XYLOCOPITES
. {. ANGYLOSCÈLE. Latr..
. 2. CENTRIS. Fabr.
. 3. EPICHARIS. KVUg. . 4. XYLOCOPE. Fabr.
Jambes postérieures très-renflées dans les mâles, très-dilatées en forme de palette creuse dans les femelles.
Labre carré. Écusson légèrement con:
vexe portant une petite fossette velue à son bord postérieur.
Labre avancé. Écusson plat sans fossette.
Jambes postérieures garnies en dessus de longs poils ainsi que le 12° article des farses. Mandibules étroites et pointues, munies d’une seule dent,
Antennes courtes et filiformes dans les deux sexes. Palpes maxillaires de six articles.
Antennes courtes ef filiformes dans les deux sexes. Palpes maxillaires de quatre articles.
Antennes très-longues dans les mâles.
Palpes maxillaires de cinq articles.
Antennes très-longues dans les mâles.
Palpes maxillaires de six articles.
Antennes filiformes très-longues dans les mâles. Palpes maxillaires de quatre articles.
Antennes courtes, de la longueur de la face et renflées en massue.
Jambes postérieures garnies de longs poils tant en dessus qu'en dessous, ainsi que le premier article des tarses.
Mandibules élargies à l'extrémité.
Mandibules multidentées. Mandibules quadridentées.
Mandibules faiblement tridentées.
Mandibules étroites, sillonnées, fortement unidentées.
DES
Gre. 5. LESTIS. Si. Farg.
Fam. 4. ANDRÉNIDES.
Gpe. 1. DASYPODITES.
Gre. 1. PANURGE. Panz.
Gre. 2. DUFOURÉE. S/.-Farg.
Gre. 3. DASYPODE. Fabr.
Gpe. 2. ANDRÉNITES.
Gre. 1. ANDRÈNE. Latr.
Gre. 2. SCRAPTE. Sé.-Farg.
Gre. 3. HALICTE. Latr.
Gre. 4. NOMIE. Latr.
Gre. 5. ANCYLE. Sé.-Farg.
Gpe. 3. COLLÉTITES.
Fam. 5. OSMHIDES.
Mandibules bidentées à l'extrémité.
Jambes postérieures munies de longs poils pour la récolte du pollen.
Le premier article des tarses postérieurs long, garni de très-longs poils, Langue assez longue et linéaire.
Palpes labiaux de six articles. Antennes en massue dans les deux sexes.
Palpes labiaux de six articles. Antennes filiformes dans les mâles, courtes et renflées dans les femelles.
Palpes labiaux de quatre articles. Antennes arquées dans les mâles, assez longues et un peu renflées dans les femelles. .
Le premier article des tarses postérieurs court dépourvu de longs poils.
Langue courte, dilatée à l’extrémité.
Antennes assez longues dans les deux sexes. Ocelles disposés en triangle.
Antennes assez longues dans les deux sexes. Ocelles presque en ligne droite, Antennes des mâles beauconp plus longues que celles des femelles. Ocelles disposés en ligne courbe. * Pattes postérieures arquées , très-renflées dans les mâles. Ocelles presque en ligne droite.
Antennes renflées en forme de massue cylindrique. Ocelles disposés en ligne courbe.
Lepremicrarticledes tarses postérieurs assez long, dépourvu de longs poils Langue courte, trilobée.
Pattes postérieures simples, impropres à récolter le pollen, une seule
brosse sous le 12° article des tarses Abdomen offrant une palette garnie de poils étagés pour retenir le pollen.
Gre. 1. mipnysis. Sf.-Farg. Palpes maxillaires de trois articles. Mandibules tridentées.
Gre. 2. osmic. Panz. Palpes maxillaires de quatre articles. Mandibules bidentées , carénées.
Gre. 3. cHALICODOME. S/-Far.Palpes maxillaires de deux articles. Mandibules faiblement quadridentées. Abdomen convexe en dessus.
Gre. 4. mécACHILE. Lafr. Palpes maxillaires de deux articles. Maudibules quadridentées. Abdomen plat en dessus dans les femelles.
Gre. 5. LITHuRGE. Lafr. Palpes maxillaires de quatre articles. Mandibules étroites, bidentées, lisses.
Gre. 6. ANrHOCOPE. S.-Farg. Palpes maxillaires de quatre articles. Mandibules tridentées.
Gre. 7. ANTHIDIE. Fabr. Palpes maxillaires d’un seul article Mandibules bidentées.
Gre. 8. nÉRIADE. Spin. Palpes maxillaires de deux articles. Mandibules triangulaires.
Gre. 9. cuécostomr. Latr. Palpes maxillaires de trois articles. Mandibules grandes, étroites etéchancrées à l'extrémité.
Fam. 6. NOMADIDES. Pattes postérieures simples sans dilatations ni poils propres à recueillir le pollen, non plus que l'abdomen.
Langue à peine aussi longue que la tête
Gpe. 1. PHILÉRÉMITES. Antennes courbées, grossissant à l’extrémité.
Gre. 1. AMmoratEs. £afr. Palpes maxillaires de six articles.
Gre. 2. PutéRèME. La/r. Palpes maxillaires de deux articles. Éensson bituberculé au milieu.
Gre. 3. Coecroxys. Lalr. Palpes maxillaires de deux articles
Écusson unidenté de chaque côté.
Gre. 4. STELIS. Panz. Palpes maxillaires de deux articles Écusson mutique.
Gre. 5. AuLODArE.S/.-Furg. Palpes maxillaires de quatre articles. Crochets des tarses bifides.
Gre. 6. pasires. Jurine. Palpes maxillaires de quatre articles. Crochets des tarses simples.
Gpe. 2. ÉPÉOLITES. Antennes coudées. Palpes maxillaires d’un seul article.
Gre. ÉPÉOLE. Fabr. Gpe. 3. NOMADITES. Antennes coudées. Palpes maxillaires de trois à six articles, le plus ordinairement de six.
Gre. 1. AGLAE. St.-Farg. Palpes maxillaires très-petits, d’un seul article. Écusson lamellaire pro-
longé.
Gre. 2. GROCISE. Jur. Palpes maxillaires de trois articles, Écusson lamellaire prolongé.
Gre. 3. OX0€E. Xlug Labre en carrélong. Palpes maxillaires
réduits à un simple article très-petit.
Gre. 4. méLeore. Latr. Écusson court, bidenté. Gre. 5. AcanruoPe. Xlug. Pattes postérieures démesurément longues.
Gre. 6. noriPnore. S.-Farg. Écusson sans prolongement, avec deux tubercules latéraux.
Gre.7.mÉSOcHERE. S.-Farg. Écusson prolongé postérieurement en deux longues pointes.
Gr. 8. mÉsonyCntE. S.-Farg. Écusson sans prolongement, bidenté . au milieu.
Gr. 9. crénioscuèLe.deRom.Antennes sétacées, beaucoup plus longues que le corps.
Gr, 10 NOMADE. Fab. Écusson élevé, bituberculé au milieu. Gpe. 4. SPHÉCODITES. Antennes coudées dans les femelles, arquées dans les mâles.
Gre. 1. senécone, Zahr. Écusson mutique. Crochets des tarses bifides.
Gr. 2. Rarnyme. S{.-Farg. Écusson échancré au bord postérieur.
Crochets des tarses bifides.
Gpe. 5. PROSOPITES. Antennesarquées dans les deux sexes.
Gr, 1. rRosorIs. Jur.
Sept familles constituent la tribu des Apiens; la première est celle des Arrpes, insectes remarquables entre tous les autres Apiens, parce que chez eux il existe trois sortes d'individus : des mâles, des femelles, et des neutres ou ouvrières. Ces dernières,comme on lesait généralement, ne sont autre éhose que des femelles dont les organes reproducteurs sont demeurésrudimentaires. Elles vivent par conséquent impropres à la reproduction , et ont pour mission spéciale de soigner la postérité des femelles fécondes.
Trois groupes, les MÉLIPONITES, les AP1TES et les BOM- BITES, appartiennent à cette famille.
Les premiers sont de petits insectes ressemblant à nos abeilles, mais ayant une forme plus ramassée, des pattes postérieures plus longues, un corps plus velu, une taille beaucoup moins considérable. Ces méliponites habitent exclusivement les parties chaudes du nouveau monde et quelques îles de l'archipel Indien ; elles y sont abondantes en individus et leurs espèces paraissent très-multipliées ; cependant leurs mœurs n’ont pas encore été bien étudiées. On sait seulement qu’elles forment des sociétés comme nos abeilles ; bien des conjectures ont été faites sur cette question, de savoir si leurs sociétés soht peu nombreuses ou si, au contraire, elles le sont beaucoup. C'est cette dernière hypothèse qui a paru la plus vraisemblable et qui a porté un naturaliste distingué, M. Spinola, à croire que probablement il devait exister plusieurs femelles fécondes dans la même habitation, contrairement à ce que nous observons chez les abeilles. Le volume peu considérable
de l'abdomen des femelles rend surtout probable cette présomption. Mais il est encore une autre considération qui nous paraît donner une grande valeur à cettehypothèse, c’est l'absence d’aiguillon chez les mélipones. Nous devons nécessairement induire de là que plusieurs femelles fécondes peuvent vivre ensemble en bonne harmonie , car les combats à mort que l’on observe chez les abeilles , ne sauraient avoir lieu ici. D’autre part, il est certainement impossible qu’il y ait toujours un nombre de neutres assez considérable dans la ruche pour former des essaims quand une femelle féconde vient à naître.
Au reste, nous ne savons pas encore si les Méliponites se multiplient par essaims ; nous ignorons aussi si leurs sociétés sont durables comme celles des abeilles, ou si elles sont annuelles comme celles des bourdons et des guëêpes ; bien que le premier cas soit le plus probable.
Les voyageurs nous apprennent seulement que ces insectes sont fort nombreux dans les vastes forêts de l’Amérique méridionale , où l’on trouve généralement leurs nids suspendus aux branches d’arbres. Dans leur intérieur, des gâteaux de cire à un seul rang de cellules sont placés horizontalement. ‘
Les Méliponites étant fortnombreusesen espèces, chacune d’elles a reçu un nom particulier dans la contrée qu’elle habite. Plusieurs voyageurs nous ont rapporté cette nomencelature ; mais comme elle n'offre à l'esprit qu’une série de noms baroques, nous croyons au moins inutile de la rapporter. Ces insectes n'ont pas manqué en effet de fixer beaucoup l'attention des sauvages américains. Ceuxci récoltent leur miel et leur cire et l'emploient aux mêmes usages que nous; seulement ils ne craignent point de détruire ces industrieux insectes pour s'emparer de leurs
nids. Souvent ils les enfument; d’autres fois ils coupent l'arbre auquel un de ces nids se trouve attaché, et ne manquent pas de le détruire impitoyablement. Il paraît cependant que quelques-uns ont tenté de transporter une faible partie de couvain dans une ruche artificielle, comme nous le faisons pour hos abeilles; ce moyen a : réussi pour quelques espèces; mais il n’en aurait pas été de même, dit-on , pour toutes.
