‹ Histoire des GirondinsChapitre 161 sur 194 · LIVRE VINGT -CINQUIEME. Sil · texte numérisé non relu

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qui Tavait amené à l'Abbaye à l'Iicure précise de l'arrivée du dernier convoi et avec l'écrou des prisons sous sa main. Il avait reçu la veille les confidences de ^larat par des membres du comité de surveillance. Danton avait fait porter les écrous à ce comité; on y avait épuré les listes. On y avait indiqué à Maillard ceux qu'il fallait absoudre, ceux qu'il fallait condamner. Le jugement du reste avait été remis au tribunal qui se formerait sur les lieux. Ce tribunal avait l'arbitraire du peuple pour loi. On lisait l'écrou ; les guichetiers allaient chercher le prisonnier. Maillard l'interrogeait; il consultait de Tœil l'opinion de ses collègues. Si le prisonnier était absous, ^laillard disait : Quon élargisse monsieur. S'il était condamné, une voix disait : .4 la Force. La porte extérieure s'ouvrait à ce mot ; le prisonnier entraîné hors du seuil tombait en sortant.

Le massacre commença par les Suisses. Il y en avait cent cinquante à l'Abbaye, officiers ou soldats. Maillard les fit amener dans le guichet et les jugea en masse. « Vous avez assassiné le peuple au 1 0 » août, » leur dit-il; « le peuple demande ven- » geance. Vous allez être transportés à la Force. — » Grâce ! grâce ! » s'écrient les soldats en tombant à genoux. — « Il ne s'agit pas de mourir! » leur répond

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Maillard, « il ne s'agit que de vous transférer dans » une autre prison, peut-être ailleurs vous fera-t-on » grâce.» ]Mais les Suisses avaient entendu les cris qui demandaient leurs vies. — « Pourquoi nous » tromper ! » disent-ils , a nous savons bien que .) nous ne sortirons d'ici que pour aller à la mort. » A ces mots, un Marseillais et un garçon boucher entr'ouvrent la porte; et indiquant d'un doigt tendu les Suisses : « Allons, allons! décidez-vous i Mar- » chons! Le peuple s'impatiente! » Les Suisses reculent comme un troupeau à l'aspect de l'abattoir et se groupent en masse dans le fond du guichet en poussant des lamentations déchirantes et en se cramponnant les uns aux autres. « Il faut que cela » finisse, » dit un des juges. « Voyons, quel est celui » qui sortira le premier ? — Eh bien, ce sera moi, » s'écrie un jeune sous-oflicier d'une taille élevée, d'un front calme, d'une attitude martiale. « levais » donner l'exemple. ]Montrez-moi la porte. Par où » faut-il aller ? »

La porte s'ouvre. Il lance son chapeau derrière lui en criant adieu à ses camarades, et franchit le seuil. Sa l^eauté, sa résolution frappent de stupeur les assassins. Ils s'écartent en haie. Ils le laissent s'avancer jusqu'au milieu de la cour. IMais, revenant bientôt de leur surprise, ils forment, en se rapprocliant, un cercle de sabres, de piques et de baïonnettes dirigés contre lui. Il fait deux pas en arrière,

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