KELAGH2ME1IT DES MOINES
considérait le sacerdoce comme un état, non comme une vocation; les pénitences^ l'étude et la prédication étaient abandonnées aux moines.
Mais les monastères^ autrefois centres d'activité pour les arts et la pensée, s'étaient relâchés eux-mêmes et s'engourdissaient au sein de l'opulence , ou des jalousies profanes animaient un ordre contre l'autre. Les moines mendiants, déjà riches de privilèges, en obtinrent de nouveaux de Sixte IV, qui, dans la fameuse bulle du 31 août 1474, pompeusement qualifiée de mare magnum , menaçait même de destitution les curés qui ne leur obéiraient pas ou les troubleraient d'une manière quelconque ; mais les avantages qu'ils tiraient de l'opinion de leur sainteté tournèrent au préjudice de leurs bonnes qualités. Devenus mondains, ils recouraient à mille brigues pour obtenir les dignités, et (dit le cardinal CarafTa) < on commettait des meurtres , nonseulement au moyen du poison, mais ouvertement, avec le couteau et l'épée, pour ne pas dire avec des fusils. »
D'autres religieux , réduits à l'oisiveté par l'imprimerie , se jetèrent sur des questions de peu d'importance, mais source de subtilités infinies, faisant assaut de syllogismes et substituant la théologie à l'Évangile : « La vierge Marie, demandaient-ils, futelle conçue dans le péché originel? les monts-de-piété sont-ils une institution utile, ou bien une usure condamnée par l'Évangile?» Les dominicains et les franciscains se disputèrent longtemps sur ces points et bien d'autres. La rareté des livres faisait rechercher de préférence les résumés; de même que pour la médedne on s'en tenait à la Somme de Thaddée, et, pour la jurisprudence, à celle d'Azone , ainsi , pour la théologie, on recourait aux Senieneei de Pierre Lombard, à la Somme de saint Thonoas et à d^autres; leur accordant une confiance illimitée, comme il arrive des matières non discutées, on se dispensait d'en examiner la nature et les textes. Un moine, d'une conduite exemplaire et d'excellentes intentions, demandait à Savonarola a à quoi servait la lecture du Vieux Testament, et quel fruit on retirait de faits accomplis depuis tant de siècles (1). »
C'est avec un pareil cortège qu'ils figuraient dans la plupart des chaires des universités ; incapables de distribuer et de traiter un sujet convenablement, sans clarté ni onction, ils n'offraient dans leurs sermons qu'une aridité continuelle, accompagnée de
(1) Sermon pour le cioquième dimanche du curème.
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fastidieux termes techniques^ tandis que la littérature» redevenue païenne, accueillait avec dégoût leurs ridicules méthodes et leurs subtilités scolastiques. Bembo^ à qui l'on demandait pourquoi il n'allait pas aux sermons, répondit : «.Qu'irais-jey faire? On n'y entend jamais que le Docteur subtil discutant contre le Docteur angélique , puis Aristote arrivant en troisième pour trancher la question proposée (1). d
Inspirés par un goût détestable , ils mêlaient le sacré avec le profone, le sérieux avec le burlesque; toujours en quête du nouveau, du bizarre, du surprenant^ ils mettaient la forme au-dessus du fond ^ les moyens au-dessus du but. Nous avons déjà parlé de Gabriel Barletta , et , bien qu'il appartienne au siècle précédent, ses sermons eurent dans celui-ci de nom* breuses éditions (i). On prodiguait les applaudissements à Mariano de Genazzano^ à Paul Attavanti^ qui^ dans sa préface, se vante de citer à tout moment Dante et Pétrarque ; frère Robert Garacciolo de Lecco reçut plusieurs brefs élogieux, des mitres, le titre de nouveau saint Paul, et fut chargé de missions honorables.
