Voy. Roderig , c
Karl ne se mit point à leur poursuite, mais fit repasser la Loire à son armée.
733. Il entra Tannée suivante en Bourgogne et dans la Provence, où il paraît que quelques révoltes avaient eu lieu. Il pacifia ces provinces, et pour mieux les tenir sous le joug, laissa dans Lyon, dans Arles, dans Marseille et dans les autres villes , des troupes sur la fidélité desquelles il pouvait compter.
Tandis qu'il était ainsi occupé dans le Sud de là Gaule, 731. les Frisons remuèrent dans le Nord.
Ilatbod avait enfin cessé ses hostilités contre les Francs austrasiens, et en se soumettant à Karl, il avait consenti à recevoir St. Wolfram , que le duc lui avait envoyé pour le convertir au christianisme ainsi que son peuple.
Son successeur, Poppo, recourut aux dieux de sa patrie, et releva leurs autels au milieu des bois qui leur avaient été consacrés.
Assis au sein de l'Helgoland, grande île que les flots de l'océan ont depuis recouverte, à l'exception d'un faible rocher, il prétendait y braver l'autorité du suze- . rain.
Karl, appelé par les persécutions auxquelles les chrétiens étaient en proie, entreprit contre lui une expédition non moins remarquable que celle qu'autrefois Drusus avait faite dans cette contrée, et avec une flotte porta son armée sur les côtes du Wester-et-Ostergau , où il livra aux Frisons une bataille qui entraîna leur réduction.
Eudon d'Aquitaine mourut en 735, laissant ses États à ses deux fils Hunold et Hatto.
Karl reporta ses armes vers le Sud, et traversant la Loire, mit tout le pays en son pouvoir jusqu'au castelde Blaye. Cependant il consentit à traiter avec les deux princes, et donna â Hatto le comté de Poitiers et laissa
à Hunold la première el la seconde Aquitaine, sous la condition qu'il relèverait de lui el ensuite de ses deux fils» Carloman et Pépin.
Cette vassalité, imposée à deux princes par le maire du palais , sans que la couronne ait même été nommée daus le traité, semble prouver de la part de Karl une arrière-pensée de grandeur, qu'il hésita cependant encore à poursuivre à, la mort de Thierry, arrivée peu de temps 737. après ces événements, mais que son fils devait réaliser.
Il y eut alors chez les Francs un interrègne de plusieurs années.
Les Sarrasins étaient cependant encore mailres de la Septimanie.
Quelques troubles ayant eu lieu dans la Provence, pro- 758. voqués par un intrigant du nom de Mauronce, ils furent appelés par lui pour soutenir son parti , et s'emparèrent d'Avignon, et ensuite, profitant de ce premier avantage pour se répandre dans la Bourgogne, ils se rendirent maîtres de Vienne , et pillèrent tout le pays jusqu'à Lyon.
Karl envoya d'abord contre eux son frère Childebrand, devant lequel ils se retirèrent, et qui vint faire le siège d'Avignon. Ses ambassadeurs allèrent demander des secours à Luitprand, roi des Lombards, et il envoya luimême à ce prince son fils Pépin , afin que , selon la coutume du temps, il coupât à ce jeune homme sa première chevelure. Cette cérémonie , que les Francs semblent avoir adoptée des mœurs des Romains, chez lesqucfs il était d'usage qu'on dédiât les boucles enlevées à l'en-# tance à Hercule, à Apollon, à Esculape ou à d'autres divinités, fut sanclionné par le christianisme1, et atteste
I- Voy au sujet de celle cérémonie à diverses époques , Pélrone ,
l'amitié qui unissait alors la cour du roi lombard à celle du maire d'Auslrasie. Le corps d armée que Luitprand envoya , s'avança jusque dans les environs d'Arles. Karl traversa lui-même le Rhône , et arrivé avec des renforts devant Avignon , prit d'assaut cette ville , et parcourut toute la Septimanie jusqu'à Narbonne. Athina , général en chef des Sarrasins , s était renfermé dans cette forteresse , dont il avait fait sa principale place d'armes. Karl en fit le blocus. En vain d'autres troupes, qu'une flotte jeta à terre à l'embouchure de la Berre , dans la Méditerranée , entre Narbonne et Leucate f tentèrent Je venir au secours de cette ville. Karl laissa à son frère le soin de poursuivre le siège, et marchant au-devant de ce corps d'armée, l'attaqua sur les rives du torrent, et remporta sur lui une victoire complète.
La suite de ce combat fut la prise successive de Béners, d'Agde, de Maguelone et de Nismes. Les Sarrasins ne conservèrent plus dans le Sud de la Gaule que les lieux situés au delà de l'Aude , du côté des Pyrénées. Toutes les villes conquises furent démantelées et incorporées au royaume des Francs, auquel elles restèrent depuis celte époque.
739. Les Saxons mirent à profit l'éloignement de Karl Martel pour se ruer sur les provinces septentrionales de l'Austrasie. Karl vola aussitôt à eux, les défit et leur imposa de nouveau le tribut dont Dagobert Ier les avaient déchargés.
