CHAPITRE IX
de S. Adalbert, martyr, et de tous les saints. Le saint pape passa encore le dimanche (26 novembre) à Reichenau. 1
Une des dernières visites de Léon IX en Allemagne fut pour le monastère de la sainte Croix à Donauwerde. Gunderarde, fille de Mangold, était à la tête de ce monastère. Le pape lui donna lui même la bénédiction abbatiale, consacra l’église et exempta le monastère où l’on conservait un morceau notable de la vraie croix donné par Romain, autocrate de Constantinople. En retour, le monastère de sainte Croix devait donner tous les ans au saint siège des vêtements sacerdotaux, une chasuble, une étole garnie d’or, un manipule et un cordon. 2
Au commencement de l’année 1051, S. Léon IX se rendit à Trêves, puis à Augsbourg où il célébra la fête de la Purification (2 février). De là il traversa les Alpes et revint en Italie. S. Léon IX ne revit plus sa chère Alsace. Il fît encore un voyage en Hongrie en 1052. A Ratisbonne, il canonisa S. Wolfgang, ancien évêque de .cette ville; il se trouvait à Bamberg, le 18 octobre 1052; puis à Mayence, à Tribur. De là il remonta le Rhin et arriva à Schaffouse où il consacra un autel dédié à la Résurrection du Sauveur. 3
Ce fut à Worms que S. Léon IX célébra les fêtes de Noël (1052) en compagnie de l’empereur et d’un très grand nombre d’évêques et de seigneurs de l’empire. Le pape passa encore environ six semaines dans le sud de l’Allemagne, et revint à Rome pendant le carême. Il mourut l’année suivante, le 19 avril 1054.
Rien de plus édifiant que le récit fait par Libuin, sous-diacre de l'Eglise romaine, témoin oculaire des circonstances de la mort de ce saint pape. A peine arrivé dans son palais, il ht appeler plusieurs évêques qui étaient à Rome et leur dit: „Mes frères, mes enfants et les enfants de notre Mère, la sainte Église, c’est à vous que le Seigneur a confié le gouvernement de son église avec le pouvoir de lier et de délier. C’est pourquoi je vous conjure de veiller avec soin sur votre troupeau et de défendre vos ouailles contre les embûches des loups. ... Je me recommande à vos prières, ma mort n’est, pas éloignée. Souffrez-moi encore trois jours et vous verrez la vérité de ce que je vous dis."
Le lendemain matin, il fit porter à S. Pierre le cercueil qu’il s’était préparé, ensuite il demanda qu’on l’y transportât lui-même. Il y adressa une touchante allocution aux assistants, puis, arrêtant ses yeux sur la croix, il pria pour eux et leur donna l’absolution. Il pria aussi pour l’Église et particulièrement pour la conversion des simoniaques.
Le soir étant venu, il ordonna qu’on le menât à l’endroit de l’église qu’il avait marqué pour sa sépulture. A la vue du tombeau qu’il avait fait disposer, il dit : „Voyez, mes frères, combien vile et petite est la demeure qui m’attend, après tant de biens et d’honneurs. Voilà tout ce qui m’en reste sur la terre. Mais je crois que mon Rédempteur vit, que je ressusciterai au dernier jour, et que je verrai mon Seigneur et mon Dieu dans ma chair."
1 Annales monasterii Augiæ Divitis. MS. p. 116. On lisait l’inscription suivante sur l’autel de S. Adalbert. — „ Anno Incarnationis Dominicæ millesimo quadragesimo nono, regni vero tertii Henrici imperatoris, anno undecimo, Uda.lrici loci istius abbatis anno primo, indictione tertia, die vero octavo calendas
decembris, Dns Léo Papa nonus, in primo soi pontiticat.us anno, dedicavit hoc altare in honorent D. N. •I. (!. et SS. Crucis, S. Ma.riæ, S. Bartholomæi, apost.oli et. S. Adelbert.i ma.rtyris et omnium Sanctorum — “
(Annales Aug. Div. p. 10.) Herm. Contr. ad 1049. Wibert, t. II. p. 5, dans Wattericli, 1. 1. p. 157. = 2 Jaffe, Regesta pontif. No 3302. Un pape alsacien, p. 238. = 3 Annales Scafhusenses 1052 dans Pertz. Monuin. germ., t. V. p. 388.