DEVISION DE LA TRIBU DES EUMÉNIENS EN FAMILLES, GROUPES ET GENRES
Famille 1. MASARIDES. Antennes renflées en massue à l’ex-
trémité ; leurs derniers articles plus ou moins confondus entr’eux.
Groupe 1. MASARITES. Les cinq derniers articles des antennes totalement confondus, ne pouvant
être distingués.
Genre 1. masaris Fabr Antennes un pen plus longues que la tête et le thorax réunis.
Gre. 2, COELONITE. Latr Antennes à peine plus longues que la tôte, Gpe. 2. CÉRAMITES. Les cinq derniers articles des antennes
moins claviformes, un peu distincts.
Gre. 1. CÉRAMIS. Zatr.
Fam. 2. EUMÉNIDES. Antennes seulement un peu épaissies à l'extrémité, ayant tous leurs articles très:-distincts.
Gpe. 1. SYNAGRITES. Lèvre sans points glanduleux à l'extrémité et terminée par quatre lanières longues.
Gre, 1. syNAGRIS, Fabr.
Gpe. 2. EUMÉNITES. Lèvre ayant quatre points glanduleux à l'extrémité et trilobée, avec le lobe du milieu plus grand et bifide. Abdomen campanulé à sa base.
Gre, 1. zèrne. Fabr. Palpes maxillaires longs, de six articles,
Gre. 2. EUMÈNE. l'abr. Palpes maxillaires plus longs que les 1 mächoires.
Gre. 3. miscoœLte. Latr. Palpes maxillaires de la longueur des mächoires.
Gpe. 3. ODYNÉRITES. Lèvre ayant quatre points glanduleux à l'extrémité et trilobée, avec le lobe du milieu plus grand et bifide. Abdomen à peine pédiculé.
Gre. 1-opynère. Lafr. Palpes maxillaires longs.
Gre. 2. PrÉROCHILE. Klug. Palpes maxillaires courts.
La première famille de la tribu des Euméniens, les MASARIDES, ne nous occupera pas longtemps : elle comprend deux groupes , les MASARITES et les GERAMITES. Le premier renferme les genres Masaris et Cœælonite. Uneseule espèce appartient au genre Masaris; ses mœurs sont ignorées, seulement ses antennes longues et fusiformes en font un des insectes les plus singuliers de l’ordre des Hyménoptères. Un seul individu , représenté pl. 3, fig. 6, a été rapporté de Barbarie , au Muséum d'histoire naturelle de Paris, par le célèbre botaniste Desfontaines.
Les habitudes du genre Cœlonite n’ont pas été mieux observées que celles des Masaris : on en connaît trois espèces de Barbarie et du Midi de l'Europe qu'il est facile de reconnaître à leur corps ramassé , nuancé de jaune sur un fond noir, et à leurs petites antennes renflées en massue.
Les cÉRAMITES se composent du seul genre Céramie, dont on ne connaît encore que cinq espèces, tant d'Europe que d'Afrique ; aucune d’elles n’a été étudiée dans ses mœurs.
La seconde famille, que nous appelons les EUMÉ- Nipes, comprend trois groupes bien distincts : les syNA- GRITES, les EUMÉNITES et les ODYNÉRITES.
Le genre Synagris, qui appartient seul au premier de ces groupes, ne renferme que quelques espèces exotiques.
Les £uMÉNITES sont répandus dans toutes les parties du
monde : on les reconnaît, dès le premier abord, à leur abdomen, dont le premier anneau ressemble à une clochette. Leur livrée est du reste à peu près la même que celle des Guëpes. l
On connaît un assez grand nombre d’espèce du genre Eumène; mais trois seulement sont propres à l'Europe méridionale; l’une d’entre elles habite toute la France : c’est} Eumène étranglée (£umenes coarctata), (pl. 3, fig. 7), qui est noirâtre avec la partie antérieure du corselet, une petite ligne sur l’écusson et deux points sur le second anneau de l’abdomen de couleur jaune. Les nids de ces insectes n’ont jamais été bien étudiés, du moins à notre connaissance ; mais plusieurs personnes ont vu fréquemment des Eumènes emportant dans leurs mandibules des insectes vivants : ce qui annonce que leurs habitudes diffèrent peu de celles des Odynères.
