MGR IDE LAVAL
Le grand évêque Laval, le procureur-général Euette d'Auteuil, Louis de Buade, Sainte-Hélène, le héros canadien, 1 revivent dans les anciennes rues du même nom, tandis que Frontenac, Iberville, Fiedmont, se rappellent à votre souvenir dans des rues modernes. Le vieux pilote écossais, Abraham Martin, qui possédait trente-deux arpents de terre dans le faubourg Saint- Jean, bornait au nord son domaine par la côte qui porte son nom, la côte d'Abraham. Ce vieux loup de mer, si l'on en croit le Journal des Jésuites, n'était qu'un vieux polisson.
La mythologie a prélevé tribut sur une lisière du faubourg Saint-Louis : le maître de l'Olympe payen a sa ruelle, la rue Jupiter. Une buvette célèbre, Jupiter1 s Inn, lui donna son nom. Du reste, pourquoi Jupiter n'aurait-il pas sa buvette,
1 On prétend aussi que cette rue fut appelée, d'après la mère Ste. Hélène, supérieure de VHôtel-Dieu (Dlle Regnard Du Plessis).
aussi bien que Neptune ? L'astronomie moderne fait acte de présence dans la rue Arago. l
La rue du Parloir mène aux Ursulines ; au commencement du siècle, le juge de Bonne y résidait. Les Ursulines ont nommé, d'après leur patronne, la première rue à l'ouest
1 Nous lisons dans un registre municipal :
" La rue Alfred s'étend de la rue Colomb à la rue Arago, dans le fief Notre- Dame des Anges. Cette rue, ainsi que ses parallèles : Alexandre, Neilson, Turgeon, Jérôme et Saint-Ours, et les transversales, Arago et Colomb, furent tracées en 1845, de 30 pieds de large (la rue Saint-Ours ayant seule 40 pieds) — par l'inspecteur des chemins, M. Jos. Hamel, suivant les instructions et du consentement des Dames Religieuses de l'Hôpital-Grénéral."
(Les rues Neilson, en souvenir du Nestor de la presse Canadienne l'Hon. John Neilsoïi : Turgeon, pour perpétuer la mémoire du Coadjuteur, — puisqu'il n'était encore que coadjuteur en 1845 — rue Jérôme, en souvenir du vénérable Jérôme Demers, le supérieur du Séminaire de Québec, qui s'est dévoué pendant plus de cinquante ans à l'éducation de la jeunesse.)
qui coupe à angles droits les rues Saint-Louis et Sain te- Anne.
Désirez-vous voir *ne scène des anciens jours aux environs de la rue Saint-Louis ? voici ce que vous dira l'abbé Casgrain :
" Il existe au monastère des Ursulines de Québec un petit tableau qui rappelle une touchante tradition des premiers temps du Canada ; c'est une peinture, faite par un artiste canadien, d'après d'anciens croquis conservés depuis longues années au monastère La toile représente l'antique forêt qui couronnait le promontoire de Québec à la naissance de la colonie. Au centre du tableau s'élève, à travers les érables et les grands pins, le premier monastère fondé, en 1641, par Madame de la Peltrie 1 ; sur l'avantscène se dessine, en perspective, la maison que cette fondatrice fit bâtir pour son propre usage, trois années plus tard- L'espace compris entre ces deux édifices est occupé par un défriché entouré d'une palissade 'z, où l'on voit paître un troupeau de brebis. A gauche du tableau, une large issue perce la forêt : c'est la Grande Allée, devenue depuis la rue Saint-Louis, qui conduisait au village de Sillery. Deux cavaliers, vêtus à la Louis XIV, se rencontrent sur cette voie : l'un est M. d'Ailleboust, gouverneur de la colonie, et l'autre M. de Plessis-Bochard, gouverneur des Trois-Bivières. Ils sont interrompus au milieu de leur conversation par un chef sauvage qui leur présente une peau de castor.
" A quelques pas de son habitation, madame de la Peltrie se tient debout auprès d'un autre chef sauvage qui l'écoute, la tête inclinée dans l'attitude du plus profond respect, pendant que d'un air plein de noblesse et d'autorité, elle l'instruit des saintes vérités de la foi. Cette scène contraste admirablement avec une autre qui se passe à deux pas de là ; c'est un guerrier sauvage qui, d'un air dédaigneux et impératif, donne des ordres à une sauvagesse qui > i ■ ', . :
1 Le monastère des Ursulines fut inct-ndié le 31 Décembre 1650, rebâti l'année suivante, incendié de nouveau en 1686, et reconstruit peu de temps après
2 Cette palissade fut élevée en 1659, lorsque Monseigneur de Laval vint habiter la maison de Madame de la Peltrie.
femme, mais qu'à son attitude soumise et humiliée, on prendrait plutôt pour une esclave
" Non loin de ce groupe, un missionnaire (le Père Jérôme Lalemant) après avoir visité quelques cabanes de sauvages réunies autour de la maison de madame de la Peltrie, s'achemine dans un petit sentier qui s'enfonce sous les sombres arcades de la forêt. Mais ce qui, surtout, attire et charme le regard dans ce tableau, c'est un groupe déjeunes enfants attentives aux leçons d'une religieuse que l'on voit, à droite, assise à l'ombre d'un frêne. L'impression qu'éveille cet antique souvenir est d'autant plus délicieuse et plus vive, qu'en détournant un instant la vue du tableau, on aperçoit encore aujourd'hui, dans l'enceinte du cloître, la tête chauve du vieux frêne sous lequel la tradition nous montre la Vénérable Mère de l'Incarnation catéchisant les petites sauvagesses, et instruisant les jeunes filles de la colonie i."
