‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 119 sur 169 · FIN DE LOUIS SIX · texte numérisé non relu

FIN DE LOUIS SIX

1513 Au milieu de ces arrangements^ Louis XU mouruti roi cher à

Janvier. ^^^ p^y^ p^^^P réconomie avec laquelle il administrâtes revenus publics. Il parait que l'intérêt seul de la nation lui fit entreprendre les guerres d'Italie : car^ s'il eût laissé subsister les petites puissances de la Péninsule^ elles auraient fini par l'accabler; s'il ne se fût pas allié avec Alexandre YI^ ces puissances et ce pape l'auraient écrasé de concert; s'il n'avait pas réclamé le concours de Ferdinand^ il n'aurait pu conquérir Naples^ et serait tombé sous les coups du pape; s'il avait préféré habiter Naples^ il eût perdu ce royaume et la France. Ainsi les successeurs de saint Louis, qui avaient devant eux toute l'Asie à soustraire aux mu« sulmans^ toute l'Amérique à délivrer de la barbarie ^ abandonnèrent cette glorieuse tâche k l'Espagne et au Portugal , pour s'approprier un lambeau de l'Italie ; et encore^ loin de Tobtenir^ ils se faisaient battre par les Suisses ^ par les Espagnols, même parles troupes du pape.

Comme Napoléon, Louis XII voulait que la guerre en Italie fût payée par l'Italie, cequi lui permettait d'alléger les charges de sa nation, qui le loue de n'avoir pas fait de dettes, comme elle loua plus tard ceux qui surent en faire de grandes; mais il accumulait la haine dans le cœur des Italiens, auxquels il parut perfide, sans talent politique, ambitieux, sans capacité. Il acheta à prix d'argent la capture du More à Novare, et il tint dix années dans une forteresse ; il favorisa de tout son pouvoir César Borgia, jeta le schisme dans l'Église, provoqua la ligue de Cambrai, et fit la guerre avec inhumanité, sans réussir néanmoins. Cruel dans la victoire, découragé par les défaites, il trahit les Florentins, les Pisans, les Bentivoglio, les ducs de Ferrare, toutes les populations faibles ou les princes qui mirent leur confiance en lui (i); peut-être le vide laissé par la mort de son premier ministre, le cardinal d'Amboise, Tàme de ses conseils jusqu'alors, fut-il U cause de la faiblesse et de l'hésitation qu'il montra vers la fin de sa vie.

François I«% qui lui succéda, se fit, lors de son couronnement

à Reims, proclamer par le héraut duc de Milan, et sollicita une

expédition, tandis qu'on négociait pour la paix, qui fut conclue

1M5 avec TAutriche et l'Angleterre; mais il ne put avoir les Suisses

27 juiu. pour auxiliaires, et s'entendit avec les Vénitiens. La France brû-

(1) n est étrange que Machiavel, grand apôtre de Tunitè, blâme Louli XII d^ avoir détruit Les faibles en Italie,

DESCENTE DE FRANÇOIS ï". 361

lait de venger la honte de Novare^ et se plaisait à seconder le jeune roi, brillant des qualités qui fascinent cette nation. Il se mit en marche avpc la meilleure armée qui jamais eût passé les Alpes : elle se composait de deux mille cinq cents lances, qui is août. comptaient pour quinze mille hommes^ de vingt-deux mille lansquenets^ de huit mille aventuriers français^ de six mille Gascons^ de trois mille sapeurs et de soixante-douze grosses pièces d^artillerie. Dans cette armée se trouvaient les. maréchaux Trivulce, La Palisse, Lautrec, les braves La Trémouille, Montmorency, Crequi, Bonnivet^ Gossé-Brissac, Glaude de Guise; avec eux revenaient Bayard et Pierre Navarro, qui , fait prisonnier à la bataille de Bavenne, et non racheté par Ferdinand, se mit au service de la France.

