M.DC.XXIIII
Yoici maintenant à quel propos eut lieu cette confia rence. Un catholique du pays avait écrit au ministre Soler,
(*] On voit à l'approbation donnée à Caen,le 5 septembre 1624, que ce P. Archange était de Valogncs.
pour le défier d'expliquer cinq points textuels , qui lui semblaient inconciliables dans la nouvelle doctrine des réformateurs. Le premier reposait, comme on vient de le voir , sur la prétendue sainteté de l'enfant , dès le ventre de sa mère, sainteté que Soler, en se fondant sur les textes de St-Paul, 1, Cor. 7, et de St-Pierre aux Ath., 2, avait publiquement professée. Le IL P. Ârehange ne tarda pas alors à jeter le gant en son nom ; et la lice s'ouvrit aux jour et lieu ci-dessus désignés, après invocation réciproque du Saint-Esprit, et en présence, connue il est dit plus bas, de noble et discrète personne^ maisire JeanNicolUj Ikentié ès-^roicts^ curé de Tresgots; Jaques de VAuberie, escuier, sieur du Mesnilraut ; maisire Pierre Vallée, lieutenant de M. le bailly de Costentin, à Saint-Lo ; maistre Jean Roger , escuier , sieur de la Pontaie , vicomte de Saint'-Lo; maistre Jean du Bois, procureur du Roy; maistre Guillaume Vautier, sieur de la Vignette, Ueutenan^ en vicomte audict lieu, convenus de la part dudit sieur ca-pucin ; et de maistre Michel Morin , prestre,pour scribe ;
Et de Jaques du Bosq , escuier , sieur de Maisons; Ja^ ques de BecheveU escuier, sieur de la Vacherie ; maistre Estienne Hardy, sieur de la Coudraie , esleu en Feslection de Carentan et Saint-Lo ; maistre Adam Sanxon, sieur des Maizerets, conseiller, assesseur audit Saint-Lo; maistre Jaques Lalod , sieur de la Coudetrie; maistre Michel Le Petit , sieur de la Joaisière, convenus de la part dudiî sieur Soler ; et de maistre Jean du Pray , advocat à Sainte Lo f prifis pour greffier de la part dudict Soler.
On ne s'attend pas à ce que nous suivions pied à pied cette fastidieuse discussion, toute farcie de jargon pédantesque de Técole, et dans laquelle les combattauts,
bardés de textes et de citations, fen*aillent a coups de syllogismes. Qu'il suffise de savoir que notre pasteur Soler, 9e couvrant^ comme un coq ou chat^ de griffes et d'ergots, pour attaquer et défendre , et à dessein d'accrocher une dispiUe smt des formalités, sans jamais venir au fond, ne pérore guères que sur la contexture de Targumentation cornue de son adversaire , et semble se complaire à amuser la salle de ses feintes et de ses retours» Ces fameux syllogismes, il les trouve de mauvais aloi ; ce rude jouteur, qui le défie, n'accouche que Sun coq-érl'àne , et il le renvoie à l'école.
Placée sur ce terrain, la conférence devait dégénérer en personnalités; or, c'est dans ces personnalités qu'éclate la vérité sur l'origine de Soler. Ici on nous permettra de copier textuellement:
« En la troisième fois que je dictois , il en vouloit
» tousiours conter, il se veut railler de moi , sur le mot » de monsieur le Capucin , ainsi m'appeloit-il quelque- » fois, qu'il m'avoit veu en Angleterre, vestu d'escarlatte^ » Tespée au costé, et. qu'il m'appelloit pour cela mon-» 9> sieur ; je luy dis sans me divertir , en attendant que les » scribes achevassent d'escrire ce que je leuravois dit, » que ce terme de monsieur estoit bon outre-mer, où » cette escarlatte luy avoit donné dans les yeux , et que » maintenant j 'estois èC m'appellois F. Archange , ca- » pucin, toutefois qu'il m'appellast comme il luy plairoit; » puis repris k dicter.Un catholique de la compagnie lui » dist qu'au retour d'Angleterre, j'avois repris mon habit » de religieux , ce qu'il n'avoit pas fait. Cet homme estoit » passé auxisles, pendant les dernières guerres, où le » Roy demandoit l'entrée libre do ses villes , et , de
pear d'estre obligé à signer son service, s'enfuit pamiy ces islements, monstrant qu'il estoit aussi peu fidelle sujet du roy de France qu'il avoit esté de son naturel prince le roy d'Espagne, car il se dit Espagnol de nation. Mais, pourroit dire quelqu'un en l'excusant» il n'avoit encore pour lors ses lettres de naturalité, pour être immatriculé avec les originaires françois, comme il a eu depuis peu, à l'occasion de l'édict du Roy, qui est que tous les ministres étran- : gers sortent la France. Au temps de la guerre, il avoit encore tout le péché originel d'Espagnol qui lui estoit imputé; c'est pourquoy ce n'est merveille s'il ne signa le service du roy de France, estant tout Espagnol ; mais k présent qu'il est baptisé François, par lettres patentes de naturalité, il est devenu très-fidelle sujet du Roy; toutefois le péché originel d'Espagne, qu'ils confessent estre une corruption de nature , qui n'est qu'une enflenre d'orgueil, esprit altier et porté aux rodomontades, demeure encore en luy quant à la coulpe. C'est ce que tiennent ses confrères , ne pouvant excuser ses insolences de la conférence que sur ce qu'il est Espagnol: et qu'il faut donner cela aux « boutades et saillies du naturel arrogant de cette nation dont il tire son origine : ainsi couvrent ses bons frères tous ses deffiiuts du manteau de leur charité réformée. »
Pour compléter cette notice sur Soler , nous lisons ailleurs, dans le même opuscule, que cet étranger avait été autrdbis dans les ordres, et avait appartenu à celui des RR. PP. Prêcheurs, vulgairement dits Jacobins. Nous voyons qu'alors, s'il faut en croire son antagoniste,
îi était ohséié d'inquiotodes et de frayeurs noctames , et que son état maladif avait fait ajourner la conférence » qui devait primitivenient avoir lien devant H. de Matignon. Enfin, si Ton a fait attention au reproche adressé au P. Archange, d'avoir été va aux iles anglaises dans l'équipage d'un brillant cavalier, on doit comprendre que les deux jouteurs de l'assemblée de Canisj étaient de vieille connaissance. Aussi s'étaient-ils déjà mesurés ensemble; et le récit de ce voyage à Jersey, que le R. P. Capucin croit devoir donner pour sa justification , en prévenant ses lecteurs qu'il ne l'avait entrepris qne par ordre de son provincial, le R. P. Honoré, et même du Souverain Pontife , foumira-t-il aux nôtres le moyen d'apprendre encore quelques particularités sur ce fiimeux ministre de la Réforme dans la Hanche.
On saura donc qu'étant à Jersey, le P. Archange avait dit, en présence de témoins^ que la vérité lui était si chère, que s'il était assuré delà trouver en la prétendue religion , il courrait volontiers l'embrasser. Or , ainsi qu'il Id rapporte, < comme nous estions dans la plaoe - » appelléa de Saint-Eiier, mon cher compagnon, le » V. P. Jean , de mon ordre , se promenant d'un costé en » compagnie, et moy séparément avec nn homme de * » l'isle àè Gemezé(Guemesey), dont la retraitte à la » mesme hostellerie me donnoit une particulière co« • *» gnoissance, et qui avoit eu pour aggréable que nos » entretiens fussent si le Baptesme estoit nécessaire à » salut, et si les enfants des fidelles estoient sanctifiez ■ » dès le ventre de la mère; et comme je l'instruisois du » catholique sentiment là-dessus, j'apperçois arriver » nn petit homme, qui mesembloit vestu d'une extraor-
» dinaire façon , une demy sotane sans ceinture, comme » les portent nos chirurgiens, aux cérémonies de leurs » esdioles; et se coula en la troupe où estoit mon corn- » pagnôn que nous allâmes joindre: % l'abbord de N monsieur de la Costardie, gentilhomme de monsieur i> de Montgommery , qui estoit en ceste isle , me dist que y» j'estois le bien arrivé» qu'il me sommoit de ma pro* » messe de recognoistre la vérité où elle me paroistroit , » et que l'occasion se présentoit de front, du rencontre )» du sieur Soler , qui estoit un tout propre moyen pour » cet effect. Je n'avois point encore vu cet astre tombé » du del de l'église et de son épicicle , son cloistre reliw gieux, où il se mouvoit autrefois dedans les vo^ux sa- )> crei d'obédience, pauvreté, chasteté, h
Soler était alors en effet entré dans les sataveaux tiens du mariage , il avait femme et enfants; et le gouvernement de l'ile l'avait pourvu de la cure de Saint-Oément.
