‹ Histoire des GirondinsChapitre 12 sur 194 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

Troisième lettre de La Fayette à l'Assemblée. — Alarmes des patriotes. — Robespierre à l'écart des mouvements. — Motions de Danton. — L» Fayette accusé par l'Assemblée. — Le roi sanctionne la suspension de Pétion. — Irritation des partis. — Vergniaud prend la parole. — Mœurs et caractère de Vergniaud. — Son éducation. — Son portrait. — Discour* de Vergniaud. — Adresse des Jacobins aux Fédérés rédigée par Robespierre. — Danton provoque une nouvelle pétition au Champ-de-Mars.

A peine La Fayette était-il de retour à son camp, qu'il écrivit une troisième lettre à l'Assemblée : lettre aussi impuissante que ses démarches; on en entendit la lecture avec indifférence. « Je m'étonne, » dit Isnard, « que l'Assemblée n'ait pas déjà envoyé » de sa barre à Orléans ce soldat factieux ! »

Aux Jacobins la lutte entre Robespierre et les Girondins parut un moment amortie. Ils ne rivalisaient plus que d'insultes à la cour et de menaces contre La Fayette. L'explosion du 20 juin n'avait pas éteint ce foyer de haine. L'inaction des armées, les péril.* croissants sur nos frontières, l'attitude équivoque df

La Fayette, la retraite de Luckner que Ton croyait son complice, le rapprochement des troupes de Paris, fomentaient la colère et les alarmes des patriotes. Robespierre continuait à se tenir à l'écart des mou- A ements, ne se compromettait avec aucun des partis violents et s'absorbait dans les considérations générales de la chose publique. Observer, éclairer et dénoncer tous ses périls au peuple était le seul rôle qu'il affectât. Sa popularité était grande, mais froide •et raisonnée comme ce rôle.

Les murmures des impatients interrompaient souvent ses longues harangues à la tribune des Jacobins, il dévorait dans une impassible attitude de cruelles humiliations. Son instinct, sur de la mobilité de l'opinion, semblait révéler d'avance à Robespierre que, dans ce conflit de mouvements contraires et -désordonnés, l'empire resterait au plus immuable et au plus patient. Danton fit aux Cordeliers et aux .lacobins des motions terribles et sembla chercher sa force dans le scandale môme de ses violences contre ^a cour. Il masquait ainsi ses intelligences avec le <'hàteau. « Je prends, » s'écria-t-il, « je prends l'enr> gagement de porter la terreur dans une cour per- )) verse! Elle ne déploie tant d'audace que parce que » nous avons été trop timides. La maison d'Autriche ^> a toujours fait le malheur de la France. Demandez » une loi qui force le roi à répudier sa femme et à » la renvoyer à Vienne avec tous les égards, les

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» ménagements el la sùrelé qui lui sont dus! » (l'était sauver la reine par la haine même qu'on lui portait. Brissot, si longtemps ami de La Fayette, le livra enfin à la colère des Jacobins. « Cet homme a levé )) le masque, » dit-il; « égaré par une aveugle am- ))bilion, il s'érige en protecteur. Cette audace le «perdra. Que dis-je! elle Ta déjà perdu. Quand » Cromwell crut pouvoir parler en maitie au parle- » ment dWngleteire , il était entouré d'une armée de )) fanatiques et il avait remporté des victoires. Où » sont les lauriers de La Fayette? où sont ses séides? » Nous châtierons son insolence et je prouverai sa )^ trahison. .Je prouverai qu'il veut établir une espèce )^ d'aristocratie constitutionnelle; qu'il s'est concerté » avec Luckner; qu'il a perdu à pétitionner à Paris » le temps de vaincre aux frontières. Ne craignons )) rien que de nos divisions. Quant à moi , » ajoutat-il en se tournant vers Robespierre , « je déclare que » j'oublie tout ce qui s'est passé ! — Et moi , » répondit Robespierre un moment fléchi, « j'ai senti que )) l'oubli et l'union étaient aussi dans mon cœur, au » plaisir que m'a fait ce matin le discours de Guadet » à l'Assemblée et au plaisir (jue j'éprouve en ce » moment en entendant Brissot î Unissons-nous pour )) accuser La Lavette. »

Des pétitions énergiques des ditTérentes sections de Paris répondirent à la pensée de Robespierre , de Danton, de Brissot, et demandèrent un exemple terrible contre La Fayette et une loi sur le danger de la patrie. La Fayette, en menaçant de son épée la Révolution, n'avait fait que la réveiller avec plus de fureur. « Frappez un grand coup, » s'écrièrent les pétitionnaires patriotes, a licenciez rétat-major de » la garde nationale, cette féodalité municipale où » l'esprit de trahison de La Fayette vit encore et cor- )) rompt le patriotisme! »

Le peuple s'attroupa de nouveau dans les jardins publics. Un rassemblement se forma devant la maison de La Fayette et brûla un arbre de la liberté que des officiers de la garde nationale avaient planté à sa porte pour honorer leur général. On craignait à chaque instant une nouvelle invasion des faubourgs. Pétion adressa aux citoyens des proclamations ambiguës dans lesquelles les insinuations contre la cour se mêlaient aux recommandations paternelles du magistrat. Le roi sanctionna la suspension de Pétion de ses fonctions de maire de Paris. Les factieux s'indignèrent qu'on leur enlevât leur complice. La po- })ularité de Pétion devint de la rage. Le cri de Pétion o\i la mort/ répondit à cette mesure. Les gardes na-

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Paris. Publié par Fume

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