Le Placentin Gornello M usso^ évéque de Bitonto, fut qualifié de Ghrysostome italien , parce qu'il avait banni de la chaire les subtilités scolastiques, les déclamations ridicules^ les continuelles citations d'auteurs profanes^ pour introduire une prédication solide^ religieuse , conforme à TËvangile ; les cardinaux Gontarini et Bembo le regardaient c non comme un philosophe et un orateur, mais comme un ange qui persuadait le monde, j» Jérôme. Imperiali l'appelle l'Isocrate italien , en ajoutant qu'il avait la vigueur de Démosthène , l'abondance de Gicéron , la grâce de Quinte-Gurce et la majesté de Tite-Live; on lui dédia des ouvrages, et des médailles furent frappées en son honneur. Ge qui vaut mieux que tous les éloges , c'est qu'on le <;hargea du discours d'ouverture du concile de Trente. Ortensio Landi dit que ce discours était « plein d'un subtil artifice, émaillé de fleurs de rhétorique , marqueté de rubis et de diamants ; il l'avait parfumé de tous les aromates précieux d' Aristote, d'Hippocrate, de Gicéron et de tous les sages précités d'Uermogèoe. m
(1) Laitdi, Paradoxes,
(2) A Lyon, 1502, 1505, 1507, 1530, 1571, 1573, 1577, 1594 ; à Agen, fSO», 1510, 1514, 1578 ; à Paris, 1518, 1521 ; à Argentan et Rouen, 1515; à " cia, 1521; à Venise, 1586.
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La nature de Péloge est très-significative » quand même nous n'aurions pas le discours ^ trop méprisé par les critiques, mais cpii certes n'est pas tel que pouvait l'inspirer rassemblée la pius auguste qu'on eût jamais vue. La mythologie avait jeté de si profondes racines qu'il invitait les prélats à se rendre à ce sy-> node, comme les braves de la Grèce au cheval de Troie,
D'autres prédicateurs plus vulgaires se répandaient parmi le peuple, auquel ils enseignaient des erreurs et des superstitions, sans jamais oublier, à la fin de leurs sermons, de demander de l'argent (i). Chaque ordre, chaque village, chaque église avait un saint spécial dont les panégyriques, toujours exagérés, étaient assaisonnés d'absurdités ; par fraude ou simplicité, on multipliait ses miracles, ses grâces, ses reliques, et Ton s'efforçait de lui attirer un culte qui, pour les esprits vulgaires, dé« générait facilement en idolfttrie.
François de Gastrocaro, de l'ordre des mineurs observants, prêchait à Modène en 1532; selon les formes de la cour romaine, il publia un bref « donné dans le paradis terrestre, le sixième jour de la création, Tannée éternelle de notre pontificat, confirmé et scellé le jour de Parascève sur le mont Calvaire », où la règle des mineurs observants était approuvée et confiitnée par l'autorité divine (â). D'un autre c6té, Savonarola avait habitué à mêler la politique aux sermons et à railler jusqu'aux personnages les plus haut placés. Frère Calixte, de Plaisance, un des prédicateurs les plus renommés, faisant un sermon à Mantoue, en 1537, sur le texte Seminastis multum et in* iuiislis parum, s'écriait : n Pauvre pape Léon, qui avait fait une a si grande provision de dignités, de trésors, de palais, d'amis tt et de serviteurs ! à ce dernier passage du sac troué toute chose « en sortit, excepté frère Mariano, qui, léger (il était bouffon) a comme un fétu, resta attaché à la toile. Ce pauvre pape, sur «t le point d'expirer, ne conserva rien de tout ce qu'il avait dans 0 ce monde, sauf frère Mariano, qui ne songeait qu'au salut de a son âme en lui disant : Souvene&-vQW de Dieu, saint-^ère/ Le «r pauvre pape, qui se trouvait à l'agonie, lui répondant du mieux a qu'il pouvait, faisait entendre ces mots : Dieu bon ! 6 Dieu
(1) L*un d'eux s'exprimait ainsi : « Vous me demandez, mes très-diers frères, comment on va en paradis. Les cloches du monastère vous renseignent par leur son : Dan-do, daii'do, dan-do (don-nant» don«nant, don-nant). n
(2) M VRATOBI, Jnnales ttllalie, à cette Année..