On a établi dans ce petit groupe d'insectes deux ou trois genres ou divisions de genres d’après la configuration de l'abdomen. Ce sont les genres Mélipone et Trigone.
Le groupe des apres est un de ceux qui doit fixer au plus haut degré notre attention; l’histoire d’un seul genre est l’histoire de ce groupe; l'histoire d’une seule espèce est l'histoire du genre ; car toutes celles qui le composent ont des habitudes entièrement semblables. Tout lemonde connaît l’abeille; personne n’ignore que cet insecte fournit à l'homme une branche d'industrie très-étendue. Mais ses habitudes nesont pas aussi généralement connues, malgré les observations admirables de Réaumur et de Huber. Ce dernier surtout a passé un grand nombre d’années à étudier les abêilles, et les faits qu'il a recueillis forment {a base de l’histoire de ces insectes. Huber se dévoua à cette étude intéressante; il était aveugle cependant, et ce sont les yeux d’un domestique dévoué, d’un pauvre paysan du canton de Vaud, aimant passionnément les sciences, qui permirent à Huber de mettre au jour l’un des ouvrages les plus importants sur les mœurs des insectes. D'autres observateurs ont vérifié les expériences de l’histoire des abeilles, et les résultats ont été en tous points les mémes.
Les mâles des abeilles (pl. 1, fig. 1), que les éducateurs
désignent ordinairement sous la dénomination de Faux- Bourdons, sont plus gros que les ouvrières.
Leur tête est plus arrondie, ce qui est dû au grand developpement des yeux; les tarses ont leur premier article allongé.
Les femelles, que l’on nomme les Reines (pl. 1, fig. 2), et qui ont été appelées autrefois plus improprement Rois, ont des ailes plus courtes que celles des mâles et des ouvrières. Leur tête est presque triangulaire. Les tarses ont leur premier article dépourvu de brosse, leur abdomen est muni d’un aiguillon.
Les neutres ou ouvrières (pl. 1, fig. 3) sont d’une taille un peu moins grande. Leur abdomenest armé d’un aiguillon dont la piqûre est très-douloureuse. Leurs pattes postérieures sont conformées pour exécuter les travaux de récolte et de construction. Ainsi le premier article du tarsea reçu le nom de pièce carrée; il s'articule avec la jambe par son angle supérieur, de manière à sereplier sur elle et à former une sorte de petite pince. Get article, qui offre deux petites épines à l'angle opposé à son insertion, est lisse au côté externe; mais sa face interne est garnie de plusieurs rangées de poils roides qui l’ont fait nommer la brosse, La jambe a été appelée, en considération de sa forme, la palette triangulaire, etune petite cavité à sa face externe a reçu le nom de corbeille. La brosse sert à récolter le pollen des fleurs sur les étamines ; la corbeille sert à l'emporter.
Ces diversinstruments permettent encore aux abeilles de récolter sur les végétaux une autre substance résineuse et odorante qu’elles emploient essentiellement pour clore leur habitation. On connaît cette substance sous le nom de prapolis. C'est sous le rapport de ses sécrétions que l’a-
beille est bien connue de tout le monde; c'est sous ce rapport que l’homme a su se rendre cet insecte si utile. Chacun sait que nous lui devons la cire et le miel; on l'appelle d’ailleurs la mouche à miel. Pendant longtemps on avait pensé que la cire dont sont formées les alvéoles, était due au pollen dont les ouvrières se nourrissent quelquefois. Cette matière, ajoutait-on, était ensuite élaborée dans leur estomac, puis dégorgée par la bouche sous l'apparence d'une matière blanchâtre qui n’était autre chose que la véritable cire. ;
Il appartenait à un paysan de Lusace de reconnaître le premier la nature de cette sécrétion , il trouva les lamelles de cire engagées entre les arceaux inférieurs des anneaux de l'abdomen ou du ventre.
John Hunter, puis Huber, confirmèrent cette découverte ; et les observations de ce dernier prouvèrent que les abeilles exclusivement nourries de pollen ne secrètent pas de cire , et qu’au contraire elles en fournissent lorsqu’elles mangent des matières sucrées. Personne n’ignore aujourd'hui combien il est facile d’apercevoir ces petites plaques de cire en soulevant un peu les derniers anneaux du ventre de l’abeille. C'est avec cette matière que les ouvrières construisent les loges ou cellules destinées à rece+ voir les œufs pondus par la femelle ou la reine. Les alvéoles ou cellules réunies sont connues généralement sous le nom de gâteaux. Chacune d'elles constitue un petit godet hexagonal fermé d’un côté seulement par un fond pyramidal, résultant de la réunion de trois rhombes. Les gâteaux sont le résultat de l’adossement de deux couches d'alvéoles, disposés de telle sorte que le fond des uns devient le fond des autres ; la base de chaque cellule est en outre formée par la réunion de trois cellules opposées.
La matière se trouve ainsi employée avec la plus stricte économie,
* Quand l'abeille ouvrière veut construire, elle prend successivement à l’aide du premier article de ses tarses, qui forme une pince avec la jambe, les lamelles de cire sécrétées entre les anneaux de son ventre, Elle les triture avec ses mandibules et leur donne l'apparence de filaments mous qu’elle applique contre la voûte de la ruche, ou qu’elle ajouteaux lamelles déjà posées par d’autres. Plu sieurs abeïlles travaillant simultanément forment bientôt une masse’assez étendue, elles y creusent alors des cellules; il n’est question jusqu'ici que de celles dont nous avons décrit la forme et la construction, que des alvéoles petites destinées aux larves des ouvrières (pl. 1, fig. 5 c.) et des moyennes destinées aux larves des mâles (pl. 1, fig. 5 a.) Mais ilest encore un autre ordre de cellules ; ce sont celles qu’on appelle grandes, et qui recevront des œufs et par suite des larves devant donner naissance à des femelles ou reines. Elles ne sont ordinairement qu’au nombre d'une vingtaine dans une ruche ne renfermant souvent pas moins de vingt à vingt-cinq mille individus neutres. Aussi rien n’est négligé pour qu'elles suient spacieuses et commodes pour leurs habitants. Leur forme est aussianormale que les dimensions; elles sontordinairement oblongues et si massives que le poids d’une seule est jugée équivalent à celui de cent autres ; elles sont en outre toujours posées verticalement, de manière à paraître détachées du gâteau; leur surface est plus ou moins guillochée (voyez pl. 1, fig. 5 b). Dans l’intérieur de la ruche (pl. 1, fig. 4), les gâteaux sont disposés parallèlement les uns aux autres, mais il est vrai de dire que la OP Varie béaucdun.
L’accouplement des abeilles a lieu seulement au printemps. À cette époque, la reine abeille sort de Ja ruche, disparaît bientôt dans les airs, où l’accouplement doit s’effectuer ; c’est le plus ordinairement au bout de vingt-cinq à trente minutes après son départ que l’on voit revenir à la ruche la femelle fécondée. Des signes irrécusables attestent toujours qu’elle a reçu l'approche du mâle; une partie desorganes de celui-ci se trouvant rompus après la fécondation et demeurant encore en partie engagés dans la vulve de la femelle.
Un fait bien digne deremarque, c’est que le rapprochement des sexes ne puisse jamais avoir lieu que dans l’air et probablement à une hauteur considérable où les yeux ne peuvent plus rien distinguer. Il a été démontré que toutes les fois que les reines étaient enfermées dans les ruches, elles demeuraient toujours infécondes, bien qu’elles fussent entourées de mâles. Il en est de même lorsqu'elles peuvent s’ébattre dans une chambre assez spacieuse ; une entière liberté leur est donc absolument nécessaire. Lorsqu'une femelle revient à la ruche après avoir été fécondée, elle est l’objet de toute l’attention, de tous les soins des ouvrières qui se pressent autour d'elle.
C'est de quarante à quarante-huit heures après sa rentrée à la ruche qu’elle commence à pondre. Parcourant les gâteaux, elle dépose un œuf dans chaque cellule ou alvéole, et le fixe dans le fond, au moyen d’une matière agglutinante. Cette femelle ne pond d’abord que des œufs d'ouvrières ; seulement au bout d'une quinzaine de jours, elle pond des œufs de femelles ; mais à un jour de distance, pour que celles-ci n’éclosent pas toutes à Ja fois. Ce n’est que onze mois après, au dire de Huber, que sont pondus les œufs de mâles.
Telle est la marche ordinaire, lorsque la reine abeille a été fécondée peu de jours après sa naissance ; mais il paraît qu’elle ne pond que des œufs de mâles, si elle n’a été fécoñdée que, plus d’une vingtaine de jours après sa naissance, On observe ce fait quand on retient une femelle captive pendant un certain temps. Après la fécondation elle commenceà pondreses œufs comme les autres au bout de quarante et quelques heures; mais tous sont des œufs de mâles ainsi que ceux qu’elle pondra dans la suite. Voici un fait bien étrange dont il paraît difficile de donner l'explication ; la ponte des œufs de mâles semble correspondre toujours à un affaiblissement des femelles, ou à un développement incomplet dans leurs organes.
Au moment de la ponte, les ouvrières redoublent de soins auprès de la reine ; elles la frottent avec leur trompe, elles lui présentent de temps en temps le miel qu’elles dégorgent. Quand elle est pressée de pondre, si elle laisse tomber plus d’un œuf dans une cellule, les ouvrières retirent aussitôt les autres ; cela arrive fréquemment lorsque les gâteaux n’offrent pas assez de loges pour contenir tous les œufs pondus par la reine; ils sont alors immédiatement détruits. Une fois ces œufs pondus, ils sont abandonnés aux ouvrières appelées nourrices, parce qu’elles ne font que soigner les petits, par opposition a celles nommées cirières, qui ont pour mission spéciale de construire les alvéoles.
Les mâles sont bien loin de recevoir les mêmes soins des ouvrières après que la femelle a été fécondée. Quand ils ont quitté la ruche ils ne doiventplus jamais y rentrer. Étant impropres au travail ils ne feraient que consommer les provisions amassées dans la ruche. Les ouvrières ne le
permettent jamais ; vers le mois de juillet elles font un grand carnage de tous les mâles qui se présentent à la ruche pour y entrer, elles les tuent impitoyablement, Il y a plus, les individus qui ne sont pas encore sortis, même ceux qui sont encore en nymphe, ne sont pas épargnés davantage. Les abeilles tuent tous ces mâles désormais inutiles dans leur demeure; et ce massacre ne leur coûte pas grande peine, car on sait qu’elles attaquent des êtres privés de tout moyen de défense.
