INTRODUCTION
Je voudrais que les observateurs qui travaillent à l'histoire des Insectes donnassent des catalogues de ceux qui se nourrissent sur chaque plante.
Réaumur, Mémoires, t. Ier, p. 41, éd. d'Amsterdam.
Vivant dans la véritable patrie du Pin maritime, je travaille depuis douze ans à accomplir, en ce qui concerne cet arbre, le vœu de Réaumur. Si je n’ai pas fait connaître plus tôt le résultat de mes études, c’est que je tenais, avant tout, à les avoir terminées, pour pouvoir embrasser ces résultats dans leur ensemble et en déduire quelques considérations générales ; c’est que j'avais à cœur aussi, avant d’entreprendre l’histoire détaillée des divers insectes dont l'existence se lie à celle du Pin, d’en donner une liste aussi complète que possible.
Cette liste est assez longue, car peu d’arbres nourrissent
autant d'insectes que le Pin. Il n’est pas une seule de ses parties, fleurs, cônes, feuilles, rameaux, écorce, bois, qui ne serve de berceau ou de pâture à une ou plusieurs espèces. Il n’est pas une époque de sa vie où il ne soit, sur quelque point, attaqué par un ennemi, et après même qu’il est tombé en poussière, lorsque son cadavre est réduit à l'état de terreau, certains insectes viennent lui confier l'espoir de leur postérité.
Ainsi donc, la destinée de cet arbre est nécessairement liée à celle d’une foule d'animaux, sa suppression serait la cause immédiate de la ruine d’une foule d'espèces, et d’un tel nombre d'individus, qu’on est autorisé à se demander si les conséquences de cette révolution, indifférente en apparence, se propageant de proche en proche, il n’en résulterait pas de grands troubles physiques; si la rupture de cet anneau ne produirait pas une commotion dans toute la longueur de la chaîne, et ne bouleverserait pas les lois qui régissent les êtres.
Admirables dispositions de la nature qui, après avoir placé les mondes dans une dépendance réciproque, de telle sorte que chacun assure et garantit l'harmonie de l'ensemble, a établi aussi, entre les différents produits de la création, minéraux, plantes, animaux, des relations si nécessaires, des dépendances si intimes, qu’ils concourent tous à la conservation de son œuvre!
Avant de traiter dans ses détails l’histoire des insectes parasites du Pin maritime, je me suis proposé, ainsi que je l’ai dit, d'en donner la nomenclature; mais, au lieu de me borner à en transcrire ici une liste méthodique, classée selon les règles de la science, qu’il me soit permis, provisoirement du moins, de faire dépendre cette nomenclature des faits qui s’y rattachent; de la présenter dans l'ordre chronologique du parasitisme des insectes, et sous
la forme moins sèche, plus pittoresque, et même plus philosophique d’une narration, plutôt que sous la forme aride et insignifiante d'un catalogue, sauf à donner ensuite ce catalogue.
Supposons un groupe de Pins de différents âges, pleins de sève et de vigueur; les uns, les plus jeunes, à écorce assez lisse, s élançant à l’envi; les autres, les plus vieux, à écorce crevassée, étalant leurs rameaux chargés de cônes. Tous ces arbres ont des ennemis. Les pousses encore herbacées des plus jeunes recèlent, les unes, la chenille de la Tortrix buoliana, qui en ronge la moelle et souvent y arrête la vie; les autres, des ylurgus piniperda (1), qui aiment à en dévorer les sucs. D'autres sont piquées par le suçoir de la larve de la Cercopis corticea, qui vit enveloppée de flocons d'écume, comme celles des Æphrophora et des Penthimia. Sur leurs feuilles se sont installées la larve de la Cecidomyia pint, remarquable par sa coque résineuse, celles du Zophyrus piceæ, si bizarres dans leurs attitudes, et deux Coccus, ou plutôt Aspidiotus, sur lesquels il y a, je crois, du nouveau à dire. Sur leurs branches se groupe un puceron, l’Aphis pini, dont le suçoir pompe la sève, et dont la présence est crdinairement révélée par les fourmis qui escaladent les arbres, attirées par la liqueur sucrée de cet insecte. La nature cependant a donné à l'arbre des protecteurs contre ces ennemis, qui deviendraient sans doute dangereux, si rien ne venait
(1) J'avertis une fois pour toutes, qu’esclave plutôt de la mode que de mes convictions, en ce qui concerne l'importation des genres nombreux dont on a encombré la science, je suivrai, pour la nomenclature des Coléoptères, le catalogue récemment publié par M. Gaubil, sauf à donner la synonymie lorsque jetraiterai de chaque insecte en particulier.