La ligue ennemie, dans laquelle étaient les Suisses, le pape, l'empereur Maximilien, Ferdinand le Catholique, Florence et Milan, lui opposait des forces égales. Le général tonsuré , comme on appelait le cardinal de Sion, ennemi juré des Français, excita ses compatriotes à conserver Milan, ce qu'il obtint , non par les discours de rhétorique que lui prêtent Paul Jove et Guicciardini, mais en répandant Targent, en partageant les fatigues et les privations des soldats suisses, dont le nombre s'éleva bientôt à trente mille , et qui fortifièrent les passages des Âlpes. Les autres confédérés firent de même, en se persuadant, comme on le répète en prose et envers, qu'elles sont infranchissables pour peu qu'on les défende; mais l'infatigable Trivulce, après de longues recherches, découvrit un passage à travers la vallée de la Stara, d'où les Français, au milieu de grandes difficultés, traînèrent leurs canons par Barcelonnette et Rocca Sparviera, jusqu'à Cuneo et à Saluces, tandis que les Suisses les attendaient à Suse (1). Le chevalier Bayard tombe sur l'ennemi si brusquement qu'à ViUafranca il fait prisonnier à table Prosper Golonna, le meilleur général italien, en lui enlevant de gros bagages, tous ses chevaux, et la réputation de prudent qu'on ne lui avait pas contestée jusqu'alors. L*armée française, par différents chemins, se réunit à Turin, où elle fut bien accueillie par Charles III de Savoie, qui avait peut-être favorisé sa marche.

Alors des brigues et des manœuvres corruptrices entourèrent

(1) On prétend que les Français, à ceUe occasion, percèrent le passage da mont Yiso à la Traversetla; mais il paraît que cette opération fut e&écutée, en 14 SO, par Louis, diuème marquis de Saluées.

362 BiTAILLE J)E MARIGNÂN,

le pape vacillant, les Suisses toujours à vendre , les impériaux épouvantés. Maximilien Sforza, qui n'avait reçu aucune instruo tion à la cour impériale (\), ne pouvait empêcher le mal, et d6 savait pas faire le bien, ni même adoucir les souffrances de soi» peuple; s'étant trouvé inopinément maître et riche, il donnait des villes et des trésors, s'étourdissait au milieu des fêtes et des femmes galantes, tandis qu'il était contraint, pour rassasier les Suisses, d* augmenter les impôts. Le 18 juin, il publia une taille de 300,000 écus d'or pour la défense de TÉtat; le 2i, ilest obligé de déclarer, par un ban, rebelles et criminels d*État ceoi qui tiennent des conciliabules contre la taille imposée : a car l'état des choses ne permet ni de discuter sur le payement, ni de chercher à l'éviter ou à le modérer, attendu qu'il a été établi et décidé par nécessité du salut public , lequel ne serait pas moins en péril si la somme diminuait que si l'on ne recouvrait rien, d D'accord avec les Suisses, il menace de la peine de mort et de la confiscation des biens ceux qui s'assembleront pour cet objet, quand même ils seraient moins de dix, en répétant a qu*il agit sous Tempire de la nécessité, et même par le conseil et h volonté des seigneurs helvétiques.»

Les Milanais, toujours victimes, aujourd'hui spoliés comme Guelfes, demain comme GibeUns, restaient neutres, dansTes* poir trompeur de recouvrer leur indépendance au milieu de la lutte de leurs deux maîtres. Morone, ministre de Sforza, excitait Tardeur patriotique, et cherchait à suppléer, par son activité, i l'insuffisance de son maître. Trivulce, qui s*ét^t approché de la porte Ticinese, fut insulté par la populace; mais ceux qui s'intitulent hommes d'ordre envoyèrent offrir de capituler. Dm cet intervalle arrivèrent de nouveaux Suisses, qui affrontèrent les Français à Marignan.

i5i5 La mêlée dura deux jours, et Trivulce disait que les dix-hmt isct 14 sept. ))||^jii^g auxquelles il avait assisté étaient des combats d'enfants auprès de cette lutta de géants. François l^' écrivit à sa mère que, depuis deux mille ans» il n*y avait pas eu une bataille aussi acharnée et aussi sanglante. Les dompteurs des princes furent domptés; dix mille Suisses restèrent sur le champ de bataille, où les Français recouvrèrent l'honneur perdu dans les défaites qu'ils