Des défis aux luttes évangéliques il n'y avait qu'un pas ; et le R. P. Archange se vit obligé d'entamer une première discussion théologique avec le grand «apôtre de la Réforme. Elle fut chaude et serrée; et, si l'on veut bien s'en rapporter à notre jugement sur le mérite des arguments qu'on employa, il sera vrai de dire que le capucin y remporta la victoire. Aussi jugea-t-il prudent de s'embarquer immédiatement pour Guernesey, et de se soustraire ainsi par la faite aux recherches des mécontents qu'il venait de faire.
De retour de ces pérégrinations, dont l'espionage pourrait être aussi le motif que celui qu'il allègue, notre capucin reprit aussitôt le froc et sa vie ordinaire de prédication. Or , ce fut encore dans un de ses fréquents vo-
^2 yages à Saint-Lo que lui apparut encore le visage pâle et défait de son antagoniste » et qu'ils se prirent k se disputer leurs ouailles. La conférence de Ganisy derenait donc inéyitable, et elle eut liei^, s'il faut en croire le père Archange, à son grand honneur singulier et k la confusion de tous les sectaires du pays.Gomme la chose est par trop embrouillée, et ne relève point de notre tribunal, on nous dispensera d'émettre un avis conforme , et Ton nous permettra de renvoyer le bibliophile exigeant k la lecture du petit traité qui la renferme. Nous en avons uniquement extrait ce qui concerne le pasteur Soler; et Ton se persuadera facilement que cet étranger a joué un rôle considérable dans la Réforme normande , lorsque, malgré Taçharnement de la lutte, on voit son adver* saire déclarer quil l'aime autant quil hait son erreur , et témoigner de son respect pour son caractère et la loyauté de ses sentiments.
D'après ce qui précède sur l'origine et le caractère du ministre Spler , ainsi que sur l'époque où s'engagea la controverse avec le père Archange, il y a lieu, nous le peo* sons, de rectifier un passage de Y Histoire du CoterUinf qui tend k faire envisager le Soler de l'année 1600 conune le fils du premier apôtre de la Réforme k Saint-Lo. Voici, au surplus, en quels termes Toustain de Billy s'exprime sur Tarrivée de ce personnage: a Aussi les premiers Calvinistes la regardèrent ( Saintr-Lo ) comme très digne de leur conquête, et comme un lieu dont ils pourraient se servir avantageusement pour se rendre un jour maîtres de tout le Gotentin. Ils envoyèrent, pour ce sujet, un certain religieux apostat, nommé Soler, dont on dit que la famille subsiste encore. Les registres des
baptêmes, faits au prêche de Saint-Lp, en 1600 et années suivantes, font foi que le fils de ce Soler était ministre en ce lieu. »
Il nous semble donc qu'il y a ici confusion entre le père et le fils» Le véritable religieux apostat est bien en eflFet celui qui est désigné par le P; Archange , dans son opuscule, et qui était vivant et dans toute son activité intellectuelle en 1623 , époque delà fougueuse controverse tenue au château de Canisy. Car on ne saurait admettre que le fils, élevé à Técole du Protestantisme, ait d'abord appartenu k un ordre religieux et se soit séparé de son père dès le début de sa carrière. Il est possible, à vrai dire , que ce fil&fût, en 1600, un des ministres ou assesseurs de Saint-Lo , puisque, d'après les inductions qu'il est permis de tirer du livre du père Archange , sa naissance serait antérieure k l'année 1574 , époque de la mort de Montgommery. Toujours est-il cependant que le Jacobin apostat, son père , que le célèbre ministre du consistoire Saint-Lois devait exercer conjointement avec lui le ministère évangélique, alors qu'on le voit soutenir, vingt-trois ans après la lutte théologique que nou^ avons ci-dessus analysée. Partant de là , il devient difiidie de croire que le premier Soler eût été envoyé à Saint- Lo, vers 1560, comme le marque Toustain deBilly, et même vers 1550, comme nous le lisons avec surprisa dans quelques unes de ses copies. Un homme de quatre* vingt et quelques années, âge qu'on devrait lui attribuer, en supposant que ses prédications eussent commencé à vingt ans, un octogénaire , disons-nous, se fût difficilement résolu k rompre des lances en plein champ, encore que la force et l'énergie ne lui eussent pas fait défaut.
Il serait donc raisonnable » k notre avis, de retarder de plusieurs années FarriTée de ce Soler k Saint-Lo, afin de faire concorder son âge avec Tépoque , on ne peut mieux établie , de sa dispute contre le p. Archange. Il n'en restera pas moins constant que la Réforme calviniste ait été préchéc k Saint-Lo, en 1560 » comme nous TaflBrme le P. Daniel» dans son histoire de France; et, s'il manque en définitive k ce Soler d'avoir été le premier évangélisant de nos contrées, il lui restera toujours rhonneur d'avoir, en laissant aim nom , attiré uniquement sur lui les investigations de Thistorien.
Le seul auteur qui parle du massacre des Protestants à Valognes est de Thou, liv. xxx de sou Histoire universelle; et c'est en ces termes qu il détermine le lieu de leur réunion:
•«.. Qiù ad Stephani Esnœi (Bdeis conveniebant. Son traducteur Duryer les rend fidèlement par ces mots; qui Rassemblaient dans l'église de Samt'-Eiienm d'Esnay ; et tous les historiens postérieurs répèlent k Tenvi cette version.
L'esprit méticuleux , si l'on veut, de critique qui nous dirige dans nos recherches^ ne nous a point permis d'adopter, sans examen , le teinte et la traduc^ tion qui précèdent; et , quand même quelques pièces probantes ne seraient pas tombées entre nos mains, il résisterait toujours k placer à Valognes une église dont le nom y est totalement inconnu , aussi bien que le patronage du saint , qui est pareillement étranger k toute la contrée.
Nous étions donc naturellement portés k croire que de Thou ayait simplement comoiis une erreur de nom, et que le manoir du Quesnay , placé k distance voulue par les édits, était réellement le lieu qu'il avait entendu dé-
signer , lorsqu'un document , que nous devons a l'obligeance de M. Mabire, économe de Fhospice, est venu confirmer nos doutes.
Ce document , qui fait partie du chartrier de la maison, n'est autre qu'un écrit de défense dans un procès entre les hôpitaux de Carentan et de Valognes , au sujet de la possession de trois parties de rentes primitivement fondées à Valognes, en faveur du temple protestant da Qucsnay.
Disons d'abord ce qu'étaient ces rentes, et nous exposerons ensuite l'origine du procès.
Primo.' — 2 octobre 1613. Un sieur Pottier da MesniI~R t )l et du Qaesnay, de la ville de Valognes et de la rcîîg'on prétendue réformée , donne et aumône 50 livres de rentes k Yéglise du Quesnay de Vcdogneê , faisant profession de ladite religion, pour l'entretien du ministre d'icelle, à prendre sur tous ses biens; et, pour le cas où l'exercice de cette religion cesserait audit lieu , l'intention du donateur, ainsi que le porte le contrat, est que les arrérages de ladite rente soient mis entre les mains du consistoire de ladite église^ pour être employés à l'en^ tretien â!un préposant ou étudiant , m intention de servir au ministère de ladite église du Quesnay.
Secundo. — 1 1 avril 1629. Thomas GiiËurd, sieur du Mont-Rotot , égalementbourgeois de Valognes, constitue, sur ses biens , trois Uvres dix sous de rente, pour F entretien du ministre de T église reformée , entretenue au 0tie»-, nay^ ou au défaut au plus proche lieu où se fera ledit encercice.
Tertio. • — Mêmes jours que dessus» Autre constitution du même de six livres de rente, pour l'entretien du ministre de ladite église.
Or, les descendants du sieur du Quesnay s'élanl convertis au Catholicisme, l'eiercice se trouva interdit daos leur église. Alors ceux de la R. P. R, de Sainte-Mère- Eglise réclamèrent les arrérages de la partie de rente de cinquante livres, sous le prétexte que la fondation étant |>our le bien de Féglise réformée, elle devait survivre k l'abjuration des ayant-cause de son auteur , et revenir aux temples existants. Par sentence du baillage de Yalognes, du 3 mars 1635, confirmée par arrêt de la Cour du 16 juillet suivant , leur demande fut dite à bonne causé contre l'héritier du sieur du Quesnay.
