LIVRE VINGT-QUATRIÈME
France centrale est couverte. Le premier de ces défilés et le plus rapproché de Sedan est celui du Chênele- Populeux ; large et sans obstacle naturel , il livre passage à la route de Rcllicl à Sedan.
Le second se nomme la Croix-aux-Bois , ce n'est qu'un chemin creux pour les bûcherons. Le troisième est le défilé de Grand pré, placé au centre de la forêt. La nature a disposé ce débouché pour le camp d'une armée défensive; un ampliithcntre placé entre deux rivières qui le couvrent, bordé par la forêt qui protège ses flancs, descend en pente rapide du côté de l'ennemi, et donne aux troupes établies dans cette position la supériorité du niveau, la sécurité de leurs ailes et un glacis naturel au rempart qu'elles couronnent de leur feu; la route de Stenay à Reims le perce. Le quatrième est le détilé de la Chalade, qui met en communication la ville de Varennes et celle de Sainte-Menehould. Enfin le cinquième, ou le défilé des Mettes, s'ouvre à la grande route de Verdun à Paris; au delà des Islettes, la forêt, en s'abaissant, va mourir dans le village de Passavant et dans les plaines qui s'étendent, sans ondulations, jusqu'à Bar.
Telle était la barrière qu'avec une armée de vingtsept mille combattants Dumouriez voulait feimer à quatre-vingt-dix mille hommes ivres de leurs pre-
miers succès et impatients de se répandre sur la Champagne et de courir sur Paris. Le plus difficile était d'y arriver à temps. Deux partis s'offraient pour cela. Le premier et le plus sur était de faire filer l'armée de Sedan à Youziers et à Sainte-3Ienehould, en couvrant sa marche par la foret même et en laissant le plateau de l'Argonne entre l'ennemi et son armée; le second, de marcher aux défilés de l'Argonne à découvert par le revers extérieur de la forêt et de braver en passant le général Clairfayt, qui était déjà à Stenay avec vingt mille hommes. La première de ces routes était plus longue de moitié, et, en faisant perdre du temps, elle avait le double inconvénient de trahir l'intention du général et de provoquer le général Clairfayt et le duc de Brunswick à occuper les premiers, l'un, le défilé de Grandpré; l'autre, celui des Islettes. Ces postes pris par les Prussiens rejetaient l'armée française sur Chàlons, et bientôt sous les murs de Paris.
La seconde conduisait en trois marches l'avantgaide de Dillon aux Islettes, et Dumouriez en deux marches à Grandpré. Mais pour l'exécuter il fallait ou devancer Clairfayt, qui n'était qu'à six heures de (îrandpré, tandis que Dumouriez en était à dix heures, ou tromper et intimider Clairfayt, en se portant directement sur lui à Stenay, et en le refoulant derrière la Meuse.
Au moment où Dumouriez se déterminait pour ce