RUINES DU PALAIS IDE L'INTENDANT
— où Talon avait laissé une brasserie en décadence et " près de dix-sept arpents de terre non occupés." Louis XIY, sur l'avis de son intendant De Meulles, prodigua de vastes sommes pour y ériger un palais fastueux, où la justice française se rendait, et plus tard, sous Bigot, elle se vendait. Nos illustres ancêtres, au reste, n'étaient pas hommes à se chagriner pour de telles vétilles. Façonnés de longue main aux ineffables douceurs du régime féodal, sans oublier les corvées et ces adorables et royales lettres de cachet, qui, au rapport de l'abbé Faillon, pouvait au besoin atteindre même le clergé, que leur importait les institutions d'un peuple libre, le texte de la Grande Charte ï A cet endroit était le célèbre magasin où Bigot, Cadet et consorts revendaient à d'énormes profits les provisions, etc., que le roi de France envoyait
à la population affamée de Québec en 1758. Le peuple nommait la Maison, La Friponne. Près du site de l'ancienne brasserie de Talon, où Frontenac avait interné l'abbé de Fénélon \ en attendant son procès, s'élève maintenant la brasserie de M. Boswell. Aux yeux des " libres et indépendants électeurs " de la Vacherie, au siècle dernier, nul doute que le palais de l'Intendant ne semblât une huitième merveille. La capitulation du 18 septembre 1759, enleva vraisemblablement une noble partie de sa splendeur à la huitième merveille, qui subit une éclipse totale lorsque les boulets des milices canadiennes, en 1775-6, en délogeaient les envahisseurs du sol, les sans-culottes d'Arnold, comme le colonel Caldwell l'écrivait en 1776 à son ancien chef, le général Murray. On appelait la Vacherie les vastes pâturages au pied du coteau Sainte-G-eneviève, où paissaient en été les vaches de la cité, et où maintenant se groupent tant d'orgueilleux magasins, sur les rues des Fossés, Craig, de la Couronne, etc.
Si la rue Saint-Pierre eût eu, en 1775, pour voie de communication régulière avec cette " seconde Basse- Ville " la rue Saint-Paul (ouverte en 1816) nul doute que le soleil du progrès n'y eût lui près d'un demi-siècle plus tôt.
" Quelques projets d'amélioration, dit l'abbé Ferland, pour la ville de Québec, furent proposés au ministre par M. de Meulles. Depuis assez longtemps l'on reconnaissait la nécessité d'obtenir un local pour la demeure de l'intendant et pour la tenue des séances du conseil, le château Saint- Louis fournissant à peine un logement convenable au gouverneur et à ceux qui composaient sa maison. M. de Meulles proposa d'acheter un grand édifice de pierre que M. Talon avait fait bâtir pour servir de brasserie, et qui, depuis plusieurs années, était resté inoccupé. Placé dans une position
1 L'abbé de Fénélon, en Août 1674, étant interné à la brasserie de Talon, sous la garde d'un huissier à la suite de son fameux sermon de Pâques de cette année-là contre les corvées extraordinaires commandées par M. de Frontenac. Il niait au Conseil le droit de le juger et parut devant la Cour, le chapeau sur la tête. (Voir Histoire de la Colonie Française au Canada. Vol. III, pages 315-496.
fort commode sur le bord de la rivière Saint-Charles et à quelques pas de la Haute- Ville, ce bâtiment, avec des réparations et des additions, pourrait fournir, outre une résidence convenable pour l'intendant, des salles et des bureaux pour le conseil souverain et les cours de justice, des voûtes pour les archives et une prison pour les criminels.
" Auprès de l'ancienne brasserie, M. Talon possédait une étendue de terre d'environ dix-sept arpents en superficie, et dont personne ne se servait. Une partie de ce terrain, dans le plan de M. de Meulles, pouvait être réservée pour les jardins et dépendances du palais de l'intendant, tandis que le reste serait partagé en emplacements et deviendrait une seconde Basse- Yille qui pourrait un jour se prolonger au pied du cap. Il croyait que si ce plan était adopté, les nouveaux quartiers de Québec s'étendraient dans cette direction, et non sur les hauteurs, presque toutes occupées par les communautés religieuses." i
On voit d'après le journal de Panet, que Saint-Eoch existait en 1*759 — que les femmes et les enfants du quartier n'étaient pas indifférents au sort de la patrie aux abois.
" Le même jour, (31 juillet 1Ï59), dit Panet, " nous entendîmes dans le quartier Saint-Eoch un grand cri de femmes et d'enfants qui criaient " Yive le Eoi ! "
" Je montai sur la hauteur " (sur le coteau Sainte-G-eneviève?) " et je vis la première frégate tout en feu ; peu de temps après une fumée noire dans la seconde, qui sauta et qui prit ensuite en feu." Le 4 août, on recevait à Saint-Eoch quelques bombes de 80. Le 31 août, on lit que deux soldats, pour avoir volé un quart d'eau-de-vie dans la maison de Charland, quartier de Saint-Eoch, furent pendus à trois heures aprèsmidi. En ce temps-là, le général ou le Recorder ne badinait pas. Qui était ce Charland de 1Ï59 ? était-ce le même qui, seize ans plus tard, ferraillait avec Dambourgès, au Sault-au- Matelot ?
Depuis l'inauguration de la domination anglaise, Saint-
Vol. II, p. 140.