L'église réformée de Sainte-Mère-Eglise jouissait donc de cette rente ( on n'avait rien statué k Tégard de celle de neuf livres dix sous, en deux parties), lorsque, le 22 octobre 1685, parut la fameuse révocation de l'édit de Nantes. Dès l'année précédente , le Roi avait adjugé k l'hôpital le plus voisin les biens dont jouissaient les consistoires supprimés par l'interdiction de l'exercice.
Delk le procès entre l'hôpital deCarentan et celui de Yalognes. La confiscation profiterait-elle au premier» comme étant plus rapproché de Sainte-Mère-Eglise , oh les arrérages de ces rentes avaient été transférées ? Reviendrait-elle plutôt aa second , comme étant situé dans le lieu même que le temple supprimé, auquel elles avaient été primitivement affectées ? En Tabsence de tout autre document positif, le litige est encore pour nous comme s'il était pendant devant le juge; et par ce qu*UQ autre contrat, passé devant Fichet, notaire k Yalognes, le 21 septembre 1687, nous apprend que nos administrateurs baillent k fieffé le jardin qui a servi de cimetière aux religionnaires de la R. P. R., du contien de perche et
demie, jouxte Venchs du citnetière de V Hôtel-Dieu de Valagnes, W Hervé Dutot et la rue des Huguenots audit Valognes, à messire Jean Jourdan , prélre , chanoiM de Véglise collégiale de Valognes , par soiaxmte^ix sous de renie foncière et vrraqmtable , payable, par chacun an,aur' dit hôpital , ledit jour 21 septembre, nous ne nous permettrons pas d'en adjuger le bénéfice à l'hôpital de Valognes.
Quoiqu'il en soit, après celle digression , qu'on voudra bien nous pardonner en faveur des faits nouveaux qu'elle contient, il n'en est pas moins vrai de dire que ie temple protestant de Valognes était situé au manoir du Quesoay. C'est en vain qu'on objecterait que la date des actes sus^noncés , étant de beaucoup postérieure à celle de la sédition racontée par de Thou , il y a discordance, et que notre justification n'emporte pas de plein droit l'existence du prêche en question , au temps où les faits de notre histoire se sont accomplis. La présomption milite en faveur de notre thèse, et même, si Ton veut encore faire attention k cette concordance de noms, celle du Gifiard entre autres, donateur des deux rentes de 1629, et celle du Gifi&rd, lapidé en 1563, du père «t du petit-fils peut-être , on devra reconnaître la légitimité de nos inductions et ratifier la correction que nous nous sommes permis de faire au texte , ordinairement sacré pour nous , du vénérable de Thou.
Si nous faisons s'abriter Tévéque de Coittances , dans une première attaque de sa métropole, derrière les fortifications de la place , hâtons-nous de dire que nous ne hasardons le fait que d'après l'autorité de de Thou (voir liv. XXX ).
Nous n'ignorons pas en effet que l'existence de ces fortifications est assez vivement controversée par les auteurs. Quant à M. de Gerville, auquel il faut recourir sur ces sortes de matières , on sent qu'il évite de se prononcer, et que, tout en inclinant vers la négative, il ne condamne pas absolument la thèse contraire. Il n a rien trouvé, dit-il, qui le porte à croire que Coutances ait eu un château. Démons, ajoute-t-il cependant, dans ses ff^ clterches, trop peu connues sar cette ville, parle bien d'un château Pisquin, en latin Pisqmllum^ dont il existait de S3n temps et dont il existe encore une vague tradition » mais il l'attribue aux Romains. Pour lui, bien qu'il reconnaisse que , sous le règne de Philippe-Auguste, Fouques Paisnel y possédât un château , il ne se range pas moins de l'avis de l'historien Coutançais, et refuse d'admettre G>utances dans sa sévère histoire des Châteaux de la Manche.
Cest donc Vexistencc seulement d*uu château qui est niée par ces deux auteurs, et encore ne Fest-elle que faibkment. Pour ce qui est d'un autre genre moins parfait de fortificatbn , M. de Gerville ne le repousse pas et rtconnait que Tune ou l'autre des deux affirmations n'est pas insoutenable.
Puisqu'il en est ainsi et que la controverse nous est encore ouverte» nous allons essayer d'apporter quelques ai^ttmentsti l'appui de l'opinion que nous avons suivie.
Et d'abord voici ce que nous lisons dans un mémoire manuscrit adressé, le ^7 août 1706, à M. Foucault, par le savant abbé de Billy.
<( Goutances avait aatrefois des châteaux , tours et for- » tîfications ; ils furent rasés par ordre de Louis XL
xk L'enceinte des murailles n'était pas fort grande; >» l'église Saint-Pierre était en dehors, comme aussi les » Capucins et le levant de la Basse-Rue.
» Ces murailles tournaient au couchant un peu au » dessous de Téglise Saint-Nicolas , emhrassai»t la » chapelle Saint-Maur, et tournaient vers le midi et le )» levant , de manière que les Jacobins et une partie de la » mais&n de M. de la Besnardière et la rue qu*on aph pelle des Cohues étaient au dedans. Le éhâteau était a aulieu ou est présentement l'évêché.
» Ge3 murailles enfermaient encore une autre espèce » 4e|ville Qii forteressd, qu'on appelait la (7/d^re <2m x> Chanoines^ parce que l'évéque et le chajHtre firent » fermer un lieu particulier pour eux. Le roi Philippe* » l^Bel leuc en donna la chartre. Elle est conservée au )» âtO feuillet du V^ volume des registres de ce cba* » pitre; celle chartre est de 1293.
» En 1340, le chapitre de Coulances disait « dansno > aveu rendu au Roi : Item nous tenons et possédons in-' V ternes maitionê et jardins jouxte ladùte église cathédrale » et dans les anciennes clostures «ù soldaient estre les mai- » sonSf demeures et habitations des chanoines et supports » d^icelk église, qui abattus sont plus de cent ans y apour 1» les hostilités et guerres avenues es pays de Normandie^ » encloses en la forteresse d'iceUe viUe^ lors^'elle estait » close dempuds une petite porte ou huis estant sur les » fossés ou douces d^icdle cité jusqu^à la maison de Jean » Dannemlle. »
Ainsi Texistence d'une enceinte fortifiée pour la ville, et d'une espèce de forteresse intérieure est déjà positivement affirmée par un auteur , et Ton sait que cette der* nière date du r^e de Philippe-le*BeL Suivons-en l'histoire, d'après un extrait évidemmait emprunté au manuscrit de M. Démons, et que Ton trouve inséré à l'aimanach du départagent de la Manche (année 1818, p. 126).
Après avoir recueilli la tradition de cet ancien château» qu'il appelle Pisguin, l'auteur s'exprime ainsi:
« Philippe-le-Bel fut le premier de nos ^ois qui per- » mit, en 1293, à Tévéque et au chapitre , tant pour » la sûreté de leurs personnes que pour la défense de B leur église , d'avoir un cloître fermé. Mais cette" lé- » gère fortification était peu capable de tenir long-temps » devant une armée, comme on l'éprouva par la suite*. » Charlefr-le-Mauvais et les partisans qu'il avait alors » dans notre Gotentin enfermèrent le siège en l'année » 1258t et ce ne fut que par le secours des troupes n que les Etats» assemblés à Paris, lui envoyèrent, % qa'ellç évita de tomber sous le glaive de ses ennemis.
» Wais le danger qu'elle courut alors fit ouvrir les yeux » h la Cour ; et Ton envoya des commissaires pour tracer » des tours et des murailles, et d'autres ouvrages plus » considérables pour sa défense. La partie fortifiée com- » prenait le terrain qui se trouve actuellement entre les » rues du Marché-k-Chaux, des Capucins» du Marché* » au-blé, des Cohues et des Douves. On avait pratiqué y h chaque extrémité de la Grande-Rue une porte. La » première placée au coin de la rue au Grand , la seconde i> auprès de la chapelle Saint-Eloy, apjpelée de Saint- M Nicolas, et défendue par un boulevard. Il y avait une » troisième petite porte auprès de la prison ecclésiastique, » pour la commodité de Tévêque et du chapitre. Ce fut M par cette porte qu'on introduisit les troupes du duc de » Bretagne, qui suivait le parti du duc de Normandie» » frère deLouisXI. Le Roi, irrité de la trahison de quel- » ques habitants de cette ville, sévit sur tous , la priva » de ses privilèges, et fit raser ses murs. On forma dans » la suite plusieurs fois le projet de les réparer. Louis » XI envoya des commissaires pour y feire tra^vailler; » mais sa mort , qui arriva peu de temps après, en ar- » réta l'exécution. On ne fut pas plus heureux en difi^ >• rentes circonstances; et, depuis ce temps, cette ville » est toujours demeurée champêtre et exposée aux pre- » miers assaillants, comme elle Ta bien éprouvé , sur- » tout pendant les guerres de religion. »
Une cliartre de Philippe-le-Bel , ainsi qu'un aveu du chapitre ci-dessus designés, constatent donc déjk l'existence d'une double fortifica^ôn, et celle en particulier qui nous touche de la Clôture des Chamines. Une autre odonnaiice de Charles \ïj donnée, le 15 juillet 1402|
pour dispenser les chaDoioes de Goatances de contribuer aux réparations dnne tour et des murs de la ^ille, et rapportée en entier au GaUia (%m(îatia, vient encore la confirmer. On y lit en toutes lettres que les habitations et manoirs du chapitre acaient été abattus ou démolis et les matières converties en la cloison de la fortification de ladite viUs.
