RELIGIEUSES HOSPITALIÈRES DE LA MISÉRICORDE DE JÉSUS, A QUÉBEC
Fondé par Madame la duchesse d'AIGUILLON,
Qui coronat te'in misericordia.
PEINE l'humble bourgade de Québec renfermait-elle cent cinquante à deux cents personnes venues de la France, NS que DIEU inspirait dans le cœur ÿ) d’une généreuse Dame, la duchesse d'AIGUILLON, nièce du Cardinal de Richelieu, l’idée d’arborer en ces contrées l'Etendard de la Charité par la fondation d’un * Hôpital pour les Français et pour les infortunés sauvages qui mouraient dans les bois, privés de tout secours.
Ayant lu en France l’édifiante Relation du
PLLLS
P. LEJEUNE pour l’année 1684, Madame la Duchesse sentit naître dans son cœur un besoin très pressant de se livrer à des œuvres de charité et de bienfaisance en faveur de la Nouvelle-France, et, sans plus tarder, elle communiqua son pieux dessein à ce très zélé Religieux, alors Supérieur de la Compagnie de Jésus, à Québec.
Voici en quels termes elle s’exprimait :
Dieu m'ayant donné le désir de travailler au salut des pauvres sauvages, après avoir lu la Relation qne vous en avez faile, il m'a semblé que ce que vous croyez qui puisse le plus servir à leur conversion est l'établissement des Religieuses Hospitalières dans la Nouvelle-France : de sorte que je me suis résolue d'y envoyer cette année six ouvriers pour défricher des terres, et faire quelque logement pour ces bonnes Filles. Je vous supplie de vouloir prendre soin de cet élablissement................,..……
Si je puis contribuer en quelque autre chose pour le salut de ces pauvres gens, pour lesquels vous prenez lant de peine, je m'estimerai bien-heureuse (1).
IT
Cette illustre Dame, dont l’ardente charité ne devait se laisser vaincre ni par l’éloignement des lieux ni par les difficultés qui pouvaient surgir, affecta des sommes considérables à l'établissement des Hospitalières de Dieppe à Québec (2), et obtint de Mgr.
ET Relation de 1636, p. 5.
(2) Les Armoiries de l'Ordre des Religicuses de la Mist-
LLSLPSL SR
PPLSLSSPLLLLLSSSL SNA
DE QUÉBEC
l’Archevêque de Rouen trois de ces intrépides Religieuses, lesquelles furent :
Marie de Saint-Ignace, Supérieure, âgée de 29 ans ; | Anne de Saint-Berngrd. âgée de 28 ans ; et Marie de Saint-Bonaventure, âgée de 22 ans.
Ce merveilleux courage de quitter ainsi patrie, parents, amis, et toutes les douceurs
ricorde de Jésus se composent d'un Ecu à fonds d'argent
au cœur d'azur, entouré d'une couronne d'olivier, surmontée du symbole de la Divinilé, et ayant pour devise: Qui coronal le in misericordia.
La signification emblèmatique de cet Ecusson est pleine d'enseignements, surtout pour les membres du saint Ordre qu'il désigne, Chacune des pièces qui le composent ou l'accompagnent parle au cœur et à l'âme, et peut servir de sujet à quelque pieuse contemplation.
Voyons plutôt :
D'abord le champ de l'Ecu est d'argent, dont la blancheur éclatante ct immaculée’est le symbole de la Virginité, de la Candeur et de l’Innocence, qui sont les plus beaux joyaux et la couronne la plus précieuse des vierges consacrées au Seigneur.
L'arbre d'Olivier, chargé de ses feuilles et de ses fruits, annonce la Paix, l'Union, la Concorde qui règnent dans le cloître, où chacune des Religieuses est comme cet Olivier planté dans la Maison de Dieu et chargé de fruits, dont parle la Sainte Ecriture. Occupées jour et nuit à verser l'huile et le baume dans les plaies des membres de JÉsus- Canisr, elles consument leur vie dans l'exercice de la miséricorde et de la charité, L'Olivier est aussi la figure de l'arbre de vie planté par Dieu dans le paradis terrestre, dont la vie du cloitre a ramené les délices sur la terre,
La racine de ce bel arbre est la Règle du glorieux Saint-
2 SRE
LALSLLSSS SSL LAS SSL LL L LS SSL SALSA LS AS LAS LL
d'un beau pays ; de renoncer à la tranquillité et aux agréments qu'elles goûtaient dans une Communauté bien établie, pour venir en ce
—$— Augustin; son {ronc, les Constitutions; ses branches, les Règlements, le Rituel, le Cérémonial et les Directoires; ses feuilles, ses fleurs et ses fruils, la pratique intérieure et extérieure de tout ce qui est prescrit, enseigné et ordonné, qui se termine à la miséricorde; la vigueur et la sève de cet arbre sacré sont la ‘ Charité” et la “Grâce.”