Eoch s'est peuplé d'une manière frappante ; on y voit un réseau de rues embrassant en superficie plusieurs lieues ?
La voie publique la plus ancienne du quartier est probablement la rue Saint-Vallier. On se rappelle encore le beau jardin et la modeste demeure du Frère Louis sur le côté nord de cette rue : dans le grenier du Frère Louis fut découvert, vers 1845, le vénérable drapeau de Carillon. La rue Desfossés tire son nom vraisemblablement des fossés qui servaient à égoutter les pâturages de la Vacherie. La rue du Vieux Pont date de la fin du siècle dernier ; celle de Dorchester rappelle l'administrateur aimé et populaire qui, sous le nom de Sir G-uy Carleton, conduisait les milices de Québec à la victoire, en 1ÏY5.
La rue Craig reçut ce nom de Sir James Craig, vieux militaire hydropique qui, en 1807, administra les affaires tambour battant. Elle fut élargie et agrandie de dix pieds après l'incendie de 1845. Le site du marché Saint-Paul fut acquis de l'ordonnance royale, le 31 juillet 1831.
Le pont Dorchester fut bâti en 1822.
La rue Saint- Joseph, à Saint-Eoch, qui n'avait d'abord que 25 pieds de largeur, par la libéralité des particuliers, fut portée à 40 pieds.
Ceci engagea la corporation à la prolonger au-delà des limites de la cité jusqu'au chemin de Lorette et l'a rendue la plus utile et l'une des plus belles rues de Saint-Eoch.
Quand la plus spacieuse rue du quartier, la rue de la Couronne, large de soixante pieds, reçut-elle les cérémonies du baptême ? à coup sûr, ce dut être avant 1837, l'ère de Papineau. La rue du Eoi rappelle sans doute le règne de G-eorge III ; ainsi que la rue de la Eeine. L'hon. John Eichardson, de Montréal, vers 1815, donnait son nom à la rue qui traverse les terrains que la couronne venait de lui concéder pour les héritiers de feu William Grrant, Eeceveur- Grénéral, qui, lui aussi, léguait son nom à une rue avoisinante. Un Monsieur Henderson possédait des terrains dans le voisinage de l'Usine du G-az, au commencement du siècle : il fallait donc y créer une rue Henderson. Le quai du gaz
est bâti sur le site de l'ancienne jetée, dont nous avons vu une mention vers 1720. Cette digue se composait de pierres entassées les unes sur les autres et servait à abriter le débarcadère au Palais contre le vent du nord-est. En 1815, le Col. Bouchette dit que c'était une promenade assez fréquentée ; maintenant l'extension du quai n'en laisse aucune trace.
La rue de l'Eglise date sans doute de la construction de la belle église de Saint-Roch, vers 1812. Le site en fut donné par l'hon. John Muir, mort en Ecosse, en 1823.
L'espace nous manque pour décrire convenablement une multitude de localités, de rues et ruelles de Saint-Roch ; nous terminerons ces notes hâtives par quelques détails topographiques.
Saint-Eoch, comme la Haute-Ville, comprend plusieurs fiefs. A partir du fief du Séminaire, à venir jusqu'au quai du gaz, les grèves avec le droit de pêche appartenaient originairement à l'Hôtel-Dieu, par concession du 21 mars 1648. Elles ont été concédées depuis à d'autres. La Couronne possède une réserve importante vers l'ouest de cette concession ; puis vient la concession de 1814 ou 1815 aux héritiers de ¥m. G-rant, occupée maintenant par plusieurs chantiers. Jacques- Cartier qui, en 1535-6, hivernait dans les environs de Saint- Roch, a donné son nom à toute une division municipale de ce riche faubourg, aussi bien qu'à une Halle fort achalandée.
Descendons cette antique et tortueuse côte de la Basse- Ville qui a retenti sous les pas de tant de régiments, où les Gouverneurs Français et Anglais ont tant de fois entendu leurs noms acclamés par des foules avides d'émotions, où les Vice-Rois de la France et de l'Angleterre, depuis le fastueux marquis de Tracy au fier comte de Durham, montaient au château Saint-Louis, entourés de leurs brillants états-majors, au son du canon et des fanfares guerrières. Nous voilà à la principale artère du commerce dans la vieille capitale — la rue Saint-Pierre, large de vingt-quatre pieds seulement.
La rue Saint-Pierre est vraisemblablement plus ancienne
que sa sœur, la rue Sault-au-Matelot, voisine de la rue Saint- Pierre. Là où la banque l de Québec fut érigée en 1862, étaient, au siècle dernier, les bureaux, la voûte, le quai de John Lymburner, marchand bien connu. L'onde du Saint- Laurent baignait le quai même où s'élevaient les bureaux et voûtes que la Banque de Québec a remplacé : ces bureaux, en 1834, étaient occupés par la Banque de Montréal. Les navires des postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson étaient amarrés au quai en arrière. Il y avait trois Lymburner : John, mort vers 1816, Mathew, et Adam le plus lettré des trois : ils étaient sans doute parents. Il y avait plus que des soupçons sur la loyauté d'Adam envers la couronne britannique, en 1Ï75 ; néanmoins ses talents oratoires, ses connaissances en droit constitutionnel, le firent déléguer en Angleterre pour plaider la cause de la colonie devant les autorités métropolitaines ; son discours est reproduit dans le Canadian Review, publié à Montréal en 1826.
