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Un grand fléau vint fondre sur toute la Nouvelle-France, en 1702, et'porter la désolation dans toutes les familles. Ün sauvage venant d'Orange apporta à Québec, vers l’automne, la maladie de la petite vérole, dont il mourut. La maladie commença par la maison où il avait demeuré, et se communiqua en peu de temps partout, et avec une fureur incroyable ; il n’y eût point de maison épargnée dans la ville,—racontent les Annales de l'Hôtel-Dieu,—et ceux qui conservaient leur santé ne suffisaient pas pour soulager les malades. Les familles entières se trouvaient frappées, et le peu de soin qu'elles recevaient, joint à l'infection et à la malignité de cette peste, les faisaient mourir fort promptement. La mortalité fut si grande que les prêtres ne pouvaient suffire à enterrer les morts et à assister les mourants. On portait chaque jour les corps dans l'Eglise de la basse-ville, ou dans la Cathédrale, sans aucune cérémonie, et le soir on les inhumait ensemble, quelquefois jusqu’à 15 à 18. Cela dura plusieurs mois, en sorte que l’on comptait sur les Régistres mortuaires plus de 2,000 morts dans Québec et ses environs, sans parler des autres endroits du pays qui n’eurent pas un meilleur sort.
Jamais on n'avait vu tant de deuil ; chacun pleurait ses proches, l’un sa femme, l’autre son mari ; celui-ci son frère, celui-là ses en-
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fants ; les orphelins pleuraient leur père et leur mère; tout le monde était dans les larmes ; et pendant tout l'hiver, on ne fit des assemblées que pour des funérailles ! L’Hôtel- \ Dieu fut remplie d’une si grande quantité de | malades, que, ne pouvant les y loger tous, et | n'ayant pas d’endroit chaud pour les recevoir, | ils furent placés dans le chœur des Reli- | gieuses, qui interrompirent les Observances |
et autres cérémonies du cloître. Les Religieuses tombèrent malades presque toutes dès le commencement de l'épidémie, dont cinq moururent. La mortalité fut générale : les villes de Montréal et des Trois-Rivières, de | même que les paroisses de la campagne, et les nations sauvages s’en ressentirent égale- | ment. | Dans l’automne de 1710 un autre fléau | vint également apporter la terreur et la mort. | Un vaisseau, appelé la Belle Brune, arriva à | Québec venant des Isles, que l’on soupçonna | d'être infecté de peste, parce que plusieurs hommes de l'équipage y étaient morts en moins de vingt-quatre heures. Des médecins | furent envoyés pour visiter les malades qui s’y trouvaient, et qui, par intérêt, comme on les en accusa plus tard, assurèrent qu'il n’y avait rien à craindre ; et les autorités permirent alors de les débarquer et de les faire | transporter à l’Hôtel-Dieu. Un des malades || étant mort presque aussitôt après son débar- ; quement, l’infirmier qui procéda à l’ensevelir se sentit bientôt frappé du même mal, et
mourut lui-même victime de son dévouement. On constata que ce mal était la maladie de Siam que des vaisseaux avaient portée aux Isles. Durant l'hiver et l'été de l’année suivante, cette maladie devint très répandue et fit mourir presque tous ceux qui en furent les premiers atteints. L'Hôpital en fut rempli, et les fatigues des Religieuses furent excessives. ‘“ Outre les travaux du jour et les veilles ordinaires, —dit l'Histoire de l'Hôtel- Dieu, — il fallut que chaque Religieuse veillàt deux fois la semaine pendant tout l'hiver. Nos Sœurs tombant malades tous les jours, les saines pouvaient à peine y suffire. En treize mois, vingtquatre Religieuses furent à l'extrémité et reçurent les derniers sacrements ; il en mourut six..."
La maladie était aussi dans toute la ville et dans les côtes voisines ; les prêtres et les religieux signalèrent si bien leur zèle, que plusieurs moururent après avoir secouru les malades et les mourants ; ils s'y employaient avec tant de charité qu’ils se privaient des rafraichissements qu'on leur donnait pour les fortifier et pour les nourrir, afin de les distribuer aux pauvres qui manquaient souvent de tout ; on compta qu'en cette année le Canada avait perdu plus de douze prêtres très fervents, ce qui fut regardé comme un châtiment bien sévère dont Dieu punissait la colonie.
