DE LA DECORATION ET DES DIFFERENTS STYLES
Le premier genre de décoration employé fut le camaïeu bleu, tel qu'il se rencontre dans les faïences de Delft, que l'on imita, du reste, pendant quelque temps.
Ce qui fait reconnaître les Rouen de ces dernières, c'est l'absence des piqûres que Ton trouve fort souvent dans l'émail au revers de ces pièces ; les teintes du Rouen sont fondues, sa pâte est plus épaisse et par conséquent plus lourde. Le brillant de son émail est transparent; son bleu a aussi plus de vigueur que dans les autres faïences.
Au bleu devenu trop monotone on joignit le rouge pour en rehausser l'éclat ; peu à peu des essais successifs firent découvrir le jaune et le vert. Bien que les peintres n'eussent en leur possession que ces quatre couleurs, ils n'essayèrent pas moins d'en former d'autres sur la palette ; a l'aide de mélanges ils obtinrent une série de tons nouveaux, mais la cuisson en détériorait souvent les combinaisons et ramenait le tout à une seule et même teinte.
Privé de cette ressource, force fut d'abandonner l'imitation exacte de la nature pour se retrancher dans un genre purement décoratif et de fantaisie. C'est alors qu'apparut l'orncmontalion dite à broderie, si justement appréciée des amateurs, et qui ne tarda pas à être suivie par le style rayonnant, avec ses nombreuses réserves.
Le régne de Louis XIV nous donna le camaïeu bleu rehaussé de rouge fer. Les coquilles, les draperies furent aussi les ornements usuels de cette époque. On garnit les culs-de-lampes d'élégantes corbeilles de fleurs dont les rinceaux tortueux s'étendirent dans toutes les directions.
Un grand luxe de décoration fut déployé sur tout ce qui fut destiné à l'ornementation. De ce nombre se trouvaient les potiches, les aiguières, les casques, les consoles, les candélabres, les globes célestes et terrestres, et une quantité '.d'autres pièces dont le prix s'accrut en raison de la valeur artistique.
Les grandes proportions de ces objets permettaient à l'artiste de donner essor à son génie. Il était du reste plus facile d'y obtenir un ensemble que sur la vaisselle plate et régulière.
Il est à remarquer que, comme cuisson, les pièces de taille moyenne ou petite sont généralement supérieures aux grandes, ce qui tient à l'impossibilité de renfermer ces dernières dans des cazettes et par conséquent de les isoler de toutes substances nuisibles.
Nous croyons devoir indiquer ici l'usage des grands plats que nous rencontrons encore quelquefois et dont le luxe de décors surprend au premier abord. Leur usage journalier était de senir a l'ornementation des habitations; puis ensuite, dans les repas de fête, à contenir divers aliments. Dans un même plat se trouvait réunie la volaille domestique au gibier, ou bien encore diverses sortes de légumes.
Une ordonnance royale qui limitait le nombre des services et des convives, suivant les différentes classes de la société, était du reste la cause de ces mélanges. Par la grandeur des plats et l'agglomération des mets, on arrivait à réunir plusieurs services en un seul, et on se renfermait ainsi dans les limites prescrites par la loi.
A des époques plus rapprochées de nous, des plats, des assiettes et des pots richement ornementés furent offerts en cadeau de noces ; il reçurent alors les noms des époux et la date de leur union.
L'usage fut aussi de décorer des brocs à l'image de certains saints et de les offrir aux heureux possesseurs de ces noms le jour de leur fête.