‹ Histoire des GirondinsChapitre 143 sur 194 · LIVRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-QUATRIÈME

Galonné, agent des princes et leur plénipotentiaire à Coblentz , revendiquait la régence pour le comte de Provence, pendant l'impuissance constatée ou la captivité déguisée de Louis XVI. M. de Mousticr, envoyé par le comte de Provence pour remplacer M. de Galonné devenu odieux aux émigrés, insistait avec énergie pour obtenir cette reconnaissance des droits du comte de Provence à l'administration du royaume reconquis. La Russie favorisait cette ambition du prince pressé d'exploiter un règne idéal. L'empereur, par l'insinuation secrète de Marie-Antoinette, sa sœur, qui craignait la domination de ses beaux-frères, se refusait à déclarer ainsi le détrônement, de fait, du roi dont il allait restaurer l'autorité méconnue par ses sujets. Des conférences auxquelles assistèrent le roi de Prusse, le duc de Bruns\vick, le prince de Hohenlohe, le prince de Nassau , ne résolurent rien.

La nouvelle du 1 0 août éclata enfin au quartiergénéral des coalisés. En vain le duc de Brunswick voulut atermoyer encore. L'ascendant du roi de Prusse fit violence à son indécision. « Si nous ne » pouvons plus arriver à temps pour sauver le roi, » s'écria-t-il dans le conseil de guerre, « marchons » pour sauver la royauté. » Le lendemain, l'armée se mit en marche. Le 19 août, après avoir fait (juarante lieues en cinq jours, elle franchit enfin la frontière et campa à Tiercelet, où s'opéra sa jonction avec le corps autrichien du général Glairfayt.

A ce pas décisif le duc de Brunswick hésita de nouveau, et, ayant demandé un autre conseil de guerre, il représenta au roi qu'il augurait mal d'une invasion tentée au cœur d'un pays où l'énergie insurrectionnelle allait jusqu'à Temprisonnement du roi et jusqu'au massacre de ses gardes. « Qui sait, » a jouta-t-il , a si notre première victoire ne sera pas » le signal de la mort du roi ? » Frédéric-Guillaume, ratfërmi dans ses résolutions par les conseils du comte de Schulenburg, son ministre, et par les chefs émigrés, altérés de leur patrie, accueillit avec un mécontentement visible les éternelles circonspections de son général. « Quelque affreuse que soit la situa- » tion de la famille royale, » dit-il, « les armées ne » doivent pas rétrograder : je désire de toute mon » àme arriver à temps pour délivrer le roi de France; » mais, avant tout, mon devoir est de sauver l'Eu- » rope. »

Le 20 , l'armée investit la forteresse de Longwy. Le bombardement commencé dans la nuit du 2 1 , et interrompu par un orage où le feu et les torrents du ciel éteignirent le feu des assiégeants, reprit le lendemain. Trois cents bombes tombées dans la place et quelques maisons incendiées déterminèrent le commandant Lavergne à une capitulation qui commençait la campagne par une honte. La désertion de

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