MASSACRES DE VERSAILLES
On pourrait induire de quelques documents que le massacre des prisons se prolongea au delà du (i
1 R^giêWê dei délibéraHonê d§ la $êcUon du ^anc-Culoffei, Séance du 3 septembre 1792, feuillet 56, vêrto. {Archives de la Préfecture de poUce.)
septembre. Dans la séance de la Convention du 4 février 1793, Lanjuinais déclara qu'on égorgeait encore le 9. Cela peut être vrai pour des victimes isolées et oubliées ; mais les prisons de Paris étaient généralement vides le 6 septembre au soir ; et si , en effet, il y eut, le 9, de nouvelles victimes, le fait n'est complètement exact qu'au sujet des prisonniers d'Orléans et des prisonniers de Versailles.
On. avait établi à Orléans, par décret du S mars 1791, un tribunal destiné à devenir Haute Cour de justice, pour les crimes de lèse-nation.
Dès le 9 mars quelques prisonniers, détenus à l'Abbaye, furent dirigés sur Orléans, où le tribunal s'installa oficiellement le 25.
Le 4 et le 16 décembre, six autres prisonniers y furent envoyés, et leur nombre s'éleva successivement à cinquante-trois accusés, parmi lesquels M. de Lessart, ancien ministre du roi, et M. de Cossé-
Brissac, commandant de la garde constitutionnelle, étaient les plus éminents.
Les démagogues de Paris avaient les yeux sur ces prisonniers, et ils résolurent de les comprendre dans le massacre général des royalistes. Une députation de la Commune insurrectionnelle vint , en conséquence, à la barre de l'Assemblée législative, le S3 août 1792, et demanda que les prisonniers d'Orléans fussent transférés à Paris, avec ce ton de menace et d'outrage que les pouvoirs publics de ce temps souf-
fraient dans la bouche de quiconque se disait orateur du peuple.
« Il est temps, dirent les pétitionnaires , que les prisonniers d'Orléans soient transférés à Paris, pour y subir le supplice dû à leurs forfaits. Si vous n'accordez pas cette demande, nous né répondons plus de la vengeance du peuple. Vous nous avez entendus, et vous savez que l'insurrection est un devoir sacré *. »
Il y avait, pour les démagogues, mieux à faire encore que de demander que les prisonniers d'Orléans fussent amenés à Paris : c'était de les aller chercher. La Commune s'y résolut; et déjà même le Conseil général avait délivré, le 15 août, un bon de 6,000 fr. à Fournier l'Américain *, pour les premiers frais de l'expédition. Cette expédition dut partir le 26 août, car elle arriva à Orléans le 31 ; elle se composait de deux mille hommes, infanterie et cavalerie, avec sept pièces de canon ", le tout aux ordres de Fournier, qui reçut encore 60,000 fr. pour l'entretien de sa troupe \ Il semblerait résulter du procès-verbal de l'assemblée générale de la Commune de Paris, du 19 septembre, que Fournier s'était plus attribué qu'il ne l'avait reçu le commandement de ces deux mille
i Moniteur du 25 août 1792.
s État des sommes payées par le trésorier de la Commune de Paris pour la révolution du 10 août 1792. > Moniteur du 14 septembre 1792.
* Procèn'verhal de la Commune de Paris ^ du 19 septembre 1792,
hommes ; le texte le qualifie de se disant camssum^ dant de la garde nationale envoyée à Orléans^ et il fait connaître en outre quUl avait été mis en arrestation à son retour, car on lui rendit la liberté le 90, afin quHl pût Réunir toutes les pièces nécessaires à l'apurement de ses comptes ^
Soit qu'il eût reçu son mandat du comité d Exécution^ soit qu'il eût Tencouragement secret de tel antre directeur des massacres, Foumier ne représentait, à Orléans, qu'un pouvoir révolutionnaire et intrus. En effet, en vertu de quelle raison, plus ou moins plausible, un chef de bande, parti de Paris sans caractère légal, pouvait-il réclamer, au chef*lieu d*an département voisin, la remise de prisonniers appartenant déjà à la juridiction de la Haute Cour ? Les magistrats qui avaient reçu, sous le nom de Grands Procurateurs de la nation, la garde des prévenus et la direction du procès, n'hésitèrent pas à résister aux réquisitions de l'aventurier, arrivé de Paris sans mission, et qui dut rester à Orléans avee sa troupe jusqu'à ce qu'il filt intervenu une décision régnllère.
Saisie de l'incident, et mue par le désir de mettre les prisonniers en sûreté, l'Assemblée législative vota^ le 9 septembre, une loi aux termes de laquelle les prisonniers devaient être transférés , sous bonne escorte, au château de Saumur, avec injonction aux
1 Frocks-^ethal de la CommwM de Parié, Séanee da 19 septembre 1792.
gardes nationales parisiennes de rentrer à Paris sans délai.
L'Assemblée ajouta que la loi serait immédiatement transmise , par un courrier extraordinaire, au commandant de la garde nationale parisienne, en ce moment à Orléans, ainsi qu'aux Grands Procurateurs de la nation, et aux commissaires du pouvoir ezé* cutif dans le département du Loiret.
Ainsi, la loi était claire et formelle. Les prisonniers d'État devaient être conduits au château de Saumur, sous l'escorte de la garde nationale d'Orléans ou de toutes autres forces locales disponibles ; et Fournier, avec ses deux mille hommes et «on artillerie, devait rentrer immédiatement à Paris.
Selon les instructions qu'il devait avoir, Fournier désobéit ; il se fit délivrer, par force, les prisonniers, et les achemina sur Paris, le 4 septembre. Un nommé Bécart, commandant-adjoint, en prit vingthuit, détenus dans la prison de Saint-Charles; Fournier prit les vingt-cinq autres, détenus dans la prison des Minimes.
Voici d'abord le reçu des vingt-huit prisonniers enlevés par Bécart, reçu qu'il remit^ pour décharge, au concierge Picard :
État dbs prisonnibrs détenus a Saint-Ghahlks :