IV
XXXIV. Les lois civiles de Charles, mal Jugées peut-être et louées immodérément, ne soiit ni profondes , comme on l'a dit , ni ingénieuses ; elles sont justes, sages et simples, accoitimodées au temps et aux mœurs. Elles eussent été mauvaises d'être
J)lus subtiles et plus méthodiques : car les lois se ugent relativement , et la plus belle loi n'est pas toujours la méj^ure; la meilleure est celle qui convient le plus.
La plus complète (1) de ses lois civiles, on le dit presq[lie à regret, est la loi qu'il fit pour Tadminis-
une juridiction civile. Ne dirait-OQ pas qaeces choses étaient d'institution nouvelle, et qu'avant ce prince les églises n'avaient point de terres , ni les évèques, de juridiction? Ils en avalent des atàiit là venue de Ghlovis dans les Gaulés. Et de qui cet écri* ^ain voulait-il que Gharlemagné estimât les lumières et la piété» si ce n'est de ceux en qui elles se trouvaient ? Or, où donc s'é« taient réfugiées en ce temps les vertus religieuses et la science? qui étudiait et savait? qui était bienfaisant , compatissant , charitable ? les clercs seulement. Le reste était ioldat, grossier, capid% sans frein, sans pitié. Qui les polit et les cultiva? le prêtre chrétien. Ils lui durent la connaissance de Dieu et les sciences de la terre; ils lui durent tout. Sans le christianisme » ils restaient barbares. Qui ne sait point cela sait mal les siècles passés; qui le sait et le nie, manque de sincérité, de justice^ de philosophie. Philosophes, vous ne Tètes pas si vous disputez leur bienfait aux bienfaiteurs du peuplé que vous abusez.
(1) Si coiiaplète qu'elle allait jusqu'à défendre de fouler avec lès pieds la vendange , pensant que le vin en serait plus par : Vindemia nostra nullus pedibus premere prassumat ; sed omnit nitida et honesta sint, art. 48,
L*iiDpo0aûte antorité do Montesquieu ne m'enip«cliera p«f de
L!VtlÉXXI(8l1-8i6), 355
ira lion de ses domaines; à celle-là iï ne manque rien. La plus habile est celle qui fonda l'heureuse iristltufioh des envoyés de Tenipereur, Mais il trouvait, il îBst yrai^ la loi salique élablîe, et il eût été insensé d'y porter la main. H y ajouta cependant» iïiaîs si peti qu'on lé doit à peine remarquer- H ajouta aussi, maïs avec la même mesure » à la loi ripuâire, èi aux lois des Lombards et des Bavarois. Il coriservait et ne changeait point; son ambition clairvoyante n'allait pas à refaire, mais à maintenir en perfectionnant. Quand il créait, ce n'était pas avec des ruines, mais sur un sol vide et nou-
dîre qu'îHaul retrancher quelque chose é réelatanl éloge qu'il fait de ce règlement*
Il est vrai que Charlemagne faisait venrire , non pas prêeiséméat ks œi{fs tk ses basses^ours , mais les poulets et les ceufs que devaient fournir ses colons pour le fermage de leurs terres: quos MANSUAHu veddimif art. 39.
U faisait vendre aussi îe poisson de ses viviets* — firt.05. Tout cela était du revenu de ses terres*
Mats ce n*ëst pas une raison pour qa'm 0oie dam sm capitu* laires la source pure et sacrés doit U lira ses richesses*
n les tira de ses guerres et de ses conquêtes î il les prit B.nt Aquitains, aux LomtmrdSf au^ Awares, anac Saxons, aux Grecs; il les prit aux Wladaves , aux Sorahes j aux Ohotrilcs , aux BohémîenSp aux Béuéveutins, rendus trîhutaircSi L'aduiinistratiou de ses domaines était Intelligente et bien ordonnée, mais II n'en faut, je croîs, rien dire de plus.
Mansus est Yillula colouL unius habîtatioui destiuata , cuin certoagti modo. (Jérôme Bîgnon). Co/om suas hœr éditâtes , id est MANSA qua& teuent. (Capitu. PisteEse, art* 30,) Il y avait de? r^glea ûxsb pour leur» reU^viwcefi.
veau; il subvenait au besoin , il établissait ce qu'on
n'avait pas (1).