La main qui sort d'un nuage et qui tient un Car enflammé, désigne Saint-Augustin, le glorieux Père et le Patriarche de l'Ordre qui porte son nom, et dont celui de la Miséricorde de Jésus est une branche. Cette main qui parait sortir du Ciel à travers les nuages rappelle aux Religieuses de cet Ordre l'amour divin dont le cœur de ce grand Saint a été embrâsé pour Dieu et le Prochain, [1 semble Ja présenter à chacune de ses filles spirituelles en lui disant de l'approcher de son cœur pour qu’il soit consumé dun mème amour.
Tous les autres emblèmes, qui entourent l'KHcusson «1 l'embellissent, complètent la pensée et les sentiments exprimés dans l'Ecu; les deux branches d'Olivier enlacées de chaque côté des armoiries se réunissant à leur pointe et leur servant de support, ainsi que la couronne tressée de branches, de feuilles et de fruits d'Olivier, l'arbre pacificue, indiquent que la charité et l'amour fraternel sont l'appui, le lien et le couronnement de toutes les autres vertus monastiques; tandis que le Nom Sacré de Jésus, J.HS, qui surmonte l’Ecusson et domine le tout, proclame que c'est le divin Jésus qui est venu apporter sur la terre le feu qui consume les âmes, et que c’est de Lur que découlent toutes les vertus, comme une huile répandue qui embaume tous les cœurs fidèles.
Enlin la devise: Qui coronal le in misericordia, fait tressaillir d'Espérance, en laissant entrevoir la couronne d'Immortalité dont le Dieu d'infinie miséricorde ceindra le front de tous ceux qui auront exercé la miséricorde el n'auront vécu que pour elle: Heureux les Miséricordieur, parce qu'ils obtiendront eux-mêmes miséricorde !
nent DRE Ge DES —<Qitienenniirnnnn
DE QUÉBEC
pays dont le climat est des plus rudes, et où l'on manquait de tout, fut une action des plus héroïques !
Les préparatifs du départ étant terminés, les Hospitalières s'embarquèrent à Dieppe le 4 Mai 1639 sur le navire amiral de la flotte, le Saint-Joseph, accompagnées de plusieurs Pères Jésuites, et de Madame de la PELTRIE qui venait fonder une maison d’Ursulines à Québec (1).
Après une traversée aussi longue que fâcheuse, elles arrivèrent enfin à Québec le ler août, sur les huit heures du matin, et débarquèrent au milieu des acclamations du peuple assemblé sur le rivage.
M. de MONTMAGNY, chevalier de Malte et gouverneur de la Colonie, accompagné des principau : habitants du pays, conduisirent en procession et au bruit du canon du Fort ces timides Amazônes à l'Eglise de Motre- Dame de la Recouvrance (2).
Après le chant du Te Deum offert en actions de grâces pour leur heueuse arrivée sur
EN Da Guinness.
(t) Gette illustre Dame était accompagnée de la Are Marie de l’Incarnalion, qui devint si célèbre en Canada comme en France, et de deux autres Religieuses de l’ordre de Ste. Ursule.
située sur la Montagne. La Chapelle de Québec construite sur le bord du fleuve, en 1615, par M. de Cnampzaix et le P. DousEau, récollet, avait été détruite ainsi que l’Aabilalion, par les Anglais, en 1632, quelque temps avant le retour des Français dans la Colonie,
DES bb Gina
(2) Il n'y avait alors à Québec que cette seule Eglise, .
cette terre sauvage qui ne pouvait leur offrir que des épreuves, des fatigues, et un tombeau, elles embrassèrent tendrement leurs dignes compagnes, les Ursulines, et se séparèrent les unes des autres pour aller chacune se cloîtrer dans les modestes demeures qui leur avaient été préparées.
Les Hospitalières furent logées dans une maison près du Fort, sur la Montagne ou Promontoir de Québec, et les Ursulines, en attendant qu’on püût aviser à la construction
d’un Couvent, allèrent habiter quelques appartements de la maison de Noël JUCHE-
REAU, Sieur des Chastelets, située sur le bord du fleuve.
