CHAPITRE XIX
réserva pour lui et pour ses successeurs, le droit de présentation à la cure de l’église d’Ellenwiller et à la chapellenie de la cathédrale. 1
La volonté du fondateur fut scrupuleusement exécutée, car le liber vitœ de la cathédrale de Bâle portait au 2 juin l’anniversaire de Pierre d’Aspelt, au 28 novembre celui de son frère Paulin et au 18 juin celui du roi de Bohême. 2
Benoit XI venait de mourir, après huit mois seulement de règne (7 juillet 1304). Clément Y fut élu pape le 5 juin 1305 et couronné à Lyon le 14 novembre suivant. Il fixa sa résidence en France. En 130G, Pierre d’Aspelt alla trouver le souverain pontife, pour solliciter l’archevêché de Mayence vacant par la mort de Gérard II (le 25 février 1306), en faveur de Baudoin, frère du comte de Luxembourg qui fut plus tard empereur sous le nom d’Henri VIII. Au rapport de l’annaliste Jean Trithème, le chapitre de Mayence avait choisi ce jeune seigneur pour archevêque et le comte avait prié l’évêque de Bâle d’aller en France demander au pape la confirmation de ce choix des électeurs de Mayence; le nouvel élu n’avait que vingt et un ans. Clément V était alors à Poitiers. L’évêque de Bâle alla trouver le souverain pontife dans cette ville et lui exposa l’objet de son ambassade. Clément Y trouva l’élu de Mayence trop jeune pour un siège aussi important, cassa l’élection faite l’an auparavant par le chapitre, et s’attribua le choix du nouvel archevêque pour lequel il voulait encore consulter les cardinaux.
Pierre d’Aspelt, désolé du peu de succès de son ambassade, se prépara au retour. Mais tout à coup le pape, qui était souffrant, tombe gravement malade. La réputation de l’évêque de Bâle comme médecin, était alors universelle. Clément V fait rappeler ce célèbre praticien qui en trois jours lui rend la santé. Joyeux et surpris d’une guérison si subite, le pape rend grâces au médecin et lui dit: „ Puisque vous êtes si bon médecin des corps, en reconnaissance de vos bons soins, Nous vous faisons grand médecin des âmes; Nous vous conférons l’archevêché de Mayence." A ces mots, Pierre d’Aspelt tombe aux pieds du pontife et redouble d’instances pour obtenir le siège vacant pour le jeune Baudoin. Le pape reste sourd à sa prière et ajoute: „Nous vous avons conféré l’église de Mayence, de votre vivant, elle n’appartiendra à aucun autre; Nous pourvoirons, en son temps, Baudoin pour qui vous faites de si vives instances." L’évêque de Bâle fut ainsi transféré au siège de Mayence dont il prit possession solennelle en juillet 1307. 3 Quant à Baudoin, il fut élu le 7 décembre 1307 archevêque de Ti •èves. Il accourut à Poitiers de Paris où il suivait encore les cours de l’université ; le pape le fit ordonner prêtre par un de ses cardinaux dans la cathédrale de Poitiers le 10 mars 1308 et le sacra évêque lui-même le lendemain. Dom Chamard, bénédictin de Ligugé, dans son histoire de ce célèbre prieuré, cite une lettre de Clément V qui fait allusion au traitement médical qu’il suivit à Ligugé et auquel Pierre d'Aspelt ne fut sans doute pas étranger. 4 Le 24 août 1307, le pape écrivait au roi de France Philippe le Bel: „Nous voulons que votre Sérénité sache
1 Trouillat, 1. III. p. 100. = 2 „XIIII Kal. Julii. Illustris Wenceslaus rex Bohemiæ et Poloniæ obiit.
In cujus anniversario dantur V lib. den. de cellario nostro . . . “ Ex lib. vitæ cath. Bas. = 3 J. Trithemii
Annales Hirsaugienses, II. 104. Ce récit fort curieux et conforme aux témoignages des églises de Bâle
et de Mayence, est fautif, quand l’annaliste, ignorant que Pierre d’Aspelt, était depuis dix ans, évêque de Bâle, en fait un célébré médecin, pratiquant à Trêves. — L'ancien catalogue des archives de l’évêché de Bâle fait mention d’une bulle de Clement V qui transfère Pierre, évêque de Bâle, à l’archevêché et à l’église de Mayence. — Trouillat, t. III. p. 102. = 4 Dom Chamard, S. Martin et son monastère de Ligugé , p. 175 et suiv.