Les envoyés du prince en représentaient la personne et l'autorité (2) ; ils jugeaient eux-mêmes et avaient droit d'examen sur toutes les justices indistinctement , même sur celle de FËglise (5). Us tenaient leur plaid quatre fois Tannée , aux mois de janvier, d'avril, de juillet et d'octobre; le reste de l'année, le plaid était tenu par le comte (4). Les envoyés révoquaSent et instituaient les scabins (5) ; ces sortes de magistrats , cependant , étaient habituellement élus par le comte et par le peuple (6). Ni la propriété, ni la liberté ne devaient être jugées
(1) Gibbon regrette que les lois de Gharlemagae ne forment pas un système. Singulier reproche : les systèmes de législation, c'est-à-dire apparemment les codes méthodiques et universels , ne peuvent être imposés chez les peuples nouveaux que de l'or- • dre de Dieu, comme les lois de Moïse. Les hommes peuvent l'essayer chez les peuples vieillis, parce qu'on a eu le temps de tout voir et de tout apprendre. Encore est -on obligé d'y remettre chaque jour la hache, à ces merveilleux systèmes des lois. Car les vieilles nations changent non moins que les jeunes. Elles changent, ne fut-ce que pour décliner. Or, tout changement d'état, chez une nation, en demande un dans les lois.
(2) Capitul 3, ann. 8l0, art. i, — Capitu. 5, ann. 806, art. I. — Gapitu. lib 3, art. 17.
(3) Capitu. % ann. 802, art. 23.
(4) Capitu. 3, ann. 8r2, art. 8 et 12. — Gaillard doute que le temps des voyages de l'envoyé fût indiqué et prévu. L'article 8 répond à ce doute.
(5) Capitu. 3, ann. 8l3, art. 3. — Capitu, lib. 3, art. 33. 6) Capitu. 1, ann. 809, art. ^2.
que par les envoyés ou par les comtes (1). Chacun était jugé par sa loi, par la loi de son pays et de son peuple (2); la loi devait l'emporter sur la coutume ; aucune coutume, sur la loi (3). 11 fallait être à jeun pour entendre les causes et pour les juger (4) ; à jeun, pour rendre témoignage (5) et faire serment (6). Le premier rang appartenait, dans le plaid, aux causes des veuves et des pupilles (7). Nul ne pouvait être jugé qu'il ne fût présent (8). On pouvait recourir au prince contre les mauvais jugemens (9); on ne pouvait pas, ce cas excepté, porter devant d'autres juges l'affaire que de premiers juges avaient décidée (10). On ne pouvait pas être jugé par des juges moindres que soi (11). La terre du Franc était attribuée à ses fils, celle de la mère était réservée à ses tilles (12); celle du
(I) Capitu. 1, ann. 810» art. 2.
(-2) Capitu. ann. 793, art. 4.
(3) Eodem, art. 10.
(4) Capitu. i, ann. 789, art. 6l.— Capitu. lib. 3, art, 38.
(5) Capitu. ann. 805, art. 11. — Capitu. 1. ann. 809, art. 16.
(6) Capitu. 1, ann. 789, art. 6*2. —Capitu. 2, ann. 805, art. 11.
(7) Capitu. 3, aon. 789^ art. 1. — Capitu. 2, ann. 805, art. 2.
(8) Capitu. lib. 6, art. 360, 363, 399. — Capitu. lib. 7, art. 354.
(9) Capitu. 4, ann. 806, art, 7.
(10) Capitu. 2, ann. 803, art. 10.
(II) Major à minore uou potest judicari. — (Capitu. lib» 5, art. 397.)
(12) Capitu. ann. 813, art. 40*
398 mSTOIBE DES FBAWS.
pauvre ne pouvait être achetée ni pif te emite ni
par les juges (Ij.
n y avait des règles pour la prompt^ et impartiale expédition de la justice (2) ; pour le droit dV «le (5; ; pour la formatioa des armées (4) ; pour Tannement et rapprovisionneineni du soldat (o; ; poiur runiformité des poids et mesures (^; pour les monnaies (7); pour les péages (8); pour les marchés (9) ; pour les sépultures (10) : il y en avait contre Tusure (1 1); contre la vente des armes (12), à rétraoger (15) ; contre l'exportation des grains en temps de famine (14); contre la vente usuraire des fruits avant la moisson (15); il y en avait pour fixer
(I) Capilu. *i, ann. 805 « art. 16. — Gapîta. l. aoD. 813, art. 33.
^2) Capitu. i, aiiu, 809, art. 33.
(3) Capitu. a, àuu. 803, art. 3, etano. 779, art. 8.
