‹ Histoire des GirondinsChapitre 185 sur 194 · LIVRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME

ses de ce généreux mai?istrat. Il n'avait pas cessé, depuis deux jours, d'avertir le pouvoir exécutif des dangers qui menaçaient la vie des prisonniers de Versailles et de réclamer des forces de Paris. Alquier, président du tribunal de Versailles, se transporta deux fois chez Danton, ministre de la justice, pour le sommer, à ce titre, de pourvoir à la sûreté des prisons. La première fois, Danton éluda; la seconde, il s'irrita d'une insistance qui agitait le remords ou l'impuissance de son cœur. Regardant Alquier d'un regard significatif et qui voulait être entendu sans paroles : « Monsieur Alquier , » lui dit-il d'une voix rude et impatiente, « ces hommes-là sont bien cou- » pables ! bien coupables ! Retournez à vos fonctions » et ne vous mêlez pas de cette affaire. Si j'avais pu » vous répondre autrement, ne comprenez-vous pas » que je l'aurais déjà fait! » Alquier se retira consterné. Il avait compris.

Ces paroles échappées à l'impatience de Danton sont le commentaire de celles qu'il proférait le 2 septembre à l'Assemblée : « La patrie est sauvée; le » tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'a- » larme : c'est la charge sur les ennemis de la patrie ! » Pour les vaincre, pour les atterrer, que faut-il? De » l'audace , encore de l'audace , toujours de l'au- » dacc ! » Il acheva de relever le sens qu'elles avaient dans sa pensée le soir même des massacres de Versailles. Les assassins de Brissac et de Lessart

se rendirent à Paris , à la nuit tombante, et se pressèrent sous les fenêtres du ministère de la justice , demandant des armes pour voler aux frontières. Danton se leva de table et parut au balcon. « Ce » n'est pas le ministre de la justice , c'est le ministre » de la Révolution qui vous remercie! » leur dit-il. Jamais proscripteur n'avoua plus audacieusement ses satellites. Danton violait les lois qu'il était chargé de défendre, il acceptait le sang qu'il était chargé de venger; ministre non de la liberté mais de la mort. Septembre fut le crime de quelques hommes et non le crime de la liberté.

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