ORIGINE DE LA FABRICATION
Comme on le verra dans le cours de cet ouvrage, ce sont les ouvriers de Nevcrs qui, par leur émig;ration vers Rouen, apportèrent dans cette ville leurs procédés et furent, par leur genre de décoration, les premiers auteurs de rinflucnce nivernaise, types qui carractérisent si bien l'origine de la fabrication.
L'Italie et la Hollande fournirent aussi leur monde, qui n'abandonna pas de suite sa manière de faire; de là dérive le type hollando-japonais , dont la Planche 2 représente un spécimen.
Il ne pouvait en effet en être autrement, puisque chaque ouvrier travaillait alors suivant les données des fabriques d'où il sortait.
(1) Ouvrage i)ubli''* par l«s soins de MM. l'abbé Colas, Gustave Gouellain et Raymond Bordeaux.
STYLE RAYONNANT
Ce ne fut que vers 1710 que se créa d'une manière positive le style rayonnant, dans lequel se rangèrent les dessins dits à broderies j dont les motifs furent empruntés aux étoffes, aux dentelles et aux passementeries qui se faisaient alors.
La marqueterie , la damasquinure fournissent aussi leurs modèles que les artistes agencèrent avec de capricieux rinceaux et de gracieuses volutes ; le tout était relié par de légers fleurons que des nœuds élégants achevaient de retenir.
Un caractère particulier à remarquer dans le style rayonnant consiste dans le dessin qui se détache en blanc sur un fond bleu ; c'est-à-dire que par lui-même le sujet se trouve comme enlevé en blanc au milieu d'un placard de bleu. De là dérive le nom de broderie dite à réserve. Il arrive quelquefois, mais à de rares exceptions, que, dans une pièce décorée entièrement sans réscnes, le dessin entier se détache en bleu sur le fond de la pièce, qui est Témail blanc.
Le rehaut en rouge et jaune n'a été employé dans les parties réservées que pour rompre la monotonie et rendre l'objet plus joyeux. (Voir les PI. 19, 20, 21 et suivantes.)
En examinant bien attentivement quelcjucs pièces du style rayonnant, nous sommes amenés à conclure qu'il se dislingue par les caractères qui suivent: Il existe à environ 1 centimètre de l'objet une ligne bleue qui en décrit la forme et sur laquelle vient s'adosser une série de motifs d'ornementation qui se trouvent renfermés dans une espèce d'écaillé ou de baldaquin dont los formes varient à l'infini, et dans l'intérieur duquel il existe presque toujours un dessin régulier en réserve et dont le centre est généralement une fleur. (\oir PI. 28.)
Pour joindre ces écailles, dont le nombre varie suivant leur longueur, on se sert de guirlandes de feuilles ou de fleurs desquelles s'échappent, à leur tour, de petits fleurons (Voir PI. 25 et 28.) Ces fleurons se groupent d'eux-mêmes autour d'autres ornements et senent à les rapprocher plus ou moins du centre de l'objet qui consiste souvent en un cul-de-lampe tiré des dessins du temps. Ils représentaient des corbeilles de fleurs, des vases de fruits (PI. 25, 28, 30, 33), ou encore, par exception, des armoiries. (PL 4, 9, 15.)
Ce qui fit le succès de ce style, c'est (ju'il fut purement décoratif. La lumière
et Tombre furent entièrement inutiles à son effet, n'ayant à représenter qu'un dessin plat et sans relief..
La Hollande et le Japon eurent aussi leur décor rayonnant.