(4) Capitu. I, ami. 812.
(5) Capitu. 2, ann. 80% art. 6.
(6) Capifu. i, ann. 789, art. 7i. — Capitu. 3, aon. 80 ^ art. 8.
(7) Capitu. anu. 79i, art. 3. — Capitu. 2, ann. 803^ art. 18. ^ Capitu. triplex, auu. 808, art. 6 et 7.
(8) Capitu. anu. 77!>, art. 18. — Capitu. 3 , ann. 805, art. 15.
(9) Capitu. 5, ann. 803^ art. 2. — Capitu i, ann. 809. art. 18. — Capitu. 2, ann. 809, art. 8.
(10) Capitu. 1, ann. 813. art. 20. ^ Capitu. , lib. 2, art. 48. ~ Capitii. lib. i, art. 1 53 : ut nullus deinceps in ecclesia mortuuiii sepcliat.
(II) Capitu. 1, ann. 789, arU S et 31. (12) Capitu. ann. 779, art, 2o.
(iii) Capilu. lib. 3, art. 75.
(14) Capitu. 2, ann. 805, art. 4.
(15) Capitu. 5, ann. 80G, art. i9. * Capitu. ann. 809, art. 16.
iriTariablement la valeur et toutes les sortes de grains (1) ; pour les domaines du prince (2} ; pour
^a perception du cens royal (3) ; pour la conservalion des bénéfices royaux (4) ; pour le maintien du faida , utile expédient qui balançait la soif du sang par celle du gain, profitalile échange, bien qu'involontaire, du droit qu'aflectaient les Francs de réparer les violences souffertes par les violences qu'ils s'empressaient d'exercer (5)* Mais en même temps, car les lois qui contrarient les mœurs sont réduites quelquefois à se contrarier elles-mêmes , on en faisait une pour ôter sou bénéfice à tout fidèle du roi, qui, invité par un autre fidèle, refuserait de l'assister dans le combat qu'il aurait résolu de livrer à son ennemi (6). Ne pouvant abolir ces combats funestes, on les autorisait en les rendant moins nombreux; on donnait à ce droit du sang des limites; on en faisait une obligation, mais un privilège* Enfin, et pour couromier toutes ces lois, on conservait religieusement Taniique coutume d'interroger le peuple sur les capitulaires nouveaux et de constater son approbation (7),
(1) Çapitu; aoû, 794, art, 3.
(2) Gaptlu de VilUs, ann. 800,
(3) Capilu. 3, ann. ms, arl,/2i.— Capita* 3, aan* ai3^ arL 10.
(4) Capîlu. 3, auQ. 789, art* i% — Capita- 5, mn. 8Ûô, art. 7, — Gapitu, aim, 807, arl, 7* — Capitu,:*, apa. Sl% arL 5,
(3) C api tu. ano* 779, art* %2. ~ Capilu. Sa^oaum , art, 9. -.- Capîlu* de Villis, art. 4.
(6) Capilu, anD.SiS, art. aO,
(7) Capitu. 2.aDn, 803, iûfiûe. — CapU», 2, anii, êl% fn
XXXV. Charles, quoique quelques-unsFaîent cru et raient dit, ne changea rien à la forme des grandes assemblées du peuple franc. Les changemens avaient été déjà faits; il suivit les> exemples donnés par son père. Charles, quoi qu'on Fait souvent prétendu, n'a pas institué la pairie (1) ; cette institution, toute féodale, n'a point précédé les temps féodaux. Charles, quoi qu'on Fait beaucoup répété, n'est point le vrai fondateur de l'Université de Paris (2) ; ce qu'il a fondé, c'est l'enseignement. L'enseignement, après lui, s'étendit, se disciplina, reçut des formes nouvelles. L'Université vint à la suite et de progrès en progrès, ainsi qu'il arrive à la plupart des institutions. Charles a préparé celle-ci, Charles ne l'a point établie.
principio. — Capîta. 3, ann. 803, art. 19. — Ut populus interro« getur de Capitulis quas in lege noyiteraddita saot. Et poslquam omnes consenserint, siibscriptiones et manufirmationes suas ia ip^îs Capitulis faciant. — Populus , ce mot s'explique par l'cauméralion qui se trouve dans le deuxième capitulaire de l'an 803: Omnes srnbinci, episoopi, abbates, comités, manu propria subfer signa verunt. (Voyez la note 2 de la page 112 du premier tome de cette histoire.)