Le colonel Caldwell 2 mentionne que le gouverneur G-uy Carleton avait fait braquer un canon sur le quai de la maison de Lymburner, pour tirer sur les Bostonnais, en 1ÏÏ5, lorsqu'ils tentèrent une surprise dans le quartier Sault-au- Matelot. On voit encore dans la maison voisine, au sud de
1 Grâce à M. J. B. Martel, secrétaire de la Commission du Havre, nous pouvons décrire en quelques mots le site qu'occupe la Banque de Québec. Ce terrain, alors un lot de grève, fut concédé au Séminaire par le marquis de Denonville en 1687, et confirmé par le roi le 1er mars 1688. Le 25 août 1750, Messin- Christophe de Lalane, Directeur du Séminaire des Missions étrangères, à Paris. . . le concéda à M. Nicholas René Le Vasseur, Ingénieur, ci-devant chef des constructions des vaisseaux de Sa Majesté très-chrétienne. Le 24 juin 1760, vente de la même propriété à Joseph Brassard-Deschenaux, maison à deux étages et un quai (avec les peintures au-rîessus de la porte) ; le 8 septembre 1764, vente à Alex. McKenzie, prix £5,800 ; le 19 avril 1768, Joseph Deschenaux vend son hypothèque.. . à M. John Lymburner ; le 11 août 1781, concession de la grève en arrière, à marée basse, par le Séminaire, à Adam Lymburner ; le 5 nov. 1796 vente par le procureur d'Adam Lymburner à Mathew Lymburner. Puis Angus Shaw en devient propriétaire moyennant £4,100. Le 17 octobre 1825, vente par décret à Henry Atkinson, Esq.
2 M. S. publiés en 1867, sous les auspices de la Société Littéraire et Historique de Québec.
cette dernière, et appartenant aux héritiers Atkinson, de fort massives voûtes, d'origine française probablement.
Sur le site où est le bureau de M. McGrie il y avait, en 1759, l'entrepôt de marchandises de M. Pérault : d'après de nombreuses lettres et factures trouvées en ce grenier, et qu'un antiquaire nous a remises, M. Pérault avait des relations commerciales fort étendues au Canada et en France.
La rue Saint-Pierre est devenue le quartier-général du haut commerce ; des bureaux d'assurance sur la vie, contre les accidents par le feu. Les institutions monétaires y trônent orgueilleusement : la Banque de Montréal, la Banque de Québec, la Banque Union, la Banque Nationale, la Banque Stadacona, la Banque de l'Amérique Britannique.
Dans cette rue demeurait, en 1114, le capitaine Bouchette qui, l'année suivante, dans son vaisseau "Le Gaspé" nous ramenait sain et sauf, en dépit des Yankees, Sir GJ-uy Carletom notre gouverneur. M. Bouchaud, marchand, M. Panet, N. P., le père de Mgr. B. C. Panet, y résidaient, aussi bien que M. Boucher, maître du Port (Harbour Master), qui fut nommé à ce poste par le Gouverneur R. S. Milnes, sur la recommandation du Duc de Kent, dont il avait piloté le vaisseau (porteur du le Régt.) de Québec à Halifax.
Le bureau où se rédige le Morning Chronicle, fondé en 1847, appartenait en 1759 à M. Jean Taché, syndic des marchands, " homme probe et d'esprit, " disent les Mémoires, un de nos premiers poètes. Il composa un Poème sur la mer ; c'est l'ancêtre de feu Sir E. P. Taché, du romancier Marmette, etc. Il possédait alors en outre de grands bureaux, que l'incendie dévorait en 1845 sur le quai Napoléon, et une maison de campagne sur le chemin Ste. Foye, plus tard Holland House. Ce local, pendant près d'un demi siècle, fut un café fort achalandé par les marins de long cours, sous le nom de Old Neptune Inn ; le Dieu de la mer armé d'un trident formidable, placé au-dessus de la porte, menaçait les passants. Nous nous rappelons comme d'hier ses formes colossales : il a disparu depuis près de trente ans.
Parallèle à la rue Saint-Pierre, court la rue Notre-Dame,
qui conduit à la petite église de la Basse-Ville, nommée d'abord Notre-Dame de la Victoire en souvenir de la victoire remportée, en 1690, sur l'assiégeant Sir William Phipps ; plus tard Notre-Dame des Victoires, en mémoire de la défaite de l'escadre de l'amiral Sir Hovenden Walker en 1711. Ce coin de la rue Saint-Pierre occupe probablement les avenues et les parterres où Champlain cultivait les roses vers 1615. En face de l'église Notre-Dame des Victoires, et sur le site occupé actuellement par l'hôtel Blanchard, les Dames Ursulines, en 1639, trouvèrent un asile, " à une toute petite habitation, espèce de magasin, alors la propriété de Sieur Juchereau des Châtelets, située au pied du sentier de la montagne, " où le gouverneur, M. de Montmagny, dit-on, leur envoya porter leur premier souper en Canada.
L'endroit a encore d'autres traditions, de suaves mémoires : la bonne, la jeune, la belle madame de Champlain, vers 1620, y enseignait le catéchisme sous l'ombrage des bois aux marmots hurons qui s'extasiaient en voyant leurs traits reproduits dans le petit miroir que leur bienfaitrice portait suspendu à son côté.
