‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 4)Chapitre 4 sur 31 · COMPAGNIES COMMERCIALES INDUSTRIELLES · texte numérisé non relu

COMPAGNIES COMMERCIALES INDUSTRIELLES

LOMBARDS, ITALIE1I8, VÉlflTIENS.

Tout un volume de cet ouvrage sera consacré à l'histoire des grandes compagnies industrielles anciennes et modernes. Il ne s'agit ici que de résumer les premiers faits ; je dirai les premiers bégayements de l'esprit d'association. Si les juifs furent les inventeurs de la banque, de l'escompte, des négotiations sur les valeurs monétaires et l'argent, les Lombards, les Italiens, les Florentins et les Vénitiens furent les créateurs des compagnies marchandes ou industrielles pour l'exploitation de toutes les branches commerciales.

L'esprit de corporation ou de protection mutuelle des petits intérêts par groupes, appartient essentiellement au moyen-âge : les civilisations qui commencent comme celles qui parviennent à un haut degré d'activité organisent toujours les corporations ; les unes pour aider les intérêts qui se cherchent; les

autres pour régulariser les intérêts qui se prêtent un mutuel appui d'activité et de crédit.

Portons plus loin les similitudes I entre les foires du moyen-âge et les expositions industrielles des temps modernes , il n'y a que la diflTérence qu'apporte en toute chose la perfectibilité humaine; ridée est la même entre les landits de l'abbaye de Saint-Denis et les bazars de Tindustrie I les sociétés ne changent point aussi facilement. Le monde tourne dans le même cercle; c'est le serpent égyptiaque qui se mort la queue.

L'esprit de corporation du iv" au xviii* siècle s'étendait de la religion au commerce : la mutualité des idées et des intérêts est la condition et la force de l'humanité en progrès; elle est au commencement; elle sera à la fin.

Les corporations commerciales étaient certainement connues en Grèce et dans la Rome antique ; il en existait au milieu des Gaules , témoin celles des Nantes et Caupones, dont l'existence est constatée à Paris même au temps de Julien quand s'élevait le beau palais impérial des Thermes et ses jardins en espaliers sur la Bièvre : mais les grandes compagnies commerciales agissant pour le négoce du monde ne

remontent pas au-delà du xiii'' siècle, et leur origine fut ritalie : Venise, Rome, Florence, Pise.

Ces compagnies se formaient par des associations de parts et d'intérêts réglés par dividendes; elles avaient des agents, des comptoirs dans toutes les grandes cités pour l'achat des marchandises comme pour la vente : Paris avait sa rue des Lombards, comme Alexandrie et Saint-Jean-d*Àcre avaient leur quartier de Venise et de Pise. Les caravanes étaient le moyen de transport; les chameaux étaient les chemins de fer du moyen-âge , et les pieux pèlerinages l'expression de l'esprit curieux et voyageur qui est au fond du cœur de l'homme.

Toutefois en France le système des compagnies régulières formées par actions ne remonte paf^ au-delà de Henri IV. Une ordonnance de Louis XIII autorise la formation d'une compagnie pour l'exploitation de la colonie du Canada. Le système adopté unit la force des capitaux particuliers aux encouragements donnés par le trésor royal, appui indispensable pour tout ce qui s'établit et se fonde ; la liberté seule^sans encouragement languit, la protection également sans liberté opprime et souvent étouffe.

C'est par le concours de ces deux idées qw se

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forma la compagnie des Indes qui reçut les droits souverains et légaux. La compagnie avait la ville et port de l'Orient en propriété; la plupart des comptoirs des Français du Bengale et de Tlndostan étaient à la compagnie, comme choses dont elle avait le dominium; elle pouvait en disposer, sauf le cas extraordinaire de cession à une puissance étrangère, ce qui ne pouvait avoir lieu qu'avec Tautorisation du roi en son conseil. [J'analyserai ces statuts.)

La compagnie de l'Inde comme celle de l'Angleterre avait ses vaisseaux, une armée qu'elle entretenait à ses frais ; le gouverneur seul était nommé par le roi : tous les autres officiers n'étaient que les agents particuliers de la compagnie et recevaient leur traitement du comptoir.

Elle avait le monopole du commerce de l'Inde de la presqu'île du Gange ; toutes les marchandises arrivaient dans ses magasins pour être revendues par les comptoirs qui s'étendaient jusqu'à Hambourg : la compagnie avait plusieurs espèces de papier en circulation pour représenter son capital, ses actions et ses obligations : les premières devinrent l'objet d'une hausse ou d'une baisse à raison de la sécurité qu'offrait la compagnie et de la quotité du dividen-

-aide ; les obligations qui constituaient la dette de la compagnie eurent un cours facultatif jusqu'à la décadence absolue de la compagnie, qui arriva très-rapidement après la guerre de 1765 et la mauvaise gestion du comte de Lally. On verra qu'il fallut alors liquider : le trésor du roi prit à sa charge la dette moyennant la cession de souveraineté de l'Orient, l'Ile de France et de Bourbon, des comptoirs du Bengale et de l'Indostan devenus depuis de simples colonies françaises comme la Martinique , la Guadeloupe et Saint-Domingue,

La compagnie d'Afrique établie sur de moins larges moyens eut plus de durée; si elle n'avait pas de siège spécial , Marseille était la ville où se réunissaient les délégués du conseil supérieur.

Au privilège du commerce d'Afrique fut ajouté celui de la pêchedu corail sur les rivagesde la Méditerranée : le corail était une marchandise d'un beau débit dans les colonies et l'Inde : la compagnie en fit manufacturer elle-même; les plus belles branches furent deux admirables candélabres habilement travaillés offerts au roi et placés dans le palais de Versailles. La compagnie d'Afrique se fit successivement céder le privilège du commerce de la poudre d'or dans le Séné-

gai et de la pèche des perles. Les actions qui étaient créées à 1 000 livres s'élevèrent jusqu'au prix de 4000. Le xviii* siècle fut fécond en compagnies industrielles; on verra le sytème d'assurance s'étendre à la propriété, aux tontines, rentes viagères, risques de mer et de voyage : à Marseille, Bordeaux se groupent les compagnies pour offrir les prêts à la grosse, moitié de hasard, moitié gage, car on exposait le capital pour obtenir de gros intérêts : Je ne donne tout ceci que pour mémoire, l'histoire des compagnies trouvera sa place dans le i"^ volume.

Mais l'association la plus considérable, celle qui fait l'objet spécial de ce livre, ce fut la riche compagnie achetant de l'État par contrat , moyennant un prix et des conditions fixes , la perception d'une ou de plusieurs branches du revenu public, compagnie qui fut toujours désignée sous le titre des fermes générales.

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