Voici une loi qui mérite d'être remarquée : Si quis ex scenicis vestem sacerdolalem, autmonaslicam^vcl mulieris religiosœ, vel qualicumque ecclesiastico statu similcm indutus fuerit , corporali pœnas subsistât , et exilio tradatur. (CapUu. lib. 3. art. 378.)
(>) Pasquier^ Uech , liv. 2, cbap.9.
(2) Idem,Uv.3, chap.*i9.
Qu'importe à sa gloire, qu'importe même à l'orgueil de rUniversité de Paris ? Elle a bien assez *d*e'clat sans cela, et lui, assez de grandeur. Charles doit être nommé le premier dans le long catalogue des hommes illustres qui ont mis par degré cette nation généreuse au dessus des plus puissantes nations. C'est le plus grand des grands hommes de France, h plus grand homme des temps postérieurs à CésaL^ Aucun n'a fait de plus éclatantes choses, aucun n'a fait aussi peu de fautes; celle ïes Saxons est la i?eule qui marque de quel siècle était ce glorieux prÎL^ce^ et ce siècle lui-même rehausse sa gloire, tant il était difficile d'y être grand. Je m'incline profondément devant saint Louis, je m'incline devant Timpasante renommée de Louis XIV; un cri de douleur et d'admiration sort [ de mes entrailles au souvenir des prodiges qu'a vu notre temps, mais en présence de Charles, on est confondu, on hésite à croire, on 3enl qu'on est aux dernières limites des choses permîmes au génie des hommes (1)-
(1) On gêmîl profondément en entendant de qnet (on parle Voltaire de Charlemagne. ■ Charlemagne institua le tribunal
* veimique» dit-il, paur persécuter les Saxons, et c*e&t peut-être
* ce qu'on inventa jamais de pins lyrannique. * , c'eât nnevé* > rité horrible, dont peu d'auteurs parlent» etc. * Fort peu, ett effet ] je n'en sache qu'un : Voltaire lui-même. < Nous souhait
* tons, poursuit-il , que ce Karl n^ait pas traité son frferc , sa ^t §cenr el ses neveux , comme tant de princes , en ce temps-la ^
* traitaient tenr^^ parens. * Il le souhaite T Ce que souhaîte Votlaire est de faire croire que Charlemagne fut le meurtrier de sa
XXXVI. Le merveilleux néanmoins s'attaob^ encore au nom de ce prince et prétendit Féleve? plus haut. Sa gloire réelle, enflammant les îmaginav tiens vives et incultes des temps quî suivirent^ x^e tarda ^uère à se trouver trop étroite et trop vulgaire pour eux; on rétendit progressivement au surnaturel et à l'impossible. De febuleuses légen* d^ (1) se répandirent, qui, flattant la vaniteuse
famille. Une si crUminelle cruauté était fort éloignée d^ caraot^re de Charles. Ce prince épargnait même la yiç de ceux qui avaient conspiré contre la sienne. Pepîn le bossu en fat quitte pour se faire moine ; et dans la grande conjuration qui se forma en Germanie, « aucun dea complices n^ souffrit la mort » à Tex-
> cepiion de trois> qui> pour n'être pas arrêtés , tirèrent Tépée »
> se défendirent, massacrèrent quelques soldats, et se firent » tuer plutôt que de se rendre. • (Eginhard , Vie de Charle» mjigne.)— « I^ou^ n'avoas pu découvrir encore, ajoute VoltairQ^ » quel droit avait Gharlemagne sur les États de son frère. > Il y avait le droit que lui donnaient les antiques coutumes des Francs, et Timpérieuse nécessité de mettre des bornes aux abus et aux dangers du partage. — < Ni quel droit son frère et lai, et
> Pépin leur père, avaient sur les Ëlats de la race d'ildovic. • Sur ce dernier point , je n'ai rien à dire^ si ce n'est que Voltaire avait, comme on voit, un respect profond pour le principe de la transmission héréditaire. (Fragm. sur l'Hist., art, 7.)
(1) Par exemple» Thistoire de l'expédition en Espagne , cellQ du voyage en Palestine, celle des sièges de Narbonne et de Car« cassonne. La première, que son auteur a mise sous le nom de l'archevêque Turp'm, c'est-à-dire Tilpin, ne remonte > suivant l'abbé Lebeuf, qu'aux commencemens du douzième siècle, et fut écrite par un chanoine espagnol ; la seconde est l'œuvre d'uu moine de Saint-Denis, et parait avoir été composée ^u puûème siècle ', la dernière pe date guère quej du treia^^ fiëda • H
crédulité de ces peuples, prirent insensiblement la place de la vérité et firent oublier, un assez long temps, les récits trop simples des chroniqueurs plus sincères.