Parmi les nombreuses voûtes et magasins de la Basse- Ville, en 1682, le feu éclata et réduisit en cendres une grande partie des édifices. Sur une partie de ces décombres, on construisit plus tard Notre-Dame de la Victoire ; ouvrons le tome II du Cours d'Histoire du Canada, de l'abbé Ferland, et lisons :
" D'autres ruines se trouvaient (en 1684) au centre des affaires à la Basse- Ville ; c'étaient des murs noircis et lézardés, l'ancien magasin (de Champlain) qui, des mains de la compagnie, était passé dans celles du roi ; il était resté dans l'état où l'avait laissé le grand incendie qui, quelques années auparavant (1682), avait détruit la Basse- Ville. Mgr. de Laval obtint, en 1684, cet emplacement de M. de la Barre, afin d'en faire une chapelle succursale pour l'avantage des habitants de la Basse- Ville. Ce don ne fut cependant ratifié qu'un peu plus tard en faveur de M. de St. Vallier. Au mois ae septembre 1685, MM. de Denonville et de Meulles firent
expédier la concession pure et simple de ce lieu pour l'érection d'une église, que le digne évêque bâtit avec le temps sous le nom de Notre-Dame de la Victoire. " Le débarcadère des petites embarcations, en aval de la vieille halle (maintenant le marché Finlay) * a sans doute emprunté son nom La Place du Débarquement, du site avoisinant, en face de l'église Notre-Dame, connue comme La place de Notre-Dame.
C'est dans ces environs, un peu vers l'ouest, qu'avait lieu en juillet 1608, sous l'ombre discret d'un bois, près du jardin que Champlain s'y faisait " accommoder ", l'historique entrevue qui sauva la colonie. Le secret en valait la peine : rien de surprenant si le loyal pilote de Champlain, le capitaine Testu, jugea à propos de conduire le fondateur de Québec à l'écart dans un bois avoisinant pour lui dévoiler l'odieuse trame qu'un des complices, Antoine Natel, serrurier, venait de lui confier sous le plus grand secret. Le chef de la conspiration était un nommé Jean du Yal, venu en ce pays avec Champlain. On devait égorger Champlain, piller le magasin, puis rejoindre les vaisseaux espagnols et basques à Tadoussac. Comme il n'y avait alors dans la Nouvelle-France ni cour d'appel, qu'il n'était nullement question d'une Cour Suprême, le procès du chef de la conspiration fut bientôt instruit, ; le sieur Jean du Val fut bel et bien " pendu et étranglé au dit Québecq, et sa tête mise au bout d'une pique, pour êstre plantée au lieu le plus éminent du fort. " Certes, cette livide tête de forcené, au bout d'une pique, près de la rue Notre-Dame, devait faire un effet pittoresque à la brunante.
Mais le brave capitaine Testu, le sauveur de Champlain et de Québec, qu'est-il devenu ? Champlain lui fait l'honneur de le nommer, voilà tout. Ni monument, ni poème, ni page d'histoire, rien pour commémorer son dévouement. A l'instar de celle de l'homme illustre dont il sauva les jours, sa tombe est ignorée. Il n'existe personne de sa descendance, d'après l'abbé Tanguay.
1 M. Finlay, un des bienfaiteurs de ia cité, laissa des dons que la ville employa à acheter ce marché.
La plus vaste, la plus remarquable des solides voûtes françaises de la Basse-Ville est celle maintenant possédée par la succession Poston, sur le côté Nord de la rue Notre-Dame, presqu'en face de l'église. On prétend que ces voûtes étaient construites non-seulement à l'épreuve du feu, mais encore à 1 épreuve de l'eau, aux grandes marées du printemps et de l'automne»
Pendant le siège de 1*759 on voit, d'après le journal de Panet, que la Basse- Ville n'était qu'un monceau de ruines fumantes ; au 8 d'août, c'était un brasier. Les bombes de Wolfe et de Saunders avaient pénétré jusque dans les voûtes souterraines. Cette date fut fatale à bien des québecquois. " Les Anglais jetèrent des pots à feu sur la Basse- Ville, dont trois tombèrent, un sur ma maison, dit M. Panet, un sur une des maisons de la place du marché et dans la rue Champlain. Le feu prit à la fois dans trois endroits. En vain voulut-on couper le feu et l'éteindre chez moi ; il ventait un petit Nord- Est, et bientôt la Basse- Ville ne fut plus qu'un brasier ; depuis ma maison, celle de M. Desery, celle de M. Maillou, rue du Sault-au-Matelot, toute la Basse- Ville, et tout le Cul-de-Sac jusqu'à la maison du Sr. Voyer, qui en a été exempte, enfin jusqu'à la maison du Sr. de Voisy, tout a été consumé par le feu.
" Il y a eu sept voûtes qui ont été crevées ou brûlées ; celle de M. Perrault, le jeune, celle de M. Tachet, de M. Turpin, de M. Benjamin de la Mordic, Jehaune, Maranda. Jugez de la consternation. Il y eut 16 1 maisons de brûlées."
Cent soixante-sept maisons incendiées devaient créer bien des lacunes. On sait où était le magasin de M. Perrault, jeune, de M. Taché. Mais qui nous indiquera où étaient les maisons de Desery, Mailloux, Voyer, de Voisy et les voûtes de MM. Turpin, de la Mordic, Jehaune, Maranda ?
