LIVRE TROISIÈME
Pal Election d'Éverard Mercurian.—Les événements de son généralat se confondent avec ceux du généralat d'Aquaviva. — Election de ce dernier.— Lettre de César Spetiano à saint Charles Borromée sur l'irñnportance de cette élection et le besoin de réformes de la Compagnie des Jésuites. — L'élection d'Aquaviva blâmée par les gens de bien, les meilleurs jésuites et par le pape.—Suite de l'histoire des Jésuites en France.—Ils sont protégés par Charles IX et Henri HI. —Ils sont admis par le Parlement à la condition qu'ils ne seraient pas Jésuites.—Le Père Auger et l'Adoration perpétuelle. — Le Père Maldonat. — Sa lettre à Arnaud de Pontac pour - Pétablissement des Jésuites à Bordeaux.—Leltre d’Arnaud de Pontac au - conseiller de l’'Ange. — Progrès des Jésuites en France. — L'évéque de Paris, Pierre de Gondi, les protége. — 11 prend leur parti dans le différend excité entre eux et la Sorbonne à propos de l'Immaculée-Conception de la Sainte-Vierge.—L'évêèque de Paris blesse les priviléges de la Faculté et est condamné par le Parlement.—Le cardinal de Bourbon pre- - tecteur des Jésuites et conservateur ces priviléges de l'Université. — Il essaie de faire incorporer les Jésuites au corps enseignant. — Il échoue. — L'Université dénonce les Jésuites au pape.—La Ligue préparée par les Jésuites.—Hs en sont les principaux agents.— Missions à l étranger des Pères Sammier et Mathieu. — Les Jésuites {rahissent les princes de la maison de Lorraine au profit de Philippe I, roi d'Espagne. —[Les papes Grégoire XIIL:et Sixte-Quint et la Ligue.— Henri de Navarre déchu de ses droits d'héritier au trône de Frnce. — Henri IN, fauteur d'hérésie, abandonné 4«lu Père Auger. — La Ligue organisée.— Journée. des barricades.—Les seixre et les Jésuites.—Le due et le cardinal de Guise massacrés à Elois. — Fureurs et.fanatisme dela Ligue à Paris.— La Sorbonne jésuitique.— Ses décisions. — Prédications des Jésuites et de leurs amis contre Henri II déclaré éyran.—Henri Hi excommunié par Sixte-Quint. —AsSassinat de Henri IH loué par Sixte-Quint et par les Jésuites.
À la mort de François de Borgia ‘, Polanque, secrétaire de la Compagnie, en fut déclaré Vicaire. Il indiqua pour
1 Preuves des trois chapitres de ce livre, outre les documents authentiques insérés dans le récit :
Histoire.de la Compagnie de Jésus, par Jouveney ;
De Thou, Histoire universelle ;
172 HISTOIRE le 12 avril la congrégation qui devait procéder à l'élection du Général. Deux des premiers compagnons d'Ignace, Salmeron et Bobadilla, vivaient encore. Ils y assistèrent. On y remarquait encore Canisius, Ribadeneira, Possevin, Claude Mathieu, qui joua un rôle actif pendant la Ligue, Olivier Manare, Provincial de France, et Éverard Mercurian, qui fut élu.
Grégoire XII avait indiqué Mercurian aux suffrages des Jésuites. Polanque fit remarquer au pape lui-même qu’il ne devait ni entraver les opérations de l’assemblée ni influencer les votes. Cependant, au moment où Possevin commençait le discours d'ouverture, -le cardinal de Como se rendit dans la salle d'éléction pour faire connaître les désirs du pape. Une députation de cinq membres alla trouver Grégoire XIII pour lui faire des observations. Le pape, voyant qu'il ne soumettrait pas plus les Jésuites que Paul IV et Pie V, sembla céder, en demandant que si un Espagnol était élu, on lui fît du moins connaître le résultat du scrutin avant de le proclamer. Il voulait sans doute casser l'élection, si elle n’eût pas été faite comme il le désirait. Les Jésuites le pressentirent ; pour éviter les difficultés graves qui eussent résulté de l'élection d'un Espagnol, ils choisirent Éverard Mercurian, qui était Belge. [ls se rendaient agréables, par ce choix, au pape, qui le leur avait
D’Argentré, Recueil de jugements, etc.;
Journal de Pierre de l'Estoile ;
Vie du Père Auger, par Dorigny ;
Palma Cayet, Chronologie novennaiïre ;
Tableau du premier siècle de la Compagnie de Jésus, publié par les Jésuites belges ;
Catéchisme des Jésuites, par Estienne Pasquier ;
Mémoires de la Ligue; Mémoires de Villeroy; Mémoires de Sully ; Satyre Ménippée ; Mémoires de Cheverny ; Mémoires de Duplessis-Mornay ; ;
Procédure faite contre Jehan Chastel.
DES JÉSUITES. 173 indiqué, et à Philippe IT, roi d'Espagne, dont Mercurian était sujet. Olivier Manare, ancien Provincial de France, fut choisi pour Assistant de France et d'Allemagne et Admoniteur. |
Mercurian fut Général de la Compagnie jusqu’en 1580 Les événements qui eurent lieu pendant ce temps se lient intimement avec ceux qui les avaient précédés et à ceux qui les suivirent, sous le généralat de Claude Aquaviva. Ce dernier fut élu le 19 février 1581. Son élection ne fut pas exempte d'intrigues. César Spetiano écrivait à saint Charles Borromée, le 2 novembre 1580 : « Je souhaiterais que » Votre Seigneurie illustrissime pensât sérieusement à l'é- » Jection que les Jésuites doivent faire d'un nouveau Gé- » néral. Votre Seigneurie illustrissime sait combien il se- » rait essentiel que le choix tombât sur une personne telle » qu'il la leur faut, et surtout que dans cette congréga- » tion générale, on prit des mesures pour remédier aux » abus qui sont dans la Compagnie. Ils sont en grand » nombre. Quelques-uns des Pères le savent très bien et » en gémissent. Il y a tout à craindre que si l’on dissi- » mule ces abus, les choses n'aillent de malen pis, et » qu'on ne voie se vérifier de notre temps la prédiction de » Pie V. »
Nous avons dit que le pape Pie V avait de vives appréhensions au sujet des Jésuites et qu'il prévoyait que l'Église en souffrirait de grands dommages. Nous ferons dans la suite le tableau des abus qui existaient au sein de la Compagnie des Jésuites, et qui n’allèrent qu’en s’aggravant depuis le généralat de Claude Aquaviva. Lorsque ce Général eut été élu, Spetiano écrivait à saint Charles Borromée, en date du 23 février 1581 : « Le Père Aquaviva » vient d’être élu Général au grand étonnement de tous » les gens de bien. » [l ajoutait dans une autre lettre :