‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 59 sur 158 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

Depuis 1519 Jusqu'en 1*4».

BERNARD DIVITI. — RENÉ DE BRESCHE DE LA TRÉMOILLE. — PHILIPPE DE COSStf.

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l.° BERJTÀBD DlVITI, CARDINAL t)E BlBIEKNE.

( Vncini, Tarlatm. )

Divers auteurs disent que le nom de cet évèque était Lncini , d'autres le nomment Diviti ; plusieurs , de Tarlateinelis. Son épi ta plie porte en toutes lettres Bernardo Divitio (A) , ce témoignage ne saurait être suspect ; c'est donc -Diviti qui est son vrai nom , et il est à croire que Uncini cl de Tarlatemelis ne sont que des surnoms ; mais le surnom qu'il a illustré est celui du Cardinal de Bibicnne.

11 naquit à Bibienne , en Italie , le 2 août 147* , au sein d'une famille riche de noblesse et d'illustration , mais pauvre de biens. Il (il à Florence de brillantes études ; Laurent de Medicis le choisit pour son secrétaire, et l'éleva" bientôt k un poste plus honorable, en lui confiant l'éducation de son fds. Ce tils , cardinal dès l'âge de quatorze ans, devint sp:ipc , sous le nom de U;on X .

Léon X donna à son précepteur une charge de prolonolaire apostolique , puis il IVIeva au cardinalat , au litre de Sainte-Marie de Arà-CoMi, ensuite il le chargea de la légation d'Oinbrie , puis il lui donna le commandement de l'année , qui, avec et par le secours des Français, réunit le duché d'Urbin au domaine de Saint Pierre. Après celle expédition , il l'envoya en ambassade vers l'empereur Maximilien , qui arrivait en Italie : Bernard sul pénétrer sfcs desseins, cl cela il le seul but de sa légation. Bientôt après, Bernard , qui déjà était bien eonhu sous le nom de cardinal de Bibiennc , fut envoyé en France pour conclure une croisade contre les Turcs : c'est dans ce voyage qu'il eul l'occasion de prendre nn arrangement avec Adrien Gouflier , pour levé. hé de Coulances.

Dans sa franchise < levaleresquc , François Lcr s'anima d'une sainte ardeur aux paroles du cardinal légal, promit de se croiser et donna de I argent : c'était celle dernière chose que voulait Léon X ; la croisade fui remise à un autre temps. \ai roi se plaignit de ce manque de bonne foi ; le cardinal , plus ofl'ensé pcul-clrc d'avoir jélé pris pour dupe , que lâché de voir la croisade inaiiquée, se plaignit plus haut encore. Ces plaintes oU'ensèrcnl Léon X, les grands éloges qu'il faisait des qualités personnelles du monarque Français, dont il ne cessait de vanter la franchise , la valeur et la générosité, le rendirent suspccl : on craignit qu'il n'eût quilté la voie de la dissimulation cl de l'artifice , on s'alarma surtout de ce qu'il avait poussé trop loin une négociation , qui n'élail qu'un prétexte dont la cour de Rome se servait jour cacher ses véritables intentions , et on le rappela de sa légation , dont le but était d'ailleurs accompli. Ainsi Bernard quitta la France sans avoir vu l'église dont il élait administrateur perpe'tttel : c'est le nom que lui donnent nos registres.

Dès après son retour à Rome , c'esl-à-dirc au mois de Novembre 1520 , il mourut. Plusieurs écrivains ont avance qu'il fui empoisonné avec des œufs à la table même du souverain pontife ; l'attaque subite et le genre de sa maladie le firent supposer ainsi dès le moment ; pour nous , il nous répugne d admettre un fait de cette nature : pourquoi Léon X , qui jusques-là n'avait eu que des bontés pour son précepteur , en eût-il agi ainsi dans cette occasion ? Et quelle pouvait être l'utilité d'un tel crime 7 Léon X un empoisonneur ! Il faudrait pour l'établir d'autres faits que celui-ci. 11 nous reste une lettre qu'il écrivit au roi dans- celle circonstance, et qui peut contribuer encore à en éloigner le soupçon. Léon X y parle en icruies affectueux , mais sans affectation , de son ancien précepteur ; il y expose à François Ier, que le card inal est alité depuis plusieurs jour» , par une douleur d'entrailles, qui cependant ne le laisse pas sans espoir de guérison, et encore moins ses amis ; mais que, dans l'incertitude des événemens , il recommande aux bonlés du roi un neveu de ce cardinal , du nom de Florent , afin qu'il veuille ' bien le pourvoir de 1 evéché de Cou tances, pour que, moyennant ses revenus , il puisse rétablir les affaires de sa famille qui sont en grand désarroi. Celle lettre fut envoyée au roi de France par un exprès , chargé de donner verbalement de plus amples détails , cl d'en remettre à la reine mère une autre écrite dans le même sens.

Le neveu ne fut point pourvu de 4 evèclié , ou du moins s'il le fut , l'église de Coulances el l'église métropolitaine ne le reconnurent point pour cvèque , car les actes de ces deux églises marquent le siège vacant jusqu'en lV.n 1525. Nous citerons entr'autros une ordination faite au mois de décembre 1520 par Jean d'Alloigny , sufl'ragaiil de Coutanccs, évéque de Casloric, laquelle est dite pendant la vacance du siège; el un concile de Normandie , de l'an 1523 au mois

de février , donl les acles porlcnl la même «oit. Ce concile acorda au roi une décime , en l'acquit de laquelle la Normaudie paya une somme de 9666 livres 8 sous k deniers (i). Il est bien probable cependant , et celte longue vacance en est un indice , que le neveu du cardinal eut les revenus de 1 evèclié pendant quatre ou cinq ans. Ce qui le prouve encore mieux , c'est que Relleforéi et Claude Robert l'ont inscrit sans hésiter sur la liste de nos évéques ; or ils ne peuvent en avoir eu d'autre raison que celle qui vient d'être dite , puisqu'il est vrai qu'il ne le fut pas réellement.

Le diocèse de Cou lances perdit le suffraganl, Guillaume Chevron , pendant l'administration de Bernard ; Jean d'Alloigny , archidiacre du Beauplois, évéque de Caslorie, le remplaça dans celte fonction. Il y avaitencore l'abbé de Sainl- Laut, Roberl de Cagnebourne, qui était évêque in parti bus, au titre de la ville de Rose ; il fit quelques fonctions , mais par permission , et non par délégation : c'est-à-dire qu'il ne fui point suffraganl.

Nous ne terminerons pas cet article sans faire remarquer que les écrivains d'Italie donnent de grands éloges à notre évéque administrateur , et nous sommes tout disposé à croire que ce n'est pas sans raison.

Il portait pour armes, d'azur, à deux , ou selon d'autres, à trois cornes d'abondance d'or.

(1) La livre d'argent valant alors 25 livres 10 sous, et maintenant 100 francs , il s'ensuit que 25 livres 10 sous : 100 francs : : 0H66 livres : x , celte somme représente , valeur actuelle , 37905 francs.

Ce fut Richard de Bérauville , curé de Mesnilrault , qui fut nommé par le chapitre pour être collecteur de celte décime.

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