‹ Histoire des insectes, traitant de leurs moeurs et de leurs métamorphoses en général et comprenant une nouvelle classification fondée sur leurs rapports naturelsChapitre 21 sur 58 · DA LA TRIBU DES CRABRONIENS EN FAMILLES, GROUPES ET GENRES · texte numérisé non relu

DA LA TRIBU DES CRABRONIENS EN FAMILLES, GROUPES ET GENRES

Famille {. GRABRONIDES. Labre toujours caché, Mandibules unies, sans échancrure au côté interne.

Groupe 1. CRABRONITES. Antennes renflées à l’extrémité. Abdomen sans étranglement.

Genre 1. TriPoxyLoN. Latr. Antennes en massue. Mandibules bi1dentées.

Gre. 2. coryTÈs. Latr. Antennes presque filiformes, renflées en massue, seulement à l'extrémité.

Mandibules bidentées.

Gre. 3, cRABRo. Fabr. Antennes coudées , fusiformes dans les mâles, filiformes dans les femelles

.. Mandibules terminées en pointe bifide.

Gre. 4. STIGME. Jur. Antennes fusiformes non coudées,

L Mandibules arquées,tridentées. Jambes postérieures épineuses.

Gre. 5. SPILOMÈNE. Skuck. Antennes coudées , fusiformes. Mandibules bidentées dans les mâles, simples dans les femelles. Jambes postérieures sans épines.

Gre. 6. DioDONTE. Curtis. Antennes coudées, grossissant vers l'extrémité. Pattes épineuses.

Gre. 7. PEMPHREDON. Fab. Antennes coudées , dilatées, un peu en scie dans les mâles. Mandibules très-fortes, quadridentées. Jambes épineuses.

Gre. 8. CÉMONE. Jur.

Gre. 9. MELLINE. Fab.

Gre. 10. ALYSON. Jur.

Gre. 11. PSEN. Latr.

Groupe 2. CERCERITES.

Gre. 1. cenceRIS.Lair

Gre, 2. PHILANTHE. F@b.

Groupe. 3. NYSSONITES.

Gre. {. ASTATE. Lalr.

Gre. 5. NyssON. Latr.

re. 3. OXYBÈLE. Latr.

Gre. 4. NIrÈLE. Lalr.

Gre. 5. LISON. Spin.

Fam. 2. LARRIDES.

Aulennes coudées, dilatées un peu en scie dans les mâles. Mandibules fortes, tridentées.

Antennes presque filiformes. Mandi* bules tridentées dans les mâles, bidentées dans les femelles.

Antennes filiformes. Mandibules tridentées. Cuisses postérieures offrant une dentelure à l'extrémité.

Antennes insérées au milieu de la face, renfées en massue à l’extrémilé. Mandibules bidentées. Pattes épaisses.

Antennesrenflées. Abdomen contracté à la base.

Antennes rapprochées à la base, reuflées en massue vers l’extrémité.

Mandibules tridentées. Pattes épineuses,

Antennes écartées à la base, brus-

quement renflées en massue à l'extrémité. Mandibules unidentées.

Antennes filiformes.

Maudibules arquées, bidentées. Jambes épaisses.

Mandibules arquées, unidentées. Pal:

tes grêles.

Mandibules aiguës. Jambes intermé:

diaires et postérieures épineuses.

* Mandibules bidentées à l'extrémité.

Jambes sans épines:

Mandibules bidentées. Ailes pourvues de trois cellules cubitales.

Labre toujours caché. Mandibules

Gre. 1. PALARE. Latr.

Gre. 2. Lyrors, //lig.

Gre. 3. LARRE. Fabr.

Gre. 4. MISCOPHE. Jur.

Gre. 5. DINÈTE, Jur.

Fam. 3. BEMBECIDES.

Gre, 1. BEMBEXx. Æabr.

Gre. 2. NONÉDULE, Lalr.

Gre. 3. snZE. Latr.

ayant à la base une profonde échancrure au côté interne.

Mandibules arquées à l'extrémité et dentées.

Mandibules arquées, terminées en pointe aiguë.

Mandibules sans dentelures.

Mandibules tuberculées et unidentées.

Mandibules tridentées.

Labre triangulaire, toujours perceptible. Mandibules pointues, unidentées, au côté interne.

Mâchoires et labre très-allongés, formant une sorte de trompe. Palpes courts, les maxillaires de quatre articles, les labiaux de deux.

Mäclioires et labre allongés, formant une sorte de trompe, palpes longs, les maxillaires de six articles, les labiaux de quatre.

Mâchoires et labre courts, ne formant pas de trompe.

