EFFETS DES ■DÉCOUVERTES
plus vite et plus directement les drogueries aux hommes du Nord, sans recourir aux Portugais (1).
Les galères de commerce vénitiennes étaietlt parties avec leur chargement habituel pour distribuer les drogueries dans les ports de lOcéîm, lorsque Pierre Pasqualigo , ambassadeur à Lisbonne, avertit la Seigneurie que les Portugais avaient ouvert une autre voie pour se rendre aux Indes, et offraient les épices et le bois de construction à des prix plus avantageux. Cette concurrence fut considérée comme un désastre public, et l'on résolut de le réparer non pas avec la générosité qui cherche à trouver son profit dans les avantages des autres, mais avec l'égoïsme qui entrave et préjudicie. Des envoyés allèrent insinuer au soudan d'Egypte que le voisinage de ces nouveaux et audacieux marchands entraînerait de graves dangers pour son pays et la religion musulmane; ils lui offraient en conséquence des bras, des conseils et des armes pour les exterminer. En effet, le soudan, d'accord avec les petits princes de Cambaye et de Cahcut, essaya de les détruire; mais la valeur de Vasco de Gama, puis d'Albuquerque, dissipa le péril.
La république aurait suivi un conseil plus généreux et plus utile à ses intérêts si, par les canaux du Nil, elle avait mis en communication la Méditerranée avec la mer Rouge à travers risthme de Suez ou l'Egypte. Ce conseil, il se trouva des hommes pour le donner; mais peut-être l'exécution en fut-elle empêchée par cette ligue impie que toute l'Europe forma précisément pour détruire Venise.
Le commerce que les Portugais commencèrent avec l'Asie différait de celui de Venise; cette république, en effet, permettait le trafic à tout citoyen, à l'exclusion des étrangers, tandis qu'il était chez les Portugais propriété de la couronne. Venise ne négligeait point Tindustrie intérieure ; le Portugal, au contraire, laissa les manufactures et les campagnes désertes pour exploiter les colonies orientales. Les Anglais ne cessèrent pas d'acheter les drogueries aux Italiens; mais un bâtiment vénitien de quinze cents tonneaux, qui fit naufrage, en to87, sur lile de Wight, fut le dernier qui aborda en Angleterre , la reine Elisabeth ayant obtenu du Grand Turc, pour ses sujets, tous les privilèges dont jouissait Venise.
La culture du sucre passa bientôt de la Sicile dans l'Améri-
(1) Ramusio, Disc, sopra li 'viaggi délie spezierie, vol. I, p. 374.