(1) U adressait à Montmorency une lettre, conservée dans la Bibliotbèqoe impériale de Paris, qui finit ainsi : « J'ai écrit la présente de ma main, ptree a que je ne me fie à personne. Que Votre Seigneurie me pardonne ai j*ai val « écrit, car je n*ai jamais fréquenté les écoles. »

avaient essuyées de la part des Buisses k Novftre, des Apglais à Crécy^ à Poitiers » à Aïiooourt. François voulut être armé chevalier par Bayard, qoi s'écriait : 9 HeQreus§ pSrtUj 1094 bonne épée, < d'avoiv conféré la chevalerie è roi si vfiiUapt et si puissant ! Ma c bonne épée, tu seras^ comme relique^ gardée et honorée par* I dessus toute autre] jamais je ne te tirerai que contre lea t Torcs^ les Sarrasins et les Maures, m

Les Suisses traversèrent les Alpes, eu jurant qu'ils voulaient proidre leur revanche. Sforza, malgré la vive opposition de Mo* rooe (i); rendit le ch&teau de Milan moyennant 30^000 écus de pension et la promesse d'un chapeau de cardinal , et se laissa conduire eu France^ où il mourut prisonnier copunf sou pére. François P' entra alors dans Milan, et, lorsque l'empereur lui fit 2s octobre. demander de quel droit il en prenait possession, il moutra son épée, unique arbitre des pauvres peuples.

Après la défaite des Suisses, à qui les papes avaient coutume de se fier comme aux moins dangereux parmi les étrangers, Léon X se crut perdu, et il disait au Vénitien Zorzi : « Nous veiw rons ce que fera le roi Très-Chrétien ; nous nous mettrons dans ses mains en lui demandant miséricorde, p Sacrifiant alors ses nu>^ eunes, il entreprit de détourner le roi de conquérir toute llta* lo-isdéc lie; puis, comme il redoutait de le voir s'approcher de Rome, il lai fit demander une entrevue à Bologne (2); là il fut convenu que Modène serait restituée au duc Alphonse d'Esté , et que le

(1) Au mois d'octobre 151 5 «il écrivit à Ambroise Gusano, administrateur de fOD fief de Lecco : Deum Ustor Optimum Maximum^ neminem fuisse oui esse quimagîs deditionem impugnaptrit ^ mag^isifue conienderit^ ut potins esetremû sefueremstr, quam in hostium potestatem areem nosquê ipsos éedermmâf ^uam ego fui... Oportuit, atque iterum repeto^ oportuit deditionem fierif eufuâ rei adpam eum sii perieuhsam reveUro^ satius est suètacere,

0t) Paride des Graui, mahre des eérémoniet, nous a laissé la description détaillée de cette entrevue et de tous les honneurs rendus par François I*' i Léon X. Pendant la messe, le pape demanda au roi s*il voulait communier, et François répondit qu*il n'y était point disposé ; mais beaucoup de personnages de la cour qui le désiraient accoururent, si bien que le pape dut rompre les hostks pour donner la communion à quarante d'entre eux« Le roi lui-même se tenait demcre la foule. Un Français dit à haute voix : « Saint Père , puisque je ne « puis recevoir la communion de vos mains, je veux au moins me confesser, e^ « conune il m'est impossible de le faire à l'oreille, je vous dirai d'ici que j'ai « combattu de mon mieux contre le pape Jules , saus tenir compte de la cen- « sure. » Alors le roi ajouta qu'il avait le même péché à se reprocher; les auti«s barons firent le même aveu, et le pape leur donna l'absolution.