Plusieurs observateurs prétendent que la nourriture apportée aux larves est différente selon les âges ; mais les expériences d’Huber ont démontré que la nourritureinflue sur le développement des organes génitaux, et que celle donnée aux larves des femelles est fort différente de celle que reçoivent les larves des ouvrières.
Les ouvrières ou abeilles neutres sont, comme nous l’avons déjà dit, des femelles infécondes ; elles ne possèdent que lesrudiments des organes de la reproduction, Mais ils peuvent se développer dans le cas où ces abeilles recevraient une nourriture particulière à leur état de larve.
C’est ainsi que des larves d’ouvrières, placées auprès de celles des reines, peuvent quelquefois devenir fécondes quand elles ont reçu accidentellement quelques parcelles de la gelée prolifique destinée aux larves des femelles, Cette nourriture paraît influer si énergiquement sur le développement des ovaires, que ces ouvrières sont ainsi rendues aptes à pondre quelques œufs.
Mais ce développement demeure imparfait, parce que la nourriture prolifique n’a été administrée qu’en petite quantité. Ces larves ayant vécu en outre dans les petites cellules , leur volume n’a pas pu s'étendre au delà des
proportions ordinaires. Les abeilles auxquelles ces larves donnent naissance ont done du reste tous les caractères extérieurs des ouvrières.
Toutes les fois qu’une ruche a perdu sareine, s’il n'existe pas à ce moment de larves destinées à devenir des femelles, ellesnetardent pas àadopter quelques larves d’ouvrières pour en faire des femelles fécondes. Elles prolongent les alvéoles de ces larves qui doivent devenir mères, et leur donnentexclusivementde la nourriture prolifique. Il paraît du reste que ces femelles, qui pendant leur vie de larve n’ont reçu que peu de temps la gelée des femelles, ne pondent que des œufs de mâles.
Les larves des abeilles sont blanchâtres, molles et apodes, c’est-à-dire privées de pattes. Chacune d'elles , ainsi que nous l’avons déjà dit, est renfermée dans une alvéole particulière, où les ouvrières lui apportent chaque jour le miel destiné à sa nourriture. Ces larves, qui subissent plusieurs changements de peau, prennent tout leur accroissement dans un espace de temps très-peu considérable. Les ouvrières ferment alors les alvéoles avec un petit couvercle de cire; et les larves se filent elles-mêmes à l'intérieur un cocon soyeux dans lequel elles subissent leur transformation en nymphe. L'insecte parfait éclôt sept ou huit jours après cette métamorphose, etil perce lui-même le cocon et le couvercle de cire. Les autres abeilles lui prodiguent aussitôt tous les soins imaginables, jusqu’à ce qu’il soit bien raffermi ; si c’est une ouvrière, elle ne tarde pas à se mettre à l'ouvrage, et à se mêler aux autres dans leurs laborieuses opérations.
A ces époques d'éclosions, le nombre des individus devient ordinairement si considérable qu'ils ne peuvent plus être tous contenus dans la ruche. Il n’est pas moin-
dre quelquefois, assure-t-on, de vingt-cinq à vingt-sept mille.
C'est alors qu'ont lieu ces émigrations qu'on désigne sous le nom d'Æssaims. Mais pour cela il est nécessaire qu’une nouvelle reine soit éclose; l’ancienne abandonne alors la ruche et va avec une partie des ouvrières fonder une nouvelle colonie dans l'endroit qu’elles jugeront propice; elles se fixent sur un point quelconque se tenant toutes attachées les unesaprès les autres; c’est le moment que le cultivateur doit épier pour s'emparer des essaims et en former une nouvelle ruche.
Dans certaines circonstances, il se trouve qu’une nouvelle femelle est prête à éclore, tandis qu’une foule d’ouvrières étant encore en nymphes , le moment d’une émigration w’est pas venu; les abeilles retiennent alors captive dans sa cellule pendant plusieurs jours cette femelle impatiente de sortir; mais elles ont soin de lui passer journellement de la nourriture, par une ouverture pratiquée au couvercle de la loge.
C’est toujours la naissance d’une femelle qui détermine une émigration ; car deux femelles ou reines ne sauraient vivre en bonne harmonie dans la même ruche. Quand cela arrive et que le nombre des ouvrières n’est pas assez grand pour former un essaim, il y & entre les deux reines un combat à mort, dont les ouvrières demeurent spectatrices sans jamais se mêler à l’action.
Les deux rivales s’élancent ordinairement l’une contre l'autre, face à face, en cherchant à se saisir: mutuellement, et quand l’uned’elles parvient àse placer au-dessus de l’autre, elle lui perce l'abdomen avec son aiguillon , ce qui lui donne la mort presque instantanément. Dès qu’une reine est née dans la ruche, ellecherche à détruire celles
qui ne sont pas encore sorties de leur loge. Elle déchire ainsiavec ses mandibules le couvercle de l’alvéole et péree de son aiguillon l'abeille femelle qui vient de naître; dans le cas où elleest encore en nymphe, elle l’abandonne sans la piquer après avoir déchiré son couvercle; mais les ouvrières ne tardent pas alors à la tirer de sa loge aussi bien que si elle avait été tuée.
Comme on le voit, les abeilles constituent de véritables moñarchies et non pas des républiques, comme on l’a tant de fois répété : une seule reine est la dominatrice de son peuple; elleen est enmême temps l'unique soutien. Si une ruche venait à être privée de sa reine, sans qu'il restât aux ouvrières l'espoir d’en avoir une, c’est-à-dire avant que les œufs aient été pondus , on verrait aussitôt le découragement s'emparer de toutes les habitantes de la ruche; elles ne construiraient plus d’alvéoles, n’amasseraient plus de provisions ; l’objet de leurs soins laborieux n’existant plus, l'espoir de perpétuer l’espèce étant anéanti , elles vivraient au jour le jour, jusqu’à ce qu’une mort prochaine vienne mettre fin à leur existence. Maïs si dans de telles circonstances on leur.donne une femelle féconde ou une portion de gâteau contenant soit des œufs, soit des larves qui pourront leur donner un jour des reines, elles reprennent tout aussitôt leur travail avec une nouvelle ardeur, et l’activité renaît de toutes parts dans la ruche. Le but de propager l'espèce étant toujours le seul moteur des travaux des insectes.
Les abeilles ont de nombreux ennemis dont nous donuerons l’histoire quand il sera question de ces animaux, Aussi des sentinelles sont-elles préposées à la garde de la ruche; il y a continuellement des ouvrières à l'entrée de
leur demeure, qui touchent de leurs antennes chaque indi-
26 à HISTOIRE
vidu qui veut entrer. Quand des frêlons, des sphiux tètede-mort, ete., cherchent à s’introduire dans les habitations, toutes les abeilles se réunissent pour-opposer leurs efforts à l'entrée de ces ennemis.
Car il paraît qu'il est presque impossible aux abeilles de s’opposer à leurs dégâts quand ils ont pénétré dans la ruche: lorsque cela arrive, elles en sont quelquefois réduites à abandonner leur demeure, et à chercher ailleurs un endroit propice à leur industrie.
Des Teignes, des Crabronides et d'autres insectes sont autant d’ennemis pour les abeilles, qui ont été signalés depuis les temps reculés ; car nous en trouvons une assez longue énumération dans les Géorgiques de Virgile.
Les abeilles ont particulièrement servi d'exemple pour montrer, selon les uns, l'intelligence vraiment merveilleuse de certains insectes, selon les autres l'instinct le plus développé ; c'est-à-dire queplusieurs naturalistes ontpensé que toutes les actions des abeilles étaient du domaine d'un instinct purement animal, tandis que d'autres les ont rapportées à une intelligence comparable, en quelque sorte, à celle de l'homme.
Il nous paraît que les deux opinions sont également inexactes; certains actes de la vie deces insectes semblent être seulement instinctifs, au lieu que quelques autres paraissent être le résultat d’une idée, d’une pensée. Quoiqu'une semblable distinction soit extrêmement difficile à faire, nous croyons qu’on doit ranger au nombredes faits instinctifs tout ce qui a rapport à la construction des alvéoles. L'abeillesemet à l'ouvrage presque aussitôt sa nais sance; les cellules qu’elle confectionne sont semblables à celle dans laquelle elle a véeu dans son premier âge; enfin, l'abeille n’apprend pas à construire; c’est une fa-
dd DES INSECTES. 27
culté innée chez elle. L’abeille va encore naturellement à la recherche dela nourriture, qu’elle doit apporter aux larves. Les ouvrières, qu'on appelle nourrices, exécutent toutes ce travail, d’après une impulsion qui semble inhérente à leur existence. Les deux principales fonc tions des abeilles ouvrières, construire des alvéoles pour loger les larves’, procurer la nourriture à ces mêmes larves, doivent être absolument du domaine de l'instinct. Mais l'abeille va pomper le miel de certaines fleurs plutôt que d’autres ; elle construit des cellules différentes pour les ouvrières, pour les mâles, pour les femelles; elle ne leur donne pas la même nourriture ; quand elle veut rendre des larves ouvrières femelles fécondes, elle modifie la forme de leurs alvéoles; elle change leur nourriture. L’abeille ne fait pas que se défendre contre l'ennemi qui vient l'attaquer, ainsi que le font beaucoup d'animaux ; elle le poursuit, après qu’il l’a abandonnée, et semble chercher une vengeance.
Tous ces faits plus ou moins accidentels, étant le résultat de diverses impulsions, qui se manifestent selon les circonstances , elles ne peuvent être que du domaine de l'intelligence. Et, en effet, il nous semble que tout être, appelé par lanature à exécuter une chose quelconque, doit avoir un certain degré d'intelligence ; car, lorsqu'il s'agira d'accomplir les actes auxquels la nature l’a destiné, il arrivera toujours des cas particuliers, qui pourront parfois en entraver la marche, et dont la solution ne sera trouvée que par une idée intelligente.
Si les abeilles se recommandent à notre admiration par leursmæurs, par cette étonnante harmonie qui existe dans leurs divers royaumes, elles se recommandent bien mieux
encore aux yeux de tous par les services que nous rendent leurs productions.
Le miel et la cire constituent des branches d'industrie très considérables. La propriété d’un grand nombre d’abeilles est une véritable richesse pour celui qui se livre à leur éducation.