Il ne suffit plus que Charles fût descendu des Pépin ; on le voulut fils de Constantin et même d'Hector. On entoura son berceau de merveilles ; on contait d'admirables aventures de sa mère Berthe, supplantée la nuit même des noces, dans le lit du roi, puis enlevéi^, menacée de mort, préservée et rendue enfin par une miraculeuse rencontre, au^ embrassemens de ce prince.
On éleva jusqu'à huit pieds la taille de Charles; on lui attribua une force telle (jue d'un seul coup de Joyeuse, sa terrible épée, il pourfendait le ca-r yalier, couvert de ses armes, et le cheval qu'il montait; on lui donna une insatiable voracité, conforme à sa force et à sa stature; on imagina un combat singulier, où Wilikind aurait été tué de sa main; on en ajouta un second où le ^Is de Wilikind, vaincu à son tour, aurait racheté sa vie en acceptant le baptême; on en ajouta un troisième, où aurait succombé le gendre d'Almgnzpr, le puissant caUfe de Cordoue. Les nombres s'épuisaient à compter les têtes d'Arabes que sa formidable épée avait abattues. On lui faisait conquérir toutçg les Espagnes ; on le conduisait dans la Palestine^ et
elle est l'ouvrage d'ao religieux de l'abbaye de la Grasse. (Histoire de TAcad. des Insc. et Belles-LeU., 1. 10, p. 386.)
364 mSTOIRE DES FRANCS,
on la lui faisait conquérir. Les murailles tombaient devant lui; les sources d'eau vive jaillissaient des rochers frappés de sa lance ; les oiseaux prenaient la voix humaine dans les forêts pour 1:1 enseigner les chemins. On le louait d'avoir l'ait plus que ne font les hommes, et on lui donnait follement une nature autre que la leur.
XXXVIL Mais ces fables perdirent enfin leur autorité. Charles ciait trop grand, sa vraie grandeur n'a pu se perdre dans cette fîmiasiique grandeur. Elle était prodigieuse di^à dans sa vérité; il n'y a manqué qu'une chose, d'être moins étendue peut-èlre, et mieux aflFermie. C'était trop peu d'une vie d'homme, pour unir d'un ferme lien les membres démesurés du colosse ; et les hommes de ce modèle ne se revoient plus, ou, si le monde on revoit, il y a des siècles entre eux et il y a des peuples; ils ne se succèdent pas. Charles a fait la gloire de sa race , et il a fait sa ruine (1) ; il l'a exaltée, il Ta
(1) Ost le senliincut de Pasquîcr; mais il n'en donne pa<, d mou avis, la véritable raison. (Pécher., liv. 10, ch. Hb.) Mably est aussi de ce sentiment, mais ses raisons sont au moins bizarres. 11 en donne deux : l'une» que Charleniague n'eût concède aux assemblées de la nation aucune partie de l'autorité executive ; l'autre . qu'il eût omis d'assujctir ces assemblées à une manière fixe et constante <le délibérer. (I.iv. 2, cliap. '^.' J'oserai mûre que s'il n'y avait pas eu d aiilre vire dans le couverueincnt de t'.harlenia^ue , cl d'autre danuor pour >es fiU, 1rs CapétitMis iHissenl roiiru qiielquo risque de ne monter de longtemps au trône de France.
abaltLie, lejourqu'iltombales sîcns commençaient déjà de tomber (1).
(1] Au douzième siècle, ranli-pape Pas chai 1 II mît Charkmagnû au nombre des siûnis- L'empereur Frédéric Barberoa&ae publia luî-mème un diplôme pour ceUe cxâUutioo. Louis Xï à son toar ordonna qu'on célébrerait, le ^S janvier de chaque an- Bée, la fête du saiût empereur. Néanmoins le décret de PascLal, quoique les vrais papes ne l'eussent poirtl révoque ^ ue fut reconnu que par l'église d'Aix-la-Chapelle, cl quelques autres.
