CHAPITRE XXI
Jean Senn de Munsingen neveu par sa mère Jeanne de Bucheck, de l’évêque de Strasbourg, Berthold de Bucheck. Il était de noble race; son père, le chevalier Bourquard. habitait le château des Senn à Munsingen (canton de Berne) au-dessous du village, du côté de FAar.
Quand l'élection fut faite, Jean Senn s’engagea par serment en présence du chapitre et du notaire Jehan de Berne, la main sur l’évangile, à maintenir et à observer les statuts et louables coutumes de l’église de Bâle, comme les évêques avaient fait jusque-là. Les vicaires capitulaires, le siège vacant, c’est-à-dire le prévôt, le chantre, l’archidiacre et le trésorier de la cathédrale, lui remettraient les châteaux et places fortes de l’évêché à condition qu’il les tiendrait quittes de mille sept cents livres de vieux deniers bâlois qu’ils avaient promis au seigneur Jean, prieur de Saint- Alban, pour en être libres possesseurs. Jean Senn s’engagea à ne confier la garde des châteaux ou places fortes de l’évêché qu'à des vassaux ou aux chanoines de l'église de Bâle, qui, en cas de décès ou de démission de l’évêque élu, devraient les remettre librement au chapitre cathédral. Il prit encore le même engagement pour le choix de son vicaire général dans l’administration temporelle de l’évêché. Le serment du nouvel élu fut prêté par lui à six heures, le 33 juin, dans la salle capitulaire où se faisaient d'ordinaire les élections du chapitre; son oncle, l’évêque de Strasbourg, était présent avec maître Jehan Erlini, scolastique de Saint-Thomas de Strasbourg, Jehan de Honwalt, chantre de l'église Saint-Pierre de Bâle, notaires impériaux et Jehan de Constance, avocat de la cour de Bâle, et d'autres. 1
Instruit de cette élection, le pape Benoit XII refusa de la confirmer, la regardant comme nulle, à cause de l’interdit qui frappait le chapitre de Bâle. L’archevêque de Besançon signifia à Jean Senn les ordres du pape qu'il avait reçus par écrit. Le nouvel élu prit le parti le plus sage et le plus sûr. Il partit aussitôt accompagné de son oncle, le comte Hugues de Bucheck qui était frère de l’archevêque de Mayence et de l’évêque de Strasbourg, de plusieurs autres comtes, de chanoines et du maître-bourgeois de Bâle et se présenta avec cet imposant cortège devant le pape, à Avignon. Jean Senn passa une année à la cour pontificale. Il renonça en plein consistoire à l’élection faite par le chapitre de Bâle qui était privé pour toujours de ce droit. Enfin, grâce au crédit du comte de Bucheck, le pape le pourvut lui-même du siège de Bâle, et lui donna avant son départ la consécration épiscopale. 2 Tout était donc disposé pour le mieux ; le Saint-Siège avait exercé le droit inaliénable qui lui appartient sur toutes les églises et le chapitre de Bâle avait un évêque de son choix.
Durant l’absence de Jean Senn le siège de Bâle resta vacant et le chapitre cathédral le fit administrer par son doyen. Le 19 janvier 1336, ce vicaire capitulaire figure dans un acte du chapitre de Bâle qui annexe l'église de Bawile au couvent de Schœnthal. 3 Jean Senn était de retour dans son diocèse le
1 De l’original aux archives du château de Porrentruy. = 2 Nous empruntons ces détails très intéressants au chroniqueur contemporain Albert de Strasbourg: „ldem electus cum avunculo suo
Hugone, ac pluribus comitibus, canonicis et magistro civitatis Basiliensis, ad curiarn proficiscens, ac per annunr post renuntiationem in consistorio per se factam. eo quod capitulum Basiliense olirn fuit perpetuo jure eligendi privatum, in curia manens, tandem oh favorem ipsius Hugonis, per Benedictum papam provisus extilit et in curia eonsecratus.“ Chron. Alb. Arg. = 3 „De consensu decani vices episcopi Basiliensis gerentis seu vicarii in spiritualibus, sede vacante, à nobis deputati.“ Soloth. Wochen-
1 ilatt., 1824. 565.