Une ruche fournitsouvent de six à huit kilogrammes de miel par année, et une quantité de cire qui n’est pas beaucoup moindre. Aussi est-ce un rapport très-important pour ceux qui pratiquent en grand l'éducation des abeilles ; d'autant plus que cela ne réclame aucune peine, aucun travail. Il suffit d'avoir un emplacement convenable sous le rapport de l'exposition et des fleurs des alentours.
On a remarqué qu'un certain nombre d’abeilles étaient constamment occupées , à l'entrée de la ruche, à établir une sorte de ventilation à l’aide de leurs ailes; cette observation a conduit quelques personnes à imaginer un ventilateur que l’on place à l'entrée des ruches; ce qui peut alors permettre à ces abeilles de s'occuper d'un autretravai]. On a obtenu, en effet, par ce procédé, un produit plus considérable en miel et en cire; mais il parait aussi que plusieurs éducateurs ont trouvé des inconvénients dans l'emploi des ventilateurs.
Au reste, le produit des abeilles est déjà si immense, que son revenu tient un rang élevé, en France, parmi nos produits agricoles.
On connaît plusieurs espèces d’abeilles, qui oùt des . mœürs en tout semblables; celle qui a été l’objet des recherches de Swammerdam, de Réaumur, de Huber, ete, celle qui vit en France et dans tout le nord de l'Europe est l'abeille mellifique (Apis mellifica Lin).
On élève en Italie et en Grèce, peut-être aussi dans une assez grande partie de l'Orient, l'abeille ligurienne (Apis liguslica), qui ressemble beaucoup à notre espèce commune, mais qui en diffère surtout par son corps brunâtre, avec les trois premiers anneaux de l’abdomen férrugineux et bordés de noir. C’est probablement cette espèce dont nous ont entretenus les Grecs et les Romains.
Les abeilles sont connues de toute antiquité. La Bible en fait mention, et elles y sont désignées en hébreu sous le nom de Deborah. I est probable qu'avant toute civilisation les hommes surent profiter de leur travail.
Les abeilles étaient connues des Grecs sous les noms de Melissa ou Melitta. Le vieil Aristote n’a pas manqué de donner leur histoire : il distinguait ainsi les trois sortes d'individus , les abeilles, c'est-à-dire les ouvrières; le roi des abeilles , c’est-à-dire la femeile ou la reine ; et le bourdon vivant parmi les abeilles, c’est-à-dire le mâle. Il savait que les gâteaux de cire étaient composés de trois espèces d’alvéoles pour ces différents individus ; que le miel amassé par elles servait à leur nourriture; il connaissait la formation des essaims, le massacre des mâles, qui a lieu äune certaine époque de l’année ; en un mot, les principaux faits de l’histoire de cet insecte ne lui étaient pas étrangers; mais ils ne sônt pas précisés bien clairement dans son récit, et des erreurs viennent se mêler à la réalité,
Il appréciait surtout les différentes qualités du miel, et prétendait que celui du printemps était préférable à celui de l'automne, et queles abeilles quiavaientfaitleur récolte sur le thym donnaient un miel plus exquis.
Nous savons aussi de quelle renommée jouissait chezles anciens le miel du mont Hymetteen Attiqueetdu mont Hy-
bla en Sicile. Nous accordons du reste aujourd'hui une re- 3,
nommée bien grande aussi au miel de Narbonne; mais elle n’a pas eu l'avantage d’être également célébrée par les poëtes.
Les produits des abeilles ne furent pas plus dédaignés chez les Romains que chez les Grecs. Le Cygne de Mantoue célébra admirablement les soins qu'il faut leur donner. IL nous a laissé le récit de plusieurs traits de leur histoire ; il nous a signalé leurs ennemis.
Pline, le naturaliste romain , nous dit que les abeilles occupent le premier rang parmi les insectes , et que, plus que tous les autres, elles ont droit à notre admiration ; car elles sont, ajoute-t-il, les seuls animaux de ce genre qui aïent été créés pour l'homme : elles composent le miel, le plus sucré, le plus doux et le plus salubre de tous les sucs; elles fabriquent les rayons de la cire, qui servent pour bien des usages ; enfin, elles supportent le travail, exécutent des ouvrages, constituent des associations politiques, ont des conseils, des chefs, et, ce qui est plus merveilleux, une morale et des principes.
Cette seule citationsuffit pour montrer quelle vénération les anciens avaient pour les sociétés des abeilles. Peu s’en fallut, sans doute, qu’on ne leur rendît un culte.
Mais ils avaient les plus singulières idées sur la reproduction de ces insectes; leur génération était un problème, parce qu'on n'avait jamais vu leur accouplement : de là les idées les plus singulières sur leur naissance. Les uns prétendaient que le ventre d'un bœuf tué récemment et enterré dans du fumier devait produire des abeilles; selon d’autres, c'était le corps d’un jeune bœuf qu’on avait fait expirer sous les coups, ou bien encore des fleurs combinées et disposées d'une manière convenable ; enfin, on inventait à ce sujet toutes sortes de fables plus où moins
étranges, qu'il est à peu près inutile de retracer en détail.
On trouve en Égypte une espèce particulière d'abeilles, qui est élevée dans ce pays comme l'abeille domestique dans le nôtre : elle a été observée par M. Savigny et décrite par Latreille, sous lenom d'abeille à bandes (Apis fasciata). Sans aucun doute , c'est cette espèce qui est représentée si souvent sur les monuments égyptiens.
On laremarque ordinairement au-dessus des cartouches qui renferment des noms propres ; une sorte de faisceau est alors placé au-devant d’elle et au-dessous deux demicercles. M. Champollion a interprété ce groupe dans son ensemble comme un titre accompagnant le nom inscrit dans le cartouche; ce qui paraît assez vraisemblable : mais l'abeille est encore figurée dans d’autres circonstances ; et, suivant Hor-Apollon, elle était l'emblème d'un peuple obéissant aux ordres de son roi. Rien, en effet, n'est plus en rapport avec l'observation exacte.
Mais ee n’est pas seulement chez les anciens que les abeilles furent regardées comme l'emblème de la royauté ; on sait que de nos jours encore, les manteaux des empereurs et des rois sont couverts d’abeilles d’or.
Outre les trois espèces d’abeilles que nous avons Si- #nalées, on en connaît encore plusieursautres espèces étrangères; ce sont l’Abeille unicolore, qui habite les Îles de France et de Bourbon et se retrouve jusqu’à Madagascar; celle-ci fournit un miel vert très-estimé ;
L'Abeille indienne, que l'on rencontre au Bengale;
L'Abeille d'Adanson, répandue au Sénégal ;
L'Abeille de Péron, qui se trouve à Timor, où elle a été découverte par le célèbre voyageur dont elle porte le nom; quelques autres espèces encore qui habitent le cap de Bonne Espérance, les Indes orientales, etc.
Nous arrivons maintenant à l’histoire des BomB1rES, le troisième groupe de la famille des Apides, qui se compose essentiellement du genre Bourdon (Bombus).
Ces insectes, que tout le monde reconnaît à leur corps gros et velu, sont répandus dans diverses parties du monde, mais ils sont abondants en espèces, surtout en Europe ; ils ont dans leur organisation beaucoup de ressemblance avec les abeilles ; on trouve également chez eux trois sortes d'individus , des mâles, des femelles et des neutres ou ouvrières ; ces dernières ont leurs pattes postérieures conformées pour la récolte du pollen, ainsique les abeilles ouvrières.
Aussi les Bourdons construisent-ils des demeures étendues, où ils élèvent leur progéniture. Ils forment des sociétés assez nombreuses, mais ce nombre est peu considérable comparativement à celui que nous fournissent les sociétés des abeilles, car ordinairement chaque nid ne renferme guère que cinquante à soixante individus, bien que parfois on en trouve jusqu’à deux ou trois cents.
Ils construisent leurs nids dans la terre, dans les prairies , ou auprès des haies, employant la mousse pour leurs constructions. C’est pour cela qu'on voit fréquemment les Bourdons entrer dans la terre par un orifice assez étroit, à la surface du sol.
Les sociétés des Bourdons ne durent jamais au dela d'une saison, elles se dispersent chaque année vers le milieu de l’automne, Les femelles fécondes se cachent alors dans les creux des arbres ou dans les fissures des murailles, où elles passent l'hiver dans un engourdissement plus ou moins complet. Les ouvrières et les mâles paraissent au contraire périr aux approches de l'hiver, et ne pas même chercher d’abri pour attendre la saison nouvelle,
Cependant, dès que les premières chaleurs du printemps se font sentir, la femelle Bourdon sort de son engourdissement, et le moment de la ponte approchant pour elle, il lui devient nécessaire de construire une demeure qui recevra sa progéniture, les ouvrières, qui l’an passé étaient uniquement occupées des travaux du domicile, ‘n’existant plus.
Chaque femelle isolément choisit une cavité qui lui paraît propice, la nettoie ensuite et la rend aussi lisse que possible. Ce premier travail achevé, elle va faire une prevision de mousse pour en recouvrir son habitation.
L’industrieuse femelle ne s'occupe plus alors que de la récolte du pollen et du miel, elle apporte à chaque instant à son nid les provisions qu’elle a amassées. Le moment de pondre étant enfin arrivé, elle forme des boules, composées de pollen etde miel , et dépose un ou plusieurs œufs dans l’intérieur de chacune d'elles. Les larves, qui ne tardent pas à écloré, trouvent autour d’elles unenourriture convenable; quand la matière alimentaire vient à diminuer, la femelle a soin d'apporter de nouvelles provisions. Tous ces œufs, pondus au printemps, doivent sansexception donner naissance à des individus neutres, c'est-àdire à des ouvrières. Quand les larves ont pris tout leur accroissement, elles se fabriquent, au milieu des boules de pollen mêlé de miel, une coque soyeuse, dans laquelle elles se transforment en nymphes; au bout de peu de jours les insectes parfaits sortent de cette étroite retraite. Toutes ces ouvrières se mettent bientôt à l'œuvre; elles commencent par agrandir l'habitation, construite par la mère, qui a suffi pour la première génération, mais re ne suffira plus pour les suivantes.
Les Bourdons qui font leur nid principalement avee de
la mousse, et c'est le plus grand nombre, en augmentent la quantité et forment ordinairement au-dessous une seconde voûte à parois de cire. Cette cire est sécrétée comme celle des abeilles entre les anneaux de l'abdomen, mais elle n’a point les mêmes propriétés, aussi est-il peu probable qu’elle puisse jamais servir à nos besoins. Sa couleur est d’un gris jaunâtre ; elle brûle facilement, mais ne devient pas liquide quand on l’expose à la chaleur.
