LIVRE U (&8t
fille, Teuve d'Eutharic, et Amalaric, né de son autre fille ,Théodécuse , veuve du roi Alaric.
Athalaric reçut Fltalie. Amalaric, libre enfin de la pesante tutelle de son aïeul , prit ce qui restait de Fancien royaume de son père en Espagne et en Languedoc.
Menacé et mal affermi, ce jeune prince recherchait des amis et des alliances. Le voisinage du roi d'Austrasie le troublait ; de dangereuses dissensions divi* saicnt ses peuples : il entreprit d'obtenir Tappui de Chlotaire et de Childebert. On vint donc leur demander, en son nom, la main de leur sœur Chlotilde, et ils raccordèrent. .
Mais Amalaric était arien, et la jeune reine , fidèle à sa foi, avait en grande aversion l'hérésie. Lé peuple à son tour obstiné dans son erreur jusqu'au fanatisme, offensé d^ailleurs de cette alliance avec une^race dont il était ennemi, accueillit Chlotilde sans empressement et avec froideur. Bientôt il passa à la défiance; bientôt au dégoût ; bientôt à la haine Amalaric lui-même , qui avait eu le dessein de lui faire quitter sa croyance, irrité de sa constance et de ses refus , affectait de partager les préventions de son peuple. Peut-être aussi lui était-il d^à nécessaire de les flatter ; car on méditait sa ruiné , et cette union formée pour la prévenir fournissait au contraire de nouveaux prétextes à ses ennemis.
On en vint au point de perdre tout respect et toute retenue. La reine ne se montrait plus qu'elle ne fût assaillie de menaces et de grossières clameurs. Il arriva même qu'allant à l'église , des ordures furent jetées
sur ses vétemens ; et le roi ne punissait point ces ou» trages. Bien loin de là, il les encourageait et les imitait. Enfin les paroles ne suffisant plus à sa colère, il s'abandonna aux plus téméraires excès et frappa la reine. Des blessures mêmes attestèrent ses emporte^ mens.
Chlotilde alors, chen:;hant quelle espérance pouyaii lui rester , n'en trouva plus que dans l'amitié de ses frères. Elle envoya vers eux en secret , et leur fit ap^ porter, pour toute prière , un mouchoir teint de son sang.
C'était le temps où Théodoric et Chlotaire étaient en Thuringe, Le roi de Paris , quoique seul , ne dif-< fera point de venger l'injure faite à sa race. Il assembla une armée , et la mena à Naii)onne. C'était alors la capitale du roi wisigoth.
Une bataille fut livrée près de ses murailles, longue et sanglante , mais qui finit la querelle. Les Francs triomphèrent, Narbonne tomba, Chlotilde fut libre.
Les Wisigoths fuyaient tumultueusement; ils avaient une flotte où ils se jetèrent. Amalaric les avait suivis ; mais r^ettant une riche cassette de pierreries que les siens avaient oubliée, et s'imaginant que la ville n'étant pas encore occupée , il aurait asse^ de temps pour y pénétrer , le désir lui vint d'en faire Fessai. Il retourna donc; mais lorsqu^ensuite , sa recherche étant achevée, il lui fallut régner le port, c'était trop tard : la retraite lui était coupée. Il entreprit de s'ouvrir un chemin jusqu'à l'église chrétienne où il espérait se réfugier. Il était déjà sur le seuil , quand un soldat