* Pendant son absence , les rebelles de la Provence re-
Salyr., c. 107} id. c. 89. — Suétone, in Nerone, c. 12 ; id. »» Gjjj' c. 10. — Juvénal, Satyr. III, 186. — Calliraaque, JTym. •» ^ v. 289 ; VAnthoL grecque , VI , 22. — Dion , in Aug. , L. 48 ; et U formula precum in lib. sacram. Gregorii ad capiUaluram inddn^ et ad puerum tomorandum.
prirent l'offensive, et se rendirent pour la seconde fois maîtres d'Avignon. Karl revint pour les châtier , rentra dans Avignon qui lui ouvrit ses portes , et contraignit Mauronce à se réfugier dans les montagnes les plus inaccessibles.
Les Sarrasins , qui avaient pris part à ces nouveaux troubles, furent repoussés jusque dans Narbonne qui leur restait encore.
Karl, par ces victoires, parvint enfin à ramener la paix dans l'empire franc.
En vain le pape chercha à l'entraîner dans ses querelles avec le roi des Lombards. Le prince résista à la politique du pontife, tout en lui donnant les plus belles promesses, afin que, de son côté, le Saint-Père sanctionnât sa conduite envers le clergé français.
Karl, en effet, pour soutenir tant de guerres, avait eu besoin du secours de la noblesse, et pour se l'attacher, il n'avait pas toujoufl épargné les biens ecclésiastiques , dont il avait souvent disposé pour la récompenser.
Beaucoup de rois, et le père de Karl en particulier, # avaient donné aux abbayes et à plusieurs évêchés d'immenses dotations. Une foule de seigneurs s'étaient ruinés en se dépouillant de leurs biens pour les donner aux communautés ecclésiastiques. Karl les ravit à ces dernières pour les faire servir à leur tour à payer les services que sur tant de champs de bataille la noblesse lui avait rendus. Plus d'une abbaye, plus d'un évécbé, se virent contraints de restituer au fisc ce que la superstition leur avait fait usurper , et de se contenter d'un revenu stipulé par l'Elat. Il fallait certes toute la force de volonté et tout le pouvoir de Karl Martel pour se permettre â l'égard du clergé une conduite si contraire à la crédulité superstilieuse du siècle où il vivait, et surtout il lui fallait la
sanction du chef de lÉglise, qui, pressé de tout côté, do voyait aucun autre prince que Karl qui pût l'aider dans les projets de souveraineté qu'il méditait.
Grégoire II était mort en 731, laissant la mitre à son successeur qui la porta sous le même nom.
Grégoire III, qui ne le cédait au pape défunt ni en finesse, ni en courage, suivit en tout la politique de son prédécesseur. Acquérir le pouvoir temporel dans Rome, tel avait été le but auquel avaient tendu les efforts du premier, el ce fut celui où tendirent ceux de son successeur, Grégoire III chercha à entretenir la discorde parmi les Lombards, afin d'être plus libre dans ses desseins. Il avait, en 732 , fait assembler un concile à Rome, où l analhème fut prononcé contre quiconque se permettrait d'arracher, de détruire ou d'injurier les-images; et pour que l'empereur Léon et son fils Constantin, qu'il avait associé à l'empire, ne l'ignorassent point, il leur avait envoyé des ambassadeurs chargés de leur rendre* compte des résolutions du synode. Une flotte envoyée dans l'Adriatique pour agir contre l'Italie et les rebelles, avait été dissipée ou détruite par la tempête.
L'empereur n'ayant pu se venger du pontife, s'était contenté d'augmenter d'un tiers la capitation dans la Sicile et dans la Calabre, et de confisquer les biens que l'Église romaine possédait dans ces deux provinces. Le pape n'en fut que plus studieux à conserver l'intégrité du territoire du duché de Rome, que , dans ses projets d'indépendance, il lui importait de voir intact. 11 racheta de Thrasimond, duc de Spôlette, le castel Gallése, dont le duc s'était antérieurement emparé. Des différends survenus entre le roi Luitprand et Thrasimond ayant plus tard attiré contre le vassal les armes du suzerain, Thrasimond vint à Rome chercher un refuge auprès du pontife. Luit-
prand exigea qu'il lui fût livré. Mais le pape s'y refusa, exemple que suivirent le patrice Étienoe, gouverneur de 740. Rome, et les chefs de la milice romaine.
Luitprand entra dans le duché de Rome , et s empara successivement d'Améria , d'Horta , de Bomarzo et de ttièda.
Cependant le roi, au lieu de poursuivre ses avantages, étant rentré dans Pavie, le duc, à la téte des Romains, attaqua les garnisons que le roi avait laissées dans ces quatre villes. Godschalc qui, d'un autre côté, s'était fait duc de Bénévent, mit sur pied de nombreuses troupes, et s'alliant aux Romains, aida Thrasimond à rentrer dans son duché , où une ville après l'autre, et enfin Spolette , tombèrent en son pouvoir.