D'après les observations de Réaumur, les ouvrières Bourdons construisent encore avec leur cire de petits 80dets, où elles déposent du miel. Cette provision est employée pour humecter la pâtée qu’elles donnent aux larves.
Les gâteaux sont très-irréguliers dans l’intérieur des nids, et composés de corps oblongs appliqués les uns contre les autres.
Quand le nombre des ouvrières est devenu assez considérable pour que les travaux de la colonie puissent suivre facilement leur cours, la mère Bourdon pond des œufs de mâles et de femelles; femelles qui deviendront fécondes par l’accouplement avec les mâles qui naissent en même temps qu’elles. Quoique jusqu’à présent l'observation ne nous appreune rien à cet égard, M. Lepeletier de Saint-Fargeau suppose avec assez de vraisemblance que les Bourdons apportent comme les abeilles une nourriture particulière aux larves qui donnent naissance à des femelles fécondes.
Les mäles-et les femelles, qui sont nés au milieu de l'été, produisent aussitôt une nouvelle génération, qui v’arrive à l’état adulte qu'au mois d'août. Ces individus sont ordinairement d’une taille un peu plus grande que les précédents. C’est à cette époque qu'a lieu l'accouplement des femelles qui vont hiverner, leurs mâles péris-
sent presque immédiatement après l'accouplement; mais ces femelles, comme nous l'avons vu déjà, vont hiverner jusqu’au printemps suivant.
Les Bourdons comme les abeilles ont leurs ennemis : des Teignes, plusieurs Diptères , s'introduisent dans leurs nids, et les larves naissant des œufs qu’ils y ont déposés vivent alors aux dépens des hôtes chez lesquels elles se sont établies.
Les Bourdons sont assez nombreux en espèces ; on en rencontre une quinzaine en Europe; toutes celles qui ont été observées ont des mœurs très-analogues. |
L'espèce la plus commune : noire, avec l'extrémité du corps, de couleur blanche, la partie antérieure du thorax et la base de l'abdomen jaunes, est désignée sous le nom de Bourdon des jardins (Bombus hortorum, Lin.).
La seconde famille des AP1ENS, les PSITHYRIDES , SON des insectes qui pendant longtemps ont été confondus avec les Bourdons ; ils leur ressemblent en effet presque en tout point par l'aspect général de leur corps et par ladisposition de leurs couleurs. Mais ces faux Bourdons n'ont pas les pattes postérieures disposées de manière à récolter le pollen, comme M. Lepeletier de Saint-Fargeau l’a si bien observé.
Les Psithyrides aussi ne construisent point d'habitations ; il n'existe chez eux que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles. Des ouvrières, dépourvues des parties propres à construire et à recueillir le pollen des fleurs, n'auraient rempli aucun but dans la nature.
Les femelles des Psithyrides vont pondre leurs œufs dans les nids des Bourdons, et les larves qui en naissent vivent aux dépens des provisions amassées par les hôtes chez lesquels ils ont pénétré ; c’est un fait bien étrange que celui-là, et que nous retrouverons dans bien d'autres fa-
milles. Ces Psithyrides ne peuvent vivre à leur état de larve que de miel et de pollen ; ils n'ont aucun organe propre à récolter sur les fleurs, ni à construire deshabitations : ils sont appelés par leur instinct à faire nourrir leur progéniture par les Bourdons ; ils leur sont tellement semblables, qu’ils s'introduisent chez eux, sans que ces Bourdons soupçonnent qu'ils ne sont pas des leurs, et les accueillent comme s’ils étaient réellement de la famille; les larves se ressemblent à tel point, que le Bourdon n’hésite pas à four:nir la nourriture aussi bien aux larves des Psithyrides qu'aux siennes mêmes. à
Les Psithyrides ne se composent que du seul genre des Psithyres (Psithyrus); celui-ci ne comprend encore qu’un petit nombre d'espèces; toutes celles observées appartiennent à l’Europe. :
La famille des ANTHOPHORIDES, que nous faisons succèder à celle des Psithyrides, est composée d'insectes chez lesquels il n'existe jamais que deux sortes d'individus, de même que parmi tous les autres Apiens dont nous allons donner l'histoire. Ces Hyménoptères ne forment plus ces admirables sociétés, modèles d'ordre, de ‘discipline, d'obéissance, et surtout de bon gouvernement, comme on l'a bien dit. Ils n'ont plus la propriété de sécréter la cire. Ceux-ci cependant élèvent leur progéniture dans des nids divisés en plusieurs loges, recevant chacune un œuf et par suite une larve; mais chaque nid est l'ouvrage d’une seule femelle; le soin qu’il faut donner à ses larves est l’occupation decette femelle : elleconstruit sa demeure, elle pond ses œufs sans être entourée des soins d’une légion d’ouvrières, comme la reine abeille; elle seule va ramasser le miel et le pollen, et pourvoit, chaque jour, à la subsistance des êtres qu’elle à mis au monde.
Chez ces insectes les jambes postérieures sont disposées en forme de palette, ainsi que le premier article de leur tarse, qui en outre porte une brosse en dessous; ce sont tous leurs organes de récolte pour le pollen. Onne retrouve plus la corbeille ni la disposition préhensile des pattes postérieures, comme chez l’Abeille etle Bourdon.
Les ANTHOPHORIDES comprennent trois groupes : les Eu- GLOSSITES, les ANTHOPHORITES €t les XYLOCOPITES.
Les premiers nous occuperont peu, car leurs habitudes sont inconnues; leur conformation a seule marqué leur place parmi les autres Apiens; les Euglossites, si remarquables par leur trompe, qui est presque aussi longue que tout leur corps, sont parés des plus brillantes couleurs : quelques-uns d’entre eux ont des teintes métalliques du plus grand éclat.
Ce sont des habitants de l'Amérique méridionale; peu nombreux en espèces, ils ne constituent que deux genres : les Euglosses (Æuglossa) proprement dites; les Eulèmes (Eulæma, Saint-Farg.).
Dans toute la tribudes Apiens les Euglosses se font remarquer par l'éclat de leurs couleurs; plusieurs sont d’un vert d'émeraude doré éclatant. Les Eulèmes sont généralement d’une taille plus considérable; leur corps est aussi plus velu et leurs nuances sont plus variées. Ils rappellent l’aspect des Xylocopes. Aussi les anciens auteurs les plaçaient-ils en partie parmi les Centris et en partie parmi les Euglosses.
Cependant les caractères ne permettaient pas de tels rapprochements ; M. Lepeletier de Saint-Fargeau a bien délimité le groupe qui nous occupe en ce moment,
Les Anthophorites sont des insectes assez nombreux en
espèces, qui habitent l'Europe, particulièrement l'Europe
méridionate et le nord de l'Afrique, où ils sont rort abondants : ils ressemblent beaucoup à nos abeilles communes, mais ils sont plus velus, généralement d’une teinte grisâtre ; ils ont une taille un peu plus considérable. Ces insectes établissent le berceau de leur postérité dans des excavations de vieilles murailles, dans la terre sablonneuse escarpée et exposée aux rayons du soleil, ainsi que dans les sablières. Une espèce du genre An{hophore (Anthophora) a été l'objet d’une observation intéressante de la part de Latreille, Cet insecte, noir avec les derniers segments de l'abdomen fauves , et connu sous le nom d’Anthophore pariétine (pl. 2, fig. ? mâle et fig. 2 femelle), construit son nid dans les murs; il pratique des trous entre les pierres qui ont été réunies par un sable fin et argileux , et ajoute à son nid un tube extérieur. En creusant son tuyau , l’Anthophore apporte au dehors tout le sable qu’elle a retiré, et l'humectant, au moyen d’une liqueur visqueuse qu’elle a la propriété de sécréter, elle le fixe successivement sous forme de petits rouleaux , en laissant un petit espace entre chacun d’eux.
Toutefois ce tube ne doit pas subsister longtemps ; car dès que le tuyau est suffisamment grand, notre insecte va reprendre successivement les petits rouleaux de sable, pour former les cloisons qui doivent clore la demeure de chacune de ses larves.
Toutesles autres Anthophores construisent leurnid d’une manière analogue ; elles divisent un long tuyau en une série de cloisons; mais aucune d’elles n’a l'habitude d'aceumuler au dehors, sous forme de tube, le sable qui doit servir à achever leur construction, comme le fait l’Anthophore des muraïlles.
De même que tous les Apiens nidifiants, les Anthopho-
res approvisionnent leurs larves d’une pâtée composée de miel et de pollen, pour toute la durée de leur vie de larve. Ces insectes vont fréquemment pomper le miel dans les plantes à corolle infundibulée, les labiées, les boraginées, les rhinanthacées, etc.
Le genre Anthophore comprend un assez grand nombre d'espèces, qui se ressemblent beaucoup par leur corps velu et leurs nuances grisâtres.
Le genre Systrophe se compose de quelques espèces européennes remarquables par leur abdomen annelé de gris et de blanc. Leurs mœurs sont très-analogues à celles des véritables Anthophores.
Ilen est de même des Macrocèreset des Eucères, qui ont des antennes aussi longues que tout lecorps chez les mâles. Leurs habitudes sont exactement les mêmes que celles des vraies Anthophores : ils construisent également leurs nids dans les endroits sablonneux et bien exposés aux rayons du soleil,
Les Mélitturges , qui appartiennent aussi au groupe des Anthophorites, sont bien reconnaissables à leurs antennes renflées en massue, On en connaît un petit nombre d’espèces qui habitent l'Europe méridionale et l'Algérie. Mais leurs habitudes n'ont pas été observées.
Les xyLocoprres forment un groupe, composé de plusieurs genres, la plupart très-nombreux en espèces, répandues particulièrement dans l'Amérique méridionale, l'Afrique intertropicale et les Indes orientales. Presque tous sont de la taille de nos gros Bourdons ; quelques-uns sont d’une dimension beaucoup plus grande.
