CHAPITRE XXVI
Avant l’arrivée des ordres du pape, le cardinal Julien avait présidé le 7 décembre une congrégation générale du concile dans une grande salle du couvent de Saint- Léonard où l’on avait décrété que la première session du concile général serait tenue à la cathédrale, le 14 décembre suivant. On afficha cette décision à la plupart des églises de Bâle. Le 14, vendredi, la lre session du concile fut ouverte à la cathédrale par une messe solennelle du S. Esprit, chantée par Philibert, évêque de Coutances (France). Ensuite on chanta les litanies, les antiennes et les oraisons convenables, après quoi le cardinal président revêtu des ornements pontificaux, s’assit sur une chaire préparée pour lui ; tous les prélats portaient la mitre et les insignes pontificaux. Le cardinal adressa au concile un beau sermon, ayant pour texte : „Mum/amini qui fertis vcisa Domini." (Isaie.) Après ce discours, l’évêque de Coutances, montant sur une estrade élevée, lut à haute voix le décret du concile de Constance qui désignait la ville de Bâle pour la tenue du prochain concile général; puis un décret semblable du concile de Vienne du 19 février 1424 et les pouvoirs donnés par Martin V pour la tenue du dit concile, etc. Après cette lecture, l’évêque Philibert demanda au cardinal président, puis à tous les pères du concile, si tout cela leur plaisait. Tous répondirent: Placet.
Telle fut la lre session générale et solennelle du concile de Bâle, à laquelle assistaient les ambassadeurs de l’empereur et du duc de Savoie et d’autres illustres personnages. 1
Quelques jours après, les Hussites, invités par le concile à venir à Bâle, y arrivèrent, au nombre de trois cents. On leur avait adressé au nom de l’Eglise, un sauf-conduit, fort ample et sans restriction, avec le droit d’exposer, d’expliquer publiquement leurs articles. Ils entrèrent à Bâle, le 6 janvier 1432. Leur arrivée parut un phénomène si nouveau, que tout le peuple, au témoignage d’Æneas Sylvius, se répandit dans la ville et hors de la ville pour les voir entrer. Il se trouvait même parmi la foule plusieurs membres du concile, attirés par la réputation d’une nation si belliqueuse. Hommes, femmes, enfants, gens de tout âge et de toute condition étaient, ou dans les places publiques, ou aux portes et aux fenêtres ou même sur les toits pour les attendre. Les uns montraient l’un au doigt, les autres un autre. On était surpris de voir des habits étranges et jusqu’alors inconnus, des visages terribles, des yeux pleins de fureur, en un mot on trouvait que la renommée n’avait point exagéré leur caractère. C’était un proverbe en Allemagne que dans un seul soldat bohémien, il y avait cent démons. Surtout on avait les yeux attachés sur Procope. C’est celui-là, disait-on, qui tant de fois a mis en fuite les armées des fidèles, qui a tant renversé de villes, qui a massacré tant de milliers d’hommes; capitaine invincible, hardi, intrépide, infatigable, aussi redoutable à ses propres gens qu’à ses ennemis. 2
Quelques jours après, les Bohémiens eurent leur première audience au concile. Le président, le cardinal Julien leur adressa de paternelles paroles. Les Bohémiens demandèrent une audience publique où les laïques pussent assister. Elle leur fut accordée le 16 janvier 1432. Les Bohémiens choisirent quatre de leurs docteurs pour défendre leurs quatre articles: cette défense dura dix jours pleins. Le concile, de son côté, nomma quatre docteurs pour répondre aux discours des
1 Acta concili i Basiliensis, vol. I. in fol., dressé avec la permission du concile, pour Frédéric ze Rhein,
évêque de Bâle, p. 1 — 12. = 2 Æn. Sylv., Rer. Bohem.