Luitprand prétendit se venger à la fois des deux re- 741. belles , et marcha avec une forte armée sur Spolette. Il ravagea dans sa marche toutes les possessions de l'Eglise, et s avança jusque sous les murs de Rome. . Le pape , dans cette extrémité , eut recours à Karl Martel , et lui envoya une solennelle ambassade avec de riches présents et les clefs du tombeau de St. Pierre, qu'il remettait à sa garde.
Luitprand n'en continua pas moins ses hostilités contre l'exarchat, et revint même une seconde fois jusque devant Home.
Le pape députa de nouveau vers Karl l'évéque Anastase et le prêtre Sergius , porteurs de lettres qui dépeignaient au prince toutes les tribulations auxquelles l'Église * était en proie, et dans lesquelles, au nom du Dieu vivant, il le conjurait de ne point préférer l'amitié du roi lombard à l'amour que lui portait le prince des apôtres. 11 le suppliait de venir au secours de Rome, lui proposant, |»our prix de ce service, le patrie iat de ceUe ville, et
de se soustraire lui-même à la domination de l'empereur. ,
Mais la politique de Karl était trop sage , abstraction faite de l'alliance qui l'unissait à Luitprand, pour donner à ses vassaux l'exemple de la révolte, en soutenant ouvertement en Italie celle des ducs de Spolette et de Bénéveot. Il reçut avec les plus grands honneurs l'ambassade et la dépulation du pontife, et déjà il avait désigné pour am- 22 bassadeurs à Rome l'abbé Grimon de Corbie, et Sigebert. oct. moine de St. Denis, lorsque la mort le surprit.
Le pape ne lui survécut que d'un mois, laissant le siège apostolique à Zacharie qui, le premier de tous les évèqua de Rome, s'y assit sans avoir préalablement fait sanctionner son élection par l'empereur et l'exarque de Ravenne.
Zacharie qui , sans secours , ne pouvait espérer de résister aux Lombards, fit faire des propositions de paix au roi, et se montra disposé à abandonner le parti du due de Spolette , à condition que les troupes royales évacueraient les quatre villes du duché de Rome que Thrasimond avait en vain promis de reprendre. Luitprand accepta ces propositions, et les troupes romaines se réunirent maintenant aux Lombards.
En vain Thrasimond eut recours à la clémence du souverain. Luitprand le déposséda de son duché et le ren- 742. ferma dans un couvent.
Godschalc, intimidé par cet exemple, résolut de se réfugier en Grèce avec sa famille. Mais au moment où il ' montait dans un vaisseau prêt à faire voile pour celle contrée , il fut tué dans une sédition populaire , excitée par le parti de Gisulfe • 6b de l'ancien duc Rimoald.
Gisulfe fut laissé par le roi dans le duché de Bénévent.
Cependant l'évacuation des quatre villes du duché ro-
main traîna en longueur. Le pape, pour l'accélérer, vint lui-même trouver Luitprand à Narni , ville située aux frontières du duché de Spolette, où ce prince s'était momentanément arrêté.
La réception que lut fit le souverain fut aussi gracieuse qu'amicale. Dès qu'il apprit l'arrivée du pape à Orla, il envoya à sa rencontre un de ses principaux officiers , et s'avança lui - même hors de la ville pour le recevoir. Ils assistèrent ensemble au service divin dans l'église de St. Valentin. Le roi lui accorda tout ce qu'il exigeait. Par le traité qui fut signé , Luitprand donna au duché romain une trêve de vingt ans, et non-seulement rendit les quatre villes dont il s'était emparé , mais encore remit au pape divers biens de l'Église romaine, dans la Sabinie , à Narni , à Osimo , à Ancône et dans d'autres lieux, qui depuis longtemps avaient été confisqués.
Lorsque le pape le quitta, il lui donna, pour l'accompagner, le duc Aldebrand de Chiusi et plusieurs autres officiers, chargés de veiller à l'évacuation des quatre villes mentionnées dans le traité.
Le pape se fit , l'année suivante , médiateur entre 745. Luitprand et l'exarque de Ravenne , auquel Je roi avait enlevé la ville de Césène. Enfin Luitprand mourut en 744 , laissant la couronne à son petit-fils Hildebrand , qu'il avait, depuis 736, associé au gouvernement.
Les Lombards, bientôt las de ce prince, que ses vices leur rendirent odieux , le déposèrent sept mois après , et mirent à sa place Rachis , duc de Frioul.
Le pape reconnut ce nouveau souverain, et lui envoya 745. une ambassade chargée de renouveler le traité conclu avec Luitprand. Cependant plus tard des difficultés s'élevèrent , et Rachis vint sur le territoire de Rome mettre le siège devant Pérouse. Zacbarie se rendit lui-même
clans le camp du roi, et soit que les paroles du pontife aient, comme on le rapporte, contribué à la conversion du prince, soit que, dégoûté de ce monde, Rachis naît fait que suivre sa propre inspiration , on le vit , peu de temps après, déposer la pourpre,- et endossant l'habit de 74-9. moine, se retirer dans le monastère du Mont-Cassin.
Il laissa la couronne à son frère Astolpbe1, guerrier dévot et superstitieux, qu ont surtout rendu célèbre ses querelles avec le Saint -Siège et ses guerres avec Pépin , supeesseur de Karl Martel.