LIVRE VINGT-SIXIÈME
intimidés par Léonard Bourdon. On foula aux pieds le décret et on marcha sur Versailles. Cependant les bourreaux du 2 septembre attendaient le cortéi^e à Arpajon. Ces hommes se joignirent à l'escorte et arrivèrent en môme temps que le convoi aux portes de Versailles. Le maire de Versailles, Richaud, informé du danger, prit toutes les mesures que lui commandaient la prudence et riiumanité. Fournier et Lazouski , avec deux mille hommes et du canon , avaient une force suflisante pour prévenir un attentat. Mais tout semblait dispose par eux pour livrer leur dépôt au lieu de le défendre. Les canons et la cavalerie de Fescorte précédaient à une distance considérable les voitures. L'ue faible haie de cinq hommes de lile marchait à droite ou à gauche de la route. Le maire, accompagné de quelques conseillers municipaux et de quelques officiers de la garde nationale, imposait seul par sa présence et par ses paroles aux assassins. Bien que ce fut un dimanche, à l'heure où le peuple se répand pour se livrer à l'oisiveté de ce jour, les rues de la ville étaient désertes. La bande d'égorgeurs qui épiait cette proie ne comptait pas plus de quarante ou cinquante hommes. Ils laissèrent les chariots arriver jusqu'à la grille du jardin qui conduit à la Ménagerie. C'était là qu'on avait préparé la halte pour cette nuit. Aussitôt que Fournier, les canons et la cavalerie de Fescorte eurent passé la grille, on la referma sur eux. Fournier, soit
surprise réelle, soit simulation de violence, fut renversé de son cheval par des hommes du peuple , et se débattit faiblement pour faire rouvrir la grille qui le séparait du gros de sa troupe et de son dépôt. Lazouski, avec l 'arrière-garde, ne fit aucune démonstration pour se rapprocher du cortège. Les assassins, maîtres des voitures , se jetèrent sur les prisonniers enchaînés, qu'on ne leur disputait plus. En vain le maire Richaud s'élança-t-il entre eux et leur proie ; en vain, montant lui-même sur le premier chariot et écartant des deux mains les sabres et les piques, couvrit-il de son corps les deux premières victimes. Renversé sur leurs cadavres , inondé de leur sang , les assassins remportèrent évanoui d'émotion dans une maison voisine et achevèrent , sans résistance , pendant plus d'une heure cette boucherie de sangfroid, qu'une ville entière terrifiée et deux mille hommes armés leur laissèrent achever en plein jour. L'intrépide Richaud, seul, revenu de son évanouissement , et s'arrachant aux bras qui voulaient le retenir, s'échappe de la maison où il a été transporté , revient aux voitures , tombe aux genoux des assassins, s'attache à leurs bras ensanglantés, leur reproche de déshonorer la Révolution et la ville où elle a triomphé du despotisme, leur oflVe sa propre vie pour racheter la vie de la dernière de leurs victimes. On l'admire et on l'écarté. A peine sept ou huit prisonniers, se précipitant des chariots dans la confusion