Notre première famille de la tribu des Crabroniens,

celle des CRABRONIDES

, est elle-même divisée en trois

groupes, les CRABRONITES les CERCERITES ct les NYss0- NiTes. Tous ces insectes appartiennent spécialement à l’Europe, surtout à l’Europe méridionale, et au nord de l'Afrique. Les premiers principalement,se composent d’un nombre de genres assez considérable. Le type du groupe est le genre Crabro *, qui renferme une très-grande quantité d'espèces. Plusieurs d’entre elles ont été observées par ,

! Plusieurs genres ont été établis aux dépens de celui-ci par MM, St.

Fargeau et Brullé. La faible

importance de leurs caractères les a fait

regarder comme de simples divisions par tous les entomologistes.

divers naturalistes, et nous ont dévoilé des habitudes pleines d'intérêt. Un entomologiste anglais, M. Schuckard, a vu le Crabro à grosse tête ( C. cephalotes), (pl. 4, fig. 1) creusant des cellules dans le bois pourri à l’aide de ses mandibules et en rejetant les parcelles avec ses jambes postérieures. Plusieurs insectes du même genre approvisionnent leurs nids avec certains Diptères. Cependant Latreille assure en avoir vu une espèce fournissant ses larves d’une petite chenille de Pyralide. D'autre part, il a été observé que certains Crabros s’en prennent de préférence à des Pucerons.

Il en est de même pour diverses espèces des genres Diodonte et Pemphredon, qui creusent des tubes dans le bois pourri ; ils apportent à leurs nids une quantité assez considérable de Pucerons, qu'ils vont chercher sur les plantes en les saisissant avec leurs mandibules.

M. Kennedy a encore observé, ainsi que nous l'avons fait nous-même, le Spilomène troglodyte, petit insecte entièrement noir, avec le premier article des antennes et les tarses postérieurs ferrugineux. Celui-ci, répandu dans une grande partie de l’Europe, choisit les pailles creuses du chaume qui couvre les habitations des campagnes, pour y loger ses larves. On trouve ainsi dans des fétus de paille un ver ayant autour de lui une provision d’une cinquantaine de petites larves de Thrips.

Le Cémone lugubre a été remarqué par M. de Saint-Fargeau creusant des nids dans le bois pourri et dépouillé de son écorce. La retraite des espèces de ce genre est connue; mais nous ignorons quels sont les insectes qui servent à la nourriture des larves.

Plusieurs entomologistes nous ont fait connaîtreles habitudes du Melline des champs (H. arvensis), insecte

noir, varié de jaune, ayant les pattes de cette dernière couleur, avec la base des cuisses noire : il creuse son nid dans les endroits sablonneux et l’approvisionne de diverses mouches appartenant à plusieurs genres ; car il est à remarquer que certaines espèces font toujours leur nourriture exclusive du même insecte, tandis que d’autres s'adressent volontiers à des insectes différents.

Le Melline des champs se contente de huit à dix proies pour chaque larve. Celle-ci, après avoir acquis toute sa croissance, se fait une coque soyeuse et la solidifie avec les parties du corps des individus qui ont servi à sa nourriture.

Le type du genre Psen, le Ps. noir, est entièrement de cette couleur et pubescent avec les pattes antérieures jaunes dans le mâle; selon M. Schuckard, il creuse le bois et apporte à ses jeunes des larves de plusieurs espèces d'Hémiptères homoptères. Ge Psen noir est assez abon— damment répandu dans la plus grande partie de l'Europe.

Pour compléter l’histoire du groupe des Crabronites, il nous reste à dire quelques mots de trois genres chez lesquels on ne voit pas les épines robustes qui existent aux jambes des autres Crabronites. La prise en considération de ce caractère à fait regarder ces insectes par M. de Saint-Fargeau comme étant impropres à fouir. I en a tiré de là cette induction que les Gorytes, les Trypoxylons et les Alysons devaient déposer leurs œufs dans des nids déjà approvisionnés et construits par des espèces d’autres genres. M. Westwood, savant entomologiste anglais, affirme au contraire avoir vu le Goryte à moustache (G. myslaceus), assez commun en France aussi bien qu’en Angleterre et en Allemagne, transportant sous son corps,

à l’aide des jambes du milieu, la larve de l’Aphrophore écumante’, (Aphrophora spumaria, Fab.).