DE QUÉBEC
L'Hôtel-Dieu eut encore à éprouver une bien cruelle épreuve. Le samedi, 7 juin 1755, en plein midi, voilà qu'un incendie vient éclater dans l'établissement. L’alarme se répand aussitôt par la ville, et tous volent au secours de cet Asi/e des Pauvres.
Les Religieuses, conservant leur présence d'esprit au milieu de tant d’'angoisses, — suivant que le relate l'Histoire des Ursulines, — songent d'abord à sauver une Sœur mourante, et à mettre en lieu de sûreté leurs pauvres malades. Ce premier soin rempli, elles se dispersent par la maison, espérant pouvoir soustraire quelques objets aux flammes. Une d'elles, sœur Marie-Anne La JOUE, dite du Sacré-Cœur, monte à sa cellule, saisit un paquet, le jette par la fenêtre, et retourne à l’'embrâsement. Mais il fallut bientôt abandonner l'édifice, afin de n’y point périr, et toutes les Religieuses se trouvèrent réunies autour de leur Mère Supérieure et de leurs chers malades, sur la terrasse du jardin. Une | | seule ne répondait pas à l'appel : c'était la Sœur du Sacré: Cœur ! Quel moment d’angoisse ! On crie, on cherche, mais en vain ; | trois quarts-d'heure s’écoulent : l'Eglise, | l'Hôpital, le Monastère, et toutes les dépendances de l'établissement sont réduites en | cendres, et il faut se convaincre que l’infortunée Sœur a péri dans les flammes !
Les Religieuses, au nombre de quaranteneuf, laissèrent bientôt après ces tristes lieux, et allèrent se loger au Monastère des Ursulines. Elles demeurèrent ainsi réunies durant trois semaines, et les Hospitalières allèrent ensuite habiter des logements fournis par les RR. PP. Jésuites jusqu'au ler août 1757, époque où elles purent retourner dans leur Monastère réédifié.
Mais les Hospitalières n'étaient pas encore à la fin de leurs épreuves. Deux ans après cette terrible catastrophe elles étaient de nouveau chassées de leur sainte demeure par les dangers dont les menaçait le Siége de Québer. Cette fois, elles se retirèrent à l'Hôpital Général de Notre-Dame des Anges, au mois de juillet 1759, au nombre de quarante-trois. Un manuscrit du temps dit que pour garder l’Hôtel- Dieu, “ cinq Sœurs converses y restèrent, et furent assez courageuses pour soutenir tout l'effet de l'artillerie, et se familiarisèrent tellement à ce bruit, qu’elles resardaient tomber les bombes et entendaient sifler les boulets, avec une espèce d’intrépidité."”
La Capitulation ayant été signée le 18 septembre, après 69 jours de siége, les Religieuses se hâtèrent de retourner à leur Communauté pour y trouver la dévastation et la misère ; leurs moissons étaient détruites, les arbres brisés, et leurs soixante -et - dix bêtes à cornes enlevées. Toutes ces pertes mirent les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu dans
une grande détresse, et elles furent obligées
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d'accepter l'hospitalité du général MURRAY, pour leur nourriture. Cependant, dès le 22 septembre, elles furent en état de continuer leur œuvre et de recevoir des malades, quoiqu'en petit nombre, car les Anglais, —dit une chronique , — leur avaient défendu d'en recevoir, ayant retenu les salles pour les troupes. Ceux-ci payèrent le loyer des appartements jusqu'en l’année 1784, époque où les salles furent de nouveau rendues aux besoins du public, comme auparavant.
Rien de remarquable ne parait avoir suroi durant les dernières années du dix-huitième siècle, touchant cette Institution. Cependant cette Communauté s'était enrichie d’une relique fort précieuse : le Crâne de l’héroïque P. de BREBEUF, le glorieux martyr de la Foi, victime de la vengeance Iroquoise, en 1649.
Malgré qu'il n’y ait point d'acte authentique établissant le fait et la date de cette heureuse propriété, les Hospitalières possèdent le buste du pieux Serviteur de Dieu, en argent massif, appuyé sur un piédestal en ébène richement orné, dans lequel est renfermé la tête du généreux martyr.
D'après le R. P. MARTIN, ce buste que nous
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