Parmi les divers genres composant.le groupe des Xylocopites, nous comptons les Centris et les Epicharis, grands et beaux insectes de l'Amérique méridionale,
ordinairement noirs et ornés de taches ou de bandes jau— nes ou rougeâtres, puis le genre Xylocope, si nombreux en espèces dans tous les pays chauds, et qui se ressemblent cependant beaucoup entre elles. Le type du genre, la Xylocope violette (Xy/ocopa vivlacea), est la seule espèce européenne : on la reconnaît à son gros corps noir; Sa tête et son eorselet sont très-velus, son abdomen l’est peu ; ses ailes sont noirâtres, sans transparence, et à reflet violet. Cetinsecte n’est pas rare aux environs de Paris; on le rencontre sur lesfleurs pendant toute la belle saison. Réaumur lui a donné le nom d’Abeille perce-bois ; et c'est en effet un des traits les plus caractéristiques des habitudes de la Xylocope. Quand elle veut construire son nid, elle cherche du bois mort, quelquefois pourri; il est plus facile alors de le creuser : elle choisit souvent des poutres d’une grosseur considérable ; mais d'autres fois elle prend un morceau de bois assez mince. Son premier travail est de perforer ce bois avec ses mandibules ; elle y construit un où plusieurs trous; car il n’est pas rare d’en trouver trois ou quatre parallèles, assez grands pour qu’elle puisse y entrer et en sortir facilement ; en creusant elle fait tomber la sciure au dehors; c’est un travail long et pénible pour Ja Xylocope que la perforation d’un trou; pour y parvenir il lui faut souvent plusieurs semaines ; il est vrai dedirequ’on enrencontre fréquemment qui n’ontpas moins de dix à quinze pouces de longueur; ils sont à peu près droits; seulement vers le bout ilsse rapprochent de la superficie du bois. Quand l'Abeille perce-bois a terminé cette dure besogne, ellene songe plus qu'à y établir sa progéniture : elle s’en va à la récolte du pollen; elle en garnit le fond de son tube, aprèsl'avoir mélangé avec du miel : lorsque la quantité est jugée suffisante , elle dépose un œuf au
milieu de cette pâtée : puis elleétablit au-dessus, au moyen de la sciure de bois et d'un liquide adhérent qu’elle a lapropriétédeséeréter, un plancher solide, qui va devenir le fond d'une autre cellule. La Xylocope va recommencer ici le même travail : elle divise de la sorte son tube en une série de loges ou cellules, qui ne communiquent nullement entre elles et qui contiennent chacune un œuf et toute la provision nécessaire à la larve qui va en sortir quelques jours après. Réaumur s'étonne avec raison de cet instinct admirable, qui fait connaître à cette mère prévoyante la quantité bien-exacte de nourriture qui sera nécessaire pour la vie de sa larve. En effet, elle ne se trompe jamais ; lorsque , le ver prend de l'accroissement, sa provision diminue ; et, quand il en a absorbé la totalité, il remplit à lui seul toute sa loge; il est alors parvenu au terme de sa croissance. Sa métamorphose en nymphe s'effectue aussitôt ; et ce qu’il y a de bien remarquable, c'est que la tête se trouve tournée vers le fond de la cellule; de sorte que l’insecte parfait cherche naturellement à sortir de ce côté.
On comprend maintenant pourquoi la mère a rapproché son tube de la superficie du bois. Sans cette précaution, l'insecte nouvellement éclos aurait eu des peines infinies pour sortir de sa prison et n'y aurait peut-être pas toujours réussi : d'un autre côté, il devait lui être interdit de sortir par l'ouverture pratiquée par la femelle. Celui qui occupe le fond du tube, étant né le premier, comme cela arrive toujours, puisque la femelle commence par pondre les œufs des loges les plus profondes, il aurait culbuté tous les autres; et la nature s'oppose toujours à ces massacres. La Xylocope profite quelquefois de tubes qu'elle trouve tout formés. Nous en avons eu un exemple dans ces
dernières années, Il y avait au jardin des plantes de Pa:
ris un tube de cuivre d’environ dix lignes à un pouce de diamètre, qui était adapté à un appareil à la vapeur restant inactif pendant la belle saison, L'extrémité de ce tube était placé au-dessus d’une fenêtre et communiquait à l’extérieur. Une femelle Xylocope, jugeant sans doute qu'un tel domicile serait commode pour y établir le berceau de sa progéniture, parce qu'il lui éviterait au moins la peine de creuser un tube dans du bois, s'y installa, et chaque jour on la voyait entrer et ressortir plusieurs fois de cette demeure improvisée. Il nous paraît important de signaler ce fait; car il y a véritablement de la part de la Xÿlocope dérogation à ses habitudes ordinaires; et, comme nous pensons voir cesser l'instinct et apparaître l'intelligence, toutes les fois que l'animal n’exécute pas exactement les iêmes travaux que ceux dont il tient l’existence, dès qu'il modifie, choisit, préfère, c’est le résultat d'une pensée : nous ne pouvons apprécier la nature de cette pensée, mais il est manifeste que c’est un résultat de l'intelligence.
On trouve des Xylocopes dans toutes les parties du monde, mais c'est surtout dans les régions chaudes qu'on les rencontre plus abondamment.
M. Lepeletier de Saint-Fargeau a décrit soixante-deux espèces dece genre, et les diverses collections en renferment encore beaucoup d’autres espèce inédites.
Les genres Centris, E picharis et Lestis appartiennent au même groupe. Les deux premiers sont essentiellement propres aux régions équatoriales de l'Amérique; leurs mœurs nous sont inconnues, mais leur structure générale et la grande ressemblance qu’ils ontavec nos Xylocopes nous font présumer que leurs habitudes ne doivent pas en différer beaucoup. Ils sont tous d'une assez grande taille, et le plus souvent ils nous offrent des couleurs jau-
nes ou orangees assez vives et plus ou moins nuancées,
Les Lestis constituent un petit genre propre à la Nouvelle-Hollande. On n’en connaît que quelques espèces de couleur vert-métallique.
La quatrième famille de la tribu des Apiens est celle des ANDRENIDES. Ce sont des insectes qui ressemblent beaucoup à ceux des autres familles de la même tribu par l’aspeet et la structure générale, mais on les distingue faci : lement par leur languette ou lèvre inférieure, dont le lobe intermédiaire, en forme de cœur lancéolé, est plus court que leur tête.
Les Andrenides ont les jambes postérieures munies de longs poils propres à récolter le pollen , avecdes espaces lisses sur les hanches, à la base des cuisses et sur les côtés du corps. :
Ces Apiens vivent tous solitairement. Comme ceux des deux familles précédentes, ils se composent seulement de deux sortes d'individus. Les femelles creusent daus lesterrains de sable argileux, ou dans le mortier dont on se sert pour lier les pierres des murailles, des trous profonds, qui vont devenir le berceau de leur progéniture. Ces trous, que l’on rencontre toujours dans des expositions méridionales, ne sont autre chose que des tubes obliques ayant de six à huit pouces de longueur. Mais ce n’est pas la tout le travail ; chaque femelle construit encore au fond du grand trou plusieurs petits tubes ayant tous leur entrée au fond du tube principal. Ce sont là autant de loges distinctes pour chaque larve, toutes étant approvisionnées par la prévoyante femelle d’une certaine quantité de miel et de pollen. Chacune de ces retraites particulières est ensuite fermée hermétiquement avec la terre et le sable qui ont été enlevés lors du ereusement.
La plupart des ANDRENIDES se comportent de cette
manière; mais l’on remarque des différences importantes
"à signaler dans les habitudes, suivant les genres et les espèces.
Gettetribu se divise en trois groupes : ce sont les pa- SYPODITES, les ANDRÉNITES et les COLLETITES.
Le premier se compose de quelques genres; ce sont les Dasypodes, remarquables par leurs pattes postérieures allongées , avec les jambes et le premier article des tarses couverts de poils entrêmement longs; cequi leur sert à récolter le pollen des fleurs.
On connaît un petit nombre d'espèces de ce genre; la plus commune estla Dasypode à pattes hérissées (Dasypoda hirtipes, Fub.), insecte couvert d'une pubescence grisâtre très-serrée, ayant l'abdomen de cette couleur chez le mâle avec de longs poils au bord de chaque segment: noir chez la femelle, avec quatre lignes transversales blanches; et les pattes postérieures couvertes de poils roussâtres.
Cette espèce est très-répandue dans la plus grande partie del Europe; on la trouve fréquemment dans nos environs, où, chaque année, elle creuse dans les chemins des trous profonds; comme toutes les autres Dasypodes, elle a la faeulté de récolter à la fois une grande quantité de pollen, à l'aide des longs poils qui garnissent ses pattes. Elle choisit de préférenceles plantes chicoracées.
Le genre Panurge (Panurgqus), que nous rapportons au même groupe, à l'exemple de M. Lepeletier de Saint-Fargeau, aété un peu observé dans ses habitudes par ce même savant : il rapporte qu'il a remarqué dans le sentier battu d'un jardin huit à dix Panurges femelles, appartenant à la même espèce, qui tour à tour, chargées de pollen , Ch-
traient dans un trou perpendiculaire et en ressortaient aussitôt après avoir déposé leurs provisions.
Ce fait pourrait faire penser que ces insectes travaillent en commun; mais il est évident que chaque femelle se rendait à un tube particulier ayant son entrée dans un conduit commun , qui servait à plusieurs individus.
D'ailleurs, le même observateur ajoute qu'en d'autres circonstances, il a vuplusieurs fois des Panurges travailler et approvisionner leurs nids isolément. On counaît peu d'espèces de ce genre; elles sont remarquables par leur grosse tête; l'Europe et la Barbarie sont le pays de ces Hyménoptères. La plus commune est le Panurge lobé (Panurqus lobatus), qui est noir, avec les antennes roussâtreset les cuisses postérieures dilatées en forme de lobe.
M. de Saint-Fargeau place dans le même groupe le genre Dufourée, dont les mœurs sont inconnues et qui est établi sur deux espèces de la France méridionale.
Le second groupe, celui des ANDRÉNITES, renferme plusieurs genres assez nombreux en espèces. Celui d'Andrène en comprend une trentaine d'européennes et quelques autres de Barbarie ; plusieurs d’entre elles sont communes : on les rencontre fréquemment dans les chemins exposés au midi, oùelles ereusent l'habitation de leur progéniture. Le genre Scrapter, qui est fondé sur un petit nombre d’espèces, ne s'éloigne de celui d’Andrène que par quelques caractères zoologiques. Leurs habitudes n’ont, du reste, pas été observées. Les Halictes, qui ont été l’objet d'un mémoire intéressant de la part de M. Walckenaer, diffèrent peu des autres Andrénites dans leurs mœurs. Cet observateur rapporte qu'il a trouvé plusieurs femelles dans le même nid ; un autre entomologiste, fort attaché à l'étude des Hyménoptères, affirme, au contraire, que chaque nid
est l'œuvre d'une seule femelle; et, d'après lui, c'est un hasard de rencontrer plusieurs nids donnant issue par la mêmeouverture, bien quele fait soit possible. C’est, dureste, aussi ce qui est confirmé par nos propres observations.
Les Nomies sont de petits Hyménoptères propres aux régions chaudes du globe : onen rencontre seulement deux espèces dans le midi de l’Europe; ils diffèrent peu des Halictes, mais personne encore ne les a observés. Enfin le genre Ancyle est établi sur une espèce trouvée à Oran.