Le genre Discoœlie, très-voisin des Eumènes, a été observé dans les mêmes conditions. M. Audouin a vu le D. à ceinture, (Discœælius zonalus) insecte noir, avec l'abdomen ceinturé de jaune, emportant des chenilles de la Pyrale de la vigne toutes vivantes, et M. de Saint-Fargeau a remarqué un individu de la même espèce, qui avait choisi un trou, dans la pierre d’une fenêtre, pour y déposer ses œufs.
On rapporte encore au même groupe le genre Zèthe, qui ne renferme que quelques espèces exotiques, générale ment bleuâtres ou violacées, ressemblant beaucoup à nos Eumènes par la forme générale de leur corps.
Notre troisième et dernier groupe de la famille des Euménides , celui des opynéRiTEs, a pour type le genre Odynère. Celui-ciesttrès-nombreux en espèces : on en trouve une grande quantité en Europe; elles ressemblent à de petites Guëpesnoires, ceinturées de jaune. Nous devons à
Réaumur, à Audouin, à MM. Léon Dufouret Schuckard des observations pleines d'intérêt sur les habitudes de quelques Odynères. Réaumur appelait /4« Guèpe solitaire l'in: secte qu'il a étudié. Presque tous les entomologistes le rapportaient à l'Odynère des murailles (0. muraria, Lin). Mais M. Audouin a démontré que l’insecte observé par Réaumur n’était autre chose que l’Odynère à pattes épineuses (0. spinosus, Lin.); il est noir avec les palpes, le labre, les mandibules, l'extrémité du chaperon, une petite tache derrière chaque antenne et une autre derrière chaque œil, les huit premiers articles des antennes, le prothorax et les paraptères jaunes, ainsi que les pattes ; celles-ci ayant des bandes etune tachesur les jambes de couleur noire, chaque anneau de l'abdomen bordé de jaune. Cet Odynère pratique dans le sable ou dans les murailles un trou profond de quelques pouces: à son ouverture il élève un tuyau d’abord droit, ensuite recourbé et composé d'une pâte terreuse en gros filets contournés. Après cetravail, l'habile travailleuse entasse dans la cellule intérieure huit à douze petiteslarves vertes et apodes, toutes du mème âge : elle les pose par lits, les unes au-dessus desautres ; etaprès avoir pondu un œuf près de cette provision, elle bouche le trou et détruit l'échafaudage qu’elle a construit. Cette observation faite depuis longtemps a été complétée par M. Audouin. Il a reconnu que chaque ouverture ne correspond pas à un seul tube, comme Réaumur semblait le croire. Il a constaté qu'un trou servait ordinairement d'orifice à deux ou trois tubes, et qu’alors il y a économie de temps et de peine pour l'insecte, puisque, après avoir approvisionné ses œufs, il n'aura qu'uné seule ouverture à fermer pour plusieurs larves. M. Audouin ayant examiné ces Odynères au moment où ils approvisionnaient leurs nids, les vit aller chercher dans un
champ de luzerne voisin, de petites larves vertes parvenues à leur plus haut degré d’accroissement. Il recueillit plusieurs de ces larves, dont quelques-unes se métamorphosaient en nymphe. Peu de jours après on vit éclore l'insecte parfait, c'était le Phytonome variable (Phytonomus variabilis), petit insecte de la tribu des Gurculioniens ou Charançons. L’Odynère ayant filé son cocon dans sa cellule, le 26 juin, ne se transforma en nymphe que le 24 mai de l’année suivante, et demeura encore dans cet état durant quatorze jours avant de se métamorphoser en insecte parfait.
