‹ Histoire des instruments de musiqueChapitre 64 sur 70 · I . Journal de la Municipalité · texte numérisé non relu

I . Journal de la Municipalité

î. Joignons la .Magicienne, du môme compositeur : « Enfin llalc'vy, dans sa Magicienne, ajouta à tous ces moyens violents de l'instrumentation le tam-tam u (Berlioz, A travers chants).

INSTRUMENTS AUTOPHONES aaS

La littérature n'a pas abusé du tam-tam. Bernardin de Saint-Pierre nous montre cependant Virginie, qui « au son du tam-tam de Domingue, se présentait sur la pelouse, portant une cruche sur la tête ». Joseph Chénier, à propos précisément de la marche précitée, félicite « l'harmonieuxGossec », d'avoir fait entendre le lugubre instrument qu'il nomme d'ailleurs « timbre chinois ». Et Théophile Gautier, dans Albertus, nous apprend que

Le tam-tam caverneux, comme un tonnerre gronde.

Le sistre, qui eut le privilège de participer, en Egypte, à la célébration des mystères d'isis, est formé d'une lame de métal ployée en manière de raquette et traversée par des tringles mobiles. On le retrouve en Grèce et à Rome. En Europe, où il subsista encore pendant les premiers temps du moyen âge, il ne tarda guère à être supplanté par le triangle.

Le triangle, dont le nom dit assez la forme, est mis en vibration par une verge de fer qui vient le heurter. Il existait au moyen âge sous le nom de trépie, et se trouve cité par Guillaume de Machault. On en peut tirer pour l'orchestration des effets pittoresques et, n'en déplaise à Berlioz, il peut convenir à d'autres morceaux que ceux « d'un caractère excessivement brillant dans le forte ou d'une certaine bizarrerie sauvage dans le piano ». Mozart l'a employé dans V Enlèvement au sérail.

2j4 instruments a percussion

Beethoven clans les Ruines d'Athènes, Gluck dans Iphigénie en Tauride, Weber dans Obéron et Preciosa, Rossini dans Guillaume Tell, Halévy dans le Juif errant, Meyerbeer dans Robert le Diable et le Prophète, Schumann dans le finale de sa première symphonie. Citons encore Liszt en son concerto pour piano, en mi bémol, Wagner avec Tannhipuser, les Maîtres chanteurs, Brahms dans ses Variations sur un thème de Haydn, Berlioz dans le Menuet des follets de la Damnation de Faust, M. Saint-Saëns dans la Jeunesse d'Hercule et dans Samson et Dalila, M. Paladilhe dans l'ouverlure de Suzanne, Grieg en la Danse d'Anitra de Peer Gynt. Bien d'autres encore ont utilisé avec un heureux discernement la sonorité tour à tour sauvage ou doucement cristalline du triangle.

Vigny a évoqué, dans son Héléna, « des danseurs agitant le triangle d'airain ».

Les clochettes, sonnettes et grelots sont parfois employés pour des effets descriptifs qu'il serait superflu de détailler. Cherubini a fait vibrer les derniers de façon pittoresque dans la Marche des muletiers, au deuxième acte de son Elisa '.

Le chapeau chinois faisait jadis partie inté-

I. Voir dans Notre-Dame de Paris l'amusanle description que V^iclor Hugo fait du mannequin n tellement chargé de grelots et de

clochettes qu'on eût pu en harnacher trente mules castillanes

Cette myriade de sonnettes avec leurs petites langues de cuivre... semblaient autant de gueules d'aspics ouvertes, prêtes à mordre et à siffler ».

INSTRUMENTS AUTOPHONES nS

grante des musiques militaires. Les grelots et sonnettes fixés à cette coiffure métallique se mettaient à sonner dès que l'on agitait la hampe de l'instrument, a Avec ses nombreux clochetons », écrit Berlioz en le qualiGant de pavillon chinois, a il sert à brillanter les morceaux d'éclat, les marches pompeuses des musiques militaires ; il ne peut secouer sa chevelure sonore qu'à des intervalles assez peu rapprochés, c'est-à-dire à peu près deux fois par mesure, dans un mouvement modéré. »

Villiers de l'Isle-Adam, dans son Secret de l'ancienne musique^ conte gravement qu'un compositeur allemand écrivit pour l'une de ses œuvres une partie de chapeau chinois, dont la seule vue terrifia l'instrumentiste chargé de l'exécuter. 11 y avait de quoi... « En effet, le maître allemand, par une jalousie tudesque, s'était complu avec une àpreté germaine, une malignité rancunière, àhérisser cette partie de difficultés presque insurmontables. Elles s'y succédaient pressées, ingénieuses, soudaines 1 C'était un défi! — Qu'on en juge : cette partie ne se composait, exclusivement, que de silences ! Or, même pour les personnes qui ne sont pas du métier, qu'y a-t-il de plus difficile à exécuter que le silence, pour le chapeau chinois ? ... Et c'était un crescendo de silences que devait exécuter le vieil artiste !

