CHAPITRE XVII
probable que le choix du nouvel évêque ne plaisait pas à Rodolphe de Habsbourg. En guerre pendant tant d’années avec Henri de Neuchâtel qui lui fut constamment hostile, l’empereur voulait avoir sur ce siège important, dans cette ville de Bâle où il faisait de fréquents séjours et où i! comptait de nombreux amis et des partisans dévoués, — un évêque en qui il pût mettre sa confiance. Rndolphe était à Bâle en mai de cette année 1275: le 6 de ce mois, il recevait, entouré du clergé et du peuple, le cardinal-prêtre de Gapoue qui venait sans doute traiter avec l’empereur, de son sacre et de l’arrivée prochaine du pape à Lausanne. 1 Déjà, au milieu d’avril, un légat était arrivé à Bâle, chargé d’une mission du souverain pontife. Grégoire X était à Lausanne le 6 octobre: il poursuivait l’organisation de la croisade que le concile de Lyon, présidé par le pape en 1274, avait décidée, en affectant à cette expédition la dîme de tous les revenus ecclésiastiques pendant six ans. Il importait par-dessus tout de gagner à cette cause l’empereur et les seigneurs de l’empire. Rodolphe de Habsbourg se rendit à l’appel du pape; il arriva à Lausanne le 18 octobre 1275, avec la reine et presque tous ses enfants: un cortège nombreux l’accompagnait. L’empereur, sa femme, le comte et la comtesse de Ferrette, et presque tous les nobles qui étaient accourus à Lausanne, prirent la croix. L’annaliste de Colmar qui nous donne ces détails, remarque que Rndolphe de Habsbourg avait dépensé à cette occasion plus de neuf cents marcs en vêtements de prix. Quant au sacre de l’empereur, le pape lui conseilla de venir en Italie vers le Pentecôte prochaine, avec deux mille hommes et qu’alors il le couronnerait empereur des Romains. 2
Dans le cortège impérial, se trouvait un frère mineur qui jouissait d’un crédit marqué auprès de Rodolphe de Habsbourg. Il s’appelait Henri, il était né à Isny, petite ville de Souabe, dans l’Algow, sur le ruisseau d’Isne; son père était boulanger. Il l’appliqua, dit la chronique contemporaine de Colmar, à l’étude des lettres et employa tous les moyens en son pouvoir pour faire de lui un clerc. Il l’envoya enfin aux écoles de Paris et l’exhorta vivement à bien étudier. Lejeune homme fit de grands progrès en peu de temps, il fréquentait autant qu’il le pouvait, les prédications. Un jour, il fut vivement touché du sermon d’un prédicateur. Emu de repentir, il songea à réformer sa conduite et sa vie. Il entra alors dans l’ordre des Mineurs où il se signala par ses travaux et par son zèle. Il fut confesseur et prédicateur infatigable. En peu de temps, il fut élevé au rang de lecteur et de docteur de son ordre. 8 Frère Henri fut d’abord maître de théologie chez les frères mineurs de Mayence, puis gardien du couvent de Lucerne. Le château de Habsbourg était à trois lieues de cette ville : le pauvre religieux s’y rendait souvent pour exercer son ministère dans la famille du noble comte: il était le confesseur de la maison qui l’avait en grande vénération. Plus tard, il fut envoyé à Bâle, comme gardien du couvent de cette ville. On raconte qu’après la mort d’Henri de Neuchâtel, les chanoines-électeurs ne purent s'entendre sur le choix de son successeur; ils convinrent d’envoyer trois membres du chapitre avec un notaire et des témoins au couvent des frères mineurs: ils devaient choisir pour évêque le premier religieux qu’ils rencontreraient. Les députés du sénat, vont frapper à la porte du monastère. C’est, le gardien lui-même, frère Henri qui vient la leur
1 Martini Poloni Chronicon apud Bôhrner, Fontes rerum germ., t. II. p. 457. = 2 Ann. præd. Colm..
p. 47. - 3 Chronique des dominicains de Colmar, p. 308.