‹ Histoire des GirondinsChapitre 42 sur 194 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

Marat provoquait, dans ces pages, un massacre du corps législatif, mais il voulait qu'on épargnât le roi et la famille royale. Ses liaisons sourdes et fugitives avec les agents secrets de la cour rendaient cette humanité suspecte, sous une plume qui ne distillait que du sang. Marat alors ne croyait pas encore à la victoire du peuple, dans la crise qui se préparait. Il craignait pour lui-même ; il demanda, le 9 août, un entretien secret à Barbaroux et le conjura de le soustraire aux coups de ses ennemis en l'emmenant avec lui à Marseille, sous le déguisement d'un charbonnier.

Une autre démarche eut lieu au nom de Robespierre, et ti son insu, pour rallier les Marseillais à sa cause. Deux de ses confidents, Panis et Fréron, ses collègues à la municipalité, firent appeler Rebecqui et Barbaroux à l'Hôtel-de-Ville , sous prétexte de donner aux bataillons marseillais une caserne plus rapprochée du centre des mouvements de la Révolution, aux Cordeliers. Cette offre fut acceptée. Panis, Fréron, Sergent couvrirent leur pensée de nuages. « Il faut un chef au peuple ! Brissot aspire à la dic- » tature, Pétion la possède sans l'exercer. C'est un » trop petit génie ! il aime sans doute la Révolution, » mais il veut l'impossible : des révolutions légales!

)) Si on ne violentait pas sa faiblesse il n'y aurait )) jamais de résultat. »

Le lendemain, Barbaroux se laissa entraîner chez Robespierre. Le fougueux jeune homme du Midi fut frappé d'étonnement , en entrant chez Taustère et froid philosophe. La personnalité de Robespierre, semblable à un culte qu'il se serait rendu à luimême, respirait jusque dans les simples ornements de son modeste cabinet. C'était partout sa propre image reproduite par le crayon, par le pinceau ou par le ciseau. Robespierre ne s'avança pas au delà des réflexions générales sur la marche de la Révolution, sur l'accélération que les Jacobins et lui avaient imprimée à ses mouvements, sur l'imminence d'une crise procliaine et sur l'urgence de donner un centre, une âme , un chef à cette crise f en investissant un homme d'une omnipotence populaire. — « Nous ne «voulons pas plus d'un dictateur que d'un roi, » répondit brusquement Rcbecqui. On se sépara. Panis accompagna les jeunes Marseillais et dit à Rebecqui en lui serrant la main : « Vous avez mal compris; il » ne s'agissait que d'une autorité momentanée et in- » surrectionnelle pour diriger et sauver le peuple, et » nullement d'une dictature. Robespierre est bien cet » liomme du peuple! »

Excepté cette conversation, provoquée par les amis de Robespierre, à son insu, et acceptée par les chefs marseillais, rien n'indicjue dans Robespierie

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Tambition prématurée de la dictature, ni même aucune participation directe au mouvement du 10 août. La république était pour lui une perspective reléguée dans un lointain presque idéal ; la régence lui présageait un règne de faiblesse et de troubles civils; le duc d'Orléans lui répugnait comme une intrigue couronnée; la constitution de 170! loyalement exécutée lui aurait suffi, sans les trahisons qu'il imputait à la cour. La dictature qu'il ambitionnait pour lui, c'était la dictature de l'opinion publique, la souveraineté de sa parole. Il n'aspirait pas à un autre empire , et tout mouvement convulsif des choses pouvait nuire à celui-là.

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