sincère de l’affection et du dévouement que nous avons toujours professés pour la vénérable Église de Bâle, nous reconnaissons par les présentes et confirmons tous les droits que Frédéric, le dernier empereur des Romains, notre prédécesseur, et les autres souverains lui ont reconnus. Et nous de même nous rendrons volontiers et libéralement à cette église tout ce que nous lui devrons justement. En foi de quoi, nous avons fait dresser le présent écrit, et l’avons fait munir de notre sceau impérial. Donné à Haguenau le 23 décembre 1273. 2e indiction, la lère année de notre règne." 1
On remarquera que dans cet acte, il n’est fait nulle mention de l’évêque de Bâle qui n’avait pas la faveur de son ancien ennemi. Cependant, l'empereur fit à Bâle son entrée solennelle le 13 janvier 1274 (samedi de l’octave de Epiphanie au soir). L'évêque Henri de Neuchâtel le reçut entouré de tout le clergé et d’un peuple immense. Au rapport de l’annaliste de Colmar, on comptait dans le cortège qui se porta au devant de l’empereur, 42 dominicains, 36 franciscains, 12 frères sachets (de la Pénitence de Jésus) et 8 frères de la B. V. Marie. Rndolphe de Habsbourg était accompagné de 100 chevaliers et de beaucoup d’autres; avec lui rentrèrent à Bâle avec grande gloire et honneur les stellifères qui en avaient été expulsés en 1271. 2 L’empereur témoigna sa satisfaction à la ville de Bâle dont il reconnaissait le dévouement et la fidélité à sa personne en lui confirmant le privilège donné par Henri VII en vertu duquel les habitants de cette ville pouvaient acquérir des fiefs (15 juin 1274). 3 Les quatre filles du monarque, Mathilde, duchesse de Bavière, Catherine, Agnès, duchesse de Saxe, et Hedwige de Brandebourg, étaient encore à Bâle le 2 février de cette année, car l’annaliste de Colmar relate que le jour de la Purification, elles entendirent la messe dans l’église des frères prêcheurs et y offrirent de grands cierges. 4
Le nouvel empereur eut à cœur de réparer les dommages causés par ses luttes avec l’évêque de Bâle. Les sœurs de Klingenthal avaient beaucoup souffert de l’occupation du château de Wehr par le comte Rodolphe. Ces religieuses de l’ordre de S. Augustin s’étaient d’abord établies à Hüseren près de Roufach, sous la direction des dominicains. Le pape Innocent IV les avait prises sous sa protection en 1245. Mais leur extrême pauvreté leur fit accepter les offres du baron Ulrich de Klingen qui leur donna en 1256 la vallée de Wehr, dans la Forêt- Noire où elles bâtirent leur couvent, avec l’autorisation de l’évêque de Constance. Elles l’appelèrent Klingenthal eu souvenir de leur bienfaiteur. La guerre entre l’évêque de Bâle et Rodolphe de Habsbourg troubla leur paisible solitude. En 1272, malgré leurs réclamations, Henri de Neuchâtel rebâtit le château de Wehr (pii fut livré au comte Rodolphe l’année suivante. Le couvent eut beaucoup à
1 Codex dipl. eccl. Basil., fol. 36b. = 2 Ann. præd. Colin., p. 40. = 3 Troublât, t. U. p. 250. =
4 Ann. præd. Colrn., p. 40.