« Il se raidit à cette vue ; un mouvement fiévreux lui échappai ... Mais rien, dans son instrument,

ne trahit les sentiments qui l'agitaient. Pas une clochette ne remua. Pas un grelot, pas un fifrelin ne bougea ! On sentait qu'il le possédait à fond. C'était bien un maître, lui aussi !

« Il joua sans broncher! avec une maîtrise, une sûreté, un brio, qui frappèrent d'admiration tout l'orchestre. Son exécution, toujours sobre, mais pleine de nuances, était d'un style si châtié, d'un rendu si pur, que, chose étrange, il semblait, par moments, quon U entendait! »

Enfin 'Victor Hugo, dans le Régiment du baron Madruce, a fait sonner « le chapeau chinois aux clochettes de cuivre ».

Les castagnettes, de race espagnole, servaient déjà, aux temps de l'empire romain, à accompagner les danses des esclaves andalous. Elles se composent de deux petites pièces de bois circulaires et concaves que Ton fait s'entre-choquer. On les emploie par paires, tenues l'une dans la main droite, l'autre dans la main gauche. De grandeurs inégales, la plus grande marque le rythme fondamental, la plus petite les dessins variés qui le surmontent. On les confectionne généralement en bois, et quelquefois en fer. Certaines sont pourvues d'un manche.

Non seulement les Espagnols, mais aussi les Bohémiens s'en servent habituellement : « Les Zingari allaient par troupe avec des tambours de basque et des castagnettes... Les castagnettes

INSTRUMENTS AUTOPHONE S " 227

des Bohémiens sont les cymbales des prêtres syriens *. »

Parmi les exemples de leur emploi à l'orchestre, en dehors des scènes de danses espagnoles où il est en quelque sorte de rigueur % nous citerons les accompagnements de Zoraïde, romance de Berlioz, dune Chanson espagnole de Lassen, celui de l'air du baryton dans la Lyre et la Harpe, de M. Saint-Saëns, et le dessin rythmique si original du troisième acte de Sanison et Dalila, du même compositeur.

11 est à peine besoin de mentionner la crécelle, instrument assurément peu musical, qui en certaines circonstances, et notamment pendant la semaine sainte, remplaçait les cloches, témoin ce vers de Boileau dans son Lutrin :

Prenons du saint jeudi la bruyante crécelle. II. — INSTRUMENTS A INTONATIONS DÉTERMINÉES

Les échelettes, le claquebois, le xylophone, Vbarmonica de bois, sont formés de lames ou planchettes de bois, posées parfois sur de petits faisceaux de paille et percutées à l'aide de baguettes. Il en est déjà fait mention par Agricola dès iSag,

I. Voltaire, Essai sur les mœurs. Hamilton, dans les Mémoires du Chevalier de Grammont, parle d'une femme « armée de castagnettes et d'etFronterie ! »

1. L'un des plus typiques est sans doute la danse chantée inscrite par Bizet au deuxième acte de Carmen.

et successivement dans Prsetorius, Mersenne, qui les nomme du nom générique de ligneum psalterium, et dans V Encyclopédie. Quelques-uns sont pourvus d'un clavier. On sait quel effet pittoresque en a tiré M. Saint-Saëns dans sa Danse macabre., pour illustrer ce vers du poème de Cazalis :

On entend claquer les os des danseurs.

Les cloches n'appellent pas de descriptions'. « Elles ont été, dit justement Berlioz, introduites dans l'instrumentation pour produire des effets plus dramatiques que musicaux. » On en construit dans toutes les tonalités, mais leur poids considérable en rend l'emploi peu pratique. Cependant on

I. Celles qui servaient aux cérémouics religieuses étaient fort variées. Au xui" siècle, Guillaume Durand, évèquo de Mende, les énumère dans son liationale divinorum officiorum ; il en note six espèces ; la squiUe, la cymbale, la noie, la noléte, la campagne et le seing; chacune d'elles résonnant dans un lieu spécial : cloitre, chœur, dortoir, etc. La cloche s'appelait du nom général de tintinnahulum. Nous retrouvons la première de ces variétés placée par Dante au Purgatoire de sa Ditine Comédie...

se ode aquiUa di lontaiio.

Che paie il giorno piange che si umore.

(Canto Vin.)

Cf. Lamartine dans La Cloche du village :

Ce qu'éveille en mon sein le chant du toit sonore, Ce n'est pas la gaité du jour qui vient d'éclorc, Ce n'est pas le regret du jour qui va finir.