Une épidémie qui venait d’éclater dans la colonie, quelque temps avant leur arrivée, sévissait surtout parmi les sauvages, et allait en augmentant. La salle destinée aux malades devint bientôt trop étroite, et il fallut faire dresser, dans la cour, de grandes cabanes d’écorces qui servirent jusqu'à l’automne pour y mettre les pauvres malades.
Comme ce fléau de la picotte est une maladie fort dégoutante, et que les sauvages étaient sans linge, il arriva que le linge apporté de France manqua bientôt ; et les Hospitalières furent obligées d'employer le leur propre, jusqu’à leurs guimpes et leurs bandeaux, et elles furent même dans l'obligation
ER; { Per” OR TS ET $C A © * SES RS PSS AS 17e € Ps A RAS oi + … d
ë as î
Née or ko EX 0 GYUYEn. LORS D & à O} “TS | RATÉ. œr SS2;; mi AU — LÉ PE Ses .
ee HE FER ©) AY DE QUÉBEC. T Ver 2° Le. DE dre CU UN | VA Éé) de couper une partie des couvertures en deux $ d | () 2% |. ou trois lisières, pour en fournir par ce S ; (5 F moyen à tous les malades.
ÿ) Depuis leur arrivée jusqu'au mois de mai
suivant, les Hosnitalières reçurent plus de 100 malades, dont 24 moururent à l'Hôpital, après avoir été baptisés, et furent ensevelis par ces héroïnes chrétiennes, que personne n'osa aider, dañs la crainte de prendre le mal. À part cela, elles eurent la charité de soulager plus de 200 autres sauvages, en leur donnant asile pour une ou plusieurs journées.
Une vingtaine d’entre eux reçurent le bap-
d a) tème (1). eÿ»
f + Un incendie ayant consumé dans l’après- RON midi du 14 juin 1640 la Résidence des :
Mid “4 Jésuites et la Chapelle de Notre-Dame de la vu id ua Recouvrance, les Hospitalières firent l'offre à ces els T bons Religieux d'une partie de leur maison, i
qu'ils acceptèrent avec empressement. Les malades furent mis dans les cabanes d’écorces élevées dans la cour, et la Chapelle de leur Monastère fut destinée à desservir les habitants du Fort de Québec.
Afin de donner plus de commodité aux RR. PP. Jésuites, et, aussi, pour se conformer au désir déjà exprimé par Madame la duchesse
( d'AIGUILLON, les Hospitalières avisèrent aux f (D moyens de transporter leur Hôpital à S4. Ÿ) St Joseph de Sillery, au centre d’une petite bour- % Le gade d’Algonquins et de Montagnais qui se =
NY 4 Ÿ d NN (!) Relalion de 1640, p. 39. A
trouvait là toute établie (1). Pour faciliter ce dessein, d'ailleurs, Madame la Duchesse avait augmenté la fondation de nouvelles sommes, et elle avait fait passer d’autres | Religieuses en Canad vour aider les pre- | mières dans leur œu. ‘2 miséricorde.
| Les Hospitalières ]:: at donc la ville à | la fin du mois d'août, et, en attendant que | leur Hôpital de Sillery fut en état de les | loger, la première pierre n'ayant été posée que le 9 juillet, ils allèrent demeurer dans la
| (1) Cette mission sauvage de Silery fut fondée en 1637 | par M. le chevalier Noëz Bruant de SizzerY, Prêtre, Commandeur de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ce grand bienfaiteur de tant de bonnes œuvres fondées dans l'ancienne France comme il en fonda plus tard dans la Nouvelle, naquit à Paris en 1577, ‘le parents aussi vertueux que zélés pour la Foi, et qui comptaient d'illustres ancètres. La supériorité de son génie, un jugement sain et solide, un cœur aussi généreux que candide, furent autant de raisons qui attirèrent sur le jeune de Sizzery la bienveillance d'Henri IV, et plus tard celle de Marie de | Médecis, qui l’honora du titre de (’hevalier, honneur que son mérite personnel lui avait seul acquis.
{| En 1622, il alla représenter la France à la Cour de Rome, || en qualité d’ambassadeur, sous le Pontificat de Paul V, | |
qui occupait alors la Chaire de Saint-Pierre. Ge saint Pontife se plüt à reconnaitre les éminentes vertus du nouvel ambassadeur, par les soins affectueux qu'il apportait à secourir les pauvres et les nécessiteux de Rome, durant le séjour qu’il fit dans la capitale du monde chrétien.
