LES IDÉES NOUVELLES AMENENT LE DOUTE
consistait pas dans les trois seules parties anciennes; cpi'il y avait en Amérique une vie animale différente , des hommes et une civilisation tout autres ; que la terre tourne* et non le soleil ; que les livres talmudiques et la Cabale étaient des réservoirs de science profonde; que Tlnde possédait une langue mère des autres, et que le Turc n^était pas plus barbare que l'Autrichien^ rintelligence pouvait-elle s'arrêter dans le cercle des mystères? L'esprit d'examen ne devait-il pas se réveiller^ et de nouveaux besoins s'introduire avec les idées nouvelles ?
L'espèce humaine , parvenue à la période pensante, s'appropriait, au moyen de la raison, les vérités qu'elle n'avait possédées jusqu'alors que par la foi ; elle ne se contentait plus de demander à l'Église comment elle pourrait mieux servir Dieu et les hommes. Les sciences, disciplinées par les scolastiques comme une armée en bataille sous le commandement du Verbe de Dieu, avaient rompu leur harmonieux accord pour retourner à l'aride logique et à la théurgie chimérique ; puis, sorties du sanctuaire, elles se répandaient au moyen de l'imprimerie. La littérature renouvelée puisait l'éducation à d'autres sources que celles du christianisme, et les beaux-arts cherchaient leur inspiration en dehors de la dévotion. Les peuples, groupés autour des princes, ne sentaient plus le besoin de demander aux ecclésiastiques des règles pour leurs actes et une protection pour leurs intérêts. Le droit romain fiûsait désirer, à la place des institutions paternelles, des franchises locales et de Findépendance personnelle introduite par les Germains, l'unité coordonnée des anciens. De nouvelles institutions sociales avaient transféré aux gouvernements laïques l'importance suprême; l'admiration du beau des sociétés classiques enlevait son mérite au bon des sociétés modernes. Le doute remplaçait la foi, corrompait les mœurs, et les mœurs, à leur tour, portaient atteinte aux croyances. Tous ces faits amenèrent la peiie des sentiments chevaleresques, alors que la raison n'avait pas encore une base solide, et l'on vit une transformation païenne des arts, delà politique, des lettres, de la moralité, qui faisait désirer une réforme aux hommes de bien.
Ailleurs nous avons vu que le monde avait été tiré des abîmes de la corruption par l'énergie de Grégoire VII, ou par le zèle et les exemples des saints François et Dominique ; mais les circonstances n'étaient plus les mêmes. L'Église, société des âmes liées devant Dieu par les mêmes croyances , fut instituée pour prononcer, comme parole vivante, sur les disputes des hommes ;
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les bonimes^ qui y par leur nature sujette au péché , sont iaoa* pableti de qualiiier les erreurs d une mapière infaillible ^ procla* mèrent la libre discussion; l'Église, au contraire^ qui représente la nature humaine devant le péché^ est infailliblej et, à ce titre, ce qu'elle affirme ou nie ne saurait être objet de discussion. Inébranlable dans le dogme, elle ne refusa jamais de se plier, dans Tapplication et la discipline , aux exigences des temps ; elle ne tint aucune de ses réunions solennelles sans proposer des réformes ; dans les deux derniers conciles de Constance et de Bâle, qui furent à la Réforme ce que rassemblée nationale fut à la Révolution française, on avait surtout demandé à haute voix de réformer rÉglise dans son chef et ses membres. Si Ton avait mis la main à l'œuvreavec hardiesse et de concert, on au* rait prévenu le fléau ; mais les hommes oubliaient déjà la sa* gesse pratique des affaires et la prudence qui sait attendre : une critique indiscrète surgit, au risque de substituer des abus pires à ceux qui existaient; d'un autre côté, Rome, endormie sur Turgente nécessité du remède par Tapparence de la victoire, laissa la plaie s'ulcérer et Tesprit séculier acquérir la prédominance dans la religion et la métropole elle-même.
Les clefs de saint Pierre excitaient Taoïbition, non parce qu'elles ouvraient les porter du paradis, mais parce qu'elles étaient d'or. Les cardinaux, nommés par faveur, par condescendaDce pour tel ou tel prince, ne devenaient pas saints (ainsi s'exprime Beliarmialj parce qu'ils voulaient être très-saints. Paul II et Sixte IV sortirent d'élections honteuses, dont les conséquences furent d'amener sur le siège de saint Pierre Innocent VIII et Alexandre VI. Les cardinaux avaient la faculté d'imposer des conditions, dans le conclave, au futur pontife ; mais une décrétaie d'Innocent VI déclarait qu'aucun serment prêté avant l'élection ne peut restreindre l'autorité pontificale, attendu que, pendant la vacance du siège, l'Église n'a d'autre droit que d'élire le successeur. Dans le conclave tenu à la mort de Sixte lY les cardinaux rédigèrent une constitution, mais tout à leur avan» tage. Chacun d'eux devait avoir au moins 4,000 sequins de re^ venu; ils ne pouvaient être frappés de censures, d'excommunications ou de sentences criminelles, si ce n'est avec la sanction des deux tiers du sacré collège ; leur nombre était fixé à vingtquatre , et la famille du pape ne fournirait qu'im seul cardinal*
Le mérite et les mœurs exemplaires ne déterminaient plus le choix des pasteurs. La cour romaine, que le vulgaire confond