Voir aussi la Chiche, de Victor Hugo, et bien d'autres poèmes, notamment /c Chant delà C/oc/ie, de Schiller ; The Bells, d'Edgar Poë ; sans oublier le beau passage des Cahiers de ./eiinesse, de Renan, où il parle de ■< la voix des cloches » qui est bien a réellement la voix du ciel ».

INSTRUMENTS AUTOPHONES îsg

utilise, à l'Opéra, pour donner le signal du massacre de la Saint-Barthélémy, dans les Huguenots, deux cloches qui, au surplus, ne résonnent qu'à l'octave des sons notés par Meyerbeer. Une petite cloche accompagne un chœur au second acte de Guillaume Tell. Les ouvertures de la Dame de pique d'IIalévy et des Noces de Jeannette de Victor Massé, et la dernière partie de la Symphonie fantastique de Berlioz, renferment des sonneries de cloches.

On a imaginé, pour les suppléer au théâtre, des calottes hémisphériques, et aussi des tubes de métal, qui produisent de satisfaisants effets. Le premier acte de Parsifal, le Mefistofele de Boïto comportent d'heureux tintements de pseudo-cloches. M. Widor signale avoir entendu à Moscou a un effet de cloche bien autrement réussi, d'une sonorité bien plus profonde et plus vraie. Le procédé consistait tout simplement en une corde grave de piano tendue dans une gaine de sapin ».

Les carillons, tels que ceux dont s'enorgueillissent les clochers de Bruges, de Malines, de Dunkerque, etc., sont formés de cloches frappées par des marteaux, lesquels sont mus tantôt par un mécanisme automatique, tantôt par un clavier qu'actionnent les mains du carillonneur. Victor Hugo les a gracieusement évoqués dans son charmant petit poème Ecrit sur la vitre d^une fenêtre flamande :

a3o INSTRUMENTS A PERCUSSION

J aime les carillons dans tes cités antiques,

0 vieux pays gardien de tes mœurs domestiques... '

Lamartine a dit dans Jocclyn :

Du pieux carillon les légères volées Couraient en bondissant à travers les vallées,

et Rodenbach s'est promené

A travers la banlieue isolée et malsaine, Ecoutant dans le soir mourir les carillons.

Jean-Jacques Rousseau considérait comme très ardue la tâche de « composer un bon carillon », car, ajoute-t-il, « c'est toujours une sotte musique que celle des cloches, quand même tous les sons en seraient exactement justes, ce qui n'arrive jamais ». Cependant il cite « un carillon consonnant, composé pour être exécuté sur une pendule à neuf timbres, fait par M. Romilly, célèbre horloger" ». Il composa lui-même un Air de cloches dont il eut l'idée un jour qu'il passait sur le Pont- Neuf, a impatienté d'y voir mettre en carillon des airs qui semblent choisis exprès pour y mal aller. L'espèce de perfection qu'on a mise à l'exécution ne sert qu'à mieux faire sentir combien ceux qui choisissent ces airs connaissent peu le caractère convenable au sot instrument qu'ils emploient ».

1. Le grand poète a d'ailleurs magnifiquement célébré la musique des cloclies dans Noire-Dame de Paris. Voir notamment les chapitres intitulés tes Cloches, et Paris à vol d'oiseau.

a. Dictionnaire de musique, art. Carillon.

INSTRUMENTS AUTOPHONES a3i

La dure épithète mise à part, il faut convenir que l'observation est juste, et aussi que VAir des cloches en question est bien approprié à son objet'.

Il est cuneux de noter que ces sortes d'instruments ont exercé une influence marquante sur les dispositions musicales du célèbre compositeur russe Michel Glinka : « Celles-ci, nous conte-t-il en ses Mémoires, s'affirmaient par ma passion pour les cloches et les carillons. J'écoutais avec avidité ces sonorités fortes, et me montrais adroit à imiter le carillonneur sur des bassines de cuivre; quand j'étais malade on m'apportait dans ma chambre, pour me distraire, de petites clochettes. »

Les jeux de timbres et jeux de clochettes [glockenspiel), constituent des sortes de réductions du carillon. Lames d'acier ou clochettes sont actionnées par un clavier analogue à celui du piano. Haendel dans Saûl, Mozart dans la Flûte enchantée ont employé le glockenspiel. L'emploi des timbres est devenu très fréquent, et peut-être même en at-on abusé. Citons comme exemples de judicieuse utilisation de leurs ressources la Walkyrie de Wagner, Si fêtais roi d'Adam, Lakmé de Léo Delibes, et la Vierge de Massenet.

Le célesta, inventé en 1886 par le facteur Mustel, est un perfectionnement des précédents,

I. Cet air et la note qui s'y rattache font partie du recueil posthume qui a pour titre Consolation des misères de ma vie.

a3ï INSTRUMENTS A PERCUSSION

et ses sons ofîrent une délicate et mystérieuse pureté. MM. Théodore Dubois, dans sa Symphonie française, Widor, dans /a Korrigane^ et Charpentier, dans Louise, s'en sont habilement servis'.