364 FIN DE TRIVULGE.

roi obtiendrait^ comme duc de Milan ^ Parme et Plaisance, déchirées par les factions, à la condition qu'il assurerait aux Médicis cette Florence, toujours dévouée à sa maison. A Genève, le roi conclut encore avec les Suisses, pour la défense du Milanais, \2i paix perpétuelle^ en leur imposant l'obligation de servira France contre qui que ce fût, excepté le pape et l'empereur, et de renoncer aux bailliages italiens.

François I'% qui n'avait plus rien à craindre des Suisses, et regardait comme prématurée l'expédition de Naples, reprit le chemin de France, en laissant pour gouvemem* de Milan Odet, maréchal de Lautrec, frère de la Chateaubriand , sa mattresse. Ce lieutenant du roi était brave, étranger à l'avarice et à la luxure; mais il avait un orgueil sans bornes, et dédaignait les conseils. Obligé, par les besoins de la guerre, à surcharger les Milanais de taxes continuelles qu'il exigeait avec rigueur, il se rendit exécrable. Il favorisait l'intrigant et inepte Galéas Visoonti, chef des Gibelins, autant qu'il jalousait le grand Trivulce, auquel il fit un crime de s'être montré favorable aux Vénitiens, et surtout d'avoir demandé à la Suisse le droit de cité; il l'accusa donc de tramer l'indépendance de l'Italie, et le vieux maréchal perdit le commandement et les bonnes grftces du roi. Ce guerrier, chex lequel tm ne peut chercher ni unité de but dans la vie, ni unité de services militaires, avait défendu pendant quarante ans uoe cause qui n'était pas la sienne , et combattu dans dix-huit batailles. Il accourut pour se justifier personnellement; mais il ne put obtenir une audience de ce roi , pour les intérêts duquel il s'était rendu odieux à ses propres concitoyens. François même 151g ne lui épargna point les reproches, et Trivulce, au milieu des regrets amers que laisse la perte du pouvoir, finit ses jours à Chartres.

Milan , ou plus probablement sa famille, fit célébrer ses funérailles avec la pompe que l'on déployait alors dans toutes ks solennités. Le corps, somptueusement vêtu, resta exposé à Saiot- Ëustorge, d'où il fut porté en procession à Sauit-Nazaire. Andevant du cortège, on voyait cent membres de la famille du défunt, habillés de noir et encapuchonnés ; cinq cents de ses soldats, cent croix, chacune avec cinq chandelles, cinq cents pauvres, à chacun desquels on avait donné quatre brasses de drap et un cierge ; puis tous les réguliers, dont Morigia, qui nous a grossièrement décrit ces obsèques, compte trois mille cent cinquantecinq sur vingt-deux rangs \ venaient ensuite trois cents curés et

VIN DE TRiyUljCE. 365

diapelains^ outre les chapitres formant deux mille deux cents personnes» avec soixante croix d'argent. Derrière apparaissaient^ avec le héraut de France, les hérauts du mort, les trompettes, les capitaines^ des destriers avec ses insignes et ceux des rois de Naples et d*Âragon et du pape; enfin suivaient une longue file 'de chevaux et de bétes de somme ^ le gouverneur Lautrec^ Tambassadeur du pape, le sénat ^ quatre cents parents du défunt, les magistrats, les divers conseils^ et un individu par maison. L'église de Saint-Nazaire, à laquelle est annexée une chapelle fondée par Trivulce, était ornée de blasons^ tendue de noir^ garnie de cierges^ et le cadavre fut déposé sur le catafalque. Qu'il suffise de savoir que la dépense s'éleva à 20^000 écus d'or^ qui^ au temps de Morigia, en valaient plus de 80,0Q0. On grava sur sa tombe ces mots : Celui qui ne reposa jamais repose maintenant. Silence!