Dix ans plus tard, M. de SizcerY, désirant contribuer davantage au bien du prochain, crut devoir s'éloigner du monde et de ses splendeurs, et conçut le dessein de se vouer à Dieu, en s’enrôlant dans la milice du sanctuaire. En effet, le 28 décembre 1632, quoique déjà avancé en âge, il revêtit l’habit ecclésiastique, et fut ordonné prêtre quinze mois plus tard, dans les premiers jours de mars 1634. C’est
DE QUÉBEC. 9
maison de M. de PuISEAUX, qui était dans le voisinage, à l'endroit qu'on a depuis nommé Anse Saint-Michel. Le 1er décembre suivant, elles entrèrent dans leur nouvelle Résidence avec des transports de joie facile à comprendre, quoique cette bâtisse ne fut alors que peu logeable. Durant l’ nnée 1641 les Hospitalières reçurent dans leur hôpital, 68 malades dont 4 moururent, et en outre, un grand nombre de sauvages pauvres, nourris par la Communauté, durant l'hiver.
alors qu'il s’occupa de la fondation de Sillery avec plus d'ardeur, Dans une lettre qu'il écrivit à M. de CnamPLaïin, gouverneur de la colonie, en date du 21 Mars 1634, il l’informa qu'il’ ferait commencer incessamment les premiers travaux du défrichement ainsi que la préparation des matériaux nécessaires aux constructions projétées. Toutefois ce ne fut qu'en 1637 que les RR. PP. Jésuites y construisirent leur Résidence, qu'ils allèrent occuper au printemps de 1638.
Pour mieux asseoir cette fondation, M. de SizzerY affecta une rente perpétuelle au soutien de cette Mission, par contrat en date du 22 février 1639. Cette rente devait se prélever sur un fonds de 20,000 livres tournois qu'il avait déposé pour cette fin dans les fonds publics de Paris.
Ce philantrope chrétien, que le Canada s’honore de compter parmi les fondateurs de ses établissements utiles, ne püs jouir des admirables eflots de sa charité en Canada ; car, étant tombé dangereusement malade au milieu du mois de septembre 1640, il mourut après dix jours de maladie, à Paris, où il demeurait, le 26 septembre, à l'âge d'environ 63 ans.
Nous avons puisé ces renseignements dans une étude biographique sur cet éminent personnage, écrit que l’on attribue à la plume de M. l'abbé Bors, curé de Maskinongé, qui s'occupe activement et sans bruit de l’histoire si intéressante de notre pays.
LÉ dd
En 1642, il y eût environ 800 malades et nécessiteux admis, dont 6 moururent, selon que nous en renseignent les Relations des Jésuites.
L'année suivante, il y eût environ 100 sauvages, de toutes nations, et 6 français, qui furent secourus.
Enfin, au printemps de 1644, on comptait dans l'Hôpital 35 malade, dont 10 moururent, outre 50 autres sauvages nourris par charité durant l'hiver.
Après ces quatre années de résidence à Sillery, les Hospitalières se trouvèrent tellement exposées par suite des irruptions des Iroquois contre les Algonquins, qu’elles furent forcément obligées, quoiqu’à regret, de revenir à Québec. Elles laissèrent Sillery le 29 mai 1644.
Les années qui suivirent offrirent également à l'Hôpital leur contingent de malades, et il ne se passait point d'années que l’on ne fit faire quelques travaux pour rendre l’Hôtel- Dieu en état de pouvoir recevoir les personnes malades dont le nombre augmentait considérablement.
Les grandes fatigues endurées par les Religieuses, et surtout par la Mère SAINT- IGNACE, qui était d’une constitution trèsdélicate, plongea la naissante Communauté dans une très profonde affliction.
2400 DR ae Er. œn
DE QUÉBEC. 11 Cette Religieuse, la première Supérieure et l'une des Fondatrices, atteinte du mal de poitrine e: ae l'asthme, tomba dangereusement malaue vers la fin du mois d'août 1646, et son état ne fit qu'empirer jusqu'au mois de novembre, où la Communauté vit clairement que tout était fini et que leur chère malade n'irait pas loin. ‘“ La crainte de sa mort,—disent les Annales—nous jetta dans une grande affliction dont elle s’aperçut aisément ; elle nous consolait elle-même d’une manière si tendre et si soumise aux ordres de DIEU qu'elle nous charmait ; nous lui demandâmes sa bénédiction, à la dernière heure, que nous reçumes fondant en larmes ; après nous avoir recommandé plusieurs choses très utiles, élevant son cœur vers Dieu, elle prononça avec une grande soumission ces paroles: Mon Dieu ! que votre volonté soit faite, Je suis à vous !...... Ces paroles pénétrèrent de dévotion toutes les personnes qui l’assistaient, et son heureux trépas arriva le 15 novembre 1646 ; elle n’était âgé que de 86 ans dont 22 passées en religion. Durant les sept années qu'elle avait passées dans la Nouvelle-France elle y avait travaillé avec une charité et une ferveur infatigables. Elle possédait toutes les qualités et talents qu’on pouvait souhaiter dans une Religieuse qui devait être la première dans une telle Instie tution, qu'elle gouverna avec une grande vigilance et une peine incroyable.
