‹ Histoire des GirondinsChapitre 122 sur 194 · LIVRE VINGT-TROISIÈME. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME. 2o

tions plus sanguinaires. Des pétitionnaires assiégeaient la barre, demandant à grands cris le sang des Suisses de l'escorte du roi , réfugiés dans l'enceinte des Feuillants. L'Asseml)lée disputait aux assassins ces deux œnts victimes. Santerre, mandé par Vergniaud pour protéger les prisonniers, annonçait le massacre imminent de ceux qu'on avait arrêtés dans le bois de Boulogne. Des voix féroces hurlaient aux portes qu'on leur livrât leur proie ! '( Grands dieux, quels cannibales ! » s'écria Vergniaud.

Des traits de générosité populaire se mêlèrent à ces rugissements de brutes a\ ides de carnage. Des combattants vinrent prendre les vaincus sous leur i-esponsabilité et se dévouer à leur salut. 3Iaillie et Chabot, envoyés pour haranguer les rassemblements, furent accueillis par les cris : « A bas les orateurs ! » Il y eut un moment où la terreur s'empara de l'Assemblée, l'enceinte extérieure était forcée. Vergniaud, intrépide pour lui-même, craignit pour les jours du roi. Les inspecteurs de la salle accoururent et firent retirer la famille royale dans le couloir, afin que si le peuple entrait, les armes à la main, dans la salle, il ne trouvât pas ses victimes sous sa main. Le roi , qui crut le moment suprême arrivé pour lui et pour sa famille, songea seulement au salut de ses serviteurs. Il les conjura de l'abandonner à son sort et de penser à leur propre sûreté. Aucun d'eux ne

pesa sa vie contre son devoir. Ils restèrent où l'honneur et l'attachement leur commandaient de vivre ou de mourir. La consigne fit reculer le peuple. Danton accourut, fendit cette foule avec l'autorité de son nom et la terreur de son geste. Il demanda patience et non générosité aux assassins. A sa voix , les hommes à piques ajournèrent leur soif de sang, « Législateurs , » dit Danton en entrant à l'Assemblée, « la nation française, lasse du despotisme, avait fait » une révolution. Mais, trop généreuse, » ajouta-t-il en lançant un regard menaçant sur la place où le roi l'écoutait, « elle a transigé avec les tyrans. L'expé- » rience lui a prouvé qu'il n'y a aucun retour à es- » pérer des anciens oppresseurs du peuple. Elle va » rentrer dans ses droits... mais là où commence la » justice doivent s'arrêter les vengeances populaires. » Je prends, devant l'Assemblée nationale, l'enga- » gement de protéger les hommes qui sont dans son » enceinte. Je marcherai à leur tête et je réponds » d'eux ! »

Il jeta, en prononçant ces derniers mots, un coup d'œil rapide et fier sur la reine, comme si une intelligence secrète ou une compassion superbe eussent été cachées sous la rudesse de son discours et sous le dédain de son attitude.

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