Ces redoutes intérieures du chapitre furent-elles ré* tablies?Il est permis de l'affirmer, lorsqu'on lit, dans la chronique de Jacques du Clercq (Panthéon , p. 8 ) , k la date de 14i9 : « et amni de partir ^ il laissa (le duc de Bretagne) son frire, messire Pierre de Bretaigne , sur les marehu de Foncières et d'Avrence , pour ta garde du pays, atouttrois cents lances, puis maui son armée devant la ville de Coustanees et y meist le siège. » Il est permis de le certifier encore » quand on lit que c'est par la petite porte de TËTéque que, soixante ans après, les troupes de Bretagne forent encore introduites, et qu enfin Ion sait, par retrait de Démons, qui précède, ainsi que par Masse- Tille, dans son état géographique de la Normandie, qu'en l'année 1465, lors de la guerre du Bien-Public , Louis XI ordonna la démolition de ses fortifications.
Que la Qôture des Chanoines se soit élevée sur ce château Pisquinf rapporté par la tradition, ou sur celui de Fouques Paisnel ; qu'elle ait possédé ou non les conditions requises pour s*appeler un château , il n'est pas moins vrai de dire que, jusqu'en 1465, Coutances avait des fortifications.
Ne disputons donc point sur les mots, et contentonsnous de savoir > chose qui était révoquée en doute, que cette ville avait alors un aspect militaire.
^ Matsiciil ya concert chez tons nos historiens, pour dire que Louis XI en fit raser les murs. Or, faut-il entendre ce terme d'une manière absolue? Nous ne le pensons pas et croyons au contraire ne devoir admettre qu'un démantèlement incomplet. En effet, tout indique que Louis XI n'avait cédé qu'à la première colère, et que les ordres donnés ne purent recevoir une pleine exécution. Tout indique , lorsque, vingt ans après , il songea k rétablir ces fortifications, qu'elles n'avaient été qu'endommagées , et qu'il en subsistait encore quelques pans.
Notre savant Démons, que l'on ne saurait trop citer, lèvera au surplus nos derniers doutes à cet ^rd. Après avoir parlé des projets de rétablissement , formés par Louis XI, c*est ainsi qu'il termine son historique sur les fortifications de sa ville:
« Ce projet, interrompu peutrétre par la mort du Roi, » fut remis en délibération, lorsqu'en 1487, Charles » Vm, son successeur, vint à Coutances, et aurait été » exécuté, selon les apparences , si les guerres d'Italie » n'étaient pas survenues. Notre ville eut lieu de re- » gretter la perte de ses murailles, pendant les guerres » de religion. Ouvertes de tous côtés, elle devenait la » proie des partis, qui battaient la campagne, et fut > pillée plusieurs fois. Cest ce qui engagea à y faire qud- » que$ oucrages , que la continuation des troubles fit aug^ » tn^(er à différentes reprises. On a pu juger de ces for^ » tificQJtùms par les portes de Saint-Jean et de Saint-^ » Maur^ gui subsistaient encore^ U y a peu abonnées, et » gut, tombant en ruine ^ ont été détruites. »
L'autorité qui précède sufiiraît donc pour nous faire pleinement adopter l'affirmative de notre proposition.
Réunie k celle du vénérable de Tbou, qui nous dit qu'Artus de Cossé omit été jusqu'alon à Vabri des mites terribles de la guerre f à la faveur des fortificattom de la ville ^ elle devient invincible.
Il existe une divergence d'opinion çnlre les auKeoiSt sur la fixation de Tannée où Tévéque Arthus de Cessé fol enlevé par les Protestants et trsuné à Saint-Lo, pour y souffirir les honteuses humiliations de leiur soldatesques ,
Dans son Histoire du Cotentin^ comme dans son Bi^ taire ecclésiastique du diocèse de Coutances, Toustain de Billy, que plusieurs auteurs ont pris pour guide , place cef événement en Tannée 1574 » après le débarquement de Montgommerj.
Cependant» dans ce dernier ouvrage, on lit, sous la rubrique de Tannée 1562: « Ce fut le mois d'ootU qu'il » fut pris par les Protestants, et lui et ses chanoines » rançonnés de la manière qu'il plut à ces infidèles; mais » il ne revint pas à Coutances, de crainte d'un pareil > accident. H fut se cacher à* Granville. Il y était Toii* » xième septembre ensuivant, audit an 1562..... »
Quoiqu'il en soit, le récit des outrages dont il fut abreuvé est reporté sous Tannée 1574 , avec détails dans la première de ces histoires, avec un renvoi à ceux-ci dans la seconde. Remarquons seulement ici , en passant , que c'est kMontgommery même qu'il attribue la prise d'Ârthus de Cessé, après son débarquement, est-il dit.
à Linterville, et que c'est dans cette seule circonstance qu'il est parlé de sa conduite à Saint-LiO.
Or, quoique ces fiiits soient absolument identiques , il n'empêche, à entendre rauteur» qu'ils soient dislincs et 8éparés.^Âinsi Arthus de Gossé serait tombé deux fois à Coutancesau pouvoir des Protestants, et ce serait dans le mois d'août des années 1562 et 1574.
Nous pensons au contraire que ces deux faits n'en font qu'un , et que la véritable date qu'on doit lui assigner est- ceHe de 1562. Pour l'année 1574, à moins que les Protestants en effet ne se soient saisis d'Ârdius dans le court intervalle qui sépare leur débarquement de rktestiasement de Samt4iO, il est impossiUe de trouver où phcer un fidt aussi capital et que les mémoires de l'évêché passent sous silence. Et eacùte , dans ce cas , fiiudrait41|ne tenir aucun compte de la désignation du mois d'oatU, qui est ci-dessus indiquée pour date de l'événement en[question. On ne peut pas davantage le r^oarter & l'année 1566 , où Golombières s'empare une seconde fois de Goutances, parce que le registre du seciétdriat , invoqué par Toustain de Billy lui-même , n'en fidtaincune mention, et que toujours ce mois d'ooiU fidt obstacle h sion admission. Enfin, si nous tenons d'uu auteur qu'avant l'année 1562, les Protestants n'avaient fint que forcer la cathédrale et installer leurs prédicants dans la chaire, nous savons par le xxx® livre de deThou que,jusqu'k cette époque, Ârthusde Cessé avait étéà l'abri des'sttites terribles de la guerre , à la faveur des fortificadoiisdelàville.
Les impossibilités se réunissent donc déjà, pour faire reporter sur i'année^l562 le fait qui est l'objet de ces notes*
n ne nous reale [4u& qu'à ajouter qu'il est appoyé.ds rautorité de de Thou, loco'.cikUo^iet de RouaaUy pages 340^el aaivantes» el4ia<ii.démaiitKeri enfin (qu'il «st:pai^ fiâtementconcoidaiil âTec tQoe.le&afttires aie Mtmv» de. celle ihi8toiie«« \ •*-•. <w f u i . .'. iw ,
Et d'abord c'est .daae. cette année 1562. que toute la contrée s'insurge et . que Ton court. aux. piètres el aux ^liaes. Pillages à Saint^tLo* nassacnes^ Yalognas» incendies à Gherbooig. ;Au mois^ d'août , l'horreur est à son comble. .Or^e'est dgns m inoi&qu'Axlhus est.qqprehendéf selon de Thou» ^par Golombiècesi ,k ia (été M deux ^ceuls cavaliers, et conduit à Saim-Lok'fl .y. reste un mois prisonnier «au diredeRouauk^et se^Téfiigie k Granville. Toastain de Billy lui-même en efift. constate une sec(Hide fois t comme pour l'année. 1574» qu'il y était le 1 1 septembre, et qu'entre autifestchoses il y 4Son* fera la cure de Fermanyille à Jean Tollevast , présenté au bénéfice psff Olivier de Pirou , écuyer. U y a plus» c'est qu'à la phrase d'après , il dit que 13* du même mois, il était revenu kCoutances, ainsi qu'il parait, par la collation de la portion de Gourets , qu'il donna a Etienne d'Aurpy , présenté par Jean Turgot , seigneur de la Ruaudière. Or, comment, alors qu'il était menacé.d'étre assiégé dans Grianville, expliquer ce retour autrement que par l'en-^ trée du duc d'Ëtaoipes» qui arrive à propos .pour occuper sps ennemis et lui rendre .un instant la liberté de vaquer aux affsûres de son diocèse.