Comme le pays se peuplait de plus en plus
ere otn ete met me
par l'immigration française, les Hospitalières crurent devoir remplacer leur Hôpital en bois, construit pièce sur pièce, et qui ne mesurait que 14 pieds de largeur, par un bâtiment plus solide, et en pierre. Madame la duchesse d'AIGUILLON qui avait fort approuvé ce projet, donna aux Religieuses PAR l’assurance de nouveaux encouragements, et la première pierre du nouvel édifice fut solennellement posée le jour de la fête Sainte- Thérèse, le 14 octobre 1654, par M. de LAUZON, gouverneur de la colonie, et en présence du Ciergé et des principaux habitants du pays.
Les épreuves qui accompagnent d'ordinaire les œuvres de DIEU ne manquèrent pas à cette congrégation ; mais on eût dit que toutes\ces croix servaient d'aliments à ces âmes généreuses. En effet, tandis que Madame la Duchesse d’AIGUILLON avec plusieurs autres Dames aïdaient de leurs souscriptions nl } généreuses la construction d’un nouvel édi- NN fice, et que la pieuse Fondatrice expédiait de
France, sur trois vaisseaux, ies choses destinées aux AHospitalières de Québec, on eut nouvelle qu'un des vaisseaux avait été enseveli dans les glaces, et que les deux autres avaient été pris par les Anglais et les Hollandais qui, à cette époque, conjointement avec l'Espagne, étaient en guerre
nur EE NT RIT MILAN a etes du CR iPMeS AMAR 8 SR EAN CIO de sé Rs + du eo ET La tm Re pe A LÉ RAR UT RSS TRES jui QN Lite ep L ésiièsss PAT LH .
DE QUÉBEC. 15
ouverte avec la France. La perte fut estimée à 10,000 livres.
La Religieuse qui relate cet événement ajoute: “(Cela nous mit dans une grande peine, parce que comptant sur ce qui devait venir de France, nous avions fait travailler à la maçonne qui était déjà bien avancée, nous consultâmes nos amis sur ce que nous devions faire, et tous furent d'avis, particulièrement M. de LAuzoN, notre gouverneur, qu’il fallait continuer, quoique nous n’eussions point d’autres fonds que la dot de quelques Religieuses que nous y employämes ; nous empruntâmes le surplus, dans l’espérance que DIEU nous fournirait les moyens de nous acquitter : nos ouvriers étant engagés et nos matériaux amassés, nous suivimes donc ce conseil, et avec bien des ménagements on vint à bout, en assez peu de temps, de finir l’Egiise, le Chœur et l'Hôpital.”
Mais pour arriver à cet éclatant résultat, notons que ces laborieuses Filles des Pauvres furent obligées de partager avec leurs ouvriers les durs travaux manuels, en servant les maçons, et en se prêtant partout où il y avait nécessité, Tel fut le courage admirable des premières Religieuses fondatrices et autres de cette sublime Institution, dont les noms sont toujours restés en très profonde vénération dans ] Communauté. Enfin, le bâtiment étant achevé, après toutes les peines et les soins dont nous venons de parler, on
j'3Ti-cpreeS
14 HOTET,-DIEU
procéda à la bénédiction de l'Eglise, le 10 août 1658 ; et, le 15 du même mois, les malades y furent transportés en même temps que la messe y fut célébrée pour la première fois (1).