contrarier leur propagation. Ün Braconide attaque la chenille du Tortrix, un Chalcidite dévore les Æspidiotus, une Tachinaire introduit ses œufs dans le corps de la larve du Zophyrus, la larve de la Mysia oblongo-guttata et celles de deux Diptères, la Sphærophoria tæniata et la Leucopis griseola, portent le ravage dans les rangs des Pacerons.
Aux approches de l'automne, ces jeunes Pins sont attaqués par les Disopus pint, qui se jettent en foule sur leurs feuilles, dont ils rongent à reculons le parenchyme, et qu'ils réduisent à de minces lanières ou à de simples filaments, bientôt desséchés.
Dans leur écorce, dont les feuillets extérieurs sont privés de vie, les vieux arbres nourrissent les chenilles d'une petite Tinéite auxquelles le Thanasimus quadrimaculatus fait la chasse à l'état d’insecte parfait comme à celui de larve. De leurs feuilles se nourrissent les chenilles du Sphinx pinastri et du Lasiocampa pint.
Jeunes et vieux sont aitaqués dans leurs bourgeons terminaux par la chenille d’une TFinéite qui en ronge Ja substance et les fait avorter, et dans leurs cônes par celle de la Tortrix strobilina. Une autre chenille, celle de la Tinea decuriella, pénètre jusqu'au liber et détermine des écoulements assez considérables de résine, au milieu de laquelle elle vit et se métamorphose.
Mais leur ennemi le plus sérieux, le seul même véritablement redoutable pour les Pins non malades, celui dont Jes atteintes sont les plus graves, c’est la chenille processionnaire du Bombyx pithyocampa, dont les nombreuses cohortes, nées aux mois de juillet et d'août, se répandent sur les feuilles qu'elles dévorent, puis, après avoir passé l'hiver dans des nids attachés le plus souvent à l’extrémité des rameaux, et quelquefois mortels pour ceux-ci,
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recommencent au printemps, avec une ardeur nouvelle, leur œuvre de dévastation. Par bonheur ces animaux malfaisants ont été voués à de nombreux ennemis. Les pies, les mésanges, les coucous, les geais, etc., en font un assez grand carnage ; des Ichneumons, des Diptères parasites pénètrent dans leurs nids et déposent dans le corps des chenilles les germes de leur progéniture assassine.
Ces nids servent aussi de berceau, mais sans danger pour leurs habitants, à d’autres insectes qui vivent des détritus de feuilles, des excréments et des dépouilles qui s'y trouvent accumulés. C'est là, en effet, que se développent et se transforment les larves du Dermestes mustelinus, celles du Paramecosoma abietis, et celles de la Blephariptera serraia.
Mais, en dépit de ses ennemis, la chenille processionnaire du Pin n'en est pas moins un insecte très dangereux pour cet arbre, surtout lorsqu'elle se multiplie outre mesure, comme cela s'est vu quelquefois. Les ravages qu’elle exerce alors prennent des proportions alarmantes, et en dépouillant de leurs feuilles des arbres dont les ressources de végétation sont bien moindres que celles des essences non résineuses, elles peuvent troubler leur économie au point de les exposer aux attaques d’autres parasites qui n’attendent que leur affaiblissement pour se jeter sur eux.
Les insectes dont j'ai parlé jusqu'ici sont les seuls, à ma connaissance du moins, qui attaquent les Pins dans la force de l’âge et dans la plénitude de leur santé; mais une circonstance quelconque peut altérer leur bien-être. Les ravages de ia chenille processionnaire, unis à ceux de la chenille de la Tortrix buoliana et du ÿlurgus piniperda, peuvent faire périr leurs bourgeons terminaux, ce qui est
une cause de maladie grave (1); une grêle peut, comme cela s’est vu, produire les mêmes résultats; ils peuvent enfin être attaqués de cette maladie inconnue et contagieuse qui s'empare de leurs racines et qui se propage de proche en proche, jusqu à ce que, par une tranchée circulaire, on ait eirconscrit le mal.
