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CHAPITRE XXI

l’évêque Jean Senn l’investiture des régales. L’empereur se tenait sur les degrés de la cathédrale, revêtu des insignes impériaux, portant sur la tête la couronne d'or et à la main le sceptre et le globe. L'évêque de Bâle lui prêta hommage. L’abbé de Murbach fit de même. Charles IV voulut s’assurer la fidélité et l’attachement de Jean Senn en confirmant et en étendant les anciens privilèges de l’évêché. Par une charte datée de Bâle, la veille de S. Thomas 1347, deuxième année de son règne, l’empereur voulant témoigner l’affection sincère et le dévouement véritable qu’il porte à la vénérable Église de Bâle, confirme les droits et privilèges que ses prédécesseurs lui ont accordés, comme aussi le droit de juridiction de l’évêque au Petit-Bâle et jusqu’au milieu du pont du Rhin, et encore le droit de frapper monnaie avec une effigie particulière. Il reconnaît la fidélité éprouvée et le dévouement constant de l’évêque Jean Senn à sa personne royale dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. 1

Charles IV passa à Bâle les fêtes de Noël. Il communia ce jour-là et à la messe de la nuit à la cathédrale, il lut à haute voix, tenant son épée nue à la main, l’évangile de cette solennité commençant par ces mots: „I1 sortit un édit de César Auguste." L’empereur partit le lendemain, laissant à l’évêque de Bâle, qu’il appelle son cher prince, — principi nostro dilecto, — un diplôme daté du 26 décembre 1347, qui déclare privés des droits et privilèges obtenus des rois et des empereurs, tous les sujets de l’église de Bâle, coupables de félonie qui auraient été privés pour ce crime de leurs privilèges par l’évêque. 2 Durant son séjour à Bâle, l’empereur confirma à Adélaide de Gueroltseck, abbesse d’Andlau, les privilèges de son monastère (20 décembre 1347); 3 le lendemain il assure par un diplôme impérial, le péage de Lauffenbourg, à Agnès comtesse de Habsbourg -Lauffenbourg, fille du landgrave d’Alsace. 4 Le chroniqueur Albert de Strasbourg relate les danses où Charles IV se fit remarquer par ses allures fastueuses au milieu des dames de Bâle. 5 II mentionne parmi les partisans déclarés du nouvel empereur les Münch de Bâle, qui formaient dans la ville un parti puissant et redoutable. Un membre de cette famille, Henri Münch, venait d’être tué à la bataille de Crécy où il servait dans l’armée de Philippe de Valois. Les chroniques de France l’appellent le Moine de Bâle. Froissant dit qu’il avait tant fait de son corps qu’il fut tenu pour l’un des vaillants chevaliers du monde. Philippe de Valois le chargea de reconnaître l'armée d’Edouard III avec trois autres chevaliers. „Nous avons chevauché, rapporta Henri Münch au roi Philippe, et avons vu le maintien de vos

ennemis “ Henri Münch succomba glorieusement sous les coups des Anglais,

le 26 août 1346, avec d’autres nobles, parmi lesquels Albert de Strasbourg cite Henri de Rathsamhausen, H. de Klingenberg, etc. 6

Les fêtes qui avaient marqué le séjour de l’empereur Charles IV à Bâle, furent attristées par les nouvelles de l’affreuse peste qui désolait le monde à cette époque. Au témoignage d’Albert de Strasbourg, rapporteur contemporain, on ne vit pas fléau plus terrible depuis le déluge. Des pays tout entiers restèrent sans habitants;

1 L’original de cet acte existe encore aux archives du château de Porrentruy. On y voit un

fragment de scel, appendu à un cordon de soie rouge et blanche. = 2 Original aux archives du

château de Porrentruy. Le sceau présente Charles IV assis, tenant le sceptre de la main droite, un

globe surmonté d’une croix de la gauche. On lit encore : „Karolus : Dei : Gracia — Roman ... X : semper :

august, . . . “ = 3 Schœpflin, Als. dipl., t. II. p. 1S9. = 4 „Geben ze Basel, . . . “ Hergott, geneal. dipl-

Habsb., t. III. p. 075, = 5 Chron. Al b. Argent., p. 141. — Basil, sacra, p. 271. — Chron. Lucell.. p. 271. == 0 Chronique de Froissard, c. 130. — Chron. Alb. Argent., p. 122.

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