Que l'on compte , et l'on verra que l'époque de sa capa ture à Goutances, le temps de soa iQcai:cérs^tion à Saint-* Lo^.le moment de sa fuite et le jour même de sa rentrée dans son palais épiscopal appartiennent à l'année 1562,
et que ces faits s'eacadrent exactement dans ceax que nous fournir Thistoire militaire t^tf àéJ^irXi&aKtkî.
• Ge ser^t^dmcseuleiilent un'é>able emploi que Tabbé de' Biltj àuîaiit ^cfeHÉiaitsr ;«(, ^ moins ^a'on ne transporte k' rannée 1 574 ; imk 'jm^u'au ^ «amedt 17 avrH iniquement, jour de l'investissement de Saint->Lo', lerfiant ii|u*Artbus^4e-€o68é serak 'tombé une seconde fois aux liismis dés Molestants, et qn'il se serait tacheté atec ses obanoines, ooiisperoislmm&à'peBsér que cette seconde capture idoit 'ise ^^nfondreavecia pM^mière, et qu'alors on dcÂt «n écairter - la eireonstmcê de rançon , que sa faite' i«nd désoriiaâs invraisemblable.
'Depuis h t^ctioB de dette note, un docuiMat irréfraj^ble^est parvé&H à notre connaissance , et ce docu*menC doit lever tous les doutes, s'il en reste encore. Il est tiré du inanuBCrit de M. DenKms, sur la ville de Gou^ tances, et reporté aux pièces justificatives , sous le titre de première et seconde informations au sujet de ces mêmes désordres commis par les Protestants, que nous avons relatés dans le corps de notre histoire. Voici ces àmi pièces extrd'^judidaires:
Première Inforniiitkloii*
« Dflf'Septième jour ^e juin mil cinq cent soixante et » trois k Constances devant nous Charles Poti^ es« » eîiyer licencié aux loyx lienténaôt en ladite vicomte % de monsieur le baiHy de Cotentin présence du greffiw » ordinaire dudit bailly s'est présenté noble et discrepte % personne maistreNicolledePierrepont chanojne de ^ Constances pour luy et les chantres et chapitre dudict )» libu, lequel nous a remonstré qu'au mois d'aoust
» dernier passé aucuns gensuicogiieuz,pQ^(^ats.Ârfnes
y^ avec .pistoUes et. pistolets. tant, de pie4quie:4ec;heval
h seroîeulveauze» cette ville 4^ Ço^tajQci^.pQurpCOUr
}i rir sus aux ecdésiaptiqoes ^spécialement a^)(di(^.$;Iia%*
» très et cliaBoynes les qupk genscauroyent prini^.plllé
», imagé et desrobé Icur&jbi^iis et ]isteiwile^][)rfi;#|>li)-
.)! sieurs maisons r. et neantmoins »oo!rest.de>rechef
n au mois de mars et d*aivrih derniers serajeat ks^icts
» gens de guerre et autres retournez et; venus, en. cette
.p dicte ville de Gonstaocâs et en icelle Ëdct plusieurs
j> robements dont neantmoins il nous a requis pour
h luy et au nom des dicta chantre et cbanoynes nous
I» transportei" lant dans la dicte église etilieo de leur
» chapitre qu'en leuis maisons particalièses pour Içelleà
r> voir et visiter et nous en informer et .enquérir pour
M leur être baillé lettres den6treprocez-!{ve(baJL...M!età
9> cette fin prendre le rapport d'aucuns des bourgeois de
n cedict lieu et autres cognoissants la vérité de. ce que
» dessus que leur avons accordé et tronvé l'huis du dict
I» chapitre rompu et cassé et procédant présence du
» dict greffier k prendre le rapport de Pierre Vallée boup-
D geois du dict Constances aagé de quarante cinq ans on
> viron » Geriadus Marie bourgeois du dict lieu aagé de
> trente six ans oii viron, Jac^es Houel demearant au » dict lieu aagé de vingt cinq ans ou viren» Julien du » Boscqescuyeraa^dequaranteanson vinm». Jean Bou-
> lenger aagé do quarantadeux ans on viron , Guillaume 1» Ganu du dict lien aagé de trente ans et André de I» Rogi aagé de quarante cinq ans par nous duement et » respectivement jurez de dire vérité et rapporter » au dict cas s«ir ce duement inquis lesquels partico^
ft librement et à part ftous ont dict et rapporté qu'ils » cognôissent' de certain qu*aa mois ^àbust dernier t jfassé jour 'et' fëstè Se iiodsieùr Sainct Laurens plu- » éieui^geitl^ de gtië'^e àiiciins ^ eux incôgneuz sëroyent k irriVëas éii cette dîéte vîfle de Constances tant de pied i^'^dêdechevalpôrtaiitsartnèis dagues et épéès pistoUes if plétotets et* hafqftel)ûses et de faict et forcé rompu i lèà hins de réglise du dict lieu et en iceJIe rompu les ii-iiàiages autels baticà et autres biens trouvez en icelîe »' ^ 'et sëroyent allfe aiîx maisons particulières des dicts » chanoines! et mis le feu eu aucunes d'icelles maisons I)' arrançonné aucuns dësdits chanoines ï grandes som-> » 'mes de deniers' tellement qu'ils aurojent été condam-» » nez eux fuir et absenter long temps hors ce pays et » le divin service cessé et non contents de ce au mois » de mars et avril aussi derniers passez sëroyent lesdits » gens de guerre arrivez en cette dicte ville et de rechef » par port d^armes et k force seroient entrés aux mai- '» sons particulières des dicts chanoines et gens ecclé-
» siastiques etk cause de ce en tesmoin de ce nous
» avons signé et faict signer au dict greffier notre *> adjoinct. »
Beiixième InformAtHm*
« L'an mil cinq cent soixante et quatre le vingt sixième » jour d'avril il Constances devant nous Charles Potier...» » pareillement Jean de Chdmprepus aagé de trente six » ans ou viron , Jean Montchaton aagé de trente six » ans ou viroii , Guillaume Poisson aagé de cinquante » an$ ou viron » maistre Etienne Jourdan advocat aagé » de soixante ans ou viron » François Hélène aagé de
soiiaole aD8 ou yitm, lean Lsdr, aagé de trente six ans, Guillaume Jonrdan aagé de trente cmq ans ou viron tous boui^eois et demeurants an dict Constances lesquels...... nous ont dict et rapporté tons uniforme^
ment qu'ils savent et cognoissent de certain qae le jour et feste Saint Laurads au mois 4'aonst nul cinq cent soixante et deux arrivèrent çn la dicte ville de G)n8tances viron l'heure de sept k huit heures du matin plusieurs personnes prindrent et emmenèrent en la ville de Saint-Lo^e jûeur éyçsque du dict
ïieu étant ea son ^^^noir el^ maison épisç^pale.
disants outre que au mois.dç njars et a^ril dejors en suivants iceux gens de guerre et autres qu'on 'disoit estre du pays du Majne plusieurs a eux jncpgneuz..... et entrèrent en la dicte église cathedra!^ en la quelle ils rompirent les huis e^,coffrçs du. chapitre..... pareil-
> lemen t les chaires estantes dedans le cœur d'icelle, église » prindrent et emportèrent les plomb^ et tuyaux des or- » gués rompirent de rechef plusieurs images.et autels et y aussi firent le pareif aux maisons particulières des dicts ï chanoines et gens d'église bruslèrent l'église dfis frères
> prescheurs du dict Constances et celle de Sainct-Ni-
^ colas de laquelle chose il a été accordé acte aux
9 dicts chanoines. »
A l'exception de M. deGervîlle, qui Ta découvert dans les titres de la maison d'Ànneville ( voir Hist. des CMteauxdeh Manche', V** Valognès), aucun auteur français ne fait mention de ce siège. Cependant, bien que dans notre esprit il né restât aucun doute sur la rigoureuse exactitude du fait, il n'empêche que notre incertitude fût grande sur la ifixatioh du millésime , auquel on devrait le rapporter, et sur lequel notre savant antiquaire oublie de se prononcer. Est-ce en effet à Tannée 1 573 , où a Tannée 1574 qu'il Mait tattribuer? Question assez délicate , comme on va le voir , et qui demande un peu de cette réflexion que nos écrivains modernes dédaignent par trop souvent d'appeler à leur secours, en un cas aussi épineux*
Présentons donc les objections pour Tune et l'autre hy* pothèse. Cest dans la première semaine de février, qu'on s'en souvienne, que le château de Valognes est assii^é parMontgommery; et ce siège ne dure pas moins de vingt-quatre jours, à l'expiration desquels le chef des Protestants est obligé de décamper, en laissant son canon au pouvoir de d^Ânneville.