Les habitudes des Trypoxylons ont encore été remarquées, en Angleterre, par MM. Westwood et Kennedy ; l’un et l’autre les ont vus transportant de petites araignées. Les nids de ces insectes contiennent d’ailleurs des araignées en nombre variable, suivant leur grosseur. Il paraît que les Trypoxylons profitent quelquefois des trous formés par d’autres insectes; mais ils savent très-bien du reste les rendre propres à recevoir leurs larves, en les agrandissant et en les couvtant de sable fin. Quant aux espèces du genre Alyson, leurs habitudes n’ont pas encore été observées directement,

Le petit groupe des cERCERITES se reconnaît, dès le premier abord, aux premiers segments de l’abdomen, qui sont étranglés. Le genre Cerceris, type du groupe, renferme plusieurs espèces toutes noires, variées de jaune, qui habitent [a France et la plus grande partie de l’Europe. L’une d'elles, la Cerceris des sables (C. arenaria), creuse son nid dans les endroits sablonneux ; ce qu’il y a surtout de curieux dans ses mœurs , c’est le choix des insectes qu'elle fait pour nourrir ses larves. Tandis que nous avons vu les autres Crabronides choisir des Chenilles, des Araignées ou des insectes de consistance peu solide, nous voyons la Cerceris des sables rechercher les Coléoptères les plus durs, tels que des Charançons.

Ces Charancons appartiennentordinairement à diverses espèces ; chaque nid en contient de huit à dix. La première idée qui vient à l'esprit n'est-elle pas celle-ci : comment la larve de la Cerceris, molle, sans pattes, pouvant à peine se remuer, pourra-t-elle entamer une enveloppe si

! Insecte de l’ordre des Hémiptères. V. {, 2

dure? Mais voici ce que l'observation nous apprend : c’est aux individus nouvellement éclos, qui n'ont pas encore solidifié leurs téguments parun long séjour au contact de l'air, que la Cerceris femelle va s'attaquer. Ensuite, la larve parvient, sans doute par une suite d'efforts trèsgrands, à séparer la tête du corps ou à faire avec ses mandibules un petit trou dans le charancçon. Elle mange seulement les viscères ; l'enveloppe extérieure demeure intacte.

M. le baron Walckenaer nous a encore tracé l’histoire d'une autre espèce du genre Cerceris, c’est la C. ornée (C. ornata). Celle-ci creuse dans les sentiers et dans les chemins battus exposés aux rayons du soleil, des trous qui n’ont guère moins de cinq pouces de profondeur, mais dans une direction oblique. Ce sont des espèces du genre Halicte dont la Cerceris s'empare pour les porter à son nid, et en cela l'on doit s'étonner d’une telle hardiesse, puisque les Halictes sont armés d’un aiguillon comme les Cerceris.

Au reste, legenre Philanthe nousfournitun exemple de témérité qui n’est certainement pas moins extraordinaire. Tous les entomologistes savent que le Phil. apivore (Philanthus triangulum, Fab.) (pl. 4, fig. 2.) nourrit ses larves avec des Abeilles, dont il sait se rendre maître en les piquant d’un coup d’aiguillon;avec une telle célérité, que l’Abeille n’a pas ordinairement letemps de se défendre. Le Philanthe apivore est noir, tacheté de jaune; son abdomen est de cette dernière couleur, avec une tache triangulaire noire sur chaque anneau. On le trouve dans la plus grande partie de l’Europe, creusant, pendant la belle saison. des trous nombreux dans les cheminssablonneux. Chaque trou consiste en une galerie horizontale, un peu inclinée, ayant quelquefois près d'un pied de longueur. Avec ses mandibules , l'industrieux insecte détache les parcelles

de terre; avec ses pattes, il la refoule au loin. Quand ce travail estachevé, il va voltiger de fleur en fleur. Dès qu'il apercoit une abeille qui vient pomper le miel , il s’élance sur elle avec ses mandibules il la saisit entre la tête et le corselet, el lui plongeaussitôtson aiguillon dansl'abdomen. La pauvre abeille fait encore quelques mouvements, cherche encore à se défendre; mais elle est impuissante et succombe aussitôt. C’est peut-être cet insecte que Virgile nous a signalé, sous le nom de Crabro, comme un redoutable ennemi pour les Abeilles, les attaquant avec desarmes inégales. Quelquefois, en effet, il arrive que l’audacieux Philanthe vient rôder jusqu’au bord de la ruche. A peine s'est-il rendu maître de sa proie qu'il va la porter dans son terrier. Il pond ensuite ses œufs auprès de ses victimes qui vont devenir la pâture de ses larves; celles-ci, comme la plupart des larves des Hyménoptères, sont oblongues, molles et blanchâtres; elles se filent une coque soyeuse quand elles ont pris tout leur accroissement. Nous - sommes redevables à Latreille des meilleures observations qui aient été faites sur cet insecte.