Alors ces arbres malades, qui, livrés à eux-mêmes, pourraient quelquefois se relever, se trouvent exposés aux dangers les plus imminents; ils vont infailliblement devenir la proie d'une foule d'insectes qui les respectaient
tant qu'ils étaient vigoureux, et qui vont sans pitié abuser de leur affaiblissement.
C'est vraiment une chose merveilleuse que cette faculté qu'ont les insectes de discerner un arbre qui n'est plus dans les conditions normales. Voilà un Pin plein de vigueur, il brave en cet état tous les ennemis qui en veulent à son bois, à son écorce. Abattez-le, dès le lendenain il sera perforé par les insectes. Et ce n'est pas parce qu'il est à terre qu'il devient leur proie, car j'ai vu des Pins couchés par le vent, mais tenant encore au sol par leurs racines et conservant toute leur force, complètement épargnés. Laissez-le sur pied, d’ailleurs, infligez-lui, par
(1) C'est ce dont, en effet, je me suis assuré par plusieurs expériences. J'ai enlevé au printemps, sur des jeunes pins bien vigoureux, l'extrémité de toutes les branches, en coupant un peu au dessous du bourgeon terminal. D'abord la sève s’est extravasée par les troncatures; retenue ensuite par les sucs résineux coigulés, elle a essavé de développer des bourgeons adventifs qui ont, à la vérité, commencé à poindre et qui auraient peut-être fini par remplacer les bourgeons amputés; mais l’économie de ces arbres avait été tellement troublée, que les Tomicus etles Pissodes, toujours à l’affut des pins malades, s’en emparaient avant que les bourgeons adventifs ne se fussent développés, et les fesaient tous périr.
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des blessures nombreuses, ou par une décortication annulaire, ou par l'enlèvement de ses bourgeons terminaux, une de ces maladies qui ne le feraient périr que très lentement, et bientôt vous le verrez envahi. Les yeux les plus exercés n'apercevraient aucun changement dans son élat; son écorce, son bois, ses feuilles, tout parait respirer la vie et la santé ; mais les insectes ne se méprennent pas sur son état. Guidés par leur odorat si subtil et si sûr, ils ont constaté les modifications qui se sont opérées dans sa manière d'être; ils ont reconnu ce commencement de fermentation qui se mauifeste sans doute dans la sève dès que la circulation est suspendue, et sûrs de leurs appréciations, ils s’en emparent comme de leur bien.
Ce ne sont plus alors des ravages partiels, des attaques isolées ou limitées, c'est une invasion par essaims, une occupation générale dans laquelle chaque insecte a sou rôle tout tracé. Sur les Pins les plus jeunes se jette le Tomicus bidens, qui, de la base au sommet, trace ses galeries étoilées; les individus un peu plus âgés sont réservés au {/ylurgus minor, remarquable par ses longues galeries transversales ; au Pissodes notatus, dont la larve trace dans le liber ses sentiers sinueux ; au Chrysobothris Solieri qui, au grand soleil, s'abat sur sa proie, où il re- Juit comme une goutte d'or; à l'Æncylocheira octo-guitata, à l’Anthaxia morio, au vêtement de deuil, etc.
Sur les vieux Pins fondent le Melanophila tarda, l'Ancylocheira flavo-maculata, le Tomicus stenographus , le Hylastes ater, le Hylurgus ligniperda , le Hylastes palliatus , le Crypturgus pusillus, le Hylobius abietis, le Rhagium indagaior, le Melanotus brunnipes et V Æthous rhombeus.
Sur tous les Pins indifféremment , jeunes et vieux, on doit arriver le //ylurgus piniperda, le Tomicus laricis,
le Monohammus gallo-provincialis,\ OEdilis grisea, insectes redoutables, ou par leur nombre, ou par la rapidité de leurs ravages.