Veut-on maintenant que ce soit en 1574? Mais nous
284 • ntTons qu'à cette époque Montgommery» fuyant les tengcancesde la Saint->Bartbâémy, n'était pà^ehéôreTevena sur le continent, et qu'il organisait, aux Iles de Wighl et de Jersey, ses bataillras de volontaires {vide là Pdpeli- Bière, dans sa Vraie et entière Hktme^ 1. 17, pé 127). Nous savons qu'il les y passait encore en revue, le il de mars, et, dfaprès le contexte de l'auteur précité ^ que Va-» lognes, moins son château, ne lui opposa pas derésis-* lence.
Veut-on au contraire que ce soit en 1 573 ? Mail» alors comment accorder cette prise d'armes avec l'état de tianquillité de la presqu'île? Gemment ciboire que Mont-* gommery y ait trouvé assez de ressourees pour équiper vne arniée, et cek, sans que les chroniques dï France ft*en soient émues?
Il &ut convenir cependant que ces objections ne 'dont pas absolument inconciliables, comme la^uite va leprou* ver, et qu'au moyen de quelques explications, le feit qui est l'objet de celte note peut et d(Mt s'encadrar dans Tune ou dans l'autre de ces années^ Âhisi, pour celle de 1574, on pourrait dire que Montgommery serait venu deux fois li Yalognes, et qu'après avoir échoué dans sa première tentative sur cette place, il l'aurait quelque temps après obt^ue de gré» k ta vtae des forces sapé» rienres avec lesquelles il seraût reveau.
Pour celle de 1573, on dirait que ce serait finnplement un coup de main tenté k la foveur d'un défo»i{ue* meut.
Cette conjecture nous ayant souri , ainsi qu'k M* de Gerville, auquel nous avions fût part de nos doutes , et dont les précieux souvenirs se sont réveillés k point
pour nous dîrp qu en effet ce débarquement supposé se seniiieffictiié^sor la eôte de Saint'-Vaast ou de Lesire , il aous a semblé Bécessaiie d'en cbercher la oonfirmatioB chez uB de nos houot^bles amis,<auqad rien n'est in- 601IB9 de lotis.lesMévétiea^ei^ de mer accomplis dans nosetus*dftla/ Manche; etvoidla réponse qae nous a^onâ ittÇHe.de ML Vevusnionz
u Je pense, comme vous, que Teatreprise de }IUmU » gommery contre Yalognes, en 1573, ne fut qa*ua » simpltfxoHp de amn. •
» Voieiceque je tfioave.:dans mes notes prises k la » biibliothèque du port de Lorieni ^ en 1833:
Y Us'demerspiipwrBtifodeVeocpédimcM^ » gommery aUaii tenter de secourir, la RocheUe, ce gi* • nétalfremimagé'seerikmet^pi^ la. rehe Elisabeth ^ j» qijUUdéswxmait mpuèliefWidait de son cùti^ domier » le €hange.aurei de-Franee^ Il «mt aeec plusieurs oois- » seaux tmuilkr à la HouguÊ 9 dm$ les premiers jours de » fémier 1S73, et dtbaitq^^ à la tête d'une p^ik armée » quiraieageakpaiji^ Après quehpêes vaines tentaHees^ » Manigommery et sa troupe remontèrent sur leurs wm» » MOux et partirent; c'était a» comeneneemient de mars» p- BienU» l'expédition apgareSla pour la Rochdie.
» Mais où ai^je trouvé ce dit? Je n'en sais rient » ayant omis, eontre mon ordinaire, d'en indiquer la » source^ Je crois, sanspouToir toutefms l'assurer, que » je l'ai puisédans la colle<^n de Rymer, parce qu'il est » précédé et suivi d'extraits pris dans ce tolumineux on- » vfage;<mtts cela n'est malheureusement qu'une pré- » somp^i Ce qu'il y a de certain, c'est que ce £ût se
286 « v» trouve dans mes notes , et que je ne lai point inventé. i» Aussi, fort de ma conscience, n'ai-je pas hésité k le » placer dans mon Histoire (mânnscrite) deia Marine '1^ dans la Manche* »
Nous avouons à notre tour en aVoir fait inutilement la recherche «dians les acte6 de Rymér (3^ éâSliim in^f^. 1741), et ne pouvoir l'appuyer d'ancnne autre autorité positive que celle qui préeèdew .
Réunie k cdle de M» de Gerville , elte doit, gamqu*il en soit, emporter de plein droit rauthenticité; et, sL nous îétayons de quelques rapprochements historiques, ce n*est que surabondamment , et "pour bien &irè comprendre là brusque levée du siège qm nous occupe. ' '
Nous avons dit, dans notre texte, qne; Mon tgommery était pressé de se rembarquer, afin de tenir la promesse qull avait faite' aux Rochellois. Citons k Tappui LaPo* pelinière, dans sa Vraiyeeter^iireSHttoire, liv. 15, p. 42, anno 1573: « Duîrant ces furieuse batterie^, lèâ Ro^ » chellois, le quatorzième jour de mars» recenrent » lettres du comte de Hontgommery et de leurs dé- » putez qui estoyent allez en Angleterre , escrites du » seizième de feorier dernier , par lesquelles il escrivait » que sur la procuration qu'ils auoyent jenuoyée en An- » gleterrè, on auoit trouvé quarante miUe liores sans » interest, et qu'il aiioit quarant&cinq vaisseaux de » guerre, avec ceux qui estoyent partis de la Rochelle, » et quinze ou vingt vaisseaux chiffgez de munitions de » gume, et que dans un mois il éqperoit leur donnw » secours. »
Complétons ^enfin ces justifications par Textrait suivant du ducdc Bouillon (Mémoires dud. p. 886, mèm^ wnée):
« Le comte de Montgommery arriva avec la grande » marée d'équinos^e, en mars , ayant tout vent derrière » luy, dans un bon et grand vaisseau que la reine d'Ân- » gleterre lui avait baillé, et environ vingt-cinq autres » navires de combat , sans celles des charges qui por- » toient les vivres. »
Ainsi se trouve expliquéle motif de la soudaine levée du siège de Yalognes : promesse antérieure faite aux Rochellois d'aller les secourir, et urgence de la marée de mars.
Si Von demande maintenant comment il se (ait que les historiens français aiâit ^dé lé silence sur cet événe^ ment» l'aussi péremptoire réponse que nous pourronsfournir est que les grands événements dé la Rochelle les en auront distraits , et que , comàie l'apparition de Mcmtgommerj n^est véritablement qù'ui^éelair d'un moment» elle aura passé inaperçue au mi}ieiidé Toirage qui se concentrait sur la Bretagne;
L'interprëtatîoD est ioî de riguem: pour &^ le nom «le la oommime où Montgommery se rdfiigia, après sa fuite deSaint-Lo.
De Thoa (Ht. 17« f.5^1 de h traductkm deDaryer ) s'exprime d'abord ainsi: « Le lendemain, il arriva à » AdeMe{Uttinè àbstuia), auprès da Grand-Vé; il » y anploya quelques jours à donner les ordres néces* » saires pour mettre Garentan en état de défense) et y > feire.entrer des vivres >»
La Popelinière (liv. 17, p. 128 de sa Vraie et entière Histoire) Tortographie d'une autre manière: <r Le len- » demain , ils arrivent à DeimSk près du 6rand-Vey , » où ilz séjournent quelques jours, pour se fortifier et » avitailler Garentan et le Pont-*Douure« »
Enfin l'auteur anonyme de l'histoire de France (édition de 1 58 1 ) écrit : « Le lendemain , il arrive à ÀdeDUk,
» près du Grand-Yay, où il séjourne quelques jours
» part à'Admlle avec 20 chevaux, le 5 mai, sur les onze » heures du soir. >
Séguin seul , dans son histoire militaire des Bocains ^ p. 376 , écrit AzevUk.
qae la Popelinière ait voulu dire , comme les deux autres historiens? Voilà la question.