Notre troisième groupe de la famille des Andrénites est celui des coLLETITES ; Celui ci se compose essentiellement du genre Collètes dont nous trouvons trois espèces en France et aux environs de Paris, à la fin de l'été. La plus commune est la Gollète hérissée (GC. hirta, Fab.), insecte de einq à six lignes de long, noir, hérissé de poils . roides d'un roux brun.
C’est l'espèce qui a été observée par Réaumur, et dont Von rencontre assez fréquemment les nids dans les murailles exposées au midi, Ces habitations consistent en espèces de cylindres divisés en plusieurs cellules, placées au bout les unes des autres, et ressemblant beaucoup par la forme à un: dé à coudre. Toutes ces cellules sont composées d’une ‘substance feutrée membraneuse, produite par une sorte de gomme liquide que les Collètes ont la propriété de sécréter, sans doute quand elles ont absorbé quelques substances végétales, qu'elles dégorgent après les avoir triturées. Chaque cellule a environ quatre à cinq lignes de profondeur sur deux de diamètre. Leurs parois sont très-minces, mais la pâtée de miel et de pollen qui y est placée pour la nourriture de la larve, soutient les parois de la loge.
Notre cinquième famille de la tribu des Apiens est celle:
.des OSmIIDESs, insectes nidifiants comme ceux dont
nous venons de donner l’histoire, mais bien remarquables entre tous par leur manière de récolter le pollen. Tandis que tous les autres Apiens nidifiants recueillent ce pollen sur les jambes et le premier article de leurs pattes postérieures, ceux-ci l’entassent à l’aide des brosses de leurs pattes sous l'abdomen , où il se trouve retenu par des poils étagés dont il est garni en dessous. À ce seul caractère on peut reconnaître les Osmiides parmi tous les autres Hyménoptères.
Cette famille renferme un certain nombre de genres, qui ne paraissent pas susceptibles de former plusieurs groupes, à cause des affinités très-grandes qu'ils offrent entre eux.
Les Osmiides sont répandues dans les diverses parties du monde; mais elles sont surtout fort abondantes dans le midi de l’Europe et dans le nord de l'Afrique. Toutes les Osmiides construisent des loges ou cellules ayant à peu près la forme d’un dé; chez quelques-unes, elles sont rangées les unes à la suite des autres; chez plusieurs elles sont, au contraire, agglomérées les unes auprès des autres. Mais toujours la femelle approvisionne chaque loge de mieletde pollen et y dépose un œuf, en sorte que la larve qui en sort, trouve auprès d’elle sa provision nécessaire à la durée de son existence. C’est, au reste, ce qui est pratiqué chez tous les Apiens solitaires nidifiants.
Les matériaux que les Osmiides emploient pour la construction de leur nid varient infiniment, suivant les genres. Les espèces du genre Chalicodome construisent sur les murailles des nids faits d’un mortier très-dur. Une espèce de ce genre a été fort bien observée par Réaumur, et nous avons eu aussi très-fréquemment l'occasion d’étudier ses habitudes. C'est la Chalicodome des murs (Cha-
licodomamuraria, Fab.) Le mâle, un peu plus gros qu’une abeille, est couvert de poils fauves roussâtres, à l’exception des trois derniers anneaux de l'abdomen, qui sont totalement revêtus de poils noirs. La femelle (pl. 2, fig. 3), au contraire, est entièrement noire avec les poils du milieu de la palette ventrale de couleur ferrugineuse, ainsi que ceux des jambes et des tarses ; les ailes sont brunes à reflets violacés.
Cette femelle, avons-nous dit, établit le domicile de sa postérité sur des murailles ; mais elle choisit toujours un emplacement bien exposé à l'ardeur des rayons du soleil : elle va à la recherche d'un sable fin, semblable à du gravier, le mélange avec de la terre, et fait adhérer ces matériaux au moyen de la liqueur visqueuse qu’elle a la propriété de sécréter. L'abeïlle maçonne, car c'est ainsi, non sans raison, que l'appelle Réaumur, commence par appliquer ce mortier sur l’endroit qu’elle a choisi pour fixer son nid ; quand la quantité est assez considérable, elle en forme une cellule de forme oblongue à parois arrondies. L'espace d'une journée lui suffit quelquefois pour ce travail ; les jours suivants, elle en confectionne de semblables tout auprès, qui ne sont souvent séparées que par des parois d'une médiocre épaisseur : elle ne s'attache pas à les disposer bien régulièrement ; car les six, huit ou dix loges, qui composent chaque nid , ne sont presque jamais placées à égale distance, ni exactement dans la même diréction (pl. 2, fig. 5). L'abeille maconne façonne en dernier lieu une enveloppe commune, qui est plus ou moins arrondie ou ovalaire et légèrement bombée. Cette toiture est composée d’un gravier plus gros que celui qui a servi à la confection des cellules. Ces nids offrent une telle dureté, qu'il est impossible de les briser ou de les détacher de la
muraille à laquelle ils sont fixés, sans employer des instruments de fer. |
I1 faut bien connaître ces humbles demeures pour les distinguer sur les murs; on les prendrait volontiers pour une plaque de terre qui s’est desséchée, ou pour une inégalité dans la maçonnerie. Aucune ouverture exté— vieure ne vient déceler cette retraite (pl. 2, fig. 4).
La femelle qui l’a construite était née au mois d'avril, et au mois de juin elle avait cessé d'exister. Les larves, qui habitent pendant près de onze mois l’intérieur de ces nids, au moment de se transformer en nymphes se filent une coque soyeuse ayant l'apparence d’une membrane pellu— cide, Quand l’insecte parfait éclôt, il ramollit le mortier de sa demeure avec un liquide qu’il sécrète assez abondamment; enlevant chaque parcelle avec ses mandibules, il finit par faire un trou qui lui livre passage à l'extérieur; alors il prend bientôt son essor. -
Comme ces nids offrent une grande solidité et qu'ils résistent pendant plusieurs années aux intempéries des saisons, il n’est pas rare de voir les Chalicodomes des aurs s'emparer d'anciens nids vides; elles se contentent alors de reboucher les trous et les fissures et de raccommoder les parties qui pourraient être détériorées. Dans ce cas, on voit quelquefois plusieurs femelles qui s’en disputent la possession, en se livrant des combats meurtriers.
Ces nids sont communs aux environs de Paris sur les œurs en moellons bien exposés au midi. Nous en avons trouvé fréquemment sur une longue muraille dans Les bois du Vesinay, sur les coteaux de Bellevue, sur les murs du pare de Meudon et de Conflans, et dans une foule d’autres endroits.
La ChalicodomedeSicile (ChalicodomaSicula) formeun
nid très-semblable à celui que nous venons de décrire; mais il paraît qu'il est de foime sphérique et construit autour d'une branche.
Les Osmies proprement dites construisent des cellules assez analogues à celles des Chalicodomes; mais elles s’épargnent en grande partie la peine que prennent celles-ci ; elles cherchent un trou dans la pierre, ou dans le bois, d’un diamètre capable de recevoir l’alvéole de mortier qu’elles doivent construire. On trouve aussi quelquefois de ces cellules isolées ; car, dans le cas où le trou n’a pas assez de profondeur pour en établir plusieurs, l’'Osmie n’en construit qu'une seule, et va chercher de nouveaux endroits propices pour en faire quelques autres. Nous avons rencontré de ces nids dans des fragments d'os; M. Lepeletier de Saint-Fargeau rapporte avoir obtenu d'Algérie des coquilles du genre hélice qui renfermaient des nids d'Osmie. Chacune de ces coquilles contenait environ une dizaine de cellules construites dans l'intérieur de la spiraleavec de la bouse de vache mêléede terre, M. Lepeletier de Saint-Fargeau pense voir là une dérogation aux habitudes des Osmies sur le choix des matériaux, et l’attribue au manque d’eau qui se fait sentir quelquefois dans les localités qu'habitent ces espèces. Mais c’est une présomption qui mériterait d'être vérifiée,
Les Osmies sont asseznombreuses en espèces, en Europe et dans le nord de l'Afrique.
Les espèces des genres Æériades et Chélostomes recherchent dans les bois, des tuyaux creusés par lesautres insectes, souvent par des larves de Longicornes ; elles choisissent encore, comme le font le plus ordinairement les Chélostomes, des tuyaux du chaume qui couvre les habitations des villages, ou bien encore les tiges mortes de certaines
plantes à tige creuse, comme les joncées. Ces insectes s’épargnent une partie du travail des autres Osmiides en recherchant des tuyaux tout faits. Ils se contentent alors d'établir dans leur intérieur des cloisons en mortier en nombre suffisant pour y dresser autant de loges qu’elles ont d'œufs à déposer,
La manière dont les Hériades et les Chélostomes approvisionnent leur nid, ne diffère en rien de celle qu’emploient les espèces de la même famille et de la famille précédente.
Les Anthidies (Anthidium), qui composent un genre nombreux en espèces, toutes bien reconnaissables à Jeur abdomen orné de bandes ou de taches jaunâtres sur un fond brun ou noir, mettent la plus grande recherche dans la construction de leurs nids, MM. Kirby et Westwood ont eu l’occasion d'observer ces habitations. Les Anthidies établissent le plus souvent la demeure de leur progénilure au pied des arbres ; ils l'entourent de mousse, ef construisent ordinairement, selon M. Westwood, de douze à quinze loges ou cellules garnies de duvet laineux ; c’est là que chaque larve se construit une coque soyeuse au moment de sa transformation en nymphe.
Les Mégachiles, que l’on nomme aussi les Coupeuses de feuilles, ne sont pas moins dignes de remarque dans leurs habitudes, Ces insectes coupent des fragments de feuilles et les emploient ensuite à la construction de leurs nids. Ils creusent d'abord dans le sable ou dans la terre, quelquefois même ils choisissent un emplacement convenable dans de vieux troncs d'arbres où dans des murailles,
Ces terriers sont cylindriques et un peu obliques. Nos Mégachiles les tapissent alors avec des feuilles.
Ges industrieux insectes choisissent celles de la plante
qui leur convient le mieux ; car il est probable que chaque espèce a une préférence marquée pour certaines feuilles plutôt que pour d’autres. Les Mégachiles coupent les morceaux de feuilles qui leur sont nécessaires avec leurs mandibules, et ils sont toujours entaillés avec une netteté parfaite, comme s’ils l’étaient avec un emporte-pièce. C’est ce que l'on observe souvent à la campagne, dans nos environs.