Faut-il signaler au passage la guimbarde, en Italie aura, instrument peu musical, formé d'une branche de fer ployée. tenue entre les dents de l'exécutant, et dune baguette d'acier que fait vibrer son doigt ? « Si l'on faisait des airs pour des guimbardes », écrivait Jean-Jacques Rousseau, « il faudrait leur donner un caractère convenable à la guimbarde »". Toujoui's est-il que cet instrument fort ancien, et d'origine asiatique, a eu le privilège d'inspirer, au xviii° siècle, un Essai &uv son antiquité et son mérite, dans lequel l'auteur anonyme l'assimile à la lyre et en attribue linvention à Tubal-Caïn, ajoutant qu'il servit vraisemblablement à accompagner le cantique de Moïse lors du passage de la Mer rouge.

La boîte à musique comprend une série de languettes en métal dont l'extrémité est tour à tour soulevée par la rencontre de pointes fixées sur un cylindre. Celui-ci est mis en mouvement, soit par

1. En termioanl ce rapide examen, rappelons le goût dont témoignèrent les musiciens du .wiii" siècle pour l'imitation des cloches : Byrd, Louis et François Couperin, Sclimelzer, Rebel, Uandricu, et le grand Bach lui-même.

■i. On n'en a guère écrit. Cependant la Gazette musicale do Leipzig publia en 1816 une description minutieuse de cet instrument, suivie de compositions à son usage.

INSTRUMENTS AUTOPHONES a33

une manivelle, soit par un mécanismeautomatique. Théophile Gautier l'a mélancoliquement déclenché dans la pièce intitulée les Joujoux de la morte, appartenant à ses Emaux et Camées :

La boîte à musique est muette, Mais quand on pousse le ressort Où se posait la main fluette.

Un murmure plaintif en sort.

Et des pleurs vous mouillent la joue Quand la Donna è mobile, Sur le rouleau qui tourne et joue, Expire avec un son fêlé.

Ubarmonica, inventé au xvii' siècle, est constitué par une série de verres de différentes grandeurs que l'on accorde en y versant plus ou moins d'eau. La production du son s'obtient en frottant du doigt le bord des verres, préalablement humecté. Benjamin Franklin, qui donna leur nom définitif aux « verres musicaux », les perfectionna notablement en les fixant sur un axe mis en rotation au moyen d'une pédale'.

En 1746, Gluck, durant un voyage en Angleterre, exécuta * un concerto sur 2G verres à boire accordés avec de l'eau de source, accompagne par tout l'orchestre ; ceci étant un nouvel instrument de sa propre invention, sur lequel il joue tout ce

I . h'uranion de Buschmnnn et le mélodion de Dietz sont des espèces d'harmonicas dans lesquels le bois et le métal remplacent le verre.

a34 INSTRUMENTS A PERCUSSION

que jouerait un violon ou un clavecin. » Cet ambitieux avis du General advertiser, une lettre de Walpole et le succès du musicien mirent l'harmonica à la mode, et quinze ans plus tard, dans son Vicaire de Wakefietd, Goldsmith, se moquant des dames du grand monde, les montrait ne s'entretenant que « de peintures, de Shakespeare et de musical glasses ». On doit à Mozart un Adagio et rondo pour harmonica, flûte, hautbois, alto et violoncelle; à Beethoven une petite pièce destinée à Leonore Prochaska, tragédie romantique de Duncker ; et à Naumann six sonates pour ces « verres sonores ». Dussek et HuUmandel jouaient habilement de l'harmonica, et cet instrument fit pendant un certain temps partie de l'orchestre de la cour de Hesse-Darmstadt. Enfin Berlioz Ta employé dans sa Shakespearienne Tempête. Chateaubriand a audacieusement voué l'harmonica au genre féminin dans ce passage des Natchez : a L'oreille d'un mortel croirait ouïr les plaintes d'une harmonica divine'. »

I. Tlioophile Gautier, dans le Clair de lune sentimental, parle de

Celle noie de chanterelle Vibrant coiume l'harmonica.

De fait, l'harmonica exerce sur les sens une action très vive : « Son timbre mélancolique nous plonge dans un profond abattement, et relâche tous les nerfs du corps, au point que l'homme le plus robuste ne saurait l'entendre pendant une heure sans se trouver mal » (J.-M. Roger : Traité des effets de la inusi</ue sur le corps humain, Paris, i8o3). Sans doule l'auteur exagère quelque peu !

INSTRUMENTS AUTOPHONES a35

On a fabriqué des harmonicas de genres divers, parmi lesquels le clavi-cylindre, Veupbone, le mattaupbone et le nagel-barmonica, formé d'une série de tiges métalliques de tailles différentes que fait vibrer le frottement d'un archet.

Page 1