Les larves de tous ces insectes n'attaquent guère que le tronc des arbres. Répandues sous l'écorce, et quelquesunes par milliers, elles rongent à l'envi le liber, se repaissent du cambium, et dans quelques semaines leurs victimes ne sont plus que des cadavres. Durant ce temps, trois autres insectes travaillent à la destruction des rameaux : ce sont 1° l'Ænobium molle qui pond ses œufs dans les pousses les plus récentes, et dont les larves laissent derrière elles des excréments et des détritus qui nourriront celles d'un petit Diptère que j'appelle Zomalura flavipes ; 2° un Crypturgus que je nommerai C. ramulorum, et qui en laboure l'écorce et en perfore le bois; 3° le Magdalinus carbonarius dont la larve s'installe dans le canal médullaire. Pas un rameau n'échappe à ce Curculionite. Pendant ce temps sussi le Tomicus eurygraphus pénètre dans le bois comme une vrille, et va confier aux couches ligneuses le soin de nourrir sa progéniture ; enfin la larve de l'Urocerus juvencus ; très positivement lignivore, quoiqu'en ait dit M. Spinola, creuse, à travers l’aubier, sa galerie parabolique.
A la vue de ses arbres mourants, le propriétaire se décide à les abattre. Les souches restées en terre vont devenir le berceau d’une foule d'autres insectes qui travailleront sans relâche à leur destruction totale; car ainsi le veut la nature : tout être mort doit être détruit, et de la mort doit sortir la vie.
Les insectes qui viennent pondre leurs œufs sur ces souches sont : l’Æthous rufus, l'Ergates faber, le Criocephalus rusticus, VOEdilis montana, le Spondylis buprestoides, deux Diptères, la Zaphria gilva et la L. atra, dont
les larves ne reculent pas devant le bois le plus dur, et quelques-uns des insectes ci-dessus, tels que l’Ancylocheira flavo-maculata, le Hylurgus ligniperda, le Rhagium indagator, etc. Mais comme, à défaut de souches, tous ces insectes attaquent les tiges, revenons à ces tiges, envisageons l'arbre lui-même, assistons à toutes les phases de sa ruine, et pour mieux pouvoir l’examiner, supposons-le étendu sur le sol. Installons-nous même au milieu de tous ces arbres, jeunes et vieux, envahis par leurs parasites.
On vient de voir que la liste de ces parasites est assez nombreuse, et comme tous se sont empressés de pondre leurs œufs, comme ces œufs sont prompts à éclore, que les larves qui en proviennent commencent en naissant leur œuvre de destruction, et que celles de quelques-uns, des X yiophages proprement dits, par exemple, ont une croissance très rapide, on doit s'attendre à trouver bientôt la trace de notables dévastations. Si, en effet, quelques semaines après que la maladie s'est déclarée, ou que l'arbre a été abattu, on se livre à des explorations, on trouve l'écorce détachée de l’aubier dans presque toute son étendue, et si on la soulève, on voit le liber sillonné dans tous les sens par les galeries des larves des Bostriches, partant comme des rameaux de la galerie principale tracée par la femelle, ou rongé sur de larges surfaces par les larves des Buprestes et des Longicornes.
Ces larves cependant n'accomplissent pas toujours leur travail en paix; malgré l'épaisseur de l'écorce qui les protège, leur asile n'est pas inviolable. La nature, qui a mie ordinairement le remède à côté du mal, qui, malgré sa sollicitude pour la conservation des espèces, s'attache à prévenir leur exubérante propagation, qui travaille sans cesse à maintenir ces lois d'éjuilibre en vertu desquelles
nulle espèce ne doit devenir prépondérante, la nature à assigné à ces larves dévastatrices des ennemis nombreux qui apportent le plus grand zèle, la plus merveilleuse sagacité dans l'accomplissement de leur mission.
Dès que les Tomicus bidens ont pénétré sous l’écorce des jeunes Pins, qu'ils recherchent exclusivement, un autre insecte, le Zypophlœus linearis, s’introduit dans ses galeries par le trou même que la femelle a creusé, et y dépose des œufs d'où naïîtront des larves qui feront à celles du Tomicus une guerre d’extermination; guerre tellement sérieuse que parfois pas une de ces larves n'échappe.
Ce fait des mœurs de l’Æypophlœus linearis est, si je ne me trompe, nouveau pour la science. On s'est habitué à considérer les larves de cet insecte comme exclusivement lignivores; cette croyance est une erreur. Si j oubliais que je n'écris en ce moment qu'une simple introduction, je développerais ici les preuves de leurs instincts, de leurs appétits carnassiers; mais je renvoie ma démonstration à l'article qui sera consacré à cet insecte, et je me borne à énoncer ici, comme un fait acquis et positif, que les larves des ypophlœus linearis et pint qui vivent dans le Pin, et celles des 7. castaneus et bicolor qui habitent le Chêne, sont carnivores, Ou, pour mieux caractériser leur manière de vivre, larvivores.