On sait que Champlain, après son retour à Québec, en 1633, avait " eu le soin de réparer une batterie placée au niveau du fleuve, près du magasin, et dont les canons commandaient le passage entre Québec et la côte opposée." 1
1 Cours d'Histoire du Canada, Fcrland, Vol. 1, p. 280.
LES RUES pB QUEBEC. 41
Or, en 1683, " cette batterie de canons posée dans la Basse- Ville, environnée presque de maisons de tous côtés, était éloignée du bord de la rivière et causait de l'incommodité au public ; " le gouverneur d'alors, Lefèbvre de la Barre \ " ayant reconnu un endroit bien plus avantageux vers la Pointe des Roches et au bord du dit fleuve à haute marée qui, dit-il, battra bien plus avantageusement dans la rade et qui causera bien moins d'incommodités aux maisons de la dite Basse-Ville," jugea à propos d'y transporter la dite batterie, et les Révérends Pères de la Compagnie de Jésus s'étant offert de contribuer aux frais qu'il conviendrait de faire, il leur concéda " une partie de l'emplacement qui est au-devant du lieu sur lequel est présentement posée la dite
batterie de canons entre la rue ou le grand chemin de
charrettes venant du port 2 et la rue dite Saint-Pierre."
Voilà donc l'origine du quai Napoléon et une mention bien distincte de la rue Saint-Pierre. La maison construite près de ce site fut vendue le 22 octobre 1763 à ¥m. Grant, écuyer, qui, le 19 décembre 1763, achetait aussi le reste du terrain jusqu'à basse marée de Thos. Mills, écuyer, major de ville, lequel venait d'en obtenir la patente, le 7 décembre 1763, du gouverneur Murray, en récompense, comme il est dit au préambule de l'acte, de ses services militaires. Cette propriété qui, plus tard, appartenait à M. ¥m. Burns, fut par lui cédée, le 16 octobre 1806, à M. J. W. Woolsey.
Le quai Napoléon, acquis en 1842 de M. Buteau par feu M. Chouinard, fait maintenant partie de la succession Chouinard ; il se compose en réalité de deux quais réunis en un seul, la partie à l'Ouest se nomme Quai de la Reine. La voie qui mène du Cap vers ce quai est nommée Rue Sous-le-Fort, à cause de sa position : elle date probablement de l'année
1 Concession de la Barre aux Jésuites, 16 sept. 1683.
2 M. de Laval, en 1661, décrivait la ville comme suit :
" Quebecum vulgo in superiorem dividitur et inferiorem urbim. In inferiore sunt portus, vadosa navium ora, mercatorum apothecœ ubi et merces servantur, commercium quodlibet peragitur publicum et magnus civium numerus comnoratur."
1620, quand on jeta les fondations du Fort St. Louis. En 1663. elle devait aboutir à la " Pointe des Roches ;" au siècle dernier la Rue Sovs-le-Fort comptait entre autres résidences celle de Fleury de la Joannière, frère de Fleury de la Grorgendière* beau-frère du gouverneur de Yaudreuil.
Il y avait aussi dans cette rue la maison de M. G-eorge Alsopp, le chef de l'opposition dans le Conseil du Gouverneur Cramahé, etc. ; son voisin était M. D'Amours des Plaines, conseiller au Conseil Supérieur ; puis, ensuite, la résidence de M. Cuvillier, le père de l'hon. Austin Cuvillier, Orateur de la Chambre d'Assemblée en 1842. Dans cette rue se trouvait le magasin de M. Cugnet, le fermier du domaine de Labrador.
Il ne faut pas confondre le Quai Napoléon, tel que l'avait fait M. Brunet avant M. Buteau, avec le Quai de la Reine, propriété de M. Woolsey. Du Quai du Roi aux forges du Roi, dont on trouvait les masures au commencement du siècle un peu plus haut que le hangar du Roi, il n'y a que quelques pas.
Gr. Bellet, M. P. P., demeurait dans la propriété de M. Chouinard, au coin des rues Saint-Pierre et Sous-le-Fort.
M. .T. A. Malouin nous écrit :
En parcourant un ancien manuscrit, à la date de 1861, je lis ce qui suit : — " Je me rappelle les changements rapides qui ont eu lieu sur les établissements depuis 70 ans, dans quelques parties de ce pays. D'abord à Québec : le faubourg St. Jean a du moins triplé, le cimetière des Anglais (St. Mathews) était au bout sud-ouest de ce faubourg. Il n'y avait point de faubourg St. Roch, si ce n'est quatre ou cinq maisons occupées par des tanneurs au côté sud de la rue St. Vallier, et la maison de M. David Linet, le long du fleuve, près de PHôpital-Général ; point de faubourg St. Louis, même en 1797. Il n'y avait que la maison de M. Ferguson, tailleur, (résidence actuelle de M. Joseph, président de la Banque Stadacona,) qui existe encore près des murs, au côté sud-est du chemin ou route de la Grande Allée.
" A la Basse- Ville, la rue du Sault-au-Matelot était bien courte et celle de St. Pierre encore plus. Au Palais, il y avait quelques maisons; et de là, allant vers le Nord-Est, environ une quinzaine de maisons le long de la côte allant vers la Canoterie ; il n'y avait pas de chemin de voitures depuis les extrémités des rues Sault-au-Matelot et St. Pierre, à aller à la Canoterie ou rue St. Paul, par le côté Nord-Est ; la Basse-Ville a au moins triplé par les améliorations et par l'agrandissement sur la rive du fleuve St. Laurent, tant sur les rives de la Pointe à Carcy que sur celles le long de la rue St. Paul. Et du côté sud-ouest de la Basse-
Ville par la rue Champlain, les maisons ne s'étendaient point jusqu'au Cap Diamant. Et de là, en remontant le long du fleuve jusqu'au Cap Rouge, il n'y avait qu'une seule maison, située à Sillery, occupée par M. Hullet, (beau-père du juge Bossé), qui cultivait une anse en houblon, près des restes d'une église que les anciens de ce temps là appelaient l'Eglise St. Michel."
