‹ Histoire des insectes, traitant de leurs moeurs et de leurs métamorphoses en général et comprenant une nouvelle classification fondée sur leurs rapports naturels (volume 2)Chapitre 40 sur 114 · TRICHOPTÈRES · texte numérisé non relu

TRICHOPTÈRES

Ailes membraneuses ; les antérieures poilues, offrant des nervures branchues, sans réticulations transversales. Bouche impropre à la mastication, Mandibules très-rudimentaires.

PHRYGANIENS.

PREMIÈRE TRIBU

LES TERMIENS.

Ces insectes forment par leur genre de vie une anomalie parmi l’ordre des Névroptères, dans lequel ils sont placés.

Les Termiens, par leurs mœurs, par leurs habitudes, rappellent beaucoup l’histoire des Fourmis. Comme chez ces dernières, ils vivent en réunions très-nombreuses, et construisent des demeures fort étendues. On a observé cinq modifications de l'espèce chez les Termiens : d’abord les mâles et les femelles, qui sont pourvus d'ailes; ensuite des individus nommés neutres par Latreille et quelquesautres, soldatsetnymphes par certainsentomologistes. Ceux-ci sont privés d'ailes, ont un corps plus épais et plus robuste que les mâles et les femelles, une tête plus longue, munie de grandes mandibules croisant l’une sur l’autre. Ces neutres ou soldats paraissent avoir pour emploi spécial de garder la demeure; ils veillent en sentinelles,

ils repoussent les agressions des animaux étrangers , ils excitent les ouvrières au travail. On a nommé ainsi une

quatrième sorte d'individus que Latreille, Kirby et d’autres encore, regardent comme des larves. Par leur conformation générale, ceux-ci ressemblent plus aux mâles et femelles que les soldats, malgré l'absence d'ailes ; ils sont aussi beaucoup plus petits ; leur corps est plus mou ; leur tête est assez large et arrondie, les yeux et les ocelles paraissent manquer. Ces ouvrières constituent la partie la plus nombreuse de l'habitation, et sont les architectes du nid. Elles vont à la recherche de la nourriture, prennent soin des œufs et des jeunes, en un mot elles remplissent toutes les fonctions des neutres ou ouvrières chez les Fourmis. Latreille a signalé les nymphes que nous avons observées nous-même, comme ressemblant extrêmement aux larves, dont elles différent surtout par la présence de quatre rudiments d'ailes tuberculiformes. Nous ne savons Pas si ces nymphes partagent les travaux avec les ou-

vrières, Peu de temps après qu'on les a observées dans

les nids, on voit paraître les mâles en grande abondance. Ils s’envolent le soir ou pendant la nuit; c’est alors que s'effectue l’accouplement. Les mâles et les femelles tombent ensuite à terre, et, au rapport de plusieurs voyageurs, les couples sont recueillis par les larves, qui les enferment dans une loge séparée. Du reste, Latreille pense avec assez de raison que les femelles sont seules l’objet de ce soin. Après l’accouplement, ces dernières perdent leurs ailes, soit qu’elles tombent naturellement, soit plutôt que les ouvrières les leur arrachent.

Leur abdomen prendalors un développement énorme, et l'on évalue que leur masse au moment de la ponte des œufs est vingt mille fois celle d’une ouvrière. Ces œufs, dont le nombre s'élèverait, assure-t-on, à quatre vingtmille, sont pondus dans l'espace de vingt-quatre heures.

Dans ces dernières années, il s’est élevé des doutes sur la nature de ces diverses sortes d'individus qui composent les sociétés de Termiens : on a regardé comme fort peu probable que des larves soient appelées à travailler et à prendre soin d'individus plus anciens, Car c'esten Opposition avec tout ce qui existe chez les Hyménoptères ; on a supposé qu’il pourrait exister deux modifications parmi les individus neutres. Ceux que l’on désigne sous ce nom dans la plupart des ouvrages, ou sous celui de soldats, seraient, dans eette hypothèse, des mâles impropres à la reproduction, et ce que Von regarde: comme des larves seraient des individus femelles également impropres à la reproduction, comme les neutres où ouvrières chez les Fourmis, les Abeilles ; etc.

Mais ceci n’est qu’une simple conjecture, qui n’est fondée ni sur l'observation directe, ni sur l'anatomie, et qui est évidemment contraire à la vérité; car à l’automne, on

DES INSECTE 279 aperçoit des individus a R à ces larves et qui présentent des rudiments d’ailes.

Les Termiens, habitant seulement les régions chaudes du globe, et particulièrement ne les tropiques, ont été très-peu observés, et la difficulté que l’on a pour se procurer dans l'alcool les diverses sortes d'individus en assez grande quantité, n’a pas permis encore de faire des investigations anatomiques concluantes.

Le corps des Tertéithet oblong et assez déprimé ; leurs yeux sont situés sur les parties latérales de la tête et assez globuleux ; leurs antennes sont courtes et un peu moniliformes. :

Ces Névroptères sont connus dans une grande partie du monde sous le nom de fourmis blanches. Leur couleur en général, et leurs réunions considérables, qui rappellent celles des Fourmis, leur ont valu cette double dénomination.

