LIVRE VINGT-SIXIÈME
fraterniser avec les meurtriers de La Rochefoucauld et changèrent leurs apothéoses en imprécations.
A Orléans, la garde nationale, désarmée par le maire, laissa impunément violer les prisons, saccager les maisons des principaux négociants, massacrer huit ou dix personnes et enfin brûler à petit feu, dans un brasier allumé sur la place publique, deux commis d'une raffinerie qui avaient tenté de soustraire au pillage la maison de leur patron. A Lyon , la nouvelle des journées de Paris excita une féroce émulation dans le peuple. Deux mille hommes, femmes ou enfants, écumes parmi les immondices de cette grande reunion d'ouvriers nomades, se portèrent, malgré la résistance du maire Yitet et du commandant de la ville, Imbert Colomez, au château-fort de Pierre-Encise. Ils forcèrent les portes et massacrèrent vingt et un officiers du régiment de Royal-Pologne qui y étaient enfermés. Ils se portent de là aux prisons civiles, égorgent sans choix tous ceux qui s'y trouvent et clouent aux arbres de la promenade de Bellecour les membres mutilés do leurs victimes.
Ronsin, commandant d'un des bataillons do Paris composé des vainqueurs du i 0 août et de quelques assassins de septembre, traverse Meaux en se ren-
dant à la frontière. A son arrivée, il gourmande le maire de n'avoir pas encore suivi l'exemple de la commune de Paris. Le sabre à la main , il parcourt les rues de la ville, recrute quelques scélérats dans les lieux suspects, les lance sur la prison et les encourage à l'oeuvre du geste et de la voix. — « 3Ies » hommes sont des brigands, » répondait Ronsin à ceux qui lui reprochaient les forfaits de sa troupe, « mais est-ce donc d'honnêtes gens qu'étaient com- » posées les légions qui exécutaient les proscriptions » de Marins? »
A Reims, un autre bataillon recruté dans les sentines de Paris passait pour se rendre aux frontières sous le commandement du général Duhoux. Un agitateur nommé Armonville se présente devant ce bataillon au moment où le général passait la revue. En vain le commandant veut retenir les soldats. Armonville les harangue, en débauche une cinquantaine, les entraîne à la Société populaire, leur distribue des armes, marquetés maisons, désigne les victimes et les encourage à frapper. Deux administrateurs sont massacrés sur les marches de THôtel-de-Ville. On joue aux boules avec leurs têtes. On jette dans un bûcher allumé sur le parvis de la cathédrale tous les prêtres trouvés dans la ville. Pendant deux jours les assassins attisent ce bûcher et y jettent pour l'alimenter de nouvelles victimes. Ils forcent le neveu d'un de ces prêtres d'apporter, de sa propre main,