Entre le quai de la Reine et la jetée à l'ouest, appartenant aux autorités impériales et nommée le quai du Roi, il y avait un enfoncement ou débarcadère, fort prisé par nos aïeux, où les vaisseaux côtiers et les petites embarcations de rivière se réfugiaient, le Cul-de-Sac. Là aussi, les navires, surpris par un hiver hâtif, attendaient que les soleils d'avril vinssent rompre leurs chaînes en fondant les glaces du fleuve. On les mettait en hivernement sur un fond de glaise, douillettement et en sûreté : les vaisseaux naufragés y venaient aussi pour recevoir des radoubs. Le Cul-de-Sal, avec ses us et traditions marines, avait aux anciens jours, son utilité dans notre incomparable port de mer. Près de cet endroit, en 1 Y59, Yaudreuil avait établi une batterie à fleur d'eau. Sur ce site fut bâtie vers 1833 l'ancienne douane. Le Cul-de-Sac rappelle " la première chapelle qui ait servi d'église paroissiale à Québec — celle que Champlain fit construire à la Basse- Yille, en 1615, dans l'anse du Cul-de-Sac, où le nom de Champlain est resté attaché à la rue qui aboutissait à cette chapelle. Les Récollets y firent les fonctions curiales jusqu'à la prise de Québec par les Kertks — 1615- 1629." (Laverdière.)
Rien moins qu'un besoin pressant de fournir au public un marché convenable, et aux petits vapeurs côtiers des quais, ne put déterminer la municipalité d'y ériger les jetées actuelles et d'y élever en 1856, avec la pierre de taille de l'ancien Parlement, la spacieuse Halle Champlain que nous connaissons. Le quai du Roi et les hangars du Roi sur icelui, ont aussi leurs traditions marines et militaires. Quelques compagnies des Volontaires y étaient casernées à l'époque palpitante de 183*7-8, lorsque " Bob Symes " rêvait une nouvelle conspiration chaque nuit, et que M. N. Aubin préservait^ dans l'ambroisie du Fantasque, ce loyal Magistrat.
Que de pimpantes frégates, que de vaisseaux-amiral de la
Grande-Bretagne ont attaché un canot à la rampe de ce quai î Jacques-Cartier, Champlain, Nelson, Bougain ville, Cook* Vauelaiu, Montgomery, ont tour à tour foulé cette pittoresque plage surplombée par le Cap aux Diamants. Depuis près d'un siècle, la rue qui porte le nom vénéré du fondateur de Québec, la rue Champlain, oublieuse de ses anciennes traditions gauloises, est le quartier-général, exclusif presque, de notre population Hibernienne. Une lugubre planche peinte en noir et en blanc, suspendue aux saillies du Cap, marque l'endroit où l'un de leurs compatriotes, le général Richard Montgomery, avec ses aide-de-camp Cheeseman et McPherson, recevaient le coup de grâce pendant une tempête de neige, vers 6 heures du matin, — le 31 décembre 17Ï5. Cette malencontreuse matinée pour nos amis les ennemis, le poste était gardé par des miliciens, MM. Chabot et Picard ; le capitaine Barnesfare, marin anglais, avait pointé le canon ; Comnet le sergent McQuarters le tirèrent. A l'extrémité Est était, selon MM. Casgrain et Laverdière, le tombeau de Champlain. M. S. Drapeau dit qu'il n'en est pas sûr. Adhuc sub judice lis est.
Un peu à l'ouest est le Cap Blanc, habité par un petit groupe de Canadiens-Français : près de là fut lancé le premier navire bâti à Québec, en 1667 ; 1 le drapeau blanc flottait alors aux bastions du Cap aux Diamants.
La rue Champlain court presque jusqu'au Cap Rouge, une distance de six milles. Pendant l'hiver, les incidents les plus marquants sont : les éboulis sur les toits de quelque avalanche des flancs du Cap — quelquefois mort s'en suit : la pose de la quille d'un grand navire dans les chantiers de MM. G-ilmour, Dinning, Baldwin, etc. Ce qui remet la joie au cœur des pauvres charpentiers en grève, dont les blanches chaumières se groupent le long de la côte. Excepté pendant les mois d'été, où les équipages des nombreux navires en chargement le long des estacades, dansent et chantent dans les estaminets, l'année s'écoule paisible. Aux grands
1 Relation de 1667 — Histoire de la Colonie Française. Tome III, page 256.
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jours de gala, au temps des élections, quelques fils de St. Patrice parcoureront l'historique rue, armés de gourdins, dé shUlaleighs pour maintenir la paix! ça va sans dire.
En somme la rue Champlain a une physionomie toute particulière.
