CHAPITRE XVIII
une mesure d’épeautre pour du pain aux pauvres, et vingt sols pour la réfection des chanoines (27 février 1292). 1 II y avait alors sur la paroisse de Saint-Léonard des juifs cpii refusaient de payer la dîme pour leurs habitations. Après de longs débats, on finit par s’entendre. Le procureur de Saint-Léonard, Messire Martin, renonça à toute poursuite contre les juifs; de leur côté, les juifs, représentés par Joelin fils de Joseph, dit Kaltwazsir, et Enslin dit itabi, s’engagèrent à payer chaque année trente-cinq sols à Saint-Léonard, tant que leur nombre ne se sera pas accru. L'acte d’accord dressé par l’official de la cour de Bâle le 17 mai 1293, mentionne onze maisons habitées par les juifs sur la paroisse de Saint-Léonard ; on y remarque la synagogue — synagoga judeorum, — une maison de bois habitée par Rabi Rasor; une de pierre par Moyse de Rinfelden; une près du four, par Gitta de Niuwenburg, une dans le marché au blé, une autre dans la rue dite Winartz- Gazsen, etc. Les juifs s’engagèrent en outre à prêter au couvent quand ils en seraient requis, cinq livres sans intérêt et sans usure pendant six mois, chaque fois qu’ils en seraient requis, après toutefois le remboursement intégral du prêt antérieur.2
Saint-Léonard reçut encore à cette époque une donation de six quartauts d’épeautre et de cinq sols de revenus, du curé de Muespach, Rodolphe Müye qui se préparait à faire un pèlerinage au tombeau des saints apôtres à Rome. Après sa mort, le couvent devait chaque année, au jour anniversaire de son trépas, donner une mesure d’épeautre aux écoliers (scolaribus) et aux autres pauvres mendiants . . . (26 février 1295). 3
A quelque distance de Saint-Léonard, au-dela de la tour Egolphi et des vieux murs, se trouvait le couvent de Gnadenthal, Gratiarum Vallis, la vallée des grâces. On en ignore l’origine: il est probable que les frères mineurs en furent les fondateurs. Ce qui est certain c’est que les sœurs de Gnadenthal fondèrent en 1276 le couvent des Clarisses du Petit-Bâle, comme nous l’avons raconté à cette date. Deux actes authentiques de 1289 nous apprennent que les nonnes de Gnadenthal furent incorporées à cette époque à l’ordre de Ste Claire. L’évêque de Bâle Pierre Reich atteste que le 1 7 avril (le dimanche après Pâques) de l’an 1289, les sœurs du monastère du Val de Grâce, sis hors les murs de la ville de Bâle, ont fait en sa présence et devant un grand nombre de témoins, libre et simple profession de la règle de Ste Claire, donnée par le pape Urbain IV d’heureuse mémoire. Le ministre provincial des frères mineurs d’Allemagne, le lecteur et le gardien de ces frères à Bâle, ensuite de la commission et de l’autorité de Mathieu, cardinal-diacre de Ste Marie in portion, reçurent la profession des sœurs et sur leur demande expresse incorporèrent leur monastère à l’ordre de Ste Claire. 4 Les couvents du Grand et du Petit-Bâle étaient alors, sous l’administration vigilante et paternelle de Pierre Reich, dans un état de prospérité remarquable. Les nonnes de Clingenthal au Petit-Bâle achevaient leur église qui était consacrée le 4 août 1 293 par le suffragant de Pierre Reich, Boniface, évêque de Bosni. 5
Sainte-Claire, tout à côté, recevait d’importantes donations. Une maison et un moulin sis à Bâle, lui sont cédés (1292 20 avril) en emphytéose par le couvent de Saint-Léonard. 6 En 1293, l’évêque de Toul, Conrad de Tubingen, de l’ordre
1 „In magna sexta feria ante pascha proxima, omni anno, très libre denariorum pro panno griseo distribuendo pauperibus dari debent.“ Cartulaire de Saint-Léonard, fol. 19 a. = 2 Ibid., fol. 23 a. = 8 Ibid, fol. 35 b. = 4 Ch. Urstisii codex dipl. Brucknerianus, fol. 37 a. = 5 Ibid., fol. 16. = 6 Cartulaire de Saint-Léonard, fol. 24 b.