L'Aypophlœeus linearis porte donc le ravage dans les nids du Tomicus bidens. Un petit Hyménoptère, un Diapria dont je n’ai pu encore déterminer l'espèce, vient aussi revendiquer parfois une partie du butin; mais ce dernier insecte n’est pas assez commun pour qu'on ait à tenir grand compte du mal qu'il peut faire.
Le Malachius balteatus et le Dasytes plumbeus ? font également la gucrre aux larves des jeunes arbres. Les
Hylurgus piniperda et minor ont affaire aussi à un athlète redoutable : c'est le Ahizophagus depressus.
Le nom générique de Rhizophagus (mangeur de racines) est un véritable barbarisme scientifique. Il l'est à double titre, car, d'une part, sa larve ne vit jamais dans les racines, et quoiqu'on la trouve quelquefois dans les souches, c'est presque toujours dans les tiges qu'il faut l'aller chercher; d'autre part, cette larve, que jusqu'ici l'on a cru lignivore, est très positivement carnassière. Je démontrerai, quand il en sera temps, qu'elle pullule souvent dans les nids des deux {/ylurgus que je viens de citer, et qu’elle fait un grand carnage de leurs larves, incapables, quoique plus grandes, de lui résister, parce qu’elles sont peu agiles, molles, et pour ainsi dire sans moyens de défense.
Le Tomicus laricis n’est pas plus à l’abri que les Aylurgus. Par le trou dont il a perforé l'écorce, pénètre, peu de temps après lui, un insecte ennemi, l’Aulonium bicolor. Il pond ses œufs dans les galeries du Tomicus, et ses larves, dès leur naissance, feront une guerre acharnée à celles de ce X ylophage.
Voilà encore un fait certain, et que je ne trouve consigné nulle part. On croit, au contraire, que les larves des Colydiens sont lignivores, lorsque, très positivement, celles de l’Aulolium bicolor dévorent les larves des Tomicus, celles de |’. sulcatum, qui vivent dans l’ormeau, font la guerre aux larves du Scolytus multistriatus, et celles du Colydium elongatum, qui se trouvent dans le Chêne, mangent les larves du Platypus cylindrus.
La larve du T. laricis devient aussi la proie d'un Hyménoptère de la famille des Chalcidites que je ne suis pas encore parvenu à déterminer.
Au Pissodes notatus, qui se borne à introduire ses œufs
dans l’écorce, après l'avoir perforée avec son bec, devait être réservé pour parasite un fiyménoptére térébrant. Ce parasite est la Pimpla instigatoria, Grav.
Pour les nombreux insectes qui attaquent les vieux Pins, la nature a créé d'autres espèces parasites. C'est surtout par les trous que creusent le Z/ylurgus ligniperda, le Hylastes ater et le Tomicus stenographus que ces parasites s'introduisent, ou qu'ils déposent leurs œufs. Lorsqu on soulève les écorces on rencontre dans ces foyers de dévastations exercées par tant de larves diverses, les larves de l’Aÿpophlæus pini, du Platysoma oblongum, du Xantholinus collaris, qui détruisent celles du Æylurgus et du Tomicus; les larves voraces du Thanasimus formicarius, de l'Opilus mollis, de l’Ips ferruginea, et celles du Temnochila cœrulea qui, pour la première fois, je crois, sont signalées comme carnivores, et qui, comme celles du Thanasimus , attaquent celles de l'OEdilis grisea, du Melanophila tarda, et même celles du Rhagium indigator et du Monohammus gallo-provincialis, lorsqu'elles sont jeunes. On y trouve aussi quelquefois les larves du Brontes planatus, plus communes dans le Chêne, et non moins carnivores que les précédentes.
C'est là également qu'on voit les larves des Plegaderus cæsus, discisus et saucius, et du Teretrius flavicornis, larves délicates, mais solidement armées et très funestes à celles du Crypturgus pusillus. C'est peut - être aussi contre ces dernières larves ou contre celles de la Podura lignorum que sont déchaïînées celles de divers Brachélytres : Placusa pumilio, Omalium vile, Homalota celata, Oxypoda analis, Lithocharis fusca, Phlæopora corticalis et reptans; celles du cosmopolite Sylvanus unidentatus, du Læmophlœus Dufour, et du Ditoma crenata, que l’on ne croyait pas carnivores, et l'imperceptible
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Ptilium apterum dont je suis parvenu à découvrir, à dessiner et à décrire la larve et la nymphe, vraiment microscopiques.