Nous n'ignorons pas qu'une section de la commune de Saint-Gôme porte le nom à*Admlle, et que, sans des raisons contraires , cette identité devrait lever toute équi-* voque.
Nous avons cependant adopté pour version AudouciUe; et voici sur quoi nous nous sommes fondés:
1^ Sur la ^militttde des noms latins Adet^^ei Au^
daoRjlefetsiWi^^îi^^j^ .rr..
2^ Sur la combinaison à'Ademlleetdn Dwx^Ufiid^lA.
wîfc.î ,; ,;..,. , >. \'
3f • Suï:l»,po^lioii top9gr9ip]t4que 4eJa eomowA&^qui coii6Qi4a mfm ave^ :h -texte lis^ liis^orîens ,, lorsqu'ils noua. r$f réssuteiit r^4roit , coii^ne ^tant. aupiès da Grand-Vey;
4*. En^ $»r J'îiaportance de ce point au moyen âge, et sjnr r^xistence de ton: port: toutes circonstances qui y rencleqt, i^Aos yeux» pjtus.»xraisepcd>l^ble le 4séjourde Montgonimery^,
Les lecteurs^ an surplus » ssront }ibr^ de ratifier oa de rej^errintirprétation»
' La tradition n'est pas (oujonîs un goide eertain , et nous nous empressons de le reconnadiré an snjet des armes des Bricqaerille» qni sembleraient» d'après notre réeit , avoir pris naîssanee k la brèche de Saint~Lo. Disons donc ici , pour josâficatîon, qae nous n'avons évocpé ce souvenir que dans la chalenr de la compoûtion.
Les Bricqueville n'étaient point en effet dîes nouveaux venus dans le dictionnaire héraldique» et leur ëeùsson n'a rien de commun avec ceux de cette foulé d'écûyers que vit naître le seizième siècle. Quant à l'andennété de la maison» il suffit de lire les lignes suivantes de la Recherche de Roissy» en 1598 et 1599» dans la généralité de Gaen » pour croire que ses armes étaient pour le moins contemporaines de ses plus vieux titres.
« Valogne»» du 13 novembre. — IXee^àîcqitevillé. » Jean de Bricqueville» fils Guillaume de la paroisse de » Bretteville» jouira. A prouvé huit rangs de descente » en droitte ligne. Messieurs de Golombières et de la » Luzenre sont aines de cette maison. »
Maintenant» voici ces armes » d'après Morery: «pallé » d'or et de geules de six pièces » ; et » d'après l'auteur du Trophée d'Armes héraldiquet ( Paris. Pierre Targa. 1650), dédié à LaMothe-le-Vayer;
« {feiif]r^^BricqQeTiHev tracqnis Je la Luzerne et d'Âmanville, mestre de camp d'un régiment de cavalerie, maréchal de camp et gouverneur du Mont- Saint-Michel pour le roi Louis XIII, porte partj de trois et coupé d'vn, autremant escartelé de 8 au 1 d'espinay qui est d*ai^ent à vn lyon coupé de gueules et de sinople couronné, armé et lampassé d'or» au 2 de bloset, qui est d'or et d'azur de six pièces, au chef de gueules chargé d'vne vienre d^argent, au 3 de hauart qui est de guwles à vne bande d'or accompagna de six coquilles d'argent, 3^^t 3> au 4 , d'Estouteville qui est burellé d'argent et de gueules de dix pièces att.lyonjnonié4û3^1e y brochant «ir letotit , au 5.de Harcoiirt, qui-r^st de gueules à deux Êiees d'or, au.j6 de Boçrbpn a^en , au 7 dç Valois^ au 8 dÇrFnmçe^t sur letout^de BricqueviUe, qui est pallé .dWet^ gaeo]^ ^eji^pièceSftS^
Les chants populaires yiennent en aide à Thistoire et restituent au hommes leur véritable physionomie. Toustain de Billy nous a conservé , dans son Histoire du Cotentinf trois couplets d'un noél qui fut composé sur la glorieuse résistance de Colombières, et par lequel nous croyons devoir compléter notre récit:
Le premier jour de mai.
Par permission divine»
Saint-Lo fut attaqué À coup de coulevrine; Somme qu'on eût pensé Que tout y fût rasé.
En cendres consumé; Tant fut grandia ruine I
Matignon y étoit.
Et sa gendarmerie; Rampan, Qerel f ) , aussi
M • I I 11 I. . , Il , ,
(*) D'après la virgule disjonctive qui existe, dans le manuscrit, entre les noms de R'tmpin et de Clerel , il semblerait que ce serait deoz perso mages distincs. Cependant, à la lecture d'un procès-verhal de rentrée da
Aigneaux Sainte-Marie, Qai sans cesse disoit Golombières rends-toi Au grand Charles, ton roi.
Ou tu perdras la vie*
Golombières répond.
Tout rempli de furie :
De me rendre en poltron Qu'on ne me parle mie:
Jamais ne me rendrai.
Toujours je combattrai , D'ici vous chasserai , Ou j'y perdrai h vie.
roi. François I*' à Saint-Lo , en date du lundi 15« jour d'avril 1552, et qui est rapportée dans le N<» du 6 novem* bre 18&2 du Journal de la Manche , on voit que ces deux n'en doivent faire qu*un> et que Rampan était la seigneurie de ce Clerel ou Clerel^ du prénom d'André. De Roissy, dans ses Reclierches , vient au surplus confirmer cette explication. Voici ce qu'on y lit à la date du mardi 9niarsl699:
t Clbret. André Gleret, sieur du Cloué , fils Nicolas , » demeurant à Rampan^ sergenterie de St-Clair, élection > de Bayeux, a pour fils André, Michel et Pierre. Vu ses » titres et Monfault jouira. >
-.n5> o.'iîi î :
La tentative de 1589 sur le Mont-St-^Michel, telle que nous YenoDS de la circonstancier dans notre histoire» estelle véridique t et est-elle k sa date ?
Telles sont les questions qui peuvent naitre de la discordance de quelques auteurs» et que nous nous proposons ici de discuter.
Disons d*àbord que la version que nous donnons de cette ràtreprise est tirée de trois aûteèrs: 1* de Mas-' stevillét ^après d'Àubigné; 2^ du bénédictin annaliste du Mont-Sâint-Michel /Thomas Le Roy , manuscrit à la bibliothèque d'Avranches; 3^ enfin de Canonjme de la méiae abbaye » manuscrit N^ 5, k ladite InUiothèqae d'Avrandies*
Restituons maintenant les textes. Celui dé MasseviHé, atix remarques et additions de son Histoire sommaire àe Normandie, 5*^ partie, 2® édition» page 418» estainsî conçu :
n REMARQUE SUR UAN 1592.
» D'une entreprise mr h MotU^Saint-Mtchel.
» Aubigné» dans sa seconde édition » parle d'une en-» reprise sur le Mont-Saint-Michel » qui seroit mieux ath*
iflmée, tt on h troutoît dans les a&tféd'éèyitad&s; et A les circoqstaaees en étoient plus TraisemMableSé Qooh qa'U en soh, voici saecinel^aa^t ee qif'il en 4it: •
ji Le sieàr de Loties et te jefone Montgontmék^ son frère firent habiller en filles quatre gentilsboRimes , et les firent escorter i^ar sixai^tres hommes» èont quatre âofent habillés en pôdienrs, aïans tous des poignards et àéé pistolets cachez. Ils les envolèrent a^Mont-Saint-Micheli pour en surprendre la porte; et marchèrent sur leurs pas, accompagnez de plus de deux cents cavaliers.
» Le déguisement des dix avanturîers leur fit ouvrir la première porte; mais quand ils furent entrez , un capitaine voulut les examiner de près: ils le poignardèrent avec quinze ou seize des siens , et gagnèrent les autres portes. Sur cela , les deux Montgommeris arrivèrent, qui se rendirent maîtres de la ville. Os attaquèrent en* suite le château: ils tâchèrent d'en pétarder les portes ; et ils posèrent inutilemait huit jours k cette manœuvre.
» Cependant Yiques, qui étoit gouverneur de cette place, et qui se trouvoit d'un autre côté quand cette sur< prise arriva, assembla au plus-tôt mille combattants, avec lesquels]) y passa. Il s'agissoit de monter au château , et il nfyavoit pasmcnen de le faire par la ville, puisqu'elle étmt occupée par les enn^s. Yiques et ses gens trouvèrent moien* de s'y iaire guinder avec des cordages.
