LIVRE VINGT-QUATRIEME
<jues. Le bombardement commença le 31 , et incendia plusieurs édifices. La place répondait mal à l'ennemi. Les pièces manquaient de canonniers, les canons manquaient d'allVits de rechange. La population était royaliste et redoutait l'assaut. Le roi de Prusse olï'rit une suspension d'armes de quelques heures. Elle fut acceptée.
Un conseil de défense, composé d'habitants et de magistrats civils , auxquels l'Assemblée législative avait confié l'autorité suprême dans les villes en état de siège, par défiance de l'armée, s'assembla. Ce conseil de guerre décida que la ville était hors d'état de résister. Beaurepaire et ses principaux officiers, au nombre desquels se trouvaient déjeunes lieutenants qui furent depuis les généraux Lemoine, Dufour, ^larccau, grands noms de nos guerres futures , s'opposèrent en vain à une capitulation prématurée. Ils convenaient que la ville ne pouvait subir un long siège, mais ils voulaient au moins qu'elle tombât avec honneur. Le conseil se précipita dans l'opprobre. La capitulation fut décidée.
Beaurepaire, rejetant la plume qu'on lui présentait : « Messieurs, » dit-il, « j'ai juré de ne rendre » qu'un cadavre aux ennemis de mon pays. Survivez » à votre honte, si vous le pouvez; quant à moi, » fidèle à mes serments, voici mon dernier mot : Je » meurs libre. Je lègue mon sang en opprobre aux » lâches, et en exemple aux braves. » En achevant
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ces mots, il sort et se tire un coup de pistolet dans la poitrine.
Cet acte d'héroïsme ne fit pas même rougir les membres du conseil. On enleva le cadavre et on signa la reddition de Verdun. Ixs jeunes filles des principaux habitants de la ville , parées de robes de fête, allèrent processionnellement semer des fleurs sur les pas du roi de Prusse à son entrée dans la ville. Ce crime, absous par le sexe, par Tàge et par Tinnocence, les conduisit plus tard à l'échafaud. La garnison sortit avec les honneurs de la guerre. Un fourgon , attelé de chevaux noirs , et recouvert d'un drapeau tricolore pour linceul , emmena le corps de Beaurepaire, dont les soldats ne voulurent pas laisser le cadavre prisonnier. L'Assemblée législative vota des honneurs funèbres à Beaurepaire. Son cœur fut placé au Panthéon. Le jeune Marceau, dont l'éloquente indignation avait protesté contre la capitulation , partagea les témoignages de l'admiration publique. Il avait perdu, en sortant de Verdun, ses chevaux , ses équipages. « Que voulez-vous que la » nation vous rende? » lui demanda un représentant du peuple en mission à l'armée de Dumouriez. « Mon » sabre, » répondit laconiquement Marceau .