C'est là encore que le /zpio nominator et V'Ichneumon motatorius vont percer avec leur tarière, le premier, la larve de l'Ædilis grisea et du Rhagium indagator; le second, celle du Criocephalus rusticus.
Mais ce n'est pas tout : dans ces galeries creusées par tant d'insectes xylophages s'extravasent des sucs, s'entassent des détritus. C'est là le lot, la part toute naturelle des Diptères. Aussi les larves de quelques espèces y abondent-elles souvent. Les plus communes sont celles d'un Pachygaster que je considère comme nouveau, et celles d’un Medeterus qui ne me paraît pas non plus avoir été décrit; puis viennent les larves d'une jolie espèce de Xylota, également nouvelle, celles d'une Sciara, probablement inédite aussi, celles de la Mycetobia pallipes, de la Toxonevra fasciata, de la Teremyia laticornis, de la Phora pusilla, celles d'une Æylemyia non signalée dans les auteurs, et celles d'une jolie Piophilide qui, à mes yeux, forme un genre nouveau, et que je proposerai de nommer Plepharipalpus humeralis. On y trouve enfin celles d’un Hyménoptère , de la Tenthredo limbata, qu'on est assez surpris de rencontrer là, car c'est, à ma connaissance, la seule Tenthrède qui ait ce genre de vie.
Jusqu'à présent, il n'y a guère de détruit que les couches les plus inférieures de l'écorce et le liber; quelques larves seulement ont eflleuré l’aubier; d’autres, telles que celles du Tomicus eurygraphus, du Monohammus gallo-provincialis, de l’Urocerus juvencus, se sont logées dans le bois. Celles de l’£Ergates faber et du Criocephalus rusticus, jeunes encore, l'ont pénétré aussi.
Mais cela ne suffit pas à la destruction rapide et complète des Pins morts. Les plus jeunes cependant , dépouillés de leur écorce par les larves du Tomicus bidens et du Crypturgus ramulorum, rongés en dedans par celles du Magdalinus carbonarius et de l’Anobium molle, et souvent aussi par celles du Monohammus, les plus jeunes, dis-je, ne tardent pas à se décomposer; mais les arbres moyens et les plus vieux sont de nature à opposer une plus longue résistance.
Alors arrivent, pour hâter leur ruine, des insectes qui ne se présentent guère que lorsque la mort est bien évidente, que les sucs résineux se sont écoulés, évaporés ou desséchés. Ce sont la ZLeptura rubro-testacea, dont les larves vont miner le bois dans toutes les directions et à toutes les profondeurs; le Rhyncolus porcatus qui, tant à l'état d'insecte qu à celui de larve, y pratiquera un véritable réseau de galeries: les Aylastes angustatus et attenuatus, le Cardiophorus ruficollis, les Elater sanguineus et prœustus , le Dorcus parallelepipedus et le Tenebrio curvipes. L'Ergates faber et le Criocephalus ne dédaigneront pas les arbres en cet état et viendront aussi y pondre leurs œufs.
Dans les détritus produits par les larves de ces insectes vivront celles du Blepharipalpus humeralis et de la Rhynchomyia columbina.
Livrées à tous ces ennemis, les tiges des Pins sont bientôt creusées de mille galeries de dimensions diverses, qui se remplissent d'excréments et de détritus à mesure qu’elles se forment. C'est alors surtout, mais quelquefois un peu avant, que se présentent l’Uloma culinaris et le Phiora crenata dont les larves vont prendre part à la curée.
Durant un temps plus ou moins long, et qui varie selon
les dimensions de l'arbre, les larves de tous ces insectes exploitent en paix leur victime; maïs leur action simultanée et l'humidité qui a pénétré par les trous de sortie des insectes éclos, précipite la décomposition du bois. C'est le moment que choïsissent un joli insecte, le Xanthochroa carniolica , ainsi que l'Æelops caraboïdes , pour venir y déposer leurs œufs. Leurs larves, en effet, aiment un bois ramolli, spongieux et humide; mais avec elles continuent à vivre celles que j'ai mentionnées dans les trois alinéas précédents.