Le roi Ferdinand payait Tempereur afin qu'il continuât à tenir François F' sur le qui-vive, de manière à Pempêcher de songer à Naples. Henri VIII avait repris les armes, et François Sforza, autre fils du More, proclamait ses droits sur le duché; les hostilités ne tardèrent donc pas à commencer. L'empereur, qui jamais n'ouvrait la campagne à propos et la finissait toujours malheureusement > conduisit par Trente une nouvelle armée près de Milan, et menaçait de le traiter comme Barberousse; mais, ar'» rété par la résolution des Français, qui brûlèrent les vastes faubourgs de la ville pour mieux la défendre, et envoyèrent en France les personnes suspectes , il revint sur ses pas, imposant des amendes à Lodi, à Bergame et à toutes les cités qu'il traversait ; d'un autre côté, les Suisses, privés de solde, dévastaient le reste du pays. Les Vénitiens recouvrèrent Vérone, malgré la défense énergique de Marc-Antoine Golonna. Mais, peu aidés par la France, affaiblis, par la mort de Barthélémy Alviano, général adoré des troupes, menacés par les Turcs^ souffrant de la nouvelle direction que le commerce avait prise, épuisés par une longue guerre au point d'être obligés de mettre les dignités aux enchères, ils n'osèrent se mesurer en rase campagne pour recouvrer leurs anciennes possessions. Lautrec lui-même hésitait dans sa conduite, d'accord peut-être avec les intentions secrètes de son roi; la guerre marchait donc lentement, c'est-à-dire qu'elle était ruineuse pour les populations.

Sur ces entrefaites, le roi d'Espagne mourut, et Charles d'Au- isw triche, appelé à lui succcéder, se hâta de signer la paix avec la i^iftovier.

366 PAll M NOTOIf.

France^ afin de ne pas avoir à craindre son opposition ; le tiiiié> dont les conditions furent réglées à Noyon^ amena la tranquillité de toute TEurôpe. Déjà François I^ avait fait un arrangemeot avec les Suisses^ c'est-à-dire déterminé dans la paix perpétuêUe le subside qu*il payerait à chaque canton pour y lever tous les hommes dont il aurait besoin. Avec la cour de Rome, à laquelle il envoya Budé, Thomme le plus savant de son royaume, il fit un concordat qui abolissait la pragmatique sanction de Bourges; eh vertu de ce concordat , il cédait au pape la collation des bénéfices en France , et le pape abandonnait au roi les reveoai d'une année des bénéfices qu'il conrérait.

17 mars. Lttalie, malgré cela, ne fut pas tranquille. Ce Julien de Mé* dicis, cause de tous les désordres que Léon X y dans le but de lui faire un État, avait préparés^ était mort; le pape alors concentra son affection et son ambition sur son neveu^ Laurent IF; or^ comme depuis longtemps il désirait l'investir du duché d'Urbin^ il intenta un procès à François-Marie de la Rovère, puis le déposséda avec ses bandes et belles des Florentins; mais ^ soldant les troupes que la paix avait rendues libres, de la Rovëre, à leur tête, marcha à Timproviste contre Urbin pour le recouvrer. Le pape lui opposa d'autres bandes, qu'il entretint en vendant trente et un chapeaux de cardinal moyennant 200,000 sequins, et les deux troupes en venaient souvent aux mains comme si elles eussent appartenu à des nations différentes. De la Rovère mena les siennes^ pour les faire vivre, sur le territoire florentin; puis^ ayant perdu l'espoir de vaincre , il céda et transféra k Mantoue son artillerie avec sa belle bibliothèque.

Laurent, redevenu duc^ passa en France avec cinq mille cbe* vaux et un nombre infini de chars pour épouser Madeleine de la Tour d'Auvergne; des fêtes splendides lui furent données dans ce pays, et lui-même en fit d'aussi belles à Florence ; mais

1519 bientôt il mourut d'une maladie cruelle et peut*étre honteuse, laissant pour fille unique Catherine, depuis reine de France comme femme de Henri II, et le bâtard Alexandre, qoi devint duc : deux noms funestes. Le duché d'Urbin fut incorporé ao patrimoine de SaintrPierre.

Florence vit dans cette mort sa propre liberté, car le pape n'a* Vait désormais personne dans sa famille qu'il pût y mettre comme prince ; mais il y envoya pour gouverneur son cousin, ie cardinal Jules. Cependant, afin de la dédommager des grandes dépenses qu'elle avait faites pour recouvrer le duché dX^rbin,

2 «Tril.