Ils constituent des sociétés immenses; ils forment des nids d’une dimension colossale, comparativement à leur taille, mais laforme, l'architeéture, varient beaucoup selon les espèces. L'intérieur de ces nids est divisé en une foule de loges , séparées entre elles par des cloisons et commumuniquant par des galeries: Toutes ces loges ne sont pas de la même grandeur, car il y en a de particulières pour chaque sorte d'individus. De

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que jamais les Termiens ne travaillent à découvert; les uns établissent leurs demeures dans la terre, dans les arbres, souvent sous les boiseries des habitations ; les autres ont des nids extérieurs, mais toujours sans issue apparente. Ces habitations sont parfois très-élevées au-dessus de la terre, et ont la forme, soitdepyramides, soit detourellesrecouvertes par

une toiture solide. Ces monticules, ordinairement réunis en grand nombre, ont l’aspect de huttes de sauvage. Quelques.espèces aussi constquisent leurs nids sur les branches : d'arbres, et ils ont alors une forme globuleuse.

Toutes les fois que les ouvrières ont besoin d’atteindre un endroit plus ou moins éloigné de leur nid, elles cons= truisent aussitôt une galerie communiquant d'un point à l’autre; par ce moyen, elles. ontrent jamais au dehors. Nous avons eu récemment occasion de vérifier ce fait à la Rochelle. Des tubes formés par l'aggrégation de divers matériaux agglutinés étaient suspendus aux voütes des caves de la Préfecture, et destinés à établir des communications avec le sol.

Les neutres ou soldats sont ordinairement postés contre les paroïs internes de la surface extérieure, de manière à paraître les premiers dès qu’on fait une brèche àleur domicile et à pincer les agresseurs avec leurs fortes mandibules. Ilparaît que leur fonction spéciale est de veiller à la défense de l'habitation. On à estimé que dans chaque nid iis étaient dans lerapport avec les ouvrières de un sur cent.

On assure que les nègres sd très friands de ces insectes. .&

Eatribu des Termiens se compose actuellement du seul genre Termite (Termes).

On connaît environ de vingt-cinq à trente espèces de cegenre; mais il n’est pas douteux que le nombre des espèces existantes ne soit infiniment plus considérable. Nous devons à quelques voyageurs la description, plus ou moins complète, de l’aspectextérieur de quelques-uns de leurs nids. Le nid d’une espèce désignée sous le nom de Bellicosus par Smeathman, et regardée comme le vérita-

73 DES INSECTES. 281 ble Falale; Lin. par divers auteurs, n'a pas moins quelquefois de dix à douze pieds de hauteur; il est de forme conique, ayant sur les côtés de nombreuses tourelles, également coniques. Cette habitation est construite avec une sorte d'argile, et se trouve bientôt recouverte d'herbes. La dureté de ces nids est telle, que des taureaux sauvages peuvent monter dessus sans les ébranler, et Smeathman nous rapporte qu’il put monter une fois à l’extrémité de l’un d'eux avec quatre de ses compagnons pour voir si quelque navire ne pourrait être aperçu (1).

D'après les observations du même voyageur, les nids des Termes atrox et mordax consistent en piliers eylindriques.

Le Termite lucifuge (Termes lucifugum, Rossi), petit insecte d’un noir brillant, au moins le mâle, avec les deux derniers articles des antennes d’un roux pâle, les ailes brunâtres, un peu transparentes, avec leur côte marginale noirâtre, les cuisses noires , les jambes roussàtres et les tarses d’un roux clair.

Cette espèce se trouve dans une grande partie de l’Europe méridionale, et depuis elle est assez communément répandue dans les landes de Gascogne. Il y a déjà plusieurs années, comme nous l’apprend Latreille, qu’elle s’est tellement multipliée à Rochefort dans les ateliers et les magasins de la marine, qu'on ne peut réussir à la détruire, et qu’elle y fait de grands ravages. Elle n’est pas moins abondante aujourd’hui à la Rochelle, et M. Audouin, qui a observé le Termite lucifuge sur ces deux points, fit das une des leçons de son cours au Museum le tableau le plus sombre de l’état dans lequel se trouvaient actuelle-

(1) Smeathman, Philosophical Transactions, t. XX1, 1731 : Some ACcount of the Termites.

ment Rochefort et la Rochelle, et des crintes que l'on de vait avoir pour l’avenir.

Des maisons, des bâtiments entiers, nous disait-il, sont, minés jusquedans leurs fondations ; iln’est pas rare que des planchers s'écroulent, que des rez-de-chaussée s ’enfoncent dans les caves, lorsque les Termites ont ruiné toute la charpente. Et ce qu'il y à de terrible dans les ravages de cesinsectes, c'est que jamais onnes’en aperçoit à l'extérieur : ils ménagent toujours la superficie, et c'est seulement quand tout l’intérieur est rongé et sillonné de galeries en tous sens, que le bois se rompt. M. Audouin à rapporté au Museum de grandes colonnes qui étaient dans une salle à manger à Tonay-Charente; elles sont taraudées de toutes parts; mais la superficie était épargnée, ainsi que la couche de peinture qui les recouvrait; seulement l'extrême fragilité de cette mince enveloppe n’a pas permis qu'’ellene fût brisée en plusieurs endroits. Du linge entassé dans des armoires a souvent été mâchuré par les Termites. A la Rochelle l'hôtel de la préfecture. est envahi par ces redoutables insectes; une partie des archives a été totalement détruite; et aujourd'hui l’on est forcé de les con server dans des boîtes de zinc. On trouve encore dans le midi de la France, et dans presque toute l'Europe méridionalé et l'Algérie, le Termite à cou jaune (Termes, flavicollis, Fab.), qui vit dans l'intérieur des arbres. Cette espèce, longue de douze à quinze millimètres, est d’un brun foncé, avec la bouche et les antennes jaunâtres, ainsi que le corselet et les pattes. |

Nous ne savons rien de précis sur les habitudes de cet insecte ; on assure qu’il nuit beaucoup aux oliviers ; Surtout en Espagne.

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