Plus tard, le tissu ligneux, baché par les larves et les insectes, est réduit, pour ainsi dire, en poussière. Les circonstances sont favorables pour le Prionychus ater, et bientôt l’on voit les larves de cet insecte se glisser dans ses débris.
Enfin, à la longue, et sous l'influence de l'humidité, ces débris, cette poussière se transforment en une sorte de terreau qui conserve à peine des traces de son origine. Dans cet état encore le Pin nourrira des insectes, et l’on y verra serpenter les larves d’une Thereva.
Je ne dois pas oublier de dire que, dans les Pins vermoulus, mais non encore décomposés, et surtout dans les souches, s'installent parfois les innombrables légions soit du Termes lucifugus, soit de la Formica pubescens, soit de la Formica nigra, qui nichent dans ces retraites parfaitement abritées. La présence du Termes n'exclut pas absolument tout autre habitant ; quelques larves se trouvent encore dans les intervalles ou cloisons qui séparent leurs galeries, mais ordinairement une souche envahie par les fourmis n est occupée que par elles, tout le reste est chassé ou détruit. Seulement, en compagnie de la Formica
nigra, on rencontre, très rarement il est vrai, le Hœterius quadratus.
Mais ce n’est pas seulement en plein air que le Pin est exposé aux atlaques de ses ennemis; alors même que l'homme se l'est approprié par le travail, quand il le fait servir à ses besoins, à ses meubles, à la charpente, aux parquets de ses maisons, les insectes viennent encore le Jui disputer. Les bois équarris, les meubles entourés des soins de tous les jours, sont minés par les larves de l’{n0bium pertinax, du Rhyncolus porcatus, du Rleyncolus strangulatus, et du Hylotrupes bajulus, qui y causent, ce dernier surtout, de notables dommages. Peut-être même nourrissent-ils les larves de l’Eurythyrea micans et du Cardiophorus thoracicus que l'on trouve quelquefois dans nos maisons. Les ennemis de ces diverses larves sont ceiles de l’Opilus mollis, et très probablement aussi celles des Tillus elongatus et ambulans, que j'ai pris sur des soliveaux et des planches de Pin et dans les habitations. Dans les charpentes et les planchers se logent aussi des familles de Termes qui les minent et les détruisent,
Si, à cette nomenclature , déjà assez longue, j'ajoutais celle des insectes qui cherchent un refuge dans les Pins vermoulus, ou qui vivent des productions cryptogamiques qui se développent sur ces arbres, morts ou vivants, j'augmenterais de beaucoup la liste des espèces dont j'ai donné, ou dont je suis en mesure de décrire l’histoire; mais comme ces insectes ne sont pas ; a proprement parler, des parasites du Pin, ou que les Gryptogames qui les nourrissent ne se produisent pas exclusivement sur ce Conifère, je les excius de ma liste. Je demande néanmoins la permission d'y maintenir deux insectes que leur destinée rattache nécessairement à l’arbre dont il s’agit, Sur cet arbre vivant, et uniquement sur lui, végète un champignon épais et subéreux, nommé par Thore Boletus pini, et dans ce champignon, deux insectes intéressants,
le /{allomenus flexuosus et YEnnearthron cornutum , subissent toutes leurs métamorphoses. Ge sont donc des parasites d’un parasite du Pin, et à ce titre ils me paraissent avoir droit à une place dans ce travail.
Il me semble utile maintenant de donner le catalogue méthodique des insectes dont je suis en position de décrire, de compléter ou de confirmer l'histoire. Ce catalogue fera, j'en conviens, double emploi avec ce qui précède, mais il aura du moins l'avantage de présenter l'ensemble de cette œuvre laborieuse et de déterminer l'ordre dans lequel je la poursuivrai.
Comme je l'ai dit, je me soumets sans protester, autrement que #7 petto, à la nomenclature que M. Gaubil a établie dans son catalogue, d’après M. Redtenbacher ; mais bornant, pour le moment, à une seule les réclamations assez nombreuses que je pourrais élever au point de vue de la classification, je prends la liberté de solliciter, en faveur des Staphyliniens, une place plus digre d’eaxmêmes et de leurs larves. M. Gaubil les a relégués au dernier rang; je les reporte à la suite des Hydrocanthares, où ils me semblent plus convenablement installés. Ils vont, faute de Carabiques et d’Hydrocanthares pinicoles, ouvrir la liste dont je viens de parler.