AMBITION DE LfOK X. 367

il lui donna la forteresse de San Léo et le Montefeltrin. Jean- Paal Baglione, qui avait servi utilement le pape Jules II ^ puis les Vénitiens, rentré dans sa patrie après la cessation de la guerre^ y exerçait la tyrannie ; Léon X, désireux de recouvrer la ville de Monlefeltro, l'appela à Rome, où, malgré un sauf-conduit de sa main, il le fit arrêter et décapiter. Permo fut également enlevé à Frédéric, son oppresseur, qui mourut en combattant pour se défendre. Quelques petits tyrans, mis à la torture, avouaient les crimes dont aucun d*eux n'était exempt, et subissaient la mort; effrayés par ces supplices, les autres seigneurs des Marches s'empressèrent de se soumettre.

Nous savons que Tempereur Maximilien avait investi de Modèue le duc Alphonse d'Esté, lequel en fut dépouillé comme rebelle; mais il faisait des efforts continuels pour la recouvrer, lorsque cet empereur la vendit à Léon X pour 40,000 ducats d'or, qui étaient à peine le revenu d'une année. D'après le dernier traité de paix, le pape aurait dû la rendre à Alphonse avec Reggio; mais, loin de tenir sa promesse, il tenta de lui enlever Ferrare, et, comme la force était impuissante, il résolut de le faire empoisonner; heureusement un Allemand dont il s'était servi révéla son projet, et Alphonse ordonna d'instruire sur cette tentative, dont il envoya le procès au pape sans rien ajouter.

Léon X dompta par la force ou la perfidie les autres diefs qui s'étaient élevés à la chute du duc de Valentinois; non-seule^ ment il tint en bride le sacré collège par la nomination de trente et un cardinatix, tandis que leur nombre n'était que de douze, mais en sévissant contre ses membres. Le cardinal Alphonse Petrucci, fils de ce Pandolphe qui gouverna longtemps la république de Sienne, était resté fidèle aux Médicis dans leurs disgrâces; néanmoins, s'étant brouillé avec Léon X , parce que ce pape avait fait expulser de Sienne son frère Borghèse qui en était devenu le seigneur, il chercha à le faire empoisonner par le chinubien Baptiste de Verceil. La trame ayant été découverte, le pape feignit d'être malade^ et, quand Petrucci vint le voir, il le fit arrêter et décapiter au château Saint- Ange; le médecin, le secrétaire et d'autres furent écartelés , et il condamna à une prison perpétuelle, comme complices, les cardinaux Bandinelli des Santi et Raphaël Riario, qui recouvrèrent ensuite leur liberté à prix d'argent.

Maximilien, resté seul dans la lice, adhérait enfin au traité de isn Noyon, laissant Vérone aux Vénitiens, mais conservant Riva de * décembre.

368 FI5 DE UAXmnjEN l*'.

Trente, Roveredo et tout ce qu'il avait acquis dansie Frioul. Ce fut alors seulement qu'on put dire terminée la guerre suscitée par la ligue de Cambrai. Venise, contre laquelle toute l'Europe s'était conjurée^ recouvrait par la paix tout ce qu'elle avait perdu dans^une seule bataille ; puis elle cherdia^ durant une guerre de dix ans, à faire de nouvelles conquêtes. Quel était le résultat de ces luttes ? Des milliers d'hommes de toutes les nations avaient péri; le commerce italien était anéanti; l'Italie se trouvait exposée aux TurcSj et aux ambitieux qui vinrent bientôt l'accabler de maux plus cruels et plus durables.

1510 Maximilien tarda peu lui-même à finir une vie passée entre de 10 Janvier, grands desseins et des actes misérables; sans argent et prodigne néanmoins, d'un courage chevaleresque sur les champs de bataille, et tout imagination dans les conseils, il ne négligeait aucun moyen de s'agrandir^ lui et sa famille^ au point de songer sérieusement à se faire élire pape.

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