(lt) Nous appuyant sur l'autorité du Dictionnaire des Ordres Religieux publié par M. l'abbé MiGxe, nous aurions dû dire avant ce moment que les Hospilalières de la Miséricorde de Jésus, à Dieppe, fondée avant l'année 1950, ont actuelle.nent dix-sept établissements en France, et deux en Canada: l'AHülel-Dieu de Québec, qui fait l'objet de ces lignes rapides, et l'Hôpital Général de Notre Dame des Anges, dont l'histoire se trouve inserte ci-après,
Cette Congrégation n’a point de Supérieure Générale ; chaque Monastère a le droit de se gouverner par lui-même, sous l'autorité de son propre prélat, Les Constitutions établissent des relations de charité entre eux, mais sans aucune dépendance les unes des autres! ainsi ils doivent s'écrire au moins une fois l'année; prendre avis les uns des autrés dans les cas difficiles, où dans ceux qui intéressent tout l'Institut, comme les établissements de nouveaux Monastères; se prûter secours dans le besoin, soit par des collectes, soit même en fournissant des sujets aux Maisons qui en manqueraient; enfin au décès d'une Religieuse de la Congrégation, chaque Communauté doit acquitter certains suffrages,
Les Monastères de la Congrégation doivent, selon l'esprit de l'Institut, desservir les /üpilaux gratuitement ; néanmoins ils peuvent recevoir un traitement des Comimissions administratives, lorsque ce secours est nécessaire, et spécialement dans les nouveaux établissements, Ivy a toujours deux Religieuses la nuit près des malades ; toutes les Sœurs remplissent à leur tour ce devoir de charité.
Le service des pauvres est l'œuvre esssentielle et fondamentale de l'Institut. Ces Monastères peuvent néanmoins avoir des pensfonnats, à la condition que cette œuvre vraiment secondaire nenuira point aux services des malades ni aux observances régulières,
DE QUÉBEC. 15
Comme le revenu de l’Établissement ne pouvait plus suflire, et qu'il y avait danger pour la Communauté et l'Hôpital si on n’avisait à d’autres moyens, une requête fut faite à Mgr. l'Evêque de Québec, en 1664, pour permettre de faire la séparation du Bien des Pauvres d'avec celui de la Communauté, afin que se réglant, à l'avenir, sur ce que l'on aurait à dépenser pour le Monastère et pour l'Hôpi-
L'élection de la Supérieure se fait tous les trois ans. L'élection étant constatée, la Religieuse élue se met à genoux près de la grille; toute la Communauté se réunit au chœur, et le Chapelain où Directeur qui préside l'assemblée, en présence de toutes, dit: De l'autorité que nous avons, nous confirmons l'éleclion qui vient d'étre faite, et déclarons Supérieure de cette Communauté Sœur NN... religieuse professe de ce Monastère, au nom du Père, du lits cl du Saint-Esprit. Alors on chante le Te Deum; la nouvelle Elue est conduite par les deux anciennes à la plucs de la Supérieure, et toutes les Religieuses vont réconnaitre son autorité, en lui baisant la main droite, qu'elle tient étendue sur le livre des Constitutions.
Voici la formule du Vœu que prononceles Religieuses de l'Holel-Dieu lors de leur profession :
Au non de Nôolre-Seigneur Jésus-Christ, en lhonveur de sa très Sainte Mère, de son glorieux épour Saint-Joseph, de notre bienheureux père Saint-Augustin, el de loute la Cour Céleste, Je, NN... voue el promets à Dieu Pauvrelé, Chaslelé el Obéissance, en perpétuelle clôture et de n'employer au service des pauvres lous les jours de ma vie; le Lout selon la Règle de notre père Saint-Augustin et les Constitutions de cel Institut dela Miséricorde de Jésus, approuvés par Notre Saint Père le Pape Alexandre VII, sous l'autorité et entre les nains de Monseigneur l'Ilustrissime et Révérendissime
Père en Dieu, N, Archevèque de Québec, et en pr'ésence de la Révérende Mère NN, Supérieure de ce Monastère.
tal, on put mettre des bornes aux grands frais qui se faisaient. Cette sage disposition fut agréée de l'Evêque, et elle n’a pas cessé d’exister depuis. On ne comptait alors dans Québec que soixante et dix maisons, et la Communauté ne renfermait encore que treize Religieuses (1).
L'année suivante, en 1665, lors du débarquement des troupes du régiment de Carignan-Sallières, il entra tout d’un coup à l'Hôpital 200 malades qui avaient le scorbut.
(1) Parmi les Religieuses qui entrèrent dans le Monas-
tère de l'Hôlel-Dieu, on y remarque plus particulièrement
la Mère JEANNE
FRANÇOISE JL-
CHEREAU, admise
en 1662, à l'âge
de douze, ans,
C'était une de
ces âmes privi-
légiées qui ne
veulent connai-
tre que la volon-
té de Dieu pour
l'accomplir de
toute la force de
leur volonté.
Elle était d'une
douceur inalté-
rable, mais qui
Mère Jeanne Françoise JUCHEREAU, !'Ôtait rien à si
fermeté, Vers la
lin de sa carrière, elle ge mit à écrire l'histoire édifiante de
cette sainte maison dont elle fut longtemps la Supérieure
Son livre embrasse la période de 1639 à 1721, et c'est là
qu'il faut aller chercher les détails émouvants sur toutes
los épreuves dont Dieu lavorisa ses Servantes durant les quatre-vingt premières années de leur établissement.
