‹ Histoire des GrecsChapitre 140 sur 202 · SUITES DE LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

SUITES DE LA CONQUÊTE

sana (Messine). La flotte phénicienne passa des côtes d'Ionie à celles de THellespont et de la Propontis. Toutes furent prises et saccagées. Les habitants de Byzance et de Chalkédon s'enfuirent à Mesembria, sur le PontEuxin, sans môme attendre l'arrivée des Perses. Les Phéniciens ayant parcouru le pays le fer et la flamme à la main, se tournèrent du côté de Procoûnèse et d'Astakë et les brûlèrent aussi. Ils revinrent ensuite dans la Ghersonnëse pour détruire toutes les villes. L'Athénien Miltiade n'échappa à la captivité qu'en se sauvant à Athènes, où il devait s'illustrer plus tard par la victoire de Marathon. Les généraux perses réalisèrent, dit Hérodote, les menaces qu'ils avaient faites aux Ioniens avant la bataille de Ladè : « A mesure qu'ils se rendaient nialtres des villes, ils choisissaient les plus beaux enfants pour en faire des eunuques, arrachaient les filles des bras de leurs mères pour les envoyer au roi, et non contents de cela, ils mettaient le feu aux villes et aux temples. Les Ioniens furent ainsi subjugués pour la troisième fois. »

Après avoir écrasé la révolte avec une impitoyable sévérité, le gouvernement perse voulut en prévenir le retour en détruisant l'autonomie communale. « Arlapherne, gouverneur de Sardes, manda les députés des villes ioniennes et les obligea à s'engager par un traité à recourir réciproquement à la juslice quand ils se croiraient lésés, sans user désormais de voies de fait. 11 tit ensuite mesurer leurs terres par parasanges, mesure usitée en Perse, qui équivaut à trente stades, et régla en conséquence les impôts que chaque ville devait payer. » Par ce tribut qui leur était imposé et dont elles ne pouvaient ni fixer ni discuter le chiffre, les villes grecques entraient dans l'unité de l'empire. En les privant du droit de paix et de guerre, qui est l'attribut principal de la souveraineté politique, on pouvait sans danglr leur laisser une sorte d'indépendance administrative : Mardonios, gendre du roi, qui succéda à Arlapherne, déposa les tyrans des Ioniens et établit dans les villes la démocratie. Hérodote ne nous donne pas les motifs de cette mesure qui paraît surprenante au premier abord. Les Perses s'étaient peut-être aperçus que les intrigues d'un ambitieux comme Histiaios ou Aristogoras étaient plus dangereuses pour leur autorité que des rivalités dans les élections

354 PRIilMlÈRE GUiîHRË MÉOIQUE.

municipales. « Cet acte, dit Thirlwall, démontre plus de connaissance des hommes, des vues plus larges, des principes plus équitables qu'on n'aurait pu les attendre d'une cour barbare et despotique. C'est une mesure qui fait honneur à l'intelligence de Mardonios ou de Dareios. » Avec nos idées modernes, la condition des cités grecques sous la domination des Perses peut sembler préférable aux discordes civiles et à l'hostilité réciproque des cités autonomes ; mais l'énergie intellectuelle s'éteignit avec l'activité sociale; toute initiative disparut avec les agitations de la vie politique, et cette brillante civilisation de la Grèce d'Asie, qui avait grandi si vite et s'était élevée si haut dans la période précédente, s'évanouit eu môme temps que la liberté.

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