Parmi les rues de Québec, les plus célèbres dans nos annales à raison des incidents qui s'y rattachent, nommons la salle et tortueuse voie qui circule du bas de la rue Lamontagne. 1 Elle court à deux cents pieds sous le Cap jusqu'au sentier plus étroit encore qui commence où finit la rue Saint- James, et mène au pied de la côte de la Canoterie : 2 nous avons nommé la rue Sault-au-Matelot. Est-ce parce qu'un matelot un peu grisé sans doute, ou est-ce parce qu'un chien du nom de Matelot y sauta ? 3 consultez Du Creux. Notre ami Marmette l'a réservée pour recevoir dans sa chute son héros Dent de Loup. Ce " sentier plus étroit," dont nous venons de parler, a nom " Ruelle des chiens," qui vient aboutir à la " Côte des chiens, " laquelle fait partie à l'est de la " Côte de la Canoterie. " Ainsi le nomme le peuple : les Directory le nomment " Petite Eue Sault-av- Matelot." Il est si étroit que deux charrettes en certains angles ne pourraient s'y rencontrer. Figurez-vous qu'à venir à 1816 nos magnanimes aïeux n'avaient d'autre débouché en cette direction, à marée haute, pour pénétrer à Saint-Koch (car la rue Saint- Paul est postérieure à 1816, comme M. de Graspé nous l'a si bien dit) ! N'est-ce pas incroyable ?
Il y avait, sans doute, à chaque extrémité, comme dans
J En 1664, la rue Lamontagne qui, au rapport de l'abbé Laverdière, avait emprunté son nom d'un nommé Lamontagne qui résidait sur son parcours. Elle se nommait la " rue qui descend au magasin " le premier édifice de la Basse- Ville, bâti, comme l'on sait, par Champlain.
2 Au bas de la côte de la Canoterie, les pères Jésuites, venant par eau de la Ferme des Anges, attachaient leurs canots : de là son nom.
3 Etait-ce le chien de Champlain, nous demande un antiquaire ?
Ad laevam finit amnis S. Laurentii, ad dextram S. Caroli fluviolus. Ad conflaentem, Promontoriumas surgit, Saltum nautœ vulgo vocant, ab canis hujus nominis qui se alias ex eo loco praecipitem dédit.
(Historia Canadensis, Creuxius. P. 204.)
certaines passes des Alpes, un gardien muni d'un porte-voix pour annoncer quand le passage était libre et pour prévenir les rencontres. Cette localité, odoriférante surtout pendant la canicule, est fort peuplée : les bambins de la Verte Erin y pullulent comme lapins en garenne. Des touristes aventureux qui s'y sont risqués aux jours radieux de juillet, en sont revenus tout éblouis, abasourdis même des merveilles de l'endroit. Entr'autres curiosités indigènes, ils y ont remarqué comme des tentes aériennes, improvisées, sans doute, contre les rares rayons du soleil du midi. Sur des ficelles tendues d'un côté à l'autre de la voie, était le linge des familles mis à sécher. Quand le vent agitait au-dessus des passants toutes ces blanches chemisettes, mêlées à des caleçons masculins, et à ses fragments de toile si nécessaires aux jeune âge, l'effet, dit-on, était pittoresque au suprême degré. Quant à nous, désireux dès notre jeunesse d'approfondir les moindres détails de l'histoire de notre cité et de les narrer dans toute leur pétillante actualité, pour l'édification des touristes distingués de la France, de l'Angleterre, des Etats-Unis, ça été pour nous un de nos chagrins les plus cuisants de savoir que l'unique visite que nous ayons faite à la Ruelle des Chiens ait été postérieure à la publication de Y Album du Touriste, ce qui en explique l'omission. Nos plus illustres touristes, le fils aîné de la Eeine, le Prince de Gralles, ses frères, les Princes Edward et Arthur, les ducs de Newcastle, de Manchester, les généraux Grrant, Sherman, le Prince Napoléon Bonaparte, tous, dit-on, ont quitté Québec sans avoir visité la Ruelle des Chiens, ignorant même, il est probable, son existence ï Et pourtant cette rue est immensément historique. Elle a raisonné des fanfares de la guerre, du grondement du canon, d'une fusillade des plus vives : le Col. Arnold y tombait blessé au genou, en IV 75. On le transportait au milieu des cris désespérés de ses soldats, ruisselant dans leur sang, sous le sabre de Dambourgès, du féroce et colossal Charland, du brave Caldwell, secondé de son ami Nairn et de leurs ardentes milices. Nos amis, les annexionistes d'alors, étaient tellement décidés à annexer
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Québec, qu'ils se ruaient comme des possédés sur les barrières (il y en avait trois) dans la rue des Chiens et dans la rue Sault-aU-Matelot : " chacun, dit Sanguinet, portant une feuille de papier sur le chef, sur laquelle était écrit Mors aut Victoria, la mort ou la victoire." Il y a de cela, cent ans.
De nombreux cadavres jonchaient les environs : on les transportait au Séminaire Vous trouverez d'amples détails sur cette glorieuse journée dans 1' Album du Touriste. On croit que la première barrière était au bas de la demi-lune en pierre où repose maintenant un canon sur les ramparts ; la seconde était en arrière des bureaux de M. W. Campbell, N". P., et la troisième près des bureaux de la Banque Nationale, dans la rue Sault-au-Matelot.
Cette rue a vu naître l'Archevêque Signai, dans une maison plus tard occupée par le nommé Gringras, meublier, visà-vis des bureaux de l'Assurance de Québec.
