LIVRE VINGT-QUATRIÈME
la journée du 1 0 , et maintenant son émissaire aux armées, après avoir visité le camp de Sedan, accourut à Yalenciennes. Il peignit vivement à Dumouriez la désorganisation de l'armée de La tayette, la désertion des ofliciers, le mécontentement des soldats, le mauvais esprit des Ardennes, et la violation prochaine du territoire, si l'ennemi, déjà maître de Longwy, marchait en avant sur la Champagne. Westermann, animé de tout le feu du républicanisme qu'il rapportait de Paris, convainquit Dumouriez et l'entraîna. Le général, accoutumé à traiter avec les factions et à entendre à demi-mot les insinuations de leurs chefs, comprit que Danton voulait avoir un agent à l'armée dans la personne de Westermann; il fit de ce jeune ofticier le nœud de ses rapports avec Danton. Westermann, comme tous les autres, fut entraîné à son tour dans la sphère du mouvement et du génie de Dumouriez. Venu pour l'observer, il l'admira et le servit avec passion. Le général, qui savait employer les hommes selon la valeur et non selon le grade, reconnut, au premier coup d'œil, dans Westermann un cœur martial, une àme de feu, un bras de fer : il se l'attacha.
Dumouriez fit, pendant la nuit du 2o au 2() août, ses dispositions pour la campagne de Belgique, à laquelle il ne renonçait pas encore. Il rappela de Lille
28i HISTOIRE DES GIRONDINS.
le général de La Bourdonnaye, qui commandait cette place, et lui donna en son absence le commandement de l'armée de Yalenciennes. Il partit pour Sedan le 26, avec Westermann, un seul aide-de-camp et Baptiste, son valet de chambre, dont la bravoure et le dévouement à son maitre firent depuis un des instruments de sa gloire et des succès de l'armée. Arrivé le 28 au camp de La Fayette, Dumouriez y fut reçu avec la froideur et les murmures d'une armée qui ne connaît pas le chef qu'on lui donne et qui regrette le chef qu'elle a perdu. Sur du lendemain, le nouveau général ne s'intimida pas de cet accueil. Il Ijrava les visages hostiles et se fia au sentiment de sa supériorité qui lui ramènerait les cœurs. Arrivé sans équipages et sans chevaux de guerre , il monta les chevaux de La Fayette, passa la revue des troupes et les harangua. L'infanterie se montrait morne mais feime, la cavalerie presque séditieuse. En passant devant les rangs, il entendit des paroles. injurieuses contre lui : « C'est pourtant cet homme, » disaient les soldats entre eux, « qui a fait déclarer la guerre et )) qui est cause des dangers de la patrie et du sang » versé de nos frères à Longwy ! » Dumouriez arrêtant son cheval et regardant fièrement les escadrons : (( Y a-t-il quelqu'un assez lâche parmi des soldats, » dit-il, « pour s'aflliger de la guerre, et croyez-vous » conquérir la liberté sans vous battre? » Ce mot ramena, sinon la confiance, du moins le respect sur le