La rue Sainte-Ursule et les environs semblent être particulièrement affectés à l'art d'Hippocrate. Médecins et chirurgiens y pullulent ; là résident le Dr. James Sewell, son fils le Dr. Collin Sewell, MM. Landry, Lemieux, Boswell, Belleau, Russell père, Russell fils, Baillargeon, Larue, Eowan, Fortier, médecins distingués. Malgré le séjour de tant d'éminents membres de la faculté, le quartier est sain : on y vit longtemps.
Les rues Craig, Carleton Haldimand, Dalhousie, Eichmond, Prévost, Aylmer, perpétuent la mémoire de sept gouverneurs anglais.
Il y a quelques années, le Conseil-de- Ville, sur motion du conseiller Ernest G-agnon, dont le nom est identifié avec nos chants populaires, enleva à la partie de la rue d'Aiguillon, extra muros, sa nomenclature, pour lui substituer le nom du célèbre jésuite historien, de Charlevoix ; à la section de la rue Saint- Joseph, en dedans des murs, il conféra le nom de l'historien national F. X. G-arneau, à la rue Saint-Fran-
1 Ce vétéran de la forêt, resté seul debout de tous ses compagnons, compte aujourd'hui plus de 300 ans d'existence. (Marie de V Incarnation, par M. l'abbé Casgrain.)
cois il donna, depuis, le nom de notre historien Ferland, et eha cun d'à ppla ndir.
Les mes du Prince-Edouard à Saint-Roch et Donnacona, près des Ursulines, nous redonnent deux personnages importants du passé : un prince moderne de l'Angleterre et Donnacona, un prince du Canada primitif.
La rue qui conduisait de la rue Saint- Jean au palais de l'Intendant, sur les rives du Saint-Charles, s'appela plus tard la rue des Pauvres, parce qu'elle traversait le terrain ou domaine dont le revenu était affecté aux pauvres de l'Hôtel- Dieu. Dans cette rue Deschenaux, le secrétaire de Bigot, faisait sa demeure (vis-à-vis l'hôtel Albion) ; la propriété appartient aux héritiers LaRue. Avoisinant la porte du Palais, à l'ouest, l'on voit la caserne des Artilleurs et l'arsenal brûlé d'abord, en 1816, puis restauré. Sur ce site, l'on éleva, en 1750, une caserne : puis vers 1804, la prison du District y fût installée jusqu'en 1814 : plusieurs grands criminels furent pendus à cet endroit. A l'encoignure de cette rue et de la rue Saint-Jean, l'on voit, au troisième étage du magasin de M. Côté, l'antique statue du général Wolfe, sculptée en 1771 par les frères Cholet, d'après la commande qui leur en avait été faite par un loyal boucher, M. G-eorge Hipps, propriétaire alors de la maison du coin, sur des dessins fournis par M. James Thompson, senior, sergent au 78e Régt., (Fraser's Highlanders), qui avait servi sous Wolfe. Faites le tour des remparts et vous découvrez l'ancienne résidence du général de Montcalm, offerte en vente dans la Gazette de Québec, de 1784. Elle appartient, maintenant, à M. Yenner. En arrière, vers l'ouest, l'on voit une solide sculpture, construite par les autorités militaires, à l'épreuve du feu — une poudrière. Dans la rue Saint- Jean existait le Bureau des Pauvres, qu'avait fondé Mgr. de Saint-Vallier, pour empêcher les mendiants de Québec d'aller mendier dans les campagnes. Plus tard, ses vues de bienfaisance et de philantropie le décidèrent à fonder l'Hôpital-G-énéral, pour venir en aide à l'humanité souffrante. Cette circonstance fit fermer le Bureau des Pauvres, appelé aussi " Maison de la Providence."
Dans cette même rue Saint- Jean, dans la maison occupée plus tard par M. C. Hamel, résidait, en 1845, le vieux millionnaire G-eorge Pozer, propriétaire de la maison historique Le chien d'or, remplacée en ISIS par notre Bureau des Postes. M. Pozer subit un long et coûteux procès, intenté par le Conseil-de- Ville, plutôt que de niveler les marches de cette maison, qui empiétaient sur la rue. Ce règlement municipal rencontra presque autant d'opposition que celui qui enjoint la vaccine à Montréal.