Par exemple, au Traité Pesachitn, fol
urgente; je dis la moins urgente, parce que la partie biblique de notre histoire est la plus connue et la plus rebattue dans nos petits traités. A moins d'être traitée d'un point de vue très-élevé et à la hauteur de nos idées actuelles *, elle n'offre pas un intérêt égal à celle de la deuxième partie, c'est-à-dire celle qui irait de la chute de notre nationalité jusqu'à nos jours. C'est en effet cette dernière histoire qui nous manque complètement, surtout en France ; elle n'a été guère traitée que par les chrétiens, qui l'ont naturellement faite contre nous et l'ont complètement travestie : nous n'avons jusqu'ici sur celte matière rien qu'on puisse, — je ne dis pas comparer aux grands travaux allemands, — mais regarder comme une source de renseignements historiques, et nous en sommes réduits à recourir, pour cette histoire, soit à des travaux chrétiens, comme ceux de MM. Beugnot, Depping, etc., soit à un mince abrégé comme celui de M. Léon Halévy...
» La doctrine sur la venue du Messie serait péremptoirement résolue en notre faveur; car, l'histoire moderne à la main, on prouverait jusqu'à l'évidence que toutes les grandes choses prédites pour cette époque, et particulièrement la paix et le bonheur universels, sont encore à venir. Passant à l'état politique des Israélites depuis la chute de leur nationalité et à la description de leurs séculaires infortunes, on en étudierait les causes, on réfuterait les cruelles erreurs qui tendent à faire regarder
I. M. le grand-rabbin Astruc propare un travail fait en ce sens.
notre persécution comme une mission imposée aux chrétiens. On se demanderait comment des nations, qui tenaient de nous leur livres saints, leur Bible, leur morale, et jusqu'à leur Dieu, ont pu faire de nous l'objet de leur haine la plus implacable durant les siècles ; on se demanderait si l'infériorité relative de leur doctrine et la supériorité de leur puissance matérielle n'ont pas eu ici le même résultat qu'au temps où Rome païenne s'acharnait sur les premiers chrétiens. Plus loin, on montrerait la même jalousie produisant les mômes effets, en s'acbarnant soit contre la fortune de quelques-uns, soit contre la capacité et l'industrie de quelques autres; on trouverait ainsi le secret de ces rançons exigées par les princes, de ces pillages organisés par les populaces et des calomnies odieuses inventées pour justiQer les uns et les autres, de ces restrictions apportées au développement des professions libres; enfin, on trouverait l' anti-judaïsme s'appuyant partout sur des calomnies analogues, parce qu'au fond il nourrit les mêmes sentiments. Jetant un coup d'œil d'ensemble sur la conduite des Israélites pendant cette longue période de persécutions, on retracerait l'admirable altitude de ce faible troupeau, bravant journellement les tortures, les auto-da-fè, l'exil, la misère (ces Juifs si avides I) pour rester fidèles au Dieu-Un, et résister, la loi divine en main, aux plus puissants monarques comme à toutes les séductions de bonheur terrestre. Ailleurs, on constaterait au contraire que partout
où un peu d'air et de liberté lui a été concédé, cette race supérieure et indomptable a noblement relevé la tête ^t payé la dette de l'hospitalité en contribuant à la grandeur de la patrie adoptive par ses travaux dans les % sciences, les lettres et les arts. On serait conduit ainsi à étudier la position des Israélites dans certaines contrées privilégiées; on apprécierait, dans le passé, leurs travaux dans l'École d'Alexandrie, ceux dans le royaume d'Espagne avant les cruelles persécutions du xve siècle leur position à la cour des kalifes; dans le présent, on ferait l'histoire de leur émancipation après la Révolution; on en indiquerait les conséquences et les fruits en France, aux Pays-Bas, en Amérique, en relevant leurs travaux et leurs effets; on ferait voir le revers de la médaille dans les pays qui les oppriment encore, on démasquerait les motifs de cette oppression, etc. »
Tel est le plan que nous avons eu sans cesse sous les yeux, dans le but de composer une Histoire universelle des Juifs; mais nous n'avons pas la prétention de l'avoir exécuté en entier, ni d'avoir tout dit. En publiant, il y a deux ans, en tête de notre Almanach perpétuel hébreu- français, un « Résumé chronologique de l'histoire juive , » nous avions exprimé l'espoir de faire paraître un travail plus étendu sur ce sujet. Notre intention était de publier un ouvrage assez détaillé; les matériaux étaient coordonnés et ne demandaient qu'à voir le jour. L'ensemble devait
1. Voir, à ce sujet, notre brochure, Abravanel el son époque.
former trois volumes : le premier s'étendait depuis le temps d'Alexandre le Grand jusqu'à Titus, le deuxième allait jusqu'à la Renaissance, et le troisième jusqu'à nos jours. Mais nous avons pensé qu'un tel ouvrage, sans être d'une longueur excessive, pourrait devenir d'un accès difficile, rebutant à lire, et paraître plus prétentieux qu'utile. Il a donc fallu élaguer, abréger, condenser, de façon à le réduire à la présente esquisse, au risque d'êlre défectueux, d'omettre des faits secondaires, de brusquer les transitions, de ne pas ménager la succession des fails, et de nous contenter d'un chapitre pour l'introduction générale, qui résume très-rapidement les faits jusqu'à Tan 70 et n'insiste que sur la prise de Jérusalem.
En outre, il y avait deux méthodes à suivre : soit de prendre chaque contrée où les Juifs ont séjourné et d'en tracer l'histoire complète, de façon à n'y plus revenir, soit d'envisager dans leur ensemble tous les faits d'une période, en quelque lieu du globe qu'ils se soient accomplis. Ces deux méthodes ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients : en adoptant la première, on risquait de faire perdre le fil chronologique, et en s'attachant à la seconde, on s'exposait à la confusion. Nous avons donc cherché à les concilier, en divisant le chapitre relatif à tel ou tel siècle, en plusieurs paragraphes, selon les pays habités alors par les Juifs. Nous ne nous sommes écarlé de cette règle que lorsque l'enchaînement ou l'intérêt du récit l'exigeait.
Malgré le cadre restreint que nous nous sommes imposé, nous n'avons pas voulu sacrifier la partie littéraire, trop souvent négligée, et nous avons consacré des biographies spéciales aux écrivains les plus célèbres. Nous avons eu recours aux meilleurs auteurs, à Graetz, Jost, Munk, etc., à quelques auteurs chrétiens souvent cités textuellement et aux indications bibliographiques qu'a bien voulu nous communiquer M. L. J.Kœnigswarter, M. C. de l'Institut, comme on s'en convaincra par la lecture des Notes (rejetées à la fin). En général, nous avons eu soin d'indiquer les sources auxquelles nous avons puisé; d'abord par respect du Suum cuique^ car il ne s'agit pas ici d'une œuvre d'imagination, ensuite pour faciliter les recherches et les développements à ceux qui s'intéressent aux études d'histoire. Notre but serait largement atteint si nous pouvions être utile à ces personnes, tout en restant à la portée de la jeunesse, et nous serions heureux de n'avoir pas démérité de leur bienveillante attention.