‹ Histoire des GirondinsChapitre 3 sur 194 · LIVRE DIX-SEPTIEME. î · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME. î

le 21 aux Tuileries accompagné de quelques officiers municipaux, il fut accablé de mépris, de reproches et de menaces. Le bataillon des Filles-Saint-Thomas, composé d'hommes dévoués à la constitution , chargea ses armes sous les yeux de Pétion. La voix unanime des citoyens accusait le maire de Paris d'avoiieu la volonté du crime sans en avoir montré la franchise. Sergent, qui accompagnait Pétion, fut renversé par un garde national indigné et foulé aux pieds dans la cour des Tuileries. Le directoire de Paris suspendit le maire. On fit des préparatifs de défense autour du château contre un nouveau rassemblement, qu'on annonçait pour le soir. On parla de proclamer la loi martiale, de déployer le drapeau rouge. L'Assemblée s'émut de ces bruits dans la séance du soii'. Guadet s'écria qu'on voulait renouveler contre le peuple la sanglante journée du Ghampde-Mars.

Pétion reparut le soir aux Tuileries et se présenta devant le roi pour lui rendre compte de l'état de Paris. La reine lui lança un regard de mépris. « Eh » bien, monsieur, » lui dit le roi, « le calme est-il » rétabli dans la capitale? — Sire, » répondit Pétion, « le peuple vous a fait des représentations, il » est tranquille et satisfait. — Avouez, monsieur, » que la journée d'hier a été un grand scandale et » que la municipalité n'a pas fait tout ce qu'elle dc- » vait faire? — Sire, la municipalité a fait son de-

» voir. L'opinion publique la jugera. — Dites la » nation entière. — Elle ne craint pas le jugement » de la nation. — Dans quelle situation est en ce » moment Paris? — Sire, tout est calme. — Cela » n'est pas vrai. — Sire!... — Taisez-vous! — Le » magistrat du peuple n'a pas à se taire quand il fait » son devoir et qu'il dit la vérité. — C'est bon, re- » tirez-vous! — Sire, la municipalité connaît ses » devoirs; elle n'attend pas pour les remplir qu'on » les lui rappelle. »

Quand Pétion fut sorti, la reine, alarmée des conséquences de ce dialogue si âpre d'un côté, si provoquant de l'autre, dit à Rœderer : « Ne trouvez- » vous pas que le roi a été bien vif; ne craignez-vous » pas que cela ne lui nuise dans l'esprit public? — » Madame, » répondit Rœderer, « personne ne s'é- » tonnera que le roi impose silence à un homme qui )) parle sans l'écouter. » Le roi écrivit le 22 à l'Assemblée pour se plaindre des excès dont sa demeure avait été le théâtre et pour remettre sa cause dans ses mains. Il publia une proclamation au peuple français. Il y peignait les violences de la multitude, les armes portées dans son palais, les portes enfoncées à coups de hache, les canons braqués contre sa famille. « J'ignore oii ils voudront s'arrêter, » disaitil, en finissant, avec une résignation calculée; « si » ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin » d'un crime de plus, ils peuvent le commettre ! » Le

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