Une autre espèce d'Odynère, voisine de celle que nous venons de décrire, a été observée dans les environs de Saint-Sever par M. Léon Dufour, qui d’abord avait cru aussi reconnaître en elle l’insecte observé par Réaumur ; mais elle en est très-distincte. En conséquence, cet habile observateur l’a appelée l'Odynère de Réaumur (O. Reaumurii, Duf.). M. Léon Dufour nous rapporte ce qui suit à l'égard de cet industrieux Hyménoptère. « Depuis plusieurs années, dit-il, j'avais remarqué aux environs de Saint-Sever, dans le département des Landes, des terrasses argileuses, criblées de trous d'Odynères surle revers méridional. Chaqueprintemps, j'allais par un beau soleil payer un tribut d’admiration aux habiles ouvriers de ces habitations souterraines et de ces tuyaux extérieurs de terre guillochée si parfaitement semblables à ceux décrits par Réaumur. Pendant le cours du mois de maide l’année 1838, j'a voulu poursuivre mes recherches comparatives. J'ai isolé le domicile de l'Odynère. J'ai soumis à l'examen le plus: attentif et le plusscrupuleux et la larve et ses provisions de bouche et les manœuvres de la vigilante mère. J'ai surpris, saisi celle-ci tenant entre ses mandibules et sans la blesser une petite chenille verte; dans chaque conduit
ou dans chaque nid, j'ai trouvé une larve approvisionnée d'une brochée de dix à douze de ces chenilles vivantes, toutes vertes avec un liséré longitudinal de chaque côté.
« A l'exemple de Réaumur, j'ai été curieux d'élever moimême des larves d'Odynères sous mes yeux. J’en ai placé de très-jeunes, isolément, dans des tubes de verre : je leur ai donné à chacune une douzaine de chenilles, prises &ans les nids de la terrasse.
« J’assistais quotidiennement à leur repas : je les voyais manger avec voracité, grandir à vue d'œil. Au bout de deux semaines, elles avaient acquis tout leur développement comme larves; elles demeuraient alors presque immobiles au-dessus du tas des dépouilles de leurs victimes, occupées à revêtir de soie leur domaine. »
Comme il est facile de s'en convaincre, en comparant la description de la vie de l'Odynère à pattes épineuses et de l'Odynère de Réaumur, ces deux espèces ont des habitudes bien identiques ; mais leurs caractères zoologiques les distinguent nettement. j
Iln’en est pas de même d’une troisième espèce également observée par M. Dufour, et que nous avons un peu étudiée nous-même, dans ces derniers temps,aux environs de Paris. Elle a reçu le nom d’Odynère rubicole (©. rubicola, Duf.) parce que c’est dans les tiges sèches des ronces qu’elle établit le berceau de sa progéniture.
Cet insecte (pl. 3, fig. 8) ressemble beaucoup aux précédents par ses couleurs ; mais ses pattes sont dépourvues d'épines : ce caractère l'en distingue facilement. Il choisit, pour construire son nid, une tige sèche de ronce; ayant soin toutefois de ne jamais prendre celle qui est perpendieulaire au sol et dont l’extrémité est dirigée en ligne droite
vers le ciel, il s'adresse toujours à celle qui est horizontale D
ou inclinée vers la terre, assez grosse et assez dure pour supporter les coques qu'elle est destinée à recevoir, L’insecte la creuse d’abord à Ja profondeur de plusieurs pouces, en enlevant successivement la moelle qui la remplit : il va chercher ensuite des matériaux pour construire à l'intérieur des coques au nombre de deux, trois, quatre ou cinq; quelquefois ce nombre s’élève jusqu’à dix, toutes placées à environ deux lignes de distance les unes des autres.
Ces loges, formées par une terre bien an nie à des grains de sable et à quelques fragments de moelle de ronce, sont de couleur brune ou d’un gris sale, ayant six a sept lignes de long sur trois de large. Dans l’intervalle qui existe entre ces diverses coques, on trouve de la moelle entassée (pl. 3, fig. 11). Lorsque les larves ont atteint toute leur croissance, elles sécrètent une matière soyeuse, blanchâtre, dont elles garnissent les paroïs internes de leur coque. La partie supérieure, qui correspond à la tête de la larve ou de la nymphe, est tronquée et fermée par un diaphragme, fait d’une étoffe soyeuse, analogue à celle qui garnit les parois internes. Il est tendu comme la peau d’un tambour et débordé par un prolongement du tube terreux. Ce qui rend ce couverele surtout remarquable, c'est qu'il ue consiste pas seulement en une simple membrane, mais qu’il est composé de deux tuniques, séparées par une couche de moelle de ronce très-serrée.