A ANT or
DE QUÉBEC. 17
La maison était devenue si remplie que l'on fut obligée d'en mettre dans l'Eglise et au grenier de la Communauté. M. TALON, Intendant du Roi en ce pays, fut si satisfait du zèle et des soins de ces bonnes Religieuses, qu'il leur fit obtenir de la Cour 3,000 livres de rente, outre un prêt de 12,000 francs des deniers du Roi pour leur permettre d'agrandir leur utile établissement.
Grâce à cette intervention officielle de M.
l’Intendant Talon, dont l'application était constamment dirigée à faciliter les entreprises utiles aux intérêts du pays et de ses habitants, à part les entrainements ordinaires de son cœur charitable et compatissant pour les pauvres, les Hospitalières firent ajouter à leur Hôpital une double salle avec un pavillon et autres dépendances, dont les travaux commencèrent le 5 mai 1672. Le 20 du même mois, M. l’Intendant, pour prouver la considération particulière qu'il avait pour la duchesse d’AIGUILLON, l'illustre fondatrice de la Communauté, fit poser dans les fondations une pierre sur laquelle il fit appliquer une pièce de cuivre portant les armoiries de Madame la Duchesse, et une [nscription latine, dont voici la traduction, que nous
Lt dd oo
puisons dans l’histoire du Monastère de cette glorieuse Institution :
C'est en l’an 1672, en mémoire et à l'honneur du Précieux Sang que Jésus-Christ versa pour nous, et pour plaire à sa Sainte Mère, la Mère de Miséricorde, que Sous le Pontificat de Clément X, et le règne de l'invincible et pacitique Monarque Louis XIV, Roi Très Chrétien, avec la bénédiction de Messire François de Laval, ler Evèque de Québec, pendant la Supériorité de la Révérende Mère Réné de la Nativilé, et les félicitations de ses Filles, au bruit des applaudissements de toute la Colonie, et par les soins infatigables de Messire Jean Talon, Intendant de Justice, Police et Finance dela Nouv.-France, et vu l'accroissement qu'il plait à Dieu de donner au nonibre des habitants, on à ajouté ce nouveau logement à l'Hôtel-Dieu, par une continuation des charités de sa célèbre fondatrice, l'Hlustre Marie de Vignerot, duchesse d'Aiguillon, nièce de l'incomparable Ministre d'immortelle mémoire, l'Eminentissime Cardinal Armand, duc de Richelieu, auxquels soit honneur et salut éternel,
La duchesse d'AIGUILLON ressentit une grande joie à la nouvelle de ce qui venait de se passer, et elle écrivit à M. l’Intendant une
PT nn + tee
DE QUÉBEC
lettre très affectueuse pour le remercier de ses bontés, tant à son égard que pour les Religieuses de Québec.
Bientôt après une aflliction des plus accablantes vint fondre sur la Communauté.
L'arrivée de la flotte du printemps de 1675 apporta la triste nouvelle du décès de leur illustre Fondatrice, Madame la duchesse d'AIGUILLON. Voici comment s'expriment à ce sujet les Annales de la Communauté :
6 Vous la pleurûmes loutes amèrement comme notre mère, parce que l'attachement respectueux que nous avions pour elle était très sincère, et que nous élions conslernées el pénétrées d'une très vive douleur... Les biens qu'elle nous a faits mérite qu'on s’en souvienne ici élernellement, et ses lettres pleines de piété et d'affection, que nous conservons soigneusement, donnent une
haute idée de sa vertu” (1).
(t) Marie Madeleine de Wignerod, duchesse d'Aiguillon,—dit l'abbé FerLanp—était fille de Réné de Wignerod, seigneur du Pont de Courlay, et de Francoise Du Plessis, sœur du Cardinal de Richelieu.