Plusieurs s'étaient exagéré les désordres de la vie privée de Charles. Le nombre de ses concubines, l'inexacte in terpré talion de ce terme, une connaissance imparfaite des mœurs du lenipSj avaient donné quelque crédit à celte opinion. Edifié en échange, par le xêle religieux de ce prince , et par sa mort loute chrétienne, ou fut candutlf pour tout concilier^ à admettre qu*il s'était soumis dans les dernière^ auné^ïs de sa yte, a une austère et fiolemneile pénitence. Paschal 111 Tavatt peut-être pensé ; peut* èlre avait-il sur ce fait des notions qui nous manquent; peutêtre jugeait-il plus saînemeol qu'on ne Ta fait de no§ jours, les déréglcmens inipulés à Cbarles. . Mais il vaut mieux .dit Bail- > let , se relrancKer à dire que dans les dernières années de sa ■ jfi^p il expia les fautes de sa jeunesse par de rudes péniteu- » ces, ' (Vie des Saints, édilion de t731>, in^'^, lome. 2, p. 400 ) On voit que BaiUet suppose plu loi qu'il n'aflirme. Alban Butler» savant agiographe. ainsi que Eaillet, dit comme lui , mais plu» positivement, ■ que Charlemagne expia les désordres de sa jeu- » nesse par une sincère pénitence , etc. » (Vie des Pères, ctc, Iraduction de Godescard et de Marie, in-12, tome'^, p* I4S.) Pour moi^ j'y vois quelque dirQeultè. Ni Egtuhard ^ ui le moine de Sainl-Gall, DÎTbég^n« ni l'Astronome , ne parlent de celte pénitence. Ce que je trouve de pins favorable est ce que dît lîiégan : • qu*aprës la detnîôre séparation de Louis-Ie-Débon-
* naire et de Charles ( peu avant sa mort)., celui-ci ne fit plus
* que s'occuper de prîtrcs el d'aumoncs, et de corriger des li- » vres (cerne des Èvangélisles. / » Mais , d'un autre côté , on voit daaâ l'Astronome que Charles souffrit jusqu'à la ftn la icuDdiileaie conduite de ses filles , * seule tache, dit-il t dont sa
âèé HlâfOiKtS DES BUANCS.
XXXVIIl. Cette race s'était élevée par la persévérance, la gloire , le génie; par la bataille de Testri, pdi* la l)i£itaille de Poitiers, par Tinvasion des Sârrasitis, par l'hérésie des empereurs d'Orient (1), par rirrégulière institution des maires du palais ^ par l'abdication du premier Garloman et la prompte iïïort du second, par la rivalité de rAustrasie et de la Neustrie, par la réunion: on la verra déchoir maintenant par son imprévoyance et par sa feiblesse, par ses propres rivalités et par ses divisions, par le vice de sa pernicieuse loi d'hérédité, et par le partage. Les progrès seront lents , la lutte ifltérieurô se prolongera; mais le mouvement ne s'arrêtera plus , et les efifets répondront fidèlement à leur cause. On penchera longtemps sur l'abîme,
> maison fût souillée^ • et que Louîs-le-dêboanaire, à son arri- Yée à Aix-la-Chapelle , chassa du palais « la multitude de
> femmes qui le remplissaient. > Cela ne se concilie pas aisément dans mon esprit , avec les repentirs avoués et la pénîtence publique ; on en jugera. L'Astronome était contemporain : € Ayant assisté, dit-il dans sa préface, aux événemens ar- » rivés dans le palais^ j'ai rapporté tout ce que j'ai vu ou pu ap-
> prendre. >
(1) Ce que les Ariens firent involontairement et à leur insu, pour Ghlovis, les Iconoclastes le firent de même pour Pepin-le- Bref et pour Gharlemagne. Les premiers furent cause qao les orthodoxes appelèrent et reçurent les Francs dans les Gaules ; les seconds leur livrèrent l'Italie, et réduisirent les papes à acheter leur appui au prix que l'on sait. Ce furent eux , ce furent les Iconoclastes qui couronnèrent Pépin. Deux hérésies eut change tour-i-tour la face des Gaales et la Cortune des IraBcii
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mais Tablme attire , et ron ne s'en relèvera point. Ce sera un spectacle nouveau , un tableau moins brillant, mais plus animé, un drame sombre et moins héroïque, où l'intérêt , quoique différent > sera plus pénétrant encore et plus vi-aL La mort nous instruit mieux que la vie : la chute des races royales est le plus profitable enseignement des rois, s'ils l'écoutent; la plus salutaire leçon des peuples, s'ils sont attentifs.