C’est dans la première quinzaine de juin que l'Odynère construit son nid : elle place alors au fond de chaque cellule un œuf oblong, de couleur jaunâtre , qu’elle approvisionne comme les autres espèces, d’une douzaine de petites larves vertes, mois qui appartiennent certainement à une autre espèce. La larve de l'Odynère a acquis son entier
développement quand elle a consommé toutes ses provisions : elle est alors (pl. 3, fig. 9) longue de cinq lignes, apode, oblongue et d’un jaune assez vif. C'est à ce moment qu'elle tapisse sa coque et construit son couvercle pour clore hermétiquement son humble habitation. Ces larves ne mettent pas plus d’une douzaine de jours pour acquérir toute leur croissance; mais, ensuite, elles restent dans un état complet d’engourdissement pendant dix à onze mois, c'est-à-dire jusqu’à la fin d'avril ou le commeneement de l’année qui a suivi la ponte des œufs. La transformation en nymphe a lieu à cette époque. Les nymphes (pl. 3, fig. 10), blanchâtres comme les larves, se colorent pendant leur dernière période ; leur forme étranglée entre le corselet et l'abdomen rappelle déjà l'aspect de l'Odynère. Les insectes parfaits apparaissent à la fin de mai ou au commencement de juin.
Un fait bten digne de remarque, c’est la manière dont s’effectue la sortie des insectes parfaits, qui doivent tous quitter leur retraite par l'extrémité supérieure de la tige. Les coques sont toutes placées les unes au-dessus des autres; si un insecte parfait d’une des loges inférieures était venu à éclore le premier, il aurait détruit tous les autres sur son passage; mais il en est autrement. C’est l'insecte qui se trouve dans la coque placée le plus près de l'extrémité de la tige, c’est-à dire dans la dernière construite, qui doit sortir le premier et frayer le chemin au second, qui en fera autant pour le troisième, et ainsi de suite successivement jusqu’au dernier.
Une autre espèce de genre Odynère, probablement l'O. parent (0. cognatus Duf.), paraît avoir des habitudes très analogues à celle dont nous venons d’esquisser l'histoire ; seulement les tiges qu'elle choisit sont différentes.
C'est à M. Audouin que nous devons de connaître plu-
$s0 HISTOIRE
sieurs particularités de la vie de cet Hyménoptère.
Il l'a vu plusieurs fois dans une campagne des environs de Paris, venir creuser des branches de sureau fichées en terre ; il a découvert le travail de l’industrieux Euménien, qui creuse la moelle du sureau et établit dans l’intérieur des tiges, commel'Odynérerubicole, unesérie de loges pour ses larves. M. Audouin a remarqué encore que l'Odynère creusait d'abord la tige obliquement, sans doute dans l'intention de mieux protéger de la pluie la demeure de ses jeunes. (PI. 3, fig. 12, tige de sureau montrant quelques loges de l’Odynère parent) (0. cognatus.)
On a mentionné encore le nid de quelques autres Odypères. M. Westwood a vu l'O. Antilope nourrissant ses petits avec les chenilles d’une espèce qu’il croit appartenir au genre Crambus. Il a remarqué également l'O. à antennesépaisses (0. crassicornis), quiapprovisionnaitson nid avec les larves de la Chrysomèle du peuplie""L'Odynère pariétine (©. parietum. Lin.), selon M. Bouché, nourrit ses larves avec des chenilles de petits papillons nocturnes telles que des Pyrales.
Les Odynères ont aussi leurs ennemis. Quelques espèces de Diptères viennent déposer leurs œufs dans les nids qu’elles ont laborieusement construits, et les larves de ces derniers vivent aux dépens des provisions amassées par les Odynères. Les larves de ceux-ci viennent ainsi dans quelque cas à périr de faim.
Nous n’avons rien à dire du genre Ptérochile ; il est établi sur quelques espèces ressemblant beaucoup à des Odynères; personne n’a encore été assez heureux pour pouvoir étudier leurs habitudes. Le type du genre est la Ptérochile ceinturée (P£. phalærala), quihabite la France, l'Allemagne , etc.