LIVRE XXIII
L'Assemblée et le peuple. — Le pouvoir à l'Hôtel-de-Ville. — Les chefs sortent de leurs retraites. — Le conseil de la commune, germe de la Convention. — Aspect de l'Assemblée. — Les pétitionnaires à la barre. — Dépouilles du château apportées par les combattants. — La royauté suspendue. — La Convention décrétée. — Camp sous Paris. — Roland , Clavière et Servan réintégrés. — Danton ministre de la justice. — Ses paroles à l'Hùtel-de-Ville. — Paris le soir du 10 août. — Le peuple et la bourgeoisie. — Santcrre et La Fayette. — Le roi et la famille royale couchent aux Feuillants. — Le peuple demande encore des meurtres. — Danton ajourne les vengeances populaires. — La famille royale conduite au Temple.
Uetournons à l'Assemblée. N'ayant su prendre ni le parti de la Révolution ni le parti de la constitution , elle subissait en silence tous les contre-coups du dehors et ne semblait en permanence que pour accepter les actes du peuple. Attitude passive et dégradée : juste punition d'un corps souverain qui craignait la république sans oser lui résister et qui la désirait sans oser la servir ! Le peuple qui sentait la faiblesse de ses représentants , faisait tout seul la république; mais comme le peuple fait tout, quand
il est sans gouvernement , par le désordre , par la flamme et par le sang. Il ne conservait envers T Assemblée qu'une apparence de respect légal , comme pour avoir l'air de respecter quelque chose; mais au fond il avait pris la dictature en prenant les armes. Les hommages qu'il affectait de rendre à la représentation n'étaient que les ordres respectueux qu'il lui donnait. Le véritable pouvoir était déjà à l'Hôtelde-Ville dans les commissaires de la commune. Le peuple l'avait senti. Il leur prêtait sa force. Il a le sentiment du droit suprême : le droit de ne pas périr. Les commissaires de la commune étaient plus que ses représentants : ils étaient le peuple de Paris lui-même. Aussi, la victoire à peine décidée par la retraite du loi et par l'assaut des Tuileries, tous les hommes populaires, mais prudents, qui avaient attendu le signe du destin pour se déclarer, volèrent à l'Hôtel-de-Ville et s'installèrent au nom de leur opinion dans le conseil des vrais souverains de la circonstance.
Robespierre, qui réservait toujours, non sa personne, mais sa fortune, et qui s'était tenu caché à ses amis comme à ses ennemis pendant la conjuration et pendant le combat, parut dans la journée au conseil de la commune. Il y fut accueilli par ses disciples, Huguenin, Sergent, Panis, comme l'homme d'État de la crise et l'organisateur de la victoire.
Danton, après avoir rassuré sa femme et embrassé ses enfants , vint s'enivrer aux Gordeliers des ap-