Il est une espèce de ce genre, qui a été particulièrement observée par Réaumur, c'est la Mégachile centuneulaire (Megachile centuneularis), bien communeen France. Cette Osmiide, qui est noire et couverte d'un duvet blanc, a aussi des poils entièrement roux sur le corselet chezla femelle, et des poils roux et noirs mélangés sur le sommet de la tête et le corselet du mâle. Son abdomen est également noir avec les bords de chaque segment revêtus de duvet cendré. Dans la femelle, les trois premiers anneaux seuls offrent ce caractère; tous les suivants ne présentent que des poils noirs.
On rencontretrès-fréquemment cette Mégachile dansles jardins des environs de Paris; elle pratique dans les avenues ou sur les bords des chemins des trous qui forment à l'intérieur de longs tubes cylindriques. C'est quand ce premier travail est achevé que notre industrieux insecte va à la recherche des fragments de feuilles qui lui sont encore nécessaires. Celui-ci choisit les feuilles de rosier. II en coupe des fragments à plusieurs reprises, les contourne et les rapproche les uns des autres, de manière à simuler la forme d’un dé à coudre. C’est au fond du tube qui a été creusé par la laborieuse Mégachile que ces feuilles sont immédiatement placées Mais ce godet, qui doit contenir un œuf et plus tard une larve, n'aurait pas toute la solidité
ne
convenable, et le miel, apporté par la femelle pour servir de nourriture à ses petits, s’en échapperait trop facilement. Aussi notre insecte confectionne-t-il une seconde enveloppe, puis une troisième, puis enfin jusqu'à huit ou dix; les feuilles se desséchant, se resserrent encore davantage en conservant la forme qui leur a été imprimée. Quand un œuf a été déposé dans cette première loge, avec une quantité suffisante de nourriture, cette femelle en ferme l'entrée avec un fragment de feuille; aussitôt après elle se mét à construire d’autres loges à la suite, toujours rangées bout à bout, dans toute la longueur du tube creusé en terre. On trouve ordinairement dans chaque nid, trois, quatre ou six de ces cellules. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans le soin que mettent les Mégachiles dans le choix des feuilles, c’est l’habileté avec laquelle elles savent rompre leurs fragments de feuilles en rond ou en ellipse, selon qu'elles le jugent nécessaire.
Dans chaque loge, comme la plupart des Apiens, la larve se construit une coque soyeuse pour subir satransformation en nymphe.
On trouve communément en France la Mégachile des poiriers ( Megachile pyrina, Lep. Saint-Fargeau), qui construit souvent son nid dans le terreau des arbres pourris: elle emploie pour ses enveloppes des feuilles de poirier ou de marronnier d'Inde.
La Mégachile à ceinture (Megachile cincta, Kirby), qui se sert des feuilles de la bourdaine (Rhamnus frangula), et plusieurs autres espèces propres à la France méridionale.
Les Anthocopes construisent leurs nids d'une manière assez analogue à celle des Mégachiles, mais avec cette différence que celles-ci emploient non pas des feuilles, mais
ni
bien les pétales des fleurs. Leurs terriers sont creusés perpendiculairement dans la terre battue des chemins; chacun d'eux ne contient jamais qu'une seule alvéole qu’elles tapissent de ces morceaux de pétales. L'espèce d’Anthocope la plus répandue dans notre pays, celle qui a été plus particulièrement observée, est l'A. du pavot (4. papaveris, Latr.), qui dispose son nid avec les feuilles du coquelicot des champs.
Réaumur donne à celte espèce le nom d'abeille lapissière, en raison de son habitude de tapisser les tubes qu'elle creuse en terre, Chaque trou a environ trois pouces de profondeur, et l’Anthocope le garnit d'abord de fleurs de coquelicot dans toute sa longueur ; puis quand son œuf a été déposé auprès de sa provision de miel, elle refoule ces pétales dans le fond, de manière que la loge de la larve n'ait guère qu’un pouce de profondeur. L’abeille tapissière comble alors le reste du trou avec la terre qu'elle en a d’abord retirée, et elle l'égalise si bien à la surface qu'il devient impossible de découvrir sa retraite. Ces insectes ont été l’objet des observations de Latreille, qui a publié une histoire détaillée de leurs habitudes.
Nous n'avons rienàdire des genres Diphysis et Lilhurqus, qui n'ont pas été encore observés sous le rapport des habitudes. Le premier, établi sur une seule espèce des Pyrénées, se fait remarquer par plusieurs caractères qui l'éloignent sensiblement des autres genres du même groupe.
Le second se compose seulement aussi de quelques espèces propres à l'Europe et à la Barbarie.
Les derniers Apiens dont il nous reste maintenant a parler, ont une manière de vivre bien différente de celle si curieuse que l’on remarque dans la plupart des autres
familles. Ceux-ci ne construisent plus de nids pour abriter leurs larves; ils ne vont plus chercher la nourriture pour leurs petits. Les organes nécessaires à la récolte du pollen leur ont été refusés. Les pattes de ces insectes simples, dépourvues de palettes et de poils, ne leur permettent plus de recueillir des provisions.
Il résulte alors de cette conformation des habitudes essentiellement différentes. Ne pouvant pas construire de demeures ni préparer de nourriture pour des larves incapables de se mouvoir, et qui cependant ne doivent vivre que de pollen mélangé de miel, il fallait que ces insectes vécussent aux dépens des provisions amassées par des Apiens d'autres espèces. C’est en effet ce qui arrive pour les Hyménoptères qui composent la famille des nNomapr- DES.
Elle constitue cinq groupes : ce sont les PHILÉREMITES, les ÉPÉOLITES, les NoMADITES, les SPHÉCODITES et les PROSOPITES.
Dans le groupe des PHILÉREMITES on trouve plusieurs genres, d'abord les Philérèmes, dont on compte seulement quelquessgpèces propres à l’Europe et au nord de l'Afrique. Ceux ci déposent leurs œufs dans les nids des insectes appartenant à la famille précédente. fl en est de même des Stelis, des Dioxys et des Cæœlyoxis, tous Hyménoptères velus ayant beaucoup de l’aspect des Mégachiles, aux dépens desquels ils vivent la plupart. Ces Apiens sont propres à l’ancien continent et assez répandus en Europe, principalement au midi. On rencontre fréquemment dans nos environs la Cœlioxys conique (Cælioxys conica, Latr.), bien reconnaissable à la forme conique de son abdomen.
Nous rapportons encore au même groupe le genre
Ammobates dont on ne connaît encore que deux espèces, européennes ; l’une, l'A. bicolore (Lep. Saint-Farg. et Serv.), se rencontre aux environs de Paris.
Le genre Allodape, établi sur quelques espèces de l'Afrique méridionale, dont les habitudes n'ont pas été observées, et enfin le genre Pasite, auquel appartienent plusieurs espèces européennes.
Notre groupe des ÉPÉOLrrEs comprend le seul genre Epéole et se fait remarquer par la structure des palpes maxillaires n’offrant qu'unseul article. Ce sont de jolis insectes, dont les couleurs sont tres-variées. Leurs larves vivent dans les nids des Anthophores et des Osmies. Une espèce d’Épéole se trouve assez fréquemment en France; on la nomme l'E. varié (£, variegatux, Latr.).
Le troisième groupe de la famille des Nomadides est celui des Mélectites, comprenant les genres : Aglaé, fondé sur une seule espèce de la Guyane, remarquable par une couleur d'un bleu violacé des plus éclatants; Crocise, composé de quelques espèces indigènes et exotiques, toutes decouleurnoire, avecdes taches blanches ou bleuâtres ; Mélecte, qui s'éloigne peu du précédentsmais qui nous offre des espèces plus velues. Ces insectes vont pondre leurs œufs dans les nids des Anthophores et des Mégachiles, au moment où celles-ci construisent leurs demeures. La Mélecte ou la Crocise pond un œuf dans une cellule tout approvisionnée de la pâtée nécessaire à la vie d'une larve. On rencontre fréquemment chez nous la Mélecte ponctuée, qui voltige pendant la plus grande chaleur des jours d'été le long des terrains sablonneux ou des murailles.
Lesgenres Hopliphore, Mésocheire, Mésoplie, Mésonychie, établis dans lascience par M. Lepeletier de Saint- Fargeau, ne diffèrent des précédents que par quelques
modifications de structure; ils appartiennent tous à l’Amérique méridionale, Il en est de même du genre Oxea. Il en est de même aussi des genres Acanthope, et Ctenioschéle; le premier qui se fait remarquer par des pattes postérieures extrêmement développées et garnies de longs plumets soyeux , et le second par d'énormes antennes.
Legenre Nomade, le dernier de ce groupe; comprend une quantité considérable de petits Hyménoptères européens presque glabres, ressemblant beaucoup par leurs couleurs noires ou ferrugineuses , mélangées de jaune, à de petites guêpes.
On trouve ces insectes, pendant toute la belle saison, voltigeant dans les endroits chauds. M. de Saint-Fargeau pense que leurs larves vivent aux dépens des provisions amassées par les Bourdons ; le fait est possible, mais il n’est pas bien prouvé.
Le groupe des sPHÉCODITES Se COMPOse essentiellement du genre Sphécode. Ces Apiens, généralement noirs avec un abdomen plus ou moins ferrugineux, se trouvent fréquemment dans toute l'Europe, bien que leurs espèces ne soient pas nombreuses ; elles vivent à l'état de larves dans les nids des Andrènes et des Halictes. Le genre Rathyme, est établi sur une grande espèce de Sphécodite trouvée à Cayenne.
Enfin notre dernier groupe, celui des PROSOPITES ; De comprend que le genre Prosopis, dont les espèces toutes européennes déposent leurs œufs dans lesnids des Co/lètes, Une espèce très abondante dans toutes les parties de la France est la Prosopis tachetée (Pr. signala, Lat.) insecte noir orné de petites taches blanches.
Tels sont tous les Hyménoptères qui constituent notre famille des mézecripes. On trouve entre eux d'assez
grandes différences dans l'aspect général; plusieurs caractères semblent même les rapprocher, à quelques égards, de certains genres des autres familles de la tribu des Apiens; mais plusieurs caractères communs empêchent de les séparer, ainsi que la ressemblance si constante que nous observons dans les habitudes de toutes les espèces.
Chacune d’elles dépose ses œufs dans les nids des APrENS NipiFianTs. La femelle épie le moment où la constructrice est absente pour pondre un œuf dans une cellule déjà approvisionnée. Il parait encore donné à la femelle nidifiante d'achever la cellule qui renferme l'œuf de l'espèce parasite. Ne s’apercevant pas de sa présence, elle y dépose aussi un œuf et clôt ensuite sa loge. Selon toute probabilité, la larve parasite naît la première, et la provision est déjà presqueconsommée quandla'légitime propriétaire vient à éclore. Telle est du moins l'opinion la plus vraisemblable ; cependant elle aurait encore besoin d'être vérifiée,