Le groupe des nysson1res, bien distinct des précédents par les antennes grèles, ne renferme que quelques genres européens. Toutes les espèces ont des habitudes extrêmement analogues à celles des précédentes. Elles creusent leurs nids dans les endroits sablonneux et les approvisionnent avec divers insectes. Plusieurs espèces du genre Oxybèle, qui sont très-abondantes pendant l'été sur les fleurs des ombellifères, s'emparent de diverses mouches. Les Astates ont été vus plusieurs fois s'emparant de certaines larves ou nymphes de Pentatomes, ou Punaises des bois, et M. Lepeletier de Saint-Fargeau a pris une espèce

du même genre qui transportait une petite Blatte livide.

Quant aux Nyssons, Nitèles, Pisons , tous ces insectes paraissent également nidifier dans les clairières ou dans les chemins sablonneux ; mais nous ignorons encore quel est leur genre de proie.

Les Larnpes , seconde famille de la tribu des Crabroniens, sont peu nombreux en genres et ne nous paraissent pas susceptibles de former plusieurs groupes. Comme la précédente, cette famille se compose d'espèces généralement européennes ou du nord de l'Afrique. Toutes sont petites ou de moyenne taille. Aucune d’ellesn'a encore été observée, dans ses habitudes , d'une manière bien rigoureuse. On sait seulement qu’elles habitent-les lieux sablonneux et qu’elles approvisionnent leurs larves comme le font les autres Crabroniens. C’est ainsi que l’on rencontre chez nous les espèces du genre Larra, et particulièrement la Larra anathema, insecte long de huit à dix lignes, noir et velu , avec les ailes violacées , et les deux premiers anneaux de l'abdomen de couleur ferrugineuse. M. Schuckard a remarqué que le Lyrops pompiliforme long de trois ou quatre lignes, qui habite une grande partie de l'Europe et qui ressemble assez par ses couleurs à la Larra anathema, nourrissait ses larves avec les chenilles d'un petit Lépidoptère.

Le genre Dinète renferme une seule espèce, rare en Europe.

Le genre Palare en comprend plusieurs, qui habitent seulement l'Europe méridionale, l'Égypte, l'Arabie. Tous ces Palares se reconnaissent à leur abdomen, dont les anpeaux paraissent être contractés. Ces insectes sont noirâtres et variés de jaune. Leurs mœurs sont ignorées.

M. Westwood rapporte avoir vu le Miscophe bicolore creusant, bien que ses jambes soient privées de cils. Cet

DES INSECTES, ul

insecte habite une grande partie de l’Europe; il est long de trois lignes, noir, avec la base de son abdomen rousse et les autres anneaux bordés de brun.

Trois genres seulement composent notre dernière famille de la tribu des Crabroniens : c'est celle des BEMBÉCI- DES, l’une des moinsnombreuses de l’ordre des Hyménoptères. Mais toutes les espèces sont d’une taille assezgrande, ayantun corpsrobuste, decouleurnoireentremélée detaches jaunes. Les Bembévides, en général, sont propres aux régions chaudes du globe.

Ils disparaissent complétement au nord de l’Europe et de l'Amérique : leurs habitudes se rapprochent beaucoup de celles des familles précédentes. Les femelles creusent des trous dans le sable pour y déposer leurs œufs, et les remplissent d'insectes pour servir à la subsistance de leurs larves. Ces Crabroniens sont extrêmement agiles et volent rapidement de fleur en fleur en faisant entendre un bourdonnementaigu etsouvent interrompu. Plusieurs exhalent une odeur de rose très-prononcée. L'histoire du Bembex à bec (B. rostrata, Lin.) (pl. #, fig. 3.) a été parfaitement tracée en détail par Latreille. Cette espèce creuse des trous profonds dans le sable, où elle entasse ensuite une petitemasse de divers Diptères, particulièrement des Syrphides et des Muscides : elle y dépose alors ses œufs, et ferme aussitôt l'entrée de cette retraite avec de la terre ou du sable. Le Bembex à larges tarses (B. tarsata) approvisionne de mêmeson nid avecdes Diptères, mais plus particulièrement avec des espèces du genre Bombylie. Quelques espèces de Stizes se rencontrent dans la France méridionale et en Espagne : elles vivent dans les terrains sablonneux, où elles fréquentent les ombellifères.

Plusieurs autres Stizes, d’une taille supérieure à celle

des nôtres, sont répandus dans les régions intertropicales. Enfin le genre Monédule, très-voisin des précédents, se compose de quelques espèces propres à l'Amérique. CINQUIÈME TRIBU.

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