CHAPITRE XXIV
par un incendie; voyageant de ce côté, j’ai encore vu les édifices fumants et les maisons réduites en cendres." 1
Humbert de Neuchâtel ne survécut qu’une année à cet immense désastre. Il tomba malade à Delémont qui était une des rares résidences demeurées à l’évêque de Bâle. Le 26 avril 1418, le chapitre prévint la ville de Bienne de la grave maladie de l’évêque et la pria, en cas de mort du prélat, de veiller à la garde des châteaux avec leur fidélité accoutumée. 2 Humbert de Neuchâtel mourut à Delémont, le 22 juin 1418. On rapporta ses restes inanimés à Bâle, et on l’ensevelit dans sa cathédrale. Il avait régné dix-neuf ans, dans des conditions difficiles, sans avoir pu relever les finances de l’évêché. Son anniversaire, fondé dans l’église collégiale de Saint-Ursanne, y était célébré le' 22 juin de chaque année. 3 Son écu est ainsi blasonné : de gueules à la bande d’argent.
On a accusé l’évêque Humbert de Neuchâtel d’avoir eu plus de souci des affaires temporelles que des intérêts spirituels de son diocèse. Il y était bien forcé par les embarras inextricables de la position financière de l’évêché. Nicolas Gerung, qui était chapelain de la cathédrale et mourut en 1435, assure dans sa chronique des évêques de Bâle, que l’évêque Humbert se montra plus souvent sous les armes que dans l’appareil épiscopal ; qu’il venait rarement à Bâle et y paraissait entouré d’une escorte de quarante à cinquante cavaliers. Un dignitaire de l’Église de Bâle, Henri de Benheim, qui mourut en 1460, ajoute dans sa chronique, que l’évêque Humbert était, un pur français qui ne savait pas l’allemand. 4
Nous accordons cette ignorance de l’idiome germanique, qui était pardonnable chez un évêque originaire de la Franche-Comté où l’allemand est inconnu ; mais ce que nous ne pouvons admettre, c’est le reproche que fait ce chroniqueur à l’évêque Humbert d’avoir toujours résidé à Delémont. Ce que prouvent les actes authentiques que nous avons relevés dans les archives de l’ancien évêché de Bâle, c’est qu’Humbert de Neuchâtel demeurait d’ordinaire à Bâle où il délivre et revêt de son sceau les actes de son pontificat ; ce qui ne l’empêchait pas de faire à l’occasion, des visites fréquentes aux villes et châteaux de son diocèse. Nous ne relevons pas l’accusation que le même Henri de Benheim fait peser sur l’évêque qui aurait entretenu â Delémont des relations coupables avec la sœur d’Imier Spender. Rien dans les documents si nombreux que nous avons entre mains, ne justifie ces odieux soupçons. Nicolas Gerung qui ménageait très peu les évêques de Bâle, n’en dit mot dans sa chronique et cependant il était contemporain d’Humbert de Neuchâtel. Henri de Benheim qui n’aimait pas le pur français venu de Neuchâtel, au milieu des allemands de Bâle, a accueilli avec trop de complaisance un bruit calomnieux que la malveillance faisait courir sur le compte du pauvre évêque, aux abois avec les créanciers de son misérable évêché.
1 Urstisius, Epit. hist. Basil., p. 126. — Voir sur le Pogge (Poggio Bracciolini) de Florence Biographie
universelle, t. XXXV. p. 128. = 2 Archives du château de Porrentruy. = 3 X Kal. Julii. Obiit D. Hum-
berthus de Novo-Castrd, episcopus Basiliensis qui dédit VIII s. VI den. equaliter. “ Liber vitæ S. Ursicini. —
4 Urstisius, Epit. hist. Basil., p. 333.
Le château de Münchenstein au XVIIe siècle.