» Dès qu'ils furent dans le fort , ils entrèrent dans la ville et attaquèrent si chaudement ceux qui l'avoiént prise , qu'ils en mirent plus de cent sur le carreau , et forcèMntterôsfe i( se rendre. Lof^^ fui traité en prisonnier de distindtion; son frère se sauva, et les autres furent r0ilerités^dliiiS'l%fort de Tonri)elaijie, où peu s'en fellut
XVf>
^'il nTamtftt une noavelle mirprise i ik sdbonèmn quebquttMins des soldats de la garnisoii, elik pensèrant s'en reodnBi nailres» La oonspînitioQ » ^idéooiivfît ; et l|(albaii«,qiiî en était gouverneur» en fit pendre quelques- «Qss les aHljres furent déUvrez dans la saitOf . : 9 Quelques iiois après, Viqjues et Lor^^es foirat tuez» le premier en assiégeant Pontorson , et l'autre dans im combat auprès de Dol »
En somme» le récit de Blasseville» d'après d'Aubignéf est comme» on le voit» celui de notre texte.
Cependant Blasseville ne Tadrnet qu'avec beaucoup^ de néserve; et ses motiis de douter sont» comme il l'^x-prime» que ce récit a le défont de n'f&ire pas autorisé par d'autres écrivains» et d'offrir des circonstances invraisemblables.
Quant au premier de ces scrupules» il doit être, jevé par l'aiitorité des deux annalistes du Mont » don,t }% i^ourjçe ]ui était inconnue » et dont nous transcrivons cidessous le récit:
. m De Lorges » assisté de Gorboson et de la Goadraje» assez huguraots» Tan 1589, peu ^ès le déeès.de Henri in » surprinrent la ville du Mont-Saint-Michd , qui tenoit pour la Ligue, et y firent de grands ravages pendant quatre jours qu'ilz en furent maîtres; mais le. sieur de Vicques» qui pour lors était absent, ayant appris cela« accourut en toute diligence» et» étant aitré dans la place par des voies inconnues aux eaanemis» domia une telle épouvante k ses nouveaux hôtes» quilz {urent contiaincts de déloger sur Fhenre» sans résistance: ce qui fut tenu pour miracdeux (Manuscrit de niomosLeRoy.) 9
*— « L^an mil cinq emtsquattre vingt neuf le 5^î«r
tPoctobre heure de vespres monsieur de Lorges et Corbosoïi' La Coudroye prinrent la TÎlle du Monl-Saint- Nichel et ravagèrent tout et en furent mestres 4 jours dont folf lad. ville reprinse par le sieur de Viques lequel nestoit en pays lors delà prinze dudit sieur de Lorge le^ quel fuit prins prizonnier par ledit sieur de Yiques et fut mesne au château (Manuscrit de V Anonyme). »
En marge, on lit Tannotation suivante de la main d'un cJDntinuatéur: « Il y a Ik erreur au dénombrement des temps depuis on sait que ce fut 4 5 décembre et non doctobre^ »
I^après ces autorités, il nous semble que le récit de d'Attbigné ne manque pas de l'appui que Masseville lui aurait désiré, pour l'adopter en toute sécurité de conscience. Cest bien en effet la même tentative qui est rap« portée par Thistorien^ protestant et les deux bénédictins de Tabbaye ; et il n'est permis k personne de la confondre avec celles qui précèdent et qui vont suivre. Dans aucune autre, les deux Montgommery, autrement dits de Lorges l'aîné , et CSorboson le cadet , qui tenait ce surnom de son oncle, dans aticune autre, disons-nous, les deux Montgommery n'associent leurs armes pour s'emparer da Mont-Saint-Michel. Dans aucune autre, on ne voit que de Yicques se soit absenté de son gouvernement. Dans aucune autres de Lorges-Montgommery n'est resté aux mains des défenseurs de l'abbaye. Dans aucune autre, la ville n'est Testée plusieurs jours au pouvoir des Protestants, ^ut-on enfin l'explication de la rentrée miroetileim de de Yicques dans son château, que Thomas Le Roy s'est contenté simplement d'énoncer, c'est d'Ânbigoté ^oi la fournit I en nous apprenant qu il fut hissé dans
S98 sa forteresse t au moyen de cordages. L'ideatité de ces. circonstances demeure d<»ic hors de diseussi<»i , et c'esl bien un seul et n^ême fait» avec quelques développemeiits de plus dans rbistorien protestant, quecesti^is coiitem-r poi^ins ont enreg^tré dans leurs annales* Que le romanche, taxé par Masseyille d'invraisemblable» daqs un louable scrupule. d'historien, se rencontre dans les circonstances qui ont accompagné cette entreprise , nous le concéderons volontiers; mais nous demanderons si la tenjiative suivante, de 1591» n'offre pas les mêmes singularités. Il y a plus , c'est qu'en rapprocliant les circons^ tances de ces deux coups de maia, on ne peut s'empêcher de penser que le premier a. donné l'idée du se^ coud» et que de Yicques a appris k Montgommery de quelle manière on pouvait escalader les rochers du Mont. Saint-AIichel. Aussi avons-nous suppléé au silence de d'Âubigné sur le véritable moyen d'ascension qu'employa, le hardi ligueur pour rejoindre les siens, en écrivant, qu'il se servit des poulains^ dont le mécanisme ayailété. disposé pour Caire monter du dehors les pirovisions de l'abbaye* La conjecture est-elle par trop hasardée ? On. peut la rejeter et s'en tenir k la version de l'historien ,. dont nous venons d'établir l'authenticité. .
. U nous reste toutefois k le réfuter quant k la date de. l'apnée 1592, que lui a empruntée de Masseville.
N'y aurait-il que l'autorité des deux annahstes du Mont, qu'elle serait plus que suffisante, k nos yeux, po«r faire pencher la balance en faveur de la date sous laquelle ils placent cet événement. Témoins oculaires des &its qui se sont alors accomplis ; interressés, dans leurs biens et dans leur existence, k tout ce qui se tramait contre leur
abbaye, fl nous semUe en effet qu'ils doivent être erus de préférence k tous autres, sur les époques de leurs sièges et les moindres particularités qui s'y rattachent, D'Aulngné peut donc dire que la ville du Mont-^Saint* Michd resta , pendant huit jours , au pouvoir de Tenn«ni, que nous n'en restreindrons pas moins à quatre, d'après l'anonyme de la bibliothèque d'Avranches, l'occupation de cette bourgade.
Mais l'erreur trouve une démonstration plus positive encore dams un feitqni est énoncé k la fin du récit de Hasseville. La tentative des deux Montgommery serait antérieure k la mort du gouverneur de Yicques. Or, de Yieqnes etdeLorges n'existaient plus en 1592.
< En la dicte année (1589) le quatorze de septembre (erratum d'après l'annotateur qui écrit Vannée dapres) a este tue le sieur de Yiques gouverneur de ce, lieu devant Pontorson lors du siège de Pontorson qui avoit este mins de monsaygnenr de Mercuer ( Anonyme du Mont )• » Et, quant k de Lorges , il avait précédé son rival dans la tombe, en succombant, le 7 janvier de la même année , dans une attaque dirigée contre Dol ( Hist. ecch et civile de Bretagne, de dom Qiarles Taillandier).
Si les invraisemblances qui avaient choqué de Masse^ ville sont devenues des certitudes, il en doit être de même de ]a fixation de cette date k l'année 1589; et notre texte, nous aimons k le croire, n'a pas besoin de plus ample justification.
n existe une assez grande obscurité dans les documents purement inédits qui ont servi & cette partie de notre ouvrage, qui concerde les Ligueurs valdesairais. Les faits y sont en effet agencés » sans ordre et sans méthode. On ne voit pas davantage le point qui pourrait les rattacher aux événements principaux ; et des variantes viennent quelque fois déranger les plus rationelles combinaisons que Ton tenterait pour les faire cadrer avec ces mêmes événements. Le mieux alors que nous puissions fkire est de reproduire textuellement nos sources. On verra ensuite si nous avons marché dans la droite voie.
Le premier écrivain auquel nous avons largement em*prunté est , comme on le reconnaîtra bientôt, le Ténérable abbé Démons, dans son Histoire civile et ecclésiastique de Cherbourg; et voici d'abord en quels termes il s^exprime, d'après Thistoire manuscrite de son concitoyen de Chantereyne:
€ Les habitants du Yal-de-Cères étaient entrés dans » ce parti (la Ligue) à Texemple deYalognes. Ds étaient » conduits par un nommé Lacour d'Âmfreville , »eur du » Tour, qui , à leur tête , s'empara de plusieurs châteaux. » n y eut , entre autres , des actions très-chaudes à Teur-