‹ Histoire des GirondinsChapitre 115 sur 194 · LIVRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIEME

ces pavés, on balaya cette cendre à la Seine. La nuit, Teaii, le feu avaient tout englouti. La ville reprit son cours, sans apercevoir d'autres traces de la catastrophe de la monarchie qu'un palais désert, des portes sans gardes, des fenêtres démantelées et les déchirures de la mitraille sur les vieux murs des Tuileries.

Vin.

L'Assemblée suspendit sa séance à une heure du matin. La famille royale était restée jusque-là dans la loge du logographe. Dieu seul peut mesurer la durée des quatorze heures de cette séance dans lame du roi, de la reine, de madame Elisabeth et de leurs enfants. La soudaineté delà chute, l'incertitude prolongée, les vicissitudes de crainte et d'espérance, la bataille qui se livrait aux portes et dont ils étaient le prix sans même voir les combattants, les coups de canon , la fusillade retentissant dans leur cœur, s'éloignant , se rapprochant , s'éloignant de nouveau comme l'espérance qui joue avec le mourant, la pensée des dangers de leurs amis abandonnés au château, le sombre avenir que chaque minute creusait devant eux sans en apercevoir le fond, Timpossibilité d'agir et de se remuer au moment où toutes les pensées poussent l'homme à l'agitation, la gène de s'entretenir même entre eux, l'attitude impassible que le soin de leui* dignité leur commandait , la

crainte, la joie, le désespoir, Tattendrissement et, pour dernier supplice , le regard de leurs ennemis fixé constamment sur leurs visages pour y surprendre un crime dans une émotion ou s'y repaître de leur angoisse, tout fit de ces heures éternelles la véritable agonie de la royauté. La chute fut longue, profonde, terrible, du trône à lechafaud. Nulle part elle ne fut plus sentie que là. C'est le premier coup ([ui brise, les autres ne font que tuer.

Si l'on ajoute à ces tortures de l'âme les tortures du corps de cette malheureuse famille , jetée , après une nuit d'insomnie, dans cette espèce de cachot; l'air brûlant exhalé par une foule de trois ou quatre mille personnes, s'engoufTrant dans la loge et intercepté dans le couloir par la foule extérieure qui l'engorgeait; la soif, l'étouffement, la sueur ruisselante, la tendresse réciproque des membres de cette famille multipliant dans chacun d'eux les souffrances de tous, on comprendra que cette journée eût dû assouvir à elle seule une vengeance accumulée par quatorze siècles.

A l'exception de l'accès machinal et spasmodique d'appétit que le roi avait satisfait au commencement de la séance, les personnes de la famille royale ne priient aucune nourriture pendant cette journée et la moitié de cette nuit. Les enfants même oublièrent

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