La rue Sault-au-Matelot a perdu toute son allure militaire d'alors. A part les bureaux de M. Ledroit, du Chronicle, des mesureurs de bois (cullers), elle semble affectée à des charretiers et à la nombreuse tribu des tonneliers, dont les futailles à certains jours couvrent les trottoirs. Il serait à désirer que la municipalité entrât en arrangement avec ces honnêtes industriels pour savoir à quel taux ils consentiraient à laisser la voie publique libre aux passants.
La rue Sault-au-Matelot ne paraît pas sur le plan de Québec de 1660, reproduit par l'abbé Faillon.
Ce quartier de la Basse- Ville, si populeux sous le régime français et où, selon M. de Laval, il y avait " grand nombre de citoyens," en 1661, continua jusque vers 1832 à être, par le tohu-bohu des affaires et les résidences des principaux négociants, une des plus riches portions de la cité. En 1793, le père de notre Souveraine, en garnison à Québec, Colonel du le régiment, y acceptait l'hospitalité de M. Lymburner, un des négociants les plus huppés de l'époque. La chère amie, qui vécut comme son épouse avec lui pendant vingthuit ans, l'élégante baronne de Saint-Laurent, était-elle de la partie ? C'est ce qu'il nous a été impossible de^ constater
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de notre vieil ami, l'Hon. William Sheppard, de Woodfield, près Québec, mort en 1867, dont nous tenons ce renseignement. M. Sheppard, qui avait fréquenté les meilleurs salons de la vieille capitale, était lui-même un des contemporains du généreux et jovial Prince Edouard.
Le quartier du Sault-au- Matelot, la rue Saint-Pierre, la rue Saint- James, à venir à l'année 1832, contenaient les résidences d'une foule de familles fort à l'aise : plusieurs de nos premiers marchands y résidaient. Les arabesques en plâtre, des dessins et autres traces de luxe dans les salons y sont visibles jusqu'à ce jour. On sait que le drainage était presqu'ignoré alors en notre bonne ville. Le fléau asiatique cette année-là décima la population : 3,500 cadavres étaient allés dans quelques semaines prendre leur place au cimetière. Cette terrible épidémie causa pour ainsi dire une révolution sociale à Québec : les terrains sur les chemins Saint-Louis et Sainte- Foye prirent de la valeur ; la classe aisée quitta la Basse- Tille. On y transigeait ses affaires, mais on résidait à la campagne ou à la Haute- Ville.
Le fief du Sault-au-Matelot qui appartient maintenant au Séminaire de Québec, croyons-nous, fut concédé à Gr. Hébert le 4 février 1623 ; puis le dernier jour de février 1632, son titre lui fut confirmé par le duc de Yentadour. Sur le terrain réclamé du fleuve, vers 1815, MM. Munro et Bell, négociants distingués, bâtirent des quais et des grands hangars, auxquels la ruelle Bell, (Bell's Lane, ainsi nommée d'après l'honorable Mathew Bell), 1 les rues Saint-James, Arthur, Dalhousie et autres conduisent. M. Bell, plus tard l'un des locataires des forges de Saint-Maurice, résidait dans la maison, coin de la rue Saint-James et Saint-Pierre, possédée maintenant par M. J. Gr. Ohapham, N. P. C'était un citoyen trèsinfluent ; il commandait une compagnie de cavalerie, fort en renom parmi messieurs nos pères. Il eut une nombreuse famille et fut par mariage lié aux Montizambert, aux Bowen, etc.
1 Ouverte par l'honorable Mathew Bel', en 1831.
La rue Dalhousie, à la Basse-Ville, date probablement de l'ère du comte de Dalhousie, de 182V, quand le Québec Exchange (la Bourse) fut bâti par une société de marchands. L'extrémité de la Basse-Ville, au nord-est, constitue la pointe à Carcy ; L au large, est la jetée des commissaires du Havre, auprès de laquelle la belle frégatte, VAurora, capt. De Horsey, hivernait en 1866-6Y.
LA POINTE-AUX-LIÈVRES, (Où Jacques-Cartier hiverna en 15:35-36.)
1 La Pointe à Carcy tire son nom de Pages de Carcy, dont le fils était Maître du Havre en 1713.
L'extension du commerce, au commencement du siècle présent, l'augmentation de la population, faisaient ardemment dêsireT des voies de communication entre la Basse-Ville et Saint-Roch, moins scabreuses que le tunnel de la ruelle des Chiens et la grève du Saint-Charles, à basse marée. Vers 1816, on acheva l'extrémité nord de la rue Saint-Pierre, qui alors se terminait par un pont rouge, resté mémorable dans les souvenirs populaires. L'apôtre saint Paul eut sa rue, aussi bien que son collègue, saint Pierre. MM. Benj. Tremain, Budden, Morrisson, Parant, Allard et autres, acquirent des terrains sur ]p. côté nord de cette rue, y bâtirent des quais, des. bureaux, de grands magasins.
La construction du chemin de fer du Nord, donnera plus tard une grande valeur à ces propriétés, dont la majeure partie appartient maintenant à notre compatriote, M. J.-Bte, Renaud, qui, sous peu, parait-il, dotera cette partie de la Basse- Ville d'édifices de première classe ; le quartier, espérons-le, progressera et notre entreprenant citoyen n'en souffrira pas. i
J. M. LeMoine.
1 Nous empruntons au " Di recto ry for the City and Suburbs of Québec, ' pour 1791, par Hugh Mackay, imprimé au bureau du Québec Herald, le paragraphe suivant :