Mademoiselle de Wignerod fut mariée à Antoine du Rouve de Combalet, dont elle n'eût point d'enfants. Encore jeune quand elle resta veuve, elle demeura auprès de son oncle qui lui donna, en 1638, la terre d’'Aiguillon, érigée en duché,
Elle partagea la bienveillance de son oncle pour la colonie de la Nouvelle-France, et ne cessa d'en donner des preuves par les grandes aumônes qu'elle y ft distribuer, Sa prinpale œuvre fut la fondation de l'AHôtel-Dieu de Québec, comme nous venons de le rappeler dans cette Esquisse, et elle y consacra des sommes fort considérables, Jusqu'à sa mort, elle continua de veiller sur les intérêts de cette
20 HOTET;:- DIEU
Quatre ans plus tard, en 1679, une nouvelle tombe s'ouvrait dans la Communauté pour y recevoir les dépouilles de la Mère de NAINT- BERNARD, l'une des trois premières Religieuses venues de France en 1639 pour fonder cette maison de l'Hôtel-Dieu. Elle mourut d'une fièvre violente le 5 août 1679, âgée de 68 ans, dont 40 ans passés dans la Nouvelle- France, où elle travailla avec un grand zèle et des fatigues incroyables. L'histoire du cloître dit: “ Ælle était admirable dans les vertus propres à notre Institut, et par lesquelles nos Conslitutions veulent que lon nous reconnaisse la douceur, l'humililé, la charité, la paix ; c'était là son véritable caractère, re qui est loujours fort
estimable, fort utile dans les Communautés : aussi élait-elle fort aimée ; et elle fut bien regrettée.”
L'année 1682 fut inémorable par un malheur dont Québec devait se ressentir longtemps.
Le feu s'étant déclaré à une maison de la basse-ville, vers les dix heures du soir, et comme toutes les maisons de l'endroit n'étaient
Institution, et d'entretenir une correspondance régulière avec les Religieuses /ospilalières. Ses lettres portaiént ordinairement la signature de Du Por, nom de la seigneurie de son père, La duchesse d'AIGUILLON, qui avaient ainsi consacré sa vie aux pratiques de piété et aux œuvres de charité, mourut le 1Tavril 1675, singulièrement regrettée de ses Filles, les /ospitalières de Québec. Son oraison funèbre fut prononcée par le savant abbé FLécaier, qui devint Evèque de Lavaur en 1685, \
ESS PMRON NS Met
EE NL LL SSSR
DE QUÉBEC. 21
bâties que de bois, et que la saison était fort sèche, l'incendie se communiqua si vite, qu'en peu de temps toute la basse-ville fut réduite en cendres ; cet accident arriva le 5 août, fête de Notre-Dame des Neiges. Les flammes étaient si ardentes que rien ne fut sauvé, et il fit perdre plus de richesses dans cette triste nuit, que tout le Canada n'en possédait alors, dit l'histoire de l’Hôtel-Dieu.
Il n'y eût dans toute la basse-ville que la maison de M. Aubert de LACHENAYE qui fut sauvée, et DIEU lui conserva sans doute ses biens pour aider ses concitoyens à se rebâtir ; c'était un très riche marchand qui avait l'âme noble et généreuse, et qui épuisa ses fonds pour prêter à tout le monde; de sorte qu'il n’y a presque aucune maison de la basse-ville qui ne lui soit redevable (1).
Dans ce grand malheur qui aflligea ainsi
@) M. de Lacnexaye, membre du Conseil Supérieur, mourut au commencement de l'automne 1702. Les Annales de l'Hôlel-Dieu constatent que cette Communauté lui a des obligations singulières pour l'avoir assistée pendant plus de trente ans en leur prêtant des sommes très considérables avec une bonté de Pèr;, sans jamais les presser de payer, aimant mieux souffrir que de les inquiéter, “/{ nous faisail souvent des présents, —ajoutent les Annales,—et dans le temps de cherté, il parlageail son pain avec nous. Deur de ses filles sont Religieuses iei, el par affection pour la maison, il a donné à l'ainée 10,000 livres de dot ; ilen aurait donné aulant à la cadelte sans la décadence qui arriva dans ses affaires, par les mallieurs de la guerre el du conunerce. Il voulut élre enterré dans le cimetière des pauvres, el depuis Madame son épouse el plusieurs de ses enfants y ont été mis auprès de ui”
/} Québec, nous voyons les efforts que fit cette {Communauté de l'Hôtel-Dieu pour consoler et ! soulager ceux qui furent enveloppés dans cette catastrophe : “ Nous logedmes ceux qui ne | 4 savaient où serelirer, —dit l'histoire du cloître, — | el nous primes soin de nourrir les plus pauvres ; | nous nous dépouillämes pour revélir ceux qui avaient tout perdu; el enfin, nous reçumes dans l'Hôpital ceux que la fatigue ou l'effroi avait ren-
dus malades. On admira comme quelque chose de | surprenant qu'il ne péril personne: Dieu vou- L . . #
lait appauvrir le Canada, et non pas le dépeupler.” )