CHAPITRE XVIII
conditions. Le traité exceptait le roi de France, l’archevêque de Besançon, l’évêque de Strasbourg, l’abbé de Murbach, Jean de Châlons, beau-frère de Rodolphe de Habsbourg, le comte de Ferrette Thiébaud, Robert, duc de Bourgogne, et Jean- de Ghâlon, comte d’Auxerre: en cas de guerre avec un de ces personnages, ni le comte Othon, ni l'évêque de Bàle ne pouvaient se prêter mutuellement appui.
L'empereur qui était alors à Morat, fit dresser et sceller le traité de paix au même endroit où avait eu lieu la réconciliation, le jeudi 3 mai 1391. 1 Ce fut un des derniers actes du glorieux monarque en faveur de l’évêché de Bâle. Il passa encore à Bâle et à Strasbourg où il prit plaisir à revoir les membres de sa famille et les compagnons de ses premiers exploits. Il se disposait à se rendre en Autriche ; les médecins l’invitèrent à prendre du repos à cause de sa faiblesse. „Laissezmoi, leur dit-il, aller à Spire, visiter les monarques, mes prédécesseurs." Il descendit le Rhin, mais il ne lui fut pas possible de passer Germersheim. Ses derniers moments furent remplis par des actes de piété ; il mourut le 1 5 juillet 1391, dans la soixante-treizième année de son âge et la dix-neuvième de son règne. Son corps fut transféré à Spire et déposé dans le tombeau des empereurs.1 2 Rodolphe de Habsbourg, un des meilleurs et des plus grands princes qui aient porté la couronne, est considéré à juste titre comme un des bienfaiteurs insignes et des plus puissants protecteurs de l’évêché de Bàle. La cathédrale de Bâle où l’impératrice Anne, sa première femme, et deux de ses fils, avaient leur tombeau, célébrait chaque année solennellement l’anniversaire de la mort de l’illustre empereur. Le Liber vitæ inscrit cette mort au 15 juillet, ce qui doit mettre fin, vu l’authenticité de ce document, aux doutes que la chronique d’Albert de Strasbourg a soulevés sur la date exacte de la mort de Rodolphe de Habsbourg. 3 „En cet anniversaire, dit le nécrologe de la cathédrale de Bàle, chaque chanoine qui aura assisté aux vigiles recevra de notre receveur un sol, chaque prêtre du chœur six deniers; autant pour l’assistance à la messe. A chaque célébrant on donnait six deniers, aux lecteurs huit deniers, aux chanteurs du graduel quatre deniers, à ceux du trait un sol; aux sonneurs un sol; au sous-custode pour le baldaquin huit deniers, au chapier imposant les antiennes six deniers, au sous-scholastique huit deniers. Quatre cierges de quatre livres de cire étaient fournis par le chapitre qui devait faire distribuer aux pauvres par son procureur deux mesures d'épeautre." 4
Adolphe de Nassau fut élu empereur à la diète de Francfort le 10 mai 1393. L’année suivante, par un diplôme solennel délivré le 15 février à Rotweil, il confirma les libertés et privilèges accordés antérieurement à la ville de Colmar par Rodolphe de Habsbourg. 5 Le roi croyait s’être assuré pour toujours la fidélité de cette ville importante. Mais le schultheis (scultatus) Walther Piœsselmann trahit ses promesses et le 10 septembre 1393, à l’insu des magistrats et des bourgeois, il livra la ville à Anselm de Rappolstein, qui en fut bientôt le maître el reçut des habitants le serment de fidélité.
L’empereur, à cette nouvelle, se dirigea avec son armée vers Colmar. L’évêque de Bàle s’y trouvait avec son contingent d’hommes, bien décidé à prêter main
1 Chevalier, Mémoires pour l'histoire de Poligny, t. 1. p. 374. = 2 Biographie universelle de Michaud,
t. XXXVIII. p. 371. — L’art de vérifier les dates, p. 448. — 3 „IdusJulii. Anno Domini MCCXCI, obiit
illustris Rudolfus de Habspurg, Romanorum Rex, qui regnavit decem et octo annis, qui sepultus est in
Spira.“ Liber vitæ ecclesiæ cathedralis Basiliensis. — La chronique de Strasbourg fixe la mort de l’empereur au 30 septembre, d’après l’épitaphe de Spire qu’elle rapporte